Dans mon précédent billet, j’expliquais qu’il fallait réinventer l’internet, je terminais en disant qu’avec l’intelligence artificielle entraînant la disparition des moteurs de recherche, il fallait bien exister quelque part. Je viens de supprimer mon compte Instagram qui est pour ma part le réseau le plus inintéressant au monde. Non seulement les contenus sont futiles, les vrais gens ne postent plus rien de peur d’être « gênants », mais surtout les mairies, les associations ne sont pas présentes sur Instagram mais restent sur l’increvable Facebook.

Ce quelque part existe, c’est le Fediverse. J’avais quitté Mastodon au décès de mon fils dans une phase de repli sur soi, je suis désormais de retour sur le service mais aussi sur pixelfed. Quelques explications sur le Fediverse et quelques rappels sur un univers qui a ses règles spécifiques de fonctionnement.

Si vous voulez des définitions en pagaille et les services disponibles sur le Fediverse je vous renvoie vers la page Wikipedia particulièrement complète. Si vous tombez sur cette page et que vous avez tout de même besoin de comprendre un peu de quoi il en retourne, il faut maîtriser quelques notions qui sont fondamentales.

Ce que le Fediverse n’est pas, ce qu’est le Fediverse.

Le Fediverse c’est l’alternative du monde du logiciel libre aux réseaux sociaux que nous connaissons actuellement, dirigés pour la plupart d’entre eux par de grosses compagnies américaines. Voici ce que cela signifie dans les grandes lignes.

  • Les différents réseaux sociaux du Fediverse ne visent pas à utiliser vos données personnelles
  • Les différents réseaux sociaux du Fediverse ne visent pas à gagner de l’argent
  • Les différents réseaux sociaux du Fediverse n’utilisent pas de stratégies comme les algorithmes, le scroll infini, l’intelligence artificielle afin de vous retenir.

Pour vous donner un exemple concret, il n’y a pas de bulle de filtres pour vous présenter des contenus qui pourraient vous intéresser et vous inciter à passer plus de temps dans le Fediverse. Par exemple sur Mastodon, on va vous proposer de suivre les tendances, mais si vous voulez du contenu, vous vous abonnez à des personnes que vous vous débrouillez pour trouver. Autre possibilité, vous regardez ce qui passe dans votre instance et vous vous abonnez aux profils qui vous paraissent pertinents. On comprend par ce postulat, que ceux qui sont à la recherche du buzz et du million de followers, peuvent passer leur chemin.

Nous sommes donc face à un outil neutre quand les réseaux sociaux traditionnels ne sont pas neutres. L’outil ne supplante pas la volonté de l’humain. Ce qui est globalement le reproche majeur que l’on fait aux technologies d’aujourd’hui, c’est qu’elles essaient de nous influencer. Cette fameuse notification de Google Maps qui vous invite à faire un tour dans le restaurant du coin, ce n’est pas un hasard. C’est un problème car vous n’avez pas demandé cette notification. Si certains sont ravis de cet « accompagnement », comme d’avoir des publicités ciblées, pour ma part ce n’est pas le cas. Par exemple quand Instagram m’interdit de voir par défaut les productions de mes « amis » et me force à voir par défaut les suggestions, nous sommes dans une aberration technologie voulue et insupportable.

Quelques services du Fediverse

Un réseau décentralisé …

Le Fediverse est donc un ensemble d’outils neutres décentralisés. Prenons par exemple le cercle Mastodon ci-dessus, il n’est pas très bien fait. Si on voit plusieurs liens partir de Mastodon pour s’interconnecter avec d’autres services, on aurait plutôt dû dessiner des cercles de tailles diverses avec écrit Mastodon à l’intérieur. Si vous prenez par exemple X aka Twitter, vous avez un seul et unique service hébergé dans des tas de data center qui renvoient à tout le monde la même information. Pour Mastodon le service libre équivalent à X / Twitter, vous avez différentes instances qui communiquent entre elles plus ou moins bien. Ce point est fondamental car il a des conséquences très importantes.

Je suis sur l’instance Chapril hébergée par l’April. Comme vous pouvez le voir sur la droite j’ai la possibilité de voir ce qui se passe sur le serveur. Je ne vois donc que les messages des usagers de Chapril. Si je vais sur autres serveurs, on me propose des gens qui sont d’autres instances mais suivis par des gens de Chapril. Ce qui veut dire qu’il y a des gens que je ne verrai jamais. Si j’avais été sur une autre instance, j’aurais peut-être accès de façon naturelle à ces gens mais je n’aurais peut-être pas vu certains membres de Chapril. On arrive ainsi à une logique qu’on connaît déjà sur les autres réseaux sociaux. Difficile de se faire connaître quand on n’est pas connu.

De la même manière, si l’administrateur a fait le choix pour des raisons qui lui appartiennent de bloquer une instance, vous ne verrez pas les gens de cette instance. En effet, si j’ai fait le choix de Chapril, ce n’est pas un hazard. Il s’agit d’une instance française gérée par une organisation qui fait du logiciel libre. Cela correspond à mon profil. Partant du principe que n’importe qui peut monter son instance, vous allez avoir des instances qui sont plus ou moins marquées par le racisme, l’homophobie et j’en passe. Les gens se regroupant par affinité, on ne s’étonnera pas de voir tout et n’importe quoi sur Mastodon, parfois le pire, pour des gens rejetés par les réseaux sociaux classiques. Truth Social le réseau social lancé par Donald Trump est une version modifiée de Mastodon ce qui vous laisse imaginer ce que peut être Mastodon.

et les problèmes qui vont avec

Ainsi, ce fameux réseau décentralisé qui doit communiquer entre toutes les instances ne communique pas entre toutes les instances. D’autres problématiques se rajoutent à ce qui précède. D’un point de vue technique Mastodon c’est un serveur donc un ordinateur ou un ensemble d’ordinateurs selon la taille de l’instance. Elle est gérée par un administrateur système plus ou moins compétent, plus ou moins bienveillant. Si vous avez fait le choix d’une instance nazie, on peut imaginer les problèmes évidents que vous allez rencontrer si vous ne partagez pas les mêmes opinions. De la même manière la modération c’est une équipe, ou pas, et selon la taille de l’instance, c’est plus ou moins compliqué.

J’ai vécu par exemple le psychodrame Zaclys et l’instance Mastodon qui illustre beaucoup de choses

Zaclys dits les méchants

Zaclys est une association que les plus vieux d’entre vous ont connu sous le nom de « la mère Zaclys ». Il s’agit d’un acteur du logiciel libre solide qui s’est fait connaître depuis de nombreuses années. L’association propose des services comme Nextcloud, du mail, pour 10 € l’an. Et dans ces services, une instance Mastodon. Comme vous pouvez le voir ci-dessus, cette dernière va fermer. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’un membre de l’instance a tenu des propos racistes et il est apparu que certains ont considéré la modération pas assez rapide, trop laxiste.

Je ne me suis pas assez intéressé au débat, mais pour ma part je fais simplement un constat. Une exigence sur un service gratuit ou payé 10 € l’an, pour un seul modérateur, je ne m’étonne pas que l’instance ferme et qu’on mette plus de 600 personnes à la porte. Et c’est aussi cela Mastodon, le pays de la bien-pensance. Sur Mastodon dans les instances francophones mieux vaut être végan, féministe, faire du vélo, manger bio, voter à gauche. J’écrivais qu’il n’y a pas de bulle de filtres dans le Fediverse, c’est inexact. La bulle de filtre c’est l’instance.

Nous sommes ici face à un problème parmi d’autres. Il s’agit ici d’un problème humain, difficile de négliger l’aspect financier et technique. Comme indiqué plus haut, une instance Mastodon c’est un serveur. Je ne sais pas comment c’est fait derrière, mais à une époque on rappelait qu’on pouvait regarder dans les messages privés. De la même manière, sur Chapril à l’époque, il arrivait que la machine soit tellement lente qu’elle soit inaccessible durant trois jours. Enfin rien ne dit que le serveur ne tombe pas pour une raison technique ou parce que le propriétaire de l’instance n’a plus les moyens de payer, l’envie, le temps aussi.

On comprend alors qu’une instance dans le Fediverse ça ne tient qu’à un fil et qu’il sera difficile de miser une stratégie basée sur les réseaux sociaux avec le Fediverse. De la même manière ne vous attachez pas à votre contenu, vous pouvez le perdre à n’importe quel moment.

Les réseaux sociaux actuels sont devenus infréquentables, le besoin d’alternatives

Dans les brèves de restez curieux, je faisais référence à un couac entre les utilisateurs de Pinterest et le réseau social qui ne supportent plus l’intelligence artificielle. En effet, les réalisations virtuelles par l’IA sont mises en avant au détriment des véritables réalisations. Entre les faux profils, les publicités, la masse de profils existants, l’impossibilité de suivre de façon simple les gens qu’on voudrait suivre, les réseaux sociaux actuels nous noient dans le bruit.

La quête de la captation du temps de cerveau disponible est tout de même réussie. Alors que j’ai un véritable contrôle, que j’ai conscience des pièges, on se retrouve assez facilement à scroller de façon infinie sur les réels de chats, de bricolage ou encore de cuisine. Concrètement, on peut se laisser happer mais à chaque session, jamais la sensation de plénitude, mais de temps perdu.

Ce qui est vrai pour Instagram est vrai pour le reste, la production de contenus est tellement importante, si bien ciblée, qu’il y a toujours quelque chose à voir. Les réseaux sociaux sont bien présents pour créer le besoin chez l’usager, ce qui n’est pas le cas dans les alternatives. En effet, dépouillées des propositions, des algorithmes, il ne reste que les contenus sur des réseaux où il y a drastiquement moins d’individus et de productions.

On voit souvent des gens qui expliquent qu’il est difficile de passer aux alternatives car ils ne trouvent pas leurs centres d’intérêts. Cela peut s’entendre, mais j’ai envie de dire partiellement. Vous aurez des échanges politiques de qualité sur Mastodon, je pense qu’on doit même parler de foot. Vous trouverez des photos de chats sur Pixelfed. Moins, c’est certain, pas la star que vous suivez mais autrement.

Et puis si on revient à la définition du réseau social, c’est tout de même pour cet aspect social avec des gens qu’on connaît, qu’on suit. Oui, ces gens là ne sont pas présents ou pas encore sur le Fediverse. Mais à la réflexion, les réseaux sociaux remplissent-ils encore leur fonction première ? Comme évoqué plus haut, Instagram ne met pas en avant les contenus des gens que vous suivez pour pousser les contenus qui pourraient vous intéresser. Ces mêmes personnes qui ne publient rien ou presque et pas forcément des choses pertinentes sauf si vous aimez les gens qui font des selfies dans leur salle de bain. Pour ma part, avec les gens avec qui j’ai envie de conserver un contact, j’échange les numéros de téléphone et je prends directement des nouvelles, c’est certainement le plus puissant des réseaux sociaux.

Des chatons ! Ils sont tellement mignons !

Une différence profonde de rythme et de volonté

J’ai écrit un jour qu’on avait toujours quelque chose à vendre. Ici par exemple, je vous vends une vision du monde, une alternative au monde du capitalisme effréné. Sur restez-curieux malgré l’absence de publicité, ou de rentabilité, nous vendons quand même. Nous ne vendons pas pour gagner de l’argent, nous vendons des idées. L’idée d’un monde qui va mieux, qui se cultive, d’un monde qui apprend. Il serait donc faux de dire qu’il n’y a pas de vente sur ces réseaux, mais ce n’est pas la vente dans le sens dans lequel on l’entend.

On vend sa cause, pas la finance. Quand vous avez des comptes qui sont dédiés intégralement au vélo, ce sont des gens qui sont effectivement dans cette dynamique et je peux entendre qu’ils soient rageux contre la voiture. Je digresse un peu mais c’est certainement mon reproche principal aux communautés. À force de vendre son idéal on en oublie que c’est son idéal pas celui de tout le monde. Pour rester dans le cadre du vélo, la majorité des gens qui tiennent ces propos vivent à la ville, ont des transports en commun et ne sont pas au fin fond des campagnes. Leur engagement est incontestable et il est parfois similaire aux rageux qu’on peut croiser sur X. On y viendra plus loin, mais techniquement Mastodon est très riche et permet d’avoir une timeline très personnelle.

J’insiste vraiment sur ce point, Instagram était devenu nauséabond. J’ai suivi pendant un temps des comptes « positifs ». Des gens qui proposaient des innovations, un message écolo, une vision bienveillante. Il apparaît qu’on est dans un tremplin pour une carrière personnelle. C’est peut-être discutable, car comme un politique convaincu qu’il doit faire connaître ses idées pour le bien commun, peut-être qu’ici c’est une conviction personnelle de pouvoir changer le monde pour les autres. Toutefois, le « moi je », est tellement prégnant qu’il est difficile de ne pas voir l’intention.

Un brave garçon qui veut sauver le monde ou faire carrière ?

Sans intelligence artificielle, avec beaucoup moins de comptes, le rythme des publications n’est pas effréné. L’absence de mécaniques pour nous retenir, fait qu’on le consulte à l’envie et pas par dépendance.

Mastodon, l’incontournable

Globalement c’est tranquille, les échanges sont sereins. Je ne me préoccupe pas de faire vivre mon profil pour l’instant, concrètement connaissent, ceux qui me connaissent. Quand j’avais tendance à troller à l’époque, ce n’est plus le cas aujourd’hui, j’adopte une position modérée. Ce que j’essaie de faire tant bien que mal ici. La force de Mastodon outre le fait qu’il n’est pas ici pour vous piéger, c’est la possibilité de filtrer. Alors qu’on essaie de faire disparaître des autres réseaux le hashtag, ici au contraire, il a toute sa force.

Mastodon permet de masquer les robots, ils sont nombreux sur la plateforme, et permet aussi de masquer les mots clés. Il y a de très nombreuses traditions sur le réseau social, le caturday, le vendredi lecture et j’en passe. Ici par exemple, j’ai bloqué les hashtags correspondants à des publications à caractère musical. Je ne suis pas intéressé par ceux qu’écoutent les autres sans développement, sans savoir pourquoi c’est bien. Il y a de la même manière certains comptes qui peuvent noyer la timeline ou encore avoir des opinions qui me posent problème. Dans les robots par exemple, vous en avez qui vous annoncent les incidents des lignes de la RATP, vous vous doutez bien que vivant à 800 km, ça ne m’intéresse pas. On peut donc, toujours en tenant compte du « faible » nombre de participants avoir une timeline assez pertinente. Comme évoqué plus haut, je n’ai pas le temps pour l’instant de m’en préoccuper, je fais donc le minimum syndical.

Pixelfed moins convaincu

Pixelfed est l’Instagram du Fediverse et il rejoint tout ce que j’ai pu écrire plus haut. Il me permet de rebondir sur l’aspect technique du réseau. La première instance que vous trouvez c’est pixelfed.fr. Je me suis rendu compte que j’avais de nombreux bugs, des lenteurs, etc… Il ne s’agit pas d’une plainte ou d’une réclamation mais d’un simple constat. Il y a de plus sur Pixelfed si j’ai bien compris, un décalage dans la version du logiciel. Car, comme tout le Fediverse est composé de logiciels, ces logiciels sont sur des serveurs, c’est l’administrateur qui fait les mises à jour ou non. Vous pouvez donc vous retrouver sur une instance qui n’a pas les dernières fonctionnalités car l’administrateur ne l’a pas mis à jour. Si sur Mastodon on ressent cette douce lenteur, sur Pixelfed quand on débarque d’Instragram c’est marquant. Quand j’écrivais que les gens sur le Fediverse n’avaient pas le but de vendre, c’est tout à fait le cas ici. Si on trouve des photographes amateurs, des gens qui font du travail qualitatif, sur Pixelfed c’est vraiment le quotidien, le plaisir de l’instant présent.

une belle collection de chattes

Je suis davantage partagé sur ce réseau, car je fais le constat que sur Mastodon, « on ne joue pas forcément le jeu ». Vous noterez les guillemets, car en fin de compte, chacun fait ce qu’il veut avec ses publications. Il ne viendrait pas à l’idée, je pense, à un utilisateur de Twitter de faire son compte photographe sur le réseau. C’est ici le jeu de la segmentation des réseaux sociaux, il faut proposer un contenu spécifique à chaque réseau. Sur Mastodon, ils sont très nombreux à publier leurs photos. Je fais pour ma part le choix de séparer correctement les deux, histoire d’enrichir les deux réseaux de façon séparée.

Alors, avec la sensation de ne rien apprendre, de cette inutilité, se contenter de regarder des photos sans aucun lien avec mes centres d’intérêt du fait de l’absence d’algorithme, je suis moins convaincu par Pixelfed. Mais comme précisé plus haut, il n’y a ni FOMO, ni urgence, et je n’ai pour l’heure pas le temps de m’investir sérieusement pour comprendre.

BookWyrm, Lemmy, Peertube, ces trois alternatives qui m’intéressent

Alternatives numériques a écrit un long article sur BookWyrm qui se présente comme un regroupement de critiques de livres. Ci-dessous la capture de l’instance francophone. Je note de l’instance alors qu’il faudrait dire d’une instance, car je n’ai pas l’impression que ça court les rues. Comme on peut le voir ci-dessous, on a de la critique de bandes dessinées, je pourrais donc alimenter facilement avec les contenus de restez-curieux puisque j’en ai des centaines à mon actif. L’idée est toujours la même, enrichir au plus les alternatives afin qu’elles puissent proposer au plus du contenu et les rendre attractives. De la même manière, et moi le premier, il m’arrive de pousser un livre sur Mastodon, il faudrait le faire ici.

Lemmy est l’alternative à Reddit et ça a l’air un peu plus compliqué pour le service d’exister par rapport à un Pixelfed ou un Mastodon. Je pense qu’on arrive à la limite du système et de la proposition de clone. J’ai la sensation qu’on clone pour cloner. Je me trompe peut-être, mais dans ma vision de Reddit, c’est le forum des forums. Il compense la disparition des forums individuels pour proposer une offre globale réunissant tous les sujets. Reddit est de plus en plus populaire du fait de ses accords avec Google et de l’utilisation de l’IA pour traduire les sujets en temps réel. J’ai pris l’exemple de France qui se doit de concurrencer R/France, et j’ai l’impression qu’on entre en compétition directe avec Mastodon.

Pour moi, pour que Lemmy fonctionne, il faudrait que les forums des distributions Linux par exemple, des utilisateurs de logiciels libres ainsi de suite, fassent le choix de quitter leur individualité au profit d’une utilisation d’une plateforme collective. Car s’il ne s’agit que de pousser l’actualité, Mastodon est suffisant pour cela. Il manque à Lemmy cet aspect questions et réponses techniques qui font la force des forums.

Enfin PeerTube l’alternative à YouTube. Cette année j’ai produits des contenus sur YouTube pour mes élèves. Au départ, je me contentais d’envoyer les vidéos en mp4 en pièce jointe dans ecole directe mon ENT. Il apparaît que les élèves selon les modèles n’arrivaient pas à lire les vidéos. Je suis allé à l’immédiateté en poussant sur YouTube. De cette façon, j’ai la certitude que personne ne pourra me dire que cela ne fonctionne pas. Je n’ai jamais été utilisateur de PeerTube et se pose ici un problème autre, celui du professionnel.

Si Mastodon, Pixelfed font partie du domaine personnel, l’utilisation de YouTube c’est du pro. Les contenus doivent donc être parfaitement accessibles, il n’est pas non plus question de les perdre comme je pourrais perdre mon compte Pixelfed ou Mastodon. Il s’agit ici d’un enjeu pour le Fediverse, la fiabilité, la stabilité selon les usages. Pour finir l’année, je continuerai de mettre mes faibles contenus sur YouTube, je chercherai une alternative plus libre l’an prochain.

En conclusion

Aujourd’hui je n’utilise en « pas bien » que WhatsApp et YouTube. Comme écrit avant, YouTube c’est certainement du provisoire. En ce qui concerne la communication, on n’est pas si loin du débat YouTube. Je peux sans équivoque ne plus avoir de réseaux sociaux traditionnels et m’excuser de ne pas avoir de réseaux. Je peux comprendre que les gens ne m’accompagnent dans cette migration et préfèrent mieux Instagram, Facebook, TikTok et les autres. En ce qui concerne la communication, je ne peux pas sciemment demander aux autres de casser leurs habitudes ou de me rendre injoignable. Comprenez que la personne qui perd ses 80.000 abonnés Twitter pour partir sur Mastodon sacrifie sa visibilité mais reste tout de même joignable.

C’est ici que s’arrête le compromis de la liberté logicielle. En 2008, je partais en Lettonie pour adopter mes enfants. J’avais acheté mon premier ordinateur portable, un EEE 701. J’avais basculé la machine sous Windows car il me fallait la certitude que ça marche. Les expérimentations libristes s’arrêtent où le bon sens commence. Avoir un téléphone bidouillé au possible et ne pas pouvoir appeler les secours parce que la dernière compilation de l’application d’appel est dysfonctionnelle est une absurdité qui peut coûter des vies. Il faut tenir compte du facteur humain, ne pas imposer à nos proches notre volonté de se libérer sans pour autant trop se compromettre. C’est un équilibre très difficile à trouver, chacun trouvera sa position personnelle du curseur.

Ce qui est en outre certain, c’est que plus nous serons nombreux à faire vivre ces alternatives, à ne plus utiliser les réseaux traditionnels, plus le Fediverse aura de poids. Il est facile pour moi de dire qu’on peut tout couper et partir ailleurs, je n’ai pas de business model à défendre. Toutefois, si vous vous rappelez de mon précédent billet, j’expliquais que la recherche classique était morte et que les IA n’étaient pas neutres. Un exemple :

La recherche Google bien sûr est totalement autorisée, elle bien plus neutre. Certains articles sont interdits à la demande des ayants droits. Demain c’est l’IA qui décidera si vous faites partie de la réponse, si elle peut vous ignorer ou si vous êtes dangereux. Il faut s’emparer du Fediverse pour être visible comme je viens de longuement l’expliquer, pas terrible pour le SEO, mais aussi pour être libre.

10 Comments

  1. On peut rajouter ou rappeler que tous ces logiciels reposent sur le protocole ActivityPub qui permet de fédérer les logiciels et donc posséder un seul compte Mastodon par exemple permet quand même de suivre un compte Pixelfed ou Lemmy.
    Ou tout autre logiciel embarquant ça, par exemple le plugin AP pour WordPress permet d’avoir un compte @auteur@domaine par exemple chez moi @gilles@www.parigotmanchot.fr !

  2. Depuis quelques temps j’essaie d’utiliser plus souvent Mastodon. Mais un truc que je trouve particulièrement pénible, c’est que pour pouvoir suivre quelqu’un sur une autre instance, il faut absolument que je le fasse depuis mon instance. Du coup, je dois continuellement entrer l’adresse social.vivaldi.net pour être ramené chez moi.
    Et pareil pour ajouter un simple like, il faut que ce soit fait sur mon instance.

    Par contre, il m’est impossible de voir le nombre total de boost et de likes sur un post depuis mon instance Vivaldi. Il faut se rendre sur l’instance originelle d’où a été posté le message pour voir le nombre total de likes d’un post. Le problème est donc inverse ici.

    Tous ces aller-retours entre instances rendent l’utilisation quotidienne particulièrement imbuvable.

    J’espère vraiment que ce fonctionnement va changer et qu’on se rapproche d’une utilisation transparente entre instances, aussi facilement que sur Twitter/X

      1. Aucun. J’utilise mon navigateur que ce soit sur mobile ou desktop, ce qui me semble être la base pour utiliser un service en ligne.
        Alors oui évidemment, avec un client je suppose que j’aurais moins de soucis de ce genre.
        Mais je n’aime pas l’idée de devoir utiliser un outil externe pour pallier aux défauts qui empêchent l’utilisation accessible que j’attend de Mastodon.

        1. De mémoire, le fait que l’interface de base de Mastodon ne donne pas le nombre de likes, c’est pour éviter la course aux likes et rester neutre, contraire à Twitter.
          Après, tu peux utiliser d’autres interfaces Web comme elk.zone pour semaphore.social par exemple.
          It’s not a bug, it’s a feature.

  3. Bel article très complet. Mais en tant que « libriste » depuis presque 20 ans, j’ai un regard très cynique sur la situation:
    Jabber n’a pas remplacé Msn.
    Peertube n’a pas remplacé Youtube.
    Mastodon n’a pas remplacé Twitter.
    Diaspora n’a pas remplacé Facebook.
    Linux n’a pas remplacé Windows.
    LibreOffice n’a pas remplacé Office.
    Etc…

    Le fediverse restera une niche pour les gros nerds comme nous.

    1. Il y a tout de même quelques points qui pourraient changer un peu la donne. Si des instances un peu importantes, gouvernementales, stables ça pourrait avoir une influence. Et puis il risque aussi d’y avoir une lassitude des algos de l’IA, des gens qui pourraient chercher autre chose. LibreOffice, Linux, ne vont pas si mal non plus.

      1. Le seul réseau véritablement en danger en ce moment c’est Twitter, mais le faible pourcentage de gens qui font l’effort de se casser vont sur Bluesky.

    2. 1 million environ d’utilisateurs actifs, c’est une grosse niche.
      Et l’intérêt du fédiverse n’est pas d’être majoritaire, mais juste d’exister avec ses propres qualités et défauts.
      Et y’a pas que des nerds, c’est une safe place bien garnie côté minorités.
      OSEF de remplacer Twitter.
      Quant à savoir ce qui a remplacé MSN, y’a plein de messageries différentes…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *