Dans un précédent article j’écrivais un truc que j’ai trouvé franchement intelligent. En fait je disais deux choses intelligentes. La première c’est qu’écrire quelque chose qui peut être généré par une intelligence artificielle n’a aucun intérêt sans plus-value qui reste à définir. Demain, les sites internet comme les miens et beaucoup d’autres seront introuvables. C’est sur ce second point que j’aimerais revenir.

Nous sommes en 2025

Nous sommes en 2025, Camille cherche des sujets de BAC PRO mathématiques de l’enseignement agricole et les corrections.

Voici trois recherches, la première réalisée avec Gemini, la seconde avec ChatGPT et la dernière avec Mistral notre IA franchouillarde. Toutes les images sont cliquables pour agrandir.

La recherche en 2025 est catastrophique. En effet, aucune des intelligences artificielles ne souligne la réforme du BAC PRO. Comme je l’ai expliqué plusieurs fois, nous passons d’un examen en épreuve terminale à des CCF. Dans une seconde recherche ChatGPT me propose d’aller acheter un livre sur Amazon, mais malheureusement il n’existe pas. J’ai demandé les corrections, mais Chlorofil se contente de donner les sujets. Doceo avec Educagri qui sont nos maisons d’édition ne proposent pas de corrections de BAC PRO de mathématiques. l’APMEP non plus qui se limite à l’éducation nationale. Je découvre avec Mistral, Julien B qui fait payer des packs à 9.99€ en mathématiques pour 10 sujets de 2024 (il n’y en a n’a pas 10). Ce monsieur contre qui je n’ai absolument rien est capable de proposer des corrigés dans toutes les matières, y compris les matières professionnelles, je dis bravo.

Camille après avoir fait le tour des réponses données par l’IA n’est pas vraiment contente et va donc passer par une recherche Google. Malgré un SEO tout pourri, Restez-Curieux ressort. Néanmoins, ressort-il parce qu’il s’agit d’une forte inspiration de mes recherches ou il ressort parce que les pages sont correctement indexées ? Sans importance, il ressort. On notera Google est plus fort que le moteur de recherche d’Amazon puisqu’il remonte des livres qu’Amazon ne trouve pas lui-même. On remarquera que c’est à nouveau Julien B. qui fait son apparition avec un livre vendu tout de même aux environs de 40€ pour 3.3 étoiles.

J’ai encore envie de dire bravo. Je suis incapable de me vendre, c’est pour ça que je préfère mieux tout laisser gratuit. Pour ça et accessoirement pour la libre circulation des savoirs.

On notera que la recherche dans l’IA n’est pas totalement satisfaisante puisque le seul site qui pourrait convenir est payant sans rien montrer. Un risque à prendre. Imaginons que Camille ne soit pas en recherche de sujets de mathématiques corrigés, mais d’une correction. Camille saisit son énoncé et elle obtiendra une réponse. Camille se satisfera de la réponse, quelle qu’elle soit.

Je ne vous ferai pas un long laïus sur l’esprit critique, mais dans mon quotidien, il est porté disparu depuis des années. Pourquoi Camille sera contente de la réponse ? Parce que le travail sera fait, donc le prof sera content et Camille pourra continuer à regarder des vidéos sur Instagram. L’inquiétude qu’on voit se profiler face aux intelligences artificielles, c’est déjà trop tard. Désolé pour le discours un peu radical, mais je le pense. Tant que nos enfants ne seront pas soumis à des obligations fortes, notamment pour le travail scolaire, la partie est perdue d’avance. On peut mettre les parents dans la boucle puisque leur enfant peut rater des semaines d’école pour des maladies imaginaires, ils cautionnent tout comme leur manque de travail.

On ne peut pas parler d’esprit critique face à une population qui ne veut rien faire. Il ne sert à rien de parler d’esprit critique face à un gouvernement qui ne veut pas prendre des mesures drastiques pour mettre tout le monde au travail. On ne peut pas parler d’esprit critique quand le gouvernement pense que c’est un problème de formation des enseignants.

Nous sommes en 2035

N’allez pas déterrer ce billet en 2035 pour me montrer que je m’étais trompé, imaginez ceci comme un exercice de pensée avec nos connaissances de 2025. Nous sommes en 2035. La nouvelle génération qui a grandi avec un téléphone à la main n’a plus le réflexe de la recherche. Elle a d’ailleurs été abandonnée. Après tout, pourquoi dépenser des fortunes à indexer des milliards de pages par jour pour une activité qui dégringole depuis des années. Le moteur de recherche c’est l’intelligence artificielle, quand elle ne donne pas la réponse, elle fait l’effort de vous envoyer vers un site internet devenu de plus en plus rare.

Pour continuer à entraîner les IA et avec l’inutilité des règles SEO, deux options sont désormais possibles. Payer pour apparaître dans des résultats sponsorisés de l’IA en tête de ligne. Proposer des corrections pour les IA afin de glisser l’existence de son site internet. Site qui apparaîtra de façon anecdotique, sauf si on paye d’autres IA pour alimenter l’IA ou une main d’œuvre européenne qui crève de faim et qui essaie d’arrondir ses fins de mois. Souvenez-vous nous sommes en 2035.

Tout ceci ne s’est pas fait en un jour. Les intelligences artificielles ont été entraînées avec les contenus existants. Ainsi, les gros sites, ceux qui avaient déjà pignon sur rue ont réussi à s’en sortir en étant directement référencés. Les petits sites, réalisant que d’une part les contenus qu’ils proposent, l’intelligence artificielle fait mieux et que d’autres part, ils ont été invisibilisés par la disparition des moteurs de recherche, ont jeté l’éponge.

Dans l’internet personne ne vous entendra crier

Face à ce constat, comment exister demain sur Internet ?

La vision peut paraître assez sombre, mais je pense tout de même que l’orientation est là. Une orientation assez cyclique d’ailleurs. Nous avons connu pour les gens de mon âge, l’arrivée d’un web morcelé. Des petits sites dans tous les coins. Ensuite, sont apparus les gros sites internet avec toujours un très grand maillage. Les réseaux sociaux avec des plateformes comme Skyblog qui permettait à encore plus de personnes de s’exprimer. La montée en puissance d’un web toujours plus centralisé avec seulement quelques acteurs qui font la pluie et le beau temps. À une époque, je pensais que c’était une mauvaise idée de miser toute sa stratégie sur les réseaux sociaux. Avec l’avenir qui se profile, j’aurais tendance à dire le contraire, pas d’existence sans réseaux sociaux.

Je peux pester contre Google, mais c’est à moi finalement de faire les efforts pour être référencé correctement. Les règles changent souvent, mais elles ne sont pas si opaques. C’est d’ailleurs à cause de cela qu’on assiste à une uniformisation du langage employé sur le web, pour séduire les algorithmes de Google. Avec l’IA, j’ai tout de même l’impression que les règles sont beaucoup moins claires et qu’il n’y a pas de volonté particulière de favoriser le maillage de l’internet. Et j’ai envie de dire pourquoi faire ? Après tout, les réseaux sociaux l’ont bien compris, plus vous passez de temps dans le réseau, plus vous laissez des données et de l’argent. L’intérêt pour une IA de vous faire sortir est nul, en sachant d’autant plus que les publicités arrivent.

Comment devenir la Nouvelle star ?

On peut supposer que la porte des moteurs de recherche pour les sites « perso » se ferment. Comment alors exister sur internet ? Seulement une présence forte sur les réseaux sociaux permet à mon sens de se faire connaître. Et c’est ici qu’on en revient aux mêmes problématiques des riches qui s’enrichissent. Promouvoir son travail sur les réseaux sociaux, les très nombreux réseaux sociaux, c’est du temps. Ce temps, c’est autant de temps que vous ne consacrez pas à votre activité. Au moment où j’écris ces lignes, je ne me consacre qu’à l’écriture. Comprenez que je n’ai qu’un compte Instagram où je publie de temps à autre des vidéos de mes chattes.

Il faudrait avoir une participation active sur un ensemble de réseaux sociaux pour montrer ce qui se fait ici. Seulement, les réseaux c’est du temps, ce sont aussi d’autres règles que le SEO qu’il faut maîtriser pour rester sur la vague. Rajoutez à cela qu’il faut être à l’affût du réseau du moment, qui fera peut-être pschitt demain. En repassant les articles du site en revue, j’étais tombé sur Clubhouse. Il s’agissait de réunions avec des personnes, les gens échangent de façon vocale, rien à l’écrit. Des célébrités comme Drake, Oprah Winfrey, Elon Musk ont participé ce qui comme vous pouvez l’imaginer, dans des conditions du direct a attisé les curiosités. Qui se souvient aujourd’hui du réseau ? Personne. Pourtant, il fallait impérativement en être.

Aujourd’hui, beaucoup d’hésitation entre un Twitter / X que tout le monde déteste, mais les annonceurs reviennent. Un Bluesky qui a le vent en poupe, mais qui pourrait avoir moins bonne presse avec la pub qui se profile Et dans le doute pourquoi pas Threads qui finirait par s’imposer sur un malentendu (spoiler alert : il ne décollera pas).

Imaginez la masse de contenus personnalisés qu’il faudrait faire et leur promotion sur tous les réseaux sociaux du moment.

Et si on refusait ce système ?

Pour moi, c’est un combat perdu d’avance. Suivre les modes, les tendances, exister sur internet, c’est désormais un travail de professionnel. Dans les métiers qui paraissaient stupides il y a quelques années, le community manager prend de plus en plus de sens comme métier incontournable. En effet, pendant que les uns produisent la matière première, que ce soit du texte, de la restauration ou même du scolaire, il faut qu’un autre en fasse la promotion. Je pense que c’est un métier d’avenir et qu’il y a un créneau à prendre, même pour du temps partagé. Quand je vois les restaurateurs du secteur, ils sont très peu à essayer de faire vivre leurs réseaux et pourtant, c’est indispensable.

Avec un futur qui s’annonce particulièrement sombre pour l’internet qu’on connaît, pour quelqu’un qui doit se lancer dans le net aujourd’hui, je lui conseille de s’investir dans un réseau ou deux, en faisant le minimum syndical sur sa page web afin de montrer qu’il existe. Il s’agit d’une issue pour des gens qui ont quelque chose à vendre.

Maintenant pour des gens qui n’ont pas d’autre enjeu que la libre circulation des connaissances, faut-il se livrer à tout ce cirque ? C’est un choix. Il est certain que c’est la manière de se faire connaître à fortiori quand demain le SEO ne voudra rien dire. Quelle alternative ? Les réseaux alternatifs.

le fediverse par ChatGPT, ça pourrait faire sourire

Le fediverse c’est l’internet décentralisé. On a très régulièrement évoqué le cas de Mastodon ici, on peut évoquer d’autres services comme Pixelfed, peertube ou même Lemmy l’alternative à Reddit. Sur ces réseaux, en théorie, les gens n’ont rien à gagner, n’ont rien à vous vendre. Pas de publicité, pas d’algorithme, un simple échange entre les gens.

Bien évidemment, la fréquentation n’a rien à voir tout comme la fiabilité des services. Le fediverse s’appuie sur une maximisation du nombre d’instances, instance qui peut fermer à tout moment. Vous perdez votre profil à jamais. Toutefois, si on considère alors que l’important c’est votre site, et que votre présence sur ces réseaux sociaux c’est pour assurer votre présence et échanger, quelle importance si tout disparaît.

Avec mes histoires de SEO, je me faisais la réflexion de créer des comptes sociaux sur des plateformes comme LinkedIn ou même Facebook, suivi par un public largement plus âgé. En écrivant ce texte, je réalise que c’est totalement inutile et qu’il vaut mieux investir les réseaux libres. Pour des sites comme les nôtres, voués à disparaître du fait de notre petite taille, de notre manque de moyen et des IA, la cohérence est de participer à un autre internet, un internet alternatif. Un internet sans IA, sans pub, sans algorithme, un internet avec des humains. Revenir aux petites communautés à l’instar des forums, un peu comme le bouche à oreille.

Je rajouterai de plus que contribuer à ces réseaux et ne pas contribuer aux GAFAM c’est aussi ne pas nourrir la machine. Sans nos contenus, les réseaux sociaux ne sont rien.

À l’heure actuelle dans cette période de ménage, je dois reconnaître que je préfère mieux me focaliser sur mes contenus et la rectification de mes liens car j’ai des 404 à régler, mais quand je serai satisfait, je referai certainement mon apparition sur les plateformes libres.

4 Comments

  1. Bien dit.
    Pour Mastodon, si ton instance ferme et ton profil disparaît, tu peux, avant, le migrer ailleurs.
    Tu perds tes messages par contre.
    A la fin, il ne restera que les blogs et le retour de phoBB ?

  2. Je rajoute deux choses :
    – en plus de devoir « réinventer » (quoique, ça existe, comme le fédiverse en fait, faut s’appuyer dessus), il faut se le réapproprier.
    – Vivaldi propose gratuitement, dans son écosystème, un navigateur mais aussi un compte Mastodon ET un blog WordPress pour chaque utilisateur.

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