L’innovation dans le jeu vidéo pas toujours au service du gameplay

Pour ceux qui ont un certain âge et qui ont connu le jeu vidéo dans ses débuts, vous pouvez d’ailleurs jeter un coup d’œil au billet de Benjamin, on peut dire de façon plutôt objective que le gameplay n’a pas énormément évolué, c’est surtout la qualité des graphismes qui a changé. Si on prend les premiers FPS, comme Doom, et qu’on regarde les jeux actuels, le principe de jeu reste globalement le même, une vue à la première personne, on tire sur des monstres.

Il serait injuste de dire qu’on ne joue qu’aux mêmes jeux depuis plus de 30 ans, certains ont innové dans le gameplay en créant de nouveaux appareils apportant une autre dimension au jeu. C’est, le cas de Nintendo qui est certainement la société qui aura le plus apporté en nouveautés dans le jeu vidéo et à qui on doit la vulgarisation du jeu vidéo grâce à ses consoles Wii et DS qui ont su attiré un tout nouveau public qu’on qualifiera de « casual ». C’est de cette dernière dont je voudrais un peu parler et de sa suite la 3DS, à travers deux jeux.

La DS est une console qui sort en 2005, à titre de comparaison le premier Iphone est sorti en 2007. C’est donc Nintendo qui apporte le premier ou presque les écrans tactiles et une nouvelle dimension dans le jeu.

Le problème de l’innovation dans le jeu vidéo c’est que lorsque vous faites quelque chose de nouveau, il est nécessaire de l’appliquer, sinon ça ne donne pas de sens à la nouveauté. Par le fait, lorsque la Wii est sortie, il était impératif d’utiliser les capteurs de mouvement, et de la même manière quand la DS est sortie, il était indispensable d’utiliser la partie tactile de la console et de « jouer » sur les deux écrans. Nintendo devant montrer l’exemple, le premier Zelda sur la console, The Legend of Zelda: Phantom Hourglass sorti en 2007 nous présente une histoire assez étrange, Zelda la princesse serait en fait une capitaine de navire qui vit des tas d’aventures avec Link. Un jour les deux amis croisent un navire fantôme, Zelda se fait kidnapper et Link doit la sauver en prenant un bateau et en parcourant des îles à la recherche des esprits. On retrouve l’intégralité de ce qui a fait le succès de Zelda.

Le jeu fait la performance d’être réalisé intégralement au stylet, c’était le but recherché puisqu’il était nécessaire de montrer la puissance de la nouveauté. Malheureusement et même si le jeu est plutôt excellent, le choix imposé du stylet pose des problèmes dans la manipulation de Link. Il faut par exemple toucher le bord de l’écran pour que Link puisse effectuer une roulade ou faire un cercle complet pour qu’il tourne autour de lui-même avec son épée. Si dans l’ensemble ça fonctionne correctement, on ne fait jamais du 100%, et ça les développeurs ont dû s’en rendre compte. On rate donc ici une frappe, ici une roulade et on finit par perdre des vies bêtement. Si la frustration dans un jeu c’est le moteur, puisque la frustration donne envie de recommencer, elle ne peut être que le fruit de l’erreur du joueur et pas d’une mauvaise programmation. Ce type d’exemple avec la DS est régulier, et le joueur finit par rager d’une façon de jouer imposée quand le jeu aurait été aussi passionnant avec la classique manette de la console. On s’interroge alors sur la véritable nécessité de cette façon de jouer qui n’apporte rien à part des problèmes, en se demandant si finalement ce Zelda, n’est pas une démo technique.

En 2018 ce qui est assez frais par rapport à la date d’écriture de ce billet parait Luigi’s Mansion sur la console 3DS. Ici encore, nous avons droit à un panel de nouveautés dont un qui fera couler beaucoup d’encre, la 3D. Vous avez sur la console 3DS un bouton 3D, si vous le poussez à fond vous avez le jeu en relief, de la même manière que lorsque vous regardez un film en 3D au cinéma avec les lunettes rouge et bleu. La comparaison est d’ailleurs assez intéressante car la technologie 3D est un échec qui revient de façon très régulière. Il y a une dizaine d’années on avait pour les téléviseurs des espèces de masques qui faisaient penser à des casques de réalité virtuelle pour développer l’expérience télévisée de façon conséquente. Dans les grandes surfaces, on avait une démonstration d’Avatar assez étonnante. La technologie n’a jamais pris, trop chère et pour le consommateur et pour le réalisateur. En ce qui concerne l’effet 3D de la 3DS, il a créé de nombreux problèmes pour la console, notamment l’âge autorisé pour les enfants. Des spécialistes ont dit que cela poserait des problèmes de vue pour les plus jeunes. La technologie n’a pas été exploitée et on ne s’étonnera pas d’une sortie de console 2DS ne permettant plus d’activer cette innovation.

Il ne s’agit pas pour le Luigi’s Mansion d’un problème de 3D mais de gyroscope. Le gyroscope c’est la possibilité d’interagir sur les mouvements du personnage en bougeant la console. Vous levez la console vers le haut, le personnage dirige vers le haut, vers le bas, il va vers le bas. C’est concrètement l’utilisation qui est faite du stick droit des manettes de console de jeu. Sauf que pour le stick droit de la manette, il faut posséder une version pro de la console, les autres doivent se débrouiller avec le gyroscope. Luigi est à la recherche de son frère Mario et suit ses traces jusqu’à un manoir, il découvre que le manoir est hanté, que son frère a été capturé dans un tableau par Boo. À l’aide d’un appareil qui ressemble à un aspirateur il va capturer tout un tas de fantômes pour un jeu particulièrement réussi et très amusant. Il faut déclencher l’apparition du fantôme par des petits jeux de logique dans des salles. Par exemple, en tirant le rideau grâce à l’aspirateur, le fantôme a froid et finit par apparaître. Luigi aura la possibilité d’aspirer par la suite, du feu, de l’eau et de la glace pour créer de nouvelles combinaisons. C’est donc très réussi, sur des principes très simples. La mise en œuvre est par contre très laborieuse puisque certains fantômes se déplacent dans tous les sens et c’est à l’aide du déplacement de la console qu’on déplace l’aspirateur dans le sens désiré. Malheureusement à l’instar du stylet dans la DS, le manque de précision est flagrant si bien qu’on se retrouve face à une difficulté totalement artificielle et agaçante pour le joueur.

Il serait mentir de dire que toute innovation est mauvaise dans le jeu vidéo, néanmoins si on regarde bien, les innovations, il n’y en a plus vraiment. Chez Sony par exemple, ou chez Microsoft avec la Playsatation et la Xbox, l’ensemble des accessoires qui se positionnaient en concurrent de la vague Wii qui a fait un véritable carton n’existent plus aujourd’hui. Playstation move ou kinnect ont disparu, tout comme on n’entend peu parler des expériences de réalité virtuelle avec les casques même si cela existe. La PS5 pour ne citer qu’elle se contente d’être une évolution en puissance de la PS4, l’apport du SSD pour accélérer les jeux par exemple. Même chez Nintendo qui est la société la plus innovante, sa Switch n’est pas si différente que la Wii U, un échec commercial pour la société japonaise.

Quelque part, je trouve que c’est relativement sain. Si on prend le football par exemple, on pratique exactement le même sport depuis plus de 100 ans, sans lassitude ou besoin de changer les règles. Néanmoins comme le jeu vidéo reste une industrie, et une industrie particulièrement lucrative puisqu’elle est devant le cinéma, il faut bien apporter quelque chose de plus. Pour l’heure le seul plus c’est la qualité, le nombre de pixels, la technique. Le jeu indépendant toutefois essaie d’apporter quelque chose d’alternatif notamment sur l’émotion ou sur l’écriture des jeux. Ce qui est certain c’est que l’innovation technologique imposée, contraignante pour le joueur n’est jamais positive. Innover c’est bien mais jamais au détriment des joueurs.