Noir burlesque est un diptyque, il aurait pu être vendu en one shot, mais commercialement, ça aurait été moins porteur. Il s’agit d’une bande dessinée d’Enrico Marini bien connu sur le site pour le scorpion ou les aigles de Rome. Mon principal reproche dans ses bandes dessinées, c’est de privilégier la facilité avec des filles dénudées au profit de l’histoire. Noir burlesque fait-il exception ?
L’histoire nous transporte, comme on peut le voir avec la couverture, dans les années 50 au pays des gangsters. On va d’ailleurs profiter de cette couverture pour expliquer le procédé graphique de Marini dans la bande dessinée. L’ensemble est en noir et blanc, certaines parties sont colorées en rouge, comme des robes de femme ou des chevelures. C’est réussi, c’est le moins qu’on puisse dire, même si j’ai envie de dire que le dessinateur plafonne dans son talent. Je trouve que d’un album à l’autre, les personnages se ressemblent de plus en plus, on a la sensation de relire rapace à la couleur, bien sûr.
La volonté de s’insérer dans l’univers des années 50 pousse parfois à la caricature du genre. Ainsi, lorsque Caprice embrasse Slick, elle lève la jambe. On peut aussi voir dans sa scène de strip-tease tous les clichés du genre, jusqu’au final où une bouteille de champagne saute… Slick revient à la ville, il a connu la guerre, Caprice a épousé Rex un mafieux. Comme on peut s’en douter, elle en pince encore pour Slick. Slick a une dette envers Rex à qui il doit de l’argent, il devient l’homme à abattre. Si l’on fait abstraction de l’anthropomorphisme, noir burlesque est sur les terres de Black Sad. Si la lecture est agréable, on est très loin du niveau dans l’intrigue. Une fois de plus, Marini s’attache davantage à la technique qu’à l’histoire. La bande dessinée présente de nombreuses qualités, dessin, dialogue, mais à trop vouloir faire comme dans les années, la bande dessinée à du mal à se distinguer de la caricature.
Un vaisseau spatial s’écrase. À son bord, un équipage en quête d’une nouvelle planète, une nouvelle colonie. Le vaisseau s’abime au fond de l’océan, et ils sont accueillis par des humains à leur grande surprise. Les humains de cette planète parlent peu, ils obéissent au « grand tout ». Chaque jour, ils répètent des tâches inlassablement. Le petit groupe part à l’exploration de l’île quand l’un d’entre eux commence à se comporter comme les insulaires.
Inhumain est un one shot du couple Bajram / Mangin, bien connu dans le domaine de la science-fiction. On se rappellera que Bajram a participé à l’ouvrage goldorak, il compte de très nombreuses séries de ce type à son actif. La bande dessinée fonctionne bien, mais par un processus particulièrement classique qu’on connaît dans les films d’horreur. Les personnages disparaissent au fur et à mesure, on traverse l’île jusqu’à la découverte du grand tout. Malgré un aspect particulièrement classique dans la construction du one shot, on reste captivé par l’intrigue, on veut connaître la fin, elle aussi classique.
On reste dans le futur avec la compagnie rouge. La compagnie rouge, c’est une troupe de mercenaires qui respecte toutefois un certain code. On comprend dans la bande dessinée où tout n’est pas clairement expliqué qu’il y a même une ligue des compagnies derrières. Les compagnies font des contrats pour prendre la propriété de certaines planètes. La population ne participe pas, seulement les compagnies s’affrontent, c’est la société qui paye la meilleure compagnie qui emporte les marchés. En fin de compte, c’est comme si on mettait la possession d’un pays sur des matchs de foot. Sauf qu’ici, c’est navettes spatiales, gros guns et missiles. On suit les aventures de la compagnie rouge à travers une mission au bout de la galaxie. Une mission qui comme on peut s’en douter ne sera pas un long fleuve tranquille. Présentée comme un one shot, la compagnie rouge présente des bases solides pour faire une série. Malgré le manque d’originalité de la bande dessinée, les personnages sont attachants et l’ensemble sont prenants. Le dessin pourra en choquer quelques-uns tant il est réaliste. J’ai trouvé pour ma part que les combats spatiaux, les vaisseaux et même les personnages qui font photo, particulièrement réussis.



Deux frères grandissent en Afrique, l’aîné est vendu à des soldats. Il revient au village, violent, chef de guerre, il va entraîner son frère avec lui. Le plus jeune vivra des années dans la crainte de son frère et va commettre des crimes terribles. Pourtant, il essaiera de saisir les opportunités pour quitter le pays et aller en Europe. La bande dessinée présentée sous forme de puzzle démarre en France. Le plus a en effet retrouvé la trace de son frère dans la ville de Marseille. Il compte en finir une bonne fois pour toute et casser son emprise. Le ventre de la hyène revient sur les génocides qu’on observe régulièrement en Afrique, sur les enfants soldats, sur la violence. Une bande dessinée prenante avec un final surprenant.
C’est l’histoire d’un enfant interrogé par les forces de l’ordre, elles veulent savoir ce qui s’est produit la nuit du drame. L’enfant ne peut rien dire, il a été le témoin d’une guerre entre les croquemitaines. En effet, depuis des années, le petit explique à son père qu’un croquemitaine vit dans sa cave avec un loup. Il se trouve que lorsqu’un fou sous l’emprise d’un croquemitaine entre dans la maison pour tuer tout le monde, le croquemitaine de la cave fait son apparition.
Dans l’univers de Mathieu Salvia, les croquemitaines récents auraient mangé les anciens contrairement aux règles. Il se trouve que le croquemitaine de la cave est un grand ancien qui avait renoncé à ses crimes.
L’histoire n’est pas si originale. En effet, le grand méchant qui ne veut plus faire de mal, est un classique qu’on retrouve chez les vampires, notamment chez Anne Rice. De la même manière, la jeune génération qui s’en prend aux plus âgés est aussi un classique traité dans les films underworld. L’idée du croquemitaine à part dans Monstres et Cie est rarement exploitée, ce qui est assez intéressant. Le dessin de Djet est particulièrement convaincant, très dynamique, faisant penser à du comics. L’ensemble donne une bande dessinée classique, mais particulièrement efficace.
Dans le futur, on trouve un vaisseau avec à son bord un seul survivant. Ce dernier devrait être mort, mais on constate que ses tissus se régénèrent. Il explique qu’il est immortel et finit par se suicider en se jetant dans l’espace. L’histoire qui aurait pu sembler farfelue intéresse au plus haut point des états, des entreprises et même l’église. Une expédition part sur la planète sur laquelle se rendait le vaisseau afin de trouver l’origine de l’immortalité. À leur arrivée, la navette se crashe suite à un sabotage. Il ne reste que quatre survivants sur une planète particulièrement hostile. Ces derniers se regardent en chien de faïence en se demandant si le traître est mort dans l’accident ou s’il se trouve parmi eux. Dans le sang des immortels, on échappera difficilement aux poncifs sur la vie éternelle. Il faut dire que dans le domaine, tout a été écrit ou presque. En fin de compte, rien de bien original dans la réflexion. Le one shot reste toutefois intéressant dans la traque de l’animal qui donne l’immortalité, et les quelques rebondissements que réserve l’aventure.
Philippe, un policier français, débarque à Barcelone. Il est convoqué par la police pour lui présenter un corps. D’après la lettre de suicide, la morte, le désigne comme son père. Philippe reconnaît deux choses. L’écriture de son ex-femme et la jeune femme présente sur la table est le sosie de cette dernière 25 ans plus tôt. Philippe n’était bien sûr pas au courant de sa paternité. Intrigué, il va mener l’enquête pour comprendre ce qui est arrivé à cette fille qu’il n’a jamais connue. Il découvre que cette dernière était une spécialiste de la peinture et plus précisément d’un peintre ami de Picasso. C’est autour de ses tableaux que se trouve le mobile du meurtre. L’art de mourir est une bande dessinée qui rentre de façon aisée dans les séries B. Certaines scènes sont totalement surréalistes, notamment vers la fin, quand Philippe Martin tue une bonne dizaine de truands. Et comme toute bonne série B qui se respecte, si on fait abstraction des incohérences, c’est plutôt réussi. Ceux qui connaissent Barcelone seront ravis de redécouvrir en bande dessinée des lieux qu’ils connaissent déjà.




Dans un monde d’anticipation, les gens peinent à avoir des enfants. Les plus fortunés se tournent vers des robots. Un couple aux États-Unis se trouvant dans cette situation, mais n’ayant que peu de moyen financier, tombe sur une super affaire. Il se trouve que de l’autre côté de la terre, en Corée, dans l’usine qui fabrique ces robots, un développeur a cassé le code. Il a en effet doté de conscience un robot et s’est débrouillé pour le faire placer dans cette famille.
On comprend à travers ces lignes que nous sommes dans les classiques : Pinocchio, I Robot et tant d’autres. Les œuvres dans lesquelles la création échappe à son créateur, sur les robots, ne manquent pas. Made in Korean est un one shot qui ne brille pas par son originalité. Il prend toutefois un tournant inattendu. En effet, Jesse, du fait de son « humanité », cherche à socialiser. Elle se lie d’amitié avec des jeunes violents. Pas très original non plus, puisque le personnage candide fait en fin de compte les mauvais choix. Le traitement reste réussi et dans l’histoire qui accroche et dans un dessin épuré qui fait penser au manga.
De briques et de sang, l’ouvrage de Hautière et François m’aura appris quelque chose : le familistère de Guise. L’action se déroule avant le début de la guerre de 14-18, dans ce familistère dans lequel une série de meurtres se produit. Un journaliste et une des habitantes vont mener l’enquête. L’histoire en elle-même n’a rien d’extraordinaire puisqu’il s’agit d’un policier particulièrement classique dans lequel se succède des crimes. Nos enquêteurs cherchent le lien entre chaque décès pour la classique vengeance des familles.
Le contexte du familistère est en outre plus intéressant. On découvre que l’entrepreneur Jean-Baptiste André Godin créé une ville complète autour de l’usine. Pas seulement des logements, mais des magasins, une école, une pouponnière. Il ne s’agit pas, à l’instar d’un Elon Musk qui veut construire une ville pour ses salariés, de simplement regrouper le personnel, mais d’un modèle social. Je vous invite à lire la page de Wikipédia, c’est une histoire assez intéressante, il faut que je demande @benjamin s’il connaît.


Le 7 décembre 1941, les Japonais attaquent la base américaine de Pearl Harbour. Les Américains qui n’avaient pas encore pris parti dans le conflit mondial, entrent en guerre. Seulement, l’immigration japonaise sur le sol américain n’est pas anodine, on voit déjà dans Lucky Luke des asiatiques qui tiennent des blanchisseries. On compte plus de 120 000 personnes issues de l’immigration japonaise sur le territoire dont les deux tiers sont américains. Le gouvernement face à la peur du terrorisme va créer des camps d’internement pour cette population.
Nous étions les ennemis. L’internement des Japonais par George Takei.
George Takei, ça ne dira pas grand-chose aux plus jeunes, il s’agit pourtant d’un héros de la culture geek. Il est en effet le personnage Sulu dans la série Star Trek. Star Trek est une série télé de sciences-fictions, déclinée aussi en films, qui raconte les aventures de l’Enterprise et de son équipage. Série particulièrement moderne à l’époque, elle accueillait des individus de toutes les ethnies dans des rôles clés. C’est la série qui en 1968 propose le premier baiser interracial entre un homme blanc et une femme noire. Pour comprendre la portée de Star Trek, la série est considérée comme le concurrent de Star Wars.
George Takei est enfant lorsque avec ses parents, il est envoyé dans les camps. La bande dessinée s’étale de ses souvenirs d’enfance, quatre ans dans les camps, jusqu’à nos jours. Il insistera sur les grandes dates, comme les excuses du président Reagan aux Japonais. Je trouve que la bande dessinée est très modérée, peut-être trop. Il faut certainement y voir le regard biaisé de l’enfant, qui pense à s’amuser et ne comprend pas la situation. Je pense que ce qui ressort le plus de la bd c’est l’aspect psychologique, plus que les conditions. Les gens présents dans les camps sont pour la majorité Américains, ils sont nés sur le territoire. Néanmoins, ils conservent un attachement aux racines Japonaises qu’on demande de rejeter. Techniquement la bande dessinée est en noir et blanc, on pense aux traits des mangas.


Les indésirables.
Kiku est une adolescente de 16 ans d’origine Japonaise. Peu concernée par ses origines, elle se retrouve dans une brume qui la projette dans le passé. Elle va se retrouver dans un camp d’internement avec pour voisine sa grand-mère. L’utilisation du fantastique ne pose pas de problème de crédibilité au témoignage qui est bien réel. Alors que dans la bande dessinée de George Takei les conditions difficiles sont peu décrites, ici, c’est le contraire. La bande dessinée insiste de façon plus approfondie sur le froid, le manque de tout. Elle revient davantage sur la pression exercée par les soldats américains, au travers des fouilles notamment. La technique utilisée est différente, le dessin coloré, magnifique, simple rend la bande dessinée plus accessible.
Les points communs sont nombreux, puisque nous sommes dans le même contexte historique, il y a toutefois deux parties marquantes. Les « no no ». Durant l’internement, la guerre s’éternise, les Américains ont besoin d’hommes. Ils vont donc demander aux internés deux choses : renoncer à l’empereur, s’engager pour la patrie. La famille de George Takei fera le choix de faire partie des no no. Le père de Takei avec la responsabilité de trois enfants, la quarantaine, n’image pas partir au front. De la même manière, son épouse ne se voit pas rejeter l’intégralité de sa culture. Les « no no » sont déplacés dans des camps plus difficiles, considérés comme des traîtres à la nation américaine.
La conclusion est aussi commune, les deux bandes dessinées finissent sur les USA de nos jours. Le président Donald Trump et sa politique de lutte contre l’immigration a la part belle. En effet, les auteurs profitent de la stigmatisation des populations musulmanes pour montrer que les États-Unis reproduisent les mêmes erreurs. Les descendants des internés en portant ce témoignage rappellent que malheureusement l’histoire se répète.


Lusun est une enfant qui n’est pas comme les autres, elle le réalise dans son quotidien, dans ses relations avec les autres enfants. Elle ne supporte pas qu’on la touche, elle est obsédée par son Rubik’s Cube, elle n’arrive pas à s’intégrer. On va ainsi suivre son parcours de l’enfance à l’âge adulte, ses difficultés, son impossibilité de pointer l’origine de sa différence. Pour sa famille, elle est originale, pour les autres, différente. Le système scolaire pense qu’elle veut faire son intéressante. Elle est tout simplement Asperger.
En fait, le syndrome d’Asperger est une forme d’autisme. Chaque Asperger est différent, on peut toutefois trouver des caractéristiques communes. De grosses difficultés dans la gestion des émotions, passer de l’euphorie à une grande tristesse. Se concentrer sur le détail et rater la globalité. Un passage décrit assez bien le phénomène. Lusun ne va pas réussir à comprendre un problème de mathématiques, elle juge en effet que l’énoncé n’est pas cohérent avec la réalité. Elle rate l’objectif de la demande initiale, c’est-à-dire la résolution du problème. De plus les Asperger ont des intérêts restreints, Lusun est par exemple obsédée par le Rubik’s Cube.
Couleur d’asperge : Le jour où j’ai découvert que j’étais Asperger est une bande dessinée très intéressante, et qui nous conforte dans l’idée que la bd est devenu un excellent medium pédagogique pour expliquer les choses. Pour moi, ce qui fait la force de la bande dessinée, c’est que Drakja l’un des auteurs, est lui-même atteint du syndrome d’asperger. Ainsi, il arrive parfaitement à relater les crises d’angoisses, les obsessions de Lusun. Drakja retranscrit parfaitement les obsessions, les angoisses de Lusun. On partage avec elle un sentiment d’oppression permanent et de mal-être. En conclusion, une excellente bande dessinée qui explique cette forme d’autisme méconnue où certaines personnes ne découvrent que très tardivement leur syndrome.
Le premier album de Lucky Luke par Mathieu Bonhomme, l’homme qui tua Lucky Luke, cassait un peu les codes avec le personnage sans pour autant tout changer. J’avais souligné pour ce premier album l’exception dans le monde franco-belge de la bande dessinée. La réutilisation d’un personnage par un autre auteur alors que la bande dessinée originale existe toujours ne se voit jamais. Par exemple, pour Astérix et Obélix, on ne les verra pas faire une apparition dans une autre bande dessinée, on les verra encore moins être dessinés et scénarisés par d’autres auteurs que les « officiels ». Je mets des guillemets puisque Uderzo et Gosciny, les auteurs d’origine sont décédés. Désormais ce sont officiellement Conrad et Ferry qui ont pris la relève.
À l’instar du premier album, on retrouve une bande dessinée plus adulte, sans humour avec un Lucky Luke (Wanted) sans émotion, distant. Lucky Luke a bien des problèmes, une prime de 50.000 dollars est sur sa tête, alors qu’il n’a rien fait. Sa route va croiser celles de trois jolies jeunes femmes qui ont quitté leur village suite à la mort de leurs parents. Les trois jeunes femmes tombent sous le charme du cowboy et vont tout faire pour le séduire. Il les prend sous sa protection pour les emmener vers une nouvelle ville où elles pourront redémarrer une nouvelle vie. Entre les trois filles sur le dos, la moitié des chasseurs de prime de la région, les Indiens, Lucky Luke va avoir bien du mal à s’en sortir.
Dans la continuité du premier album, on va retrouver un Lucky Luke très distant alors que trois jeunes femmes essaient de le charmer. Lui n’est uniquement préoccupé que par la survie de la troupe et lutter contre les serpents, la soif, les indiens. La bande dessinée va d’ailleurs utiliser cet aspect pour en faire son fil « humoristique ». Entre son indifférence pour les filles et le brin d’herbe à la place de la cigarette, il se fait railler par tous les méchants qu’il croise qui s’interrogent sur sa virilité. À l’instar du premier album, une bande dessinée qui tient la route, pas nécessairement très originale, mais cohérente avec l’univers de Lucky Luke.