L’actualité en ce moment fait mal pour qui s’y connaît un peu dans la tech. Il y a une tendance à l’heure actuelle, que je trouve ridicule, c’est de faire comme si ça n’existait pas. L’interrogation tout de même c’est faute de pouvoir nier l’existence de certaines technologies, d’évolutions, faut-il pour autant tout accepter ? Peut-on refuser ? Faut-il se résigner ?
Sony, thank you for the love you brought my way. Mais ça c’était avant
Le problème de la dématérialisation est à mon sens triple. Vous n’êtes plus propriétaire, mais locataire, la sauvegarde de vos données, le marché de l’occasion. L’exemple le plus parlant est à l’heure actuelle ce qui se produit avec Sony. Sony arrête la production de jeux physique à partir de 2028. Pourquoi c’est un problème et encore plus dans le modèle économique de Sony ?
Si vous voulez jouer sur votre PlayStation, vous avez deux possibilités. Votre PlayStation possède un disque optique, votre PlayStation ne possède pas de disque optique. Si votre PlayStation possède un lecteur optique, vous pouvez acheter des jeux sous la forme physique, en magasin. Le prix n’est pas forcément fixe, au détour d’une promotion d’un magasin à l’autre, vous pouvez faire une affaire. Mieux encore, vous pouvez récupérer sur le marché de l’occasion votre jeu beaucoup moins cher. Bien évidemment, vous possédez le jeu et vous pouvez en jouir comme vous voulez. Si votre PlayStation ne possède pas de lecteur optique, vous devez acheter vos jeux en ligne ou utiliser un système d’abonnement. Cet abonnement a un coût.

Et c’est ici que ça va bloquer à plusieurs niveaux. Le principal problème, c’est qu’il n’y a plus de possibilités d’acheter à un concurrent autre que Sony. Vous êtes tributaire de Sony pour tout. Une console sans lecteur optique pour laquelle vous n’avez pas payé un jeu en version numérique est un parpaing, elle ne sert à rien. Il n’y a pas d’ouverture à la concurrence sur la plateforme, c’est donc Sony qui fait la pluie et le beau temps. On essaie de faire croire que la suppression du lecteur optique entraînera une diminution des prix, que l’arrêt de la fabrication des jeux physiques entraînera une diminution des prix et on sait que c’est un mensonge. À la fin, c’est la banque qui gagne, ici la banque s’appelle Sony.
Pour ma part, c’est le problème principal et c’est d’autant plus gênant que c’est en lien avec un matériel qui coûte déjà cher. Si vous n’êtes pas content, vous claquez la porte, vous avez sur les bras un appareil qui ne servira plus à rien. Si vous êtes uniquement sur un système d’abonnement, vous ne payez plus, vous ne jouez plus. D’autres signalent que si demain Sony retire un jeu que vous « possédez » parce que vous l’avez payé, vous ne pouvez plus en jouir.
Dès lors, on comprend que la situation va être complexe et particulièrement onéreuse. Un seul acteur qui fixe les règles, pas de concurrence, les prix ne cesseront d’augmenter. Pour étayer un peu le propos, on peut parler des solutions cloud de Microsoft ou des abonnements Canva. Au départ, à la façon d’un dealer, la première dose est souvent gratuite ou pas chère, mais au fur et à mesure le tarif finit toujours par augmenter. Eh oui ma bonne dame, le data center dans lequel vous êtes, consomme de l’électricité, a besoin de cette RAM qui ne cesse d’augmenter, il faut bien que quelqu’un paye. Les abonnements 365 ne cessent d’augmenter, tout comme Canva qui implémente de l’IA, cette technologie est une plus-value, il faut donc payer plus.
La différence fondamentale entre Sony et le reste du monde, c’est la possibilité d’aller voir ailleurs. Si vous avez un abonnement 365 et que vous n’êtes pas content, vous pouvez partir chez Dropbox, chez Google ou chez un autre prestataire de service. Votre smartphone ou votre ordinateur restent utilisables. On rajoutera que si vous êtes saturés du système propriétaire, vous pouvez toujours vous tourner vers le logiciel libre.

Il y a donc de quoi se faire du souci si on est propriétaire d’une console PlayStation. On peut comprendre le mécontentement, pourtant, c’est nier l’évidence. Il suffit de regarder du côté du monde du PC pour réaliser que tous les jeux sont dématérialisés. La différence notable dans le monde du PC c’est que les acteurs sont plus nombreux, Steam bien sûr, Epic, Gog pour l’officiel. Et la force du PC c’est de tomber du côté obscur de la force avec des clés grises qui vous permettent d’acheter vos clés de jeux à bas coût issues d’on ne sait quel pays étranger. Le Warez, pour ne pas payer vos jeux même si c’est illégal.
Il suffit effectivement de regarder le marché du PC pour comprendre que s’accrocher au disque, c’est s’accrocher au passé. Je ne dis pas que c’est mal, je dis simplement que c’est vers ce monde que nous tendons et qu’il sera difficile de faire sans. Certains vous expliquerons qu’ils sont ravis d’avoir une belle collection de CD audio et de DVD, ce n’est plus mon cas. Pour ma part, c’est de l’encombrant qui prend de la place dans la maison. J’ai durant des années eu des tas de bd, de disques, ça prend de la place. Et pour être honnête, à part quelques films que j’ai regardés plusieurs fois, des bandes dessinées que j’ai dû relire pour me remettre dans l’histoire, dans la majorité des cas l’objet prend la poussière. De la même manière on se révolte ici ou là de l’arrêt d’un service qui dure depuis vingt ans, comme l’arrêt par exemple des serveurs PS3. Est-ce qu’on s’insurge de ne plus trouver des films en VHS ? Je rajouterai qu’avec une baisse moyenne de 11 m2 en six ans pour nos logements en lien avec l’augmentation de l’immobilier, on peut se dire que la possession d’objets culturels en masse, c’est un luxe.
La réaction mondiale est pour ma part déplacée et disproportionnée. Les attaques en justice se multiplient, on essaie de faire plier Sony sur le terrain de la loi, c’est tout de même plutôt ridicule. Si demain, je suis mécontent de la hausse des tarifs de mon opérateur téléphonique, je change. On a l’impression que dans la grogne populaire, on oublie cette possibilité. On rajoutera de plus qu’on reste dans le domaine du jeu vidéo et de la futilité, ce n’est pas comme passer de l’essence à l’électrique. Oui, on ne pourra plus jouer aux exclusivités comme God of War, et encore, l’émulation de la PS5 est sur les rails, mais on pourra au moins montrer sa défiance face à Sony.
Cela dit changer de crèmerie, c’est pour le symbole. Microsoft avait été le premier à ouvrir le bal et on l’avait raillé pour ça. Microsoft qui a pris un tour d’avance et qui est un modèle pour tout le monde. On peut lire ici que le Xbox Game Pass a perdu ‘des millions d’abonnés’ suite à la hausse de prix d’octobre 2025. Un service qui avec les années s’est dégradé et dont le prix augmente, les gens ne sont pas idiots et sont allés voir ailleurs. Il reste Nintendo qui continue de proposer du jeu physique et qui risque de le faire pendant longtemps, je pense. Le cœur de cible de Nintendo reste les familles, je pense qu’il y a toute une symbolique d’achat derrière un jeu pour Noël, pour un anniversaire, par rapport à une bibliothèque virtuelle plus impersonnelle.
Je pourrais vous inviter à vous orienter massivement vers le PC pour le jeu qui est certainement la meilleure plateforme du fait de son ouverture. Du fait aussi qu’un PC ce n’est pas qu’une machine à jouer, mais une machine à tout faire. Seulement avec l’augmentation de la RAM, des SSD, des prix des cartes vidéos qui sont excessifs, c’est un véritable investissement. Ce n’est pas le bon moment pour acheter, mais le sera-t-il un jour ?
L’IA ne passera pas par moi. Ou pas.
Si vous avez lancé une recherche récemment, vous avez dû faire le constat suivant. Le premier lien de recherche qui apparaît est celui d’une génération par Gemini qu’on appelle Overview ou le premier jour de la fin du net tel qu’on le connaît.

Ici encore tout le monde se fait du souci et contrairement à Sony, il ne s’agit pas de loisir, mais d’enjeu de société pour tout le monde et de gagne pain pour certains. Aujourd’hui dans le cas d’une recherche classique le moteur de recherche vous donne toute une liste de sites. Les critères d’apparition sont en lien avec les règles SEO. Vous pouvez ainsi quelle que soit la qualité de votre site, si vous connaissez les règles du jeu, figurer en bonne position dans le classement. C’est votre cerveau qui vous permet de faire le tri de l’information et de trouver le résultat qui sera pour vous le plus pertinent.
Avec l’IA Overview, vous remarquerez que les sites apparaissent derrière. Je sors ma boule de cristal et je vous informe que ce sera définitivement terminé dans quelques années. Avec une génération qui aura été biberonnée aux IA, on ménage ici la chèvre et le chou de façon à ce que des boomers puissent ne pas trop être déstabilisés dans leurs habitudes. Cela ne durera qu’un temps. Les conséquences de cette nouvelle mécanique sont nombreuses et lourdes.
Il s’agit tout bonnement de la pierre tombale du net. Un point d’entrée unique pour l’internet, les gens n’iront plus regarder après et se contenteront de prendre la synthèse proposée par Gemini. Les règles SEO ne vont certainement plus servir à grand-chose et on va enterrer des papis de l’internet qui pourtant étaient à l’aise avec ces dites règles. Les gars qui auront fait trois mille articles en respectant le SEO pour se retrouver avec de nouvelles règles, ça va être un coup dur. Passer d’une liste critériée à un point d’entrée unique va faire monter les enchères. Avant, on avait toute une liste, une page pour ainsi dire puisque les gens ne regardent pas plus loin que les premiers liens aujourd’hui c’est une place unique. Seuls les meilleurs réussiront à payer ou comprendre le fonctionnement du système pour apparaître dans les réponses de Gemini. Pour les autres, c’est la condamnation à la disparition. Il est important de comprendre qu’on s’oriente d’un monde dans lequel, c’est notre cerveau qui fait le gros du tri à un monde dans lequel Google vous livre une réponse. Même si la liste proposée par Google dans la recherche classique est biaisée puisque c’est Google qui fait les règles, la réponse unique, c’est tout de même autre chose.
Au niveau business, les sites internet qui vivent de la publicité voient nécessairement cette évolution d’un très mauvais œil. Le but d’un site, c’est de convertir une recherche en clic. Une fois que vous êtes sur le site, vous pouvez voir de la publicité, prendre un abonnement à une newsletter, etc. Aller sur un site, c’est faire tourner la boutique, avec un résumé proposé par Gemini, les gens n’iront plus sur le site. Les prévisions annoncent une baisse de 43% du trafic en provenance des moteurs de recherche. Julien Cadot de Numerama rédige un article assez complet sur la thématique au titre absolument pas racoleur : Numerama va disparaître. L’article est un prétexte pour expliquer que Numerama est présent sur tous les canaux : X, YouTube, TikTok, WhatsApp et toute la pléthore de réseaux sociaux américains et de services propriétaires existants.

Ce que Julien Cadot oublie de dire c’est que passer des règles SEO pour les moteurs de recherche à la compréhension des algorithmes pour tous les réseaux sociaux existants, c’est aussi une servitude. D’autres règles, des règles qui évoluent, des contraintes. Et j’ai envie de dire aussi qu’à ce jeu, ça risque d’être compliqué d’exister face à des jeunes qui maîtrisent parfaitement les rouages du système. Bien mieux que des gens plus âgés plus à l’aise avec un internet d’un autre âge.
Si je comprends que pour ceux qui ont construit un business modèle complet sur leur site internet, c’est un coup dur, je suis davantage inquiet pour notre jeunesse. La combinaison désintérêt pour la culture, paresse intellectuelle, absence d’esprit critique et réponse toute faite est un danger pour la société. Comme je l’ai précisé plus haut, c’est la réponse unique. Les jeunes n’iront pas chercher plus loin que la réponse fournie, quelle que soit sa qualité ou qui est derrière la réponse. Je trouve d’ailleurs que Google fait une sortie prématurée des Overviews, les réponses proposées ne sont pas toujours,vraiment satisfaisantes.
Alors forcément la résistance s’organise. On change de moteur de recherche, on cherche les moyens de désactiver les Overviews. On ne fait que retarder de toute façon l’inéluctable avec une forme de malhonnêteté intellectuelle à mon sens. Je suis toujours revenu à Google pour mes recherches parce que j’ai toujours trouvé que les résultats de recherche des autres moteurs étaient qualitativement moins bons. L’argument de la liberté, du fait que ce soit Européen comme avec Qwant ou DuckDuckGo qui utilise les résultats de recherche de bing n’ont jamais tenu longtemps face à la qualité de la recherche.

Nous vivons à l’heure actuelle une phase dans laquelle nombreux sont ceux qui ne réfléchissent pas à l’usage de l’IA, à une proposition d’alternative libre, on vit l’IA comme un refus, comme une honte. Pourtant, même Linus Torvalds est intervenu pour prendre parti et avec son tact naturel inviter à forker pour les mécontents. En effet, l’utilisation de l’IA a permis de réaliser des corrections de masse de bugs dans Linux ou dans Firefox. Il serait idiot de cracher dans la soupe.
Il faut donc utiliser l’IA comme un outil pas comme une fin en soi et apprendre au mieux à l’apprivoiser, comprendre ses dérives, réfléchir en fin de compte.
Le problème n’est pas le progrès, mais son encadrement.
Il y a je pense un réveil politique face aux géants du web. L’argument de la santé des jeunes est fallacieux, même s’il est vrai. C’est un excellent prétexte à une réaction contre les intérêts américains. On n’a jamais autant évoqué la souveraineté numérique depuis que Trump est au pouvoir. Cela fait franchement sourire quand on voit un rapport parlementaire prôner le passage au logiciel libre d’ici 2030. Je vous conseille de lire l’article, il fera lâcher quelques larmes aux plus anciens libristes d’entre nous. Il est regrettable de constater ce réveil tardif, pas qu’en France d’ailleurs, pas pour les bonnes raisons et l’esprit de contradiction qu’on trouve autour de ces initiatives. L’exemple de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans en est le parfait exemple.
Je lis par exemple la quadrature du net qui propose des arguments solides et qui évoque l’idée de s’attaquer plutôt à la structure américaine. Ce qui me gêne quand je lis le discours, c’est qu’on a l’impression que les réseaux sociaux, c’est formidable. Je crois que ces gens-là n’ont pas d’enfant ou n’en fréquentent pas. On voit un muselage de la jeunesse quand la comparaison avec la cigarette devient de plus en plus récurrente dans les textes et dans les faits. On s’inquiète sur le fichage de masse, sur l’utilisation des VPN gratuits qui collectent des données, on a l’air de moins s’inquiéter pour la santé mentale de nos jeunes. La masse de mes élèves sous anti-dépresseur est en augmentation permanente chaque année. Je me trompe peut-être, mais je pense qu’il faut encourager les états à prendre des initiatives qui sont en lien avec le contrôle des technologies qu’on nous impose sur nos territoires. Il est certain que ma phrase peut laisser place à des dérives, comme un système à la chinoise, mais l’inaction est à mon sens la pire des choses à faire.
Il faut aussi faire preuve d’humilité, rien ne se fera sérieusement sans les états, mais aussi sans les sociétés. Si demain, on veut de véritables plateformes pour des instances PeerTube, on peut difficilement s’appuyer sur des particuliers. L’état doit prendre ses responsabilités et il faut aussi compter sur les entreprises pour prendre en considération la pleine puissance du logiciel libre. L’humilité, c’est de dire que s’il n’y avait pas eu Valve, on ne jouerait pas sur PC. C’est parce que Valve a voulu se débarrasser de sa dépendance à Microsoft que Valve s’est intéressé à Linux.
Je comprends que mon propos est discutable, car il laisserait penser qu’il faut tout accepter. Mais ce n’est pas ce que je dis. La première chose, je crois en la responsabilité des états pour protéger les peuples et si nos pays prenaient leur responsabilité avec efficacité, on n’en serait certainement pas là. L’exemple du moment ce sont les lunettes connectées. Il s’agit à mon sens de l’une des plus grosses atteintes à notre vie privée qui débarque. Avec des parents qui sont parfois complètement stupides, je ne serais pas étonné de me retrouver un matin avec un gamin qui a des lunettes Meta en train de me filmer. Pour moi, l’état devrait simplement interdire ce type de produit. Malheureusement quand on voit qu’on découvre le logiciel libre en 2026 et qu’on envisage peut-être un déploiement pour 2030, il va falloir s’attendre à de très longues années avant une prise en compte du problème. On manque de compétences numériques, on manque de gens qui ont une vision dans nos administrations.
Le second point qui me paraît important, c’est d’avoir l’humilité de reconnaître l’adoption massive d’une pratique ou d’un objet. Si les ventes de jeux physiques s’effondrent, si la dématérialisation cartonne, c’est qu’elle a trouvé son public. Quand une technologie trouve son sens auprès du plus grand nombre, on ne peut pas le nier. Pour autant, il est impératif de l’encadrer. L’IA par exemple avec un développement anarchique tant d’un point de vue logiciel que d’un point de vue matériel avec des data center qui poussent comme des champignons qui consomment énormément doivent être régulés.
Refuser le progrès ne sert à rien, il finira d’une façon ou d’une autre par venir taper à la porte.
Pour la recherche web, je trouve que google est devenu une catrastrophe. Après quelques années sur DuckDuckGo, je test Kagi.com qui est un moteur payant avec son propre index. Je ne retournerais pas en arrière même si 12€ par mois est un coût non négligeable.
Effectivement 12€ par mois c’est cher.