Les fantômes de Séville trouvera son sens pour deux types d’individus : les passionnés de football, les gens d’un certain âge. En 1982, la France joue contre l’Allemagne, Patrick Battiston s’approche des buts de Harald Schumacher. Ce dernier fait une sortie et rentre littéralement dans le défenseur français. Le choc est tellement violent que Battiston sort sur une civière. J’ai sept ans à l’époque et pourtant je m’en souviens, on voyait les images de partout. C’est sur ce fait sportif que s’appuie la bande dessinée. Didier, au chômage, passionné de foot, revoit la scène pour la énième fois et il se rend compte de l’énormité. Pourquoi Hidalgo a fait rentrer Battiston alors qu’il est défenseur ? Il est persuadé qu’il tient là l’affaire du siècle. À l’aide de son ami Fred, journaliste, ils vont retrouver tous les protagonistes de l’époque. De Battiston devenu vendeur de jacuzzi à Michel Platini en plein dans les affaires de la FIFA, jusqu’à la fin dans laquelle on trouvera Hidalgo sorti de l’hôpital.

Comme on peut s’en douter avec Tronchet c’est très drôle, mais c’est surtout particulièrement bien documenté. Ainsi quand on retrouve un Michel Platini le crâne rasé dans une scène qui fait penser à Marlon Brando dans Apocalypse Now, on sait qu’on est dans l’humour. Quand par contre, on tombe sur Battiston en vendeur de jacuzzi, on en vient à Googler pour voir ce que le joueur est devenu. Forcément concerné par la bande dessinée, j’ai apprécié, ce ne sera peut-être pas le cas de tout le monde sans fort travail de documentation pour connaître les acteurs de l’époque.

Dans ils sont partout, une journaliste voit son frère disparaître pour suivre un stage de survivalisme. Elle réalise que ce dernier s’est intéressé à de nombreuses thèses complotistes. Pour retrouver son frère, elle baigne dans le monde du complotisme. Pour maintenir l’aspect fiction, les principales personnes qui avancent des théories complotistes, alternatives ou négationnistes ont été renommées. Par exemple, Dieudonné devient Bienvenu, il est impossible de ne pas faire le lien. Pour bien enfoncer le clou, les auteurs en fin d’ouvrage expliquent qui est qui et quelle thèse est défendue. Terre plate, jus de carotte pour guérir toutes les maladies, négationnisme, tout y passe. La bd fait franchement froid dans le dos et pousse la fiction jusqu’à un attentat perpétré contre des personnalités juives. On insiste fortement sur un point : le dialogue. Comprenez que lorsque vous avez la sensation que quelqu’un vous tient des théories fumeuses, on serait tenté d’abandonner. Il ne faut pas notamment pour les jeunes. Un des personnages a cette phrase que j’aime beaucoup : l’histoire, c’est la science de demain. En effet, seule l’histoire peut permettre à nos jeunes générations de comprendre certaines absurdités.

Maus c’est l’histoire d’Art Spiegelman qui raconte la propre écriture de sa bande dessinée. Il explique comment il a réalisé l’interview de son père, un rescapé des camps. La force de la bande dessinée, c’est bien sûr de livrer un témoignage complet d’un survivant sur la période, mais aussi une histoire très personnelle. L’auteur décrit les relations avec son père, un homme dur, un homme marqué par l’horreur des camps. On oscille ainsi entre la Pologne des années 30 jusqu’à la fin de la guerre, et le temps présent, entre l’homme qui l’était et le vieil homme qu’il est devenu. Un homme qui se plaint tout le temps, notamment de sa seconde épouse, la mère d’Art Spiegelman survivante des camps, elle aussi,, s’est suicidée. Un homme radin, raciste, impossible à vivre. Un paradoxe avec le survivant qu’il a été, un homme qui a toujours trouvé des moyens de s’en sortir. On comprend que les camps l’ont marqué, il fait les poubelles pour faire de la récupération, économise tout le temps.

On notera aussi le choix de la technique assez singulière. La bande dessinée est en noir et blanc, les Juifs sont représentés par des souris, les Allemands par des chats, les Polonais par des cochons. Maus veut dire souris en allemand. Vladek le père va donc raconter sa rencontre avec son épouse, sa vie au quotidien. C’est un postulat intéressant, Art raconte la dépression de sa mère par exemple. Comment avec son père, elle est allée en maison de repos suite à la naissance de son premier enfant. Il s’agit de présenter la vie de gens normaux, avec leurs forces et leurs faiblesses, pas d’idéaliser des individus. On présente ainsi des événements anodins au milieu de l’horreur. On assiste à la montée du nazisme, l’entrée de Vladek dans l’armée, sa capture, son retour au pays. Puis les trafics, le ghetto, jusqu’à Auschwitz et la libération.

Le descriptif des horreurs de la période est profondément marquant. Maus est un ouvrage qui laisse des traces, un incontournable témoignage de cette période terrible de notre histoire.

Le Corpus hermeticum est une série de bandes dessinées de sept tomes. Chacun est en lien avec le Corpus hermeticum un livre maudit qui regrouperait toute la magie du monde et des anciens. Une recherche dans Wikipédia, nous apprend qu’il y a un fond de vérité dans cette histoire, le reste étant à la liberté de l’auteur. En effet, on apprend que l’ouvrage composé de quatorze parties serait une compilation d’écrits grecs, romains, égyptiens. C’est en 1460 qu’apparait officiellement ce livre, avec des écrits remontants jusqu’au II° siècle. Les contenus seraient philosophiques, scientifiques, magiques avec un côté mystique et magique.

On voit ici le terreau riche pour faire des histoires fantastiques ce qui est le cas dans la bande dessinée. Ce livre de la façon dont il est présenté, me fait penser au Necronomicon inventé par Lovecraft. Lovecraft est un des auteurs les plus connus dans le domaine du fantastique. On l’a déjà croisé sur le site pour ses correspondances avec l’auteur Robert E. Howard, créateur de Conan le cimmérien. Ainsi à la manière de Lovecraft dont la bande dessinée s’inspire, on aura souvent une référence aux grands anciens.

Chaque tome est une aventure unique qui se déroule à une époque quelconque. Il n’y a pas de liens entre les personnages comme on peut le voir parfois dans certaines bandes dessinées. De la même manière, les auteurs, les dessinateurs sont différents ce qui renfonce encore plus l’aspect one shot. Ainsi, le fil conducteur, c’est ce fameux livre qui finit tôt ou tard par faire son apparition et bien sûr l’aspect fantastique des histoires.

Le premier tome se situe de nos jours, un groupe de scientifique fait la découverte d’un sous-marin russe perdu depuis deux ans dans la banquise. Le prêtre qui commande cette expédition est à la recherche d’une ville disparue qui se situerait sous la glace. Il suppose que l’équipage l’aurait trouvé. Ensuite, dans le second épisode, dont j’ai mis la couverture ci-dessous, c’est une mission de secours organisée par les romains chez les pictes. On se doutera que la forêt réserve bien des mystères. Le troisième tome qui pour ma part est le plus réussi, se déroule durant la seconde guerre mondiale. Des soldats de l’alliance interceptent un scientifique nazi qui cherche à ranimer le pouvoir des Djinns.

Dans le quatrième épisode, on se retrouve cette fois-ci en pleine défaite de Russie de Napoléon. Une petite équipe passe à proximité de ce qu’on comprend être les Carpates. Faisant fi des histoires de vampires, ils imaginent un trésor accumulé depuis des siècles. Nous irons ensuite sur les tranchées de la guerre de 14-18 pour le cinquième tome. Des crimes sauvages sont perpétrés dans les deux camps, au point qu’Allemand et Français décident de mener une enquête commune. Un curieux soldat américain d’origine indienne fait partie de l’équipe, il est à la recherche d’un Wendigo. Le tome 6, c’est sur le Titanic, le tome 7 dans le far West.

La série corpus hermeticum est plaisante dans son ensemble. Le côté fantastique, le côté Lovecraft est particulièrement bien construit. De façon systématique, on nous transmet l’obsession des personnages autour de ce livre maudit. La qualité des tomes est par contre très inégale. Comme écrit plus haut, le tome 3 pendant la seconde guerre mondiale est excellent, celui qui se déroule sur le Titanic est trop verbeux. Une série de bande dessinée qui ne plaira pas à tout le monde, à réserver, je pense à ceux qui apprécient l’univers de Lovecraft.

Dans un futur lointain, les femmes ont fini par prendre le pouvoir. Les hommes se consacrent aux loisirs pendant que les femmes dirigent. Le monde devient pacifié, plus écolo. On notera que c’est le terreau d’une forte caricature, ce monde de femmes est loin d’être parfait. L’histoire se déroule sur Zarkass (piège sur), une colonie extra-terrestre. Le pitch est assez compliqué à faire. Deux femmes que tout oppose, une militaire et une scientifique, se retrouvent sur une planète, Zarkass. La scientifique cherche un remède pour sauver sa fille, la militaire est en mission spéciale. Elles ont pour mission d’explorer la colonie qui fait penser à une jungle sauvage. On retrouve dans la première partie, tout ce qui peut ressembler à une caricature d’exploration. Nourriture écœurante, moustiques tueurs et les indigènes qui les accompagnent qui ressemblent à des cafards géants. L’auteur dans sa société dirigée par les femmes présente la militaire qui singerait les comportements des hommes. Vulgaire, masculine, comme si finalement, il était important de remplacer le vide.

De cette exploration, on va passer à un enjeu plus grand, sauver la planète Zarkass. La bande dessinée est prenante, délirante, on a du mal à savoir où elle nous embarque. Écrite en 1958, comme je l’écrivais plus haut, c’est vraiment au talent, à l’imagination et sans références ou presque que cette histoire a été écrite. Un très bon moment de sciences-fictions psychédélique, assez critique. L’idée sous-jacente c’est que finalement, homme ou femme, la seule chose qui compte, c’est d’avoir le pouvoir.

Dans Gun crazy, on a plusieurs personnages atypiques dont les chemins vont se croiser. Ils ont tous la caractéristique de se prendre pour des superhéros, sauf que ce sont des psychopathes. Super White Man le tueur raciste, suprémaciste blanc et éjaculateur précoce. Les deux filles qui massacrent les racistes dans les restos routes, ou encore cet homme qui tue les prêtres pédophiles en les faisant exploser avec un bâton de dynamite dans le rectum. Enfin un policier qui a dressé son chien pour manger de la chair humaine. Ils vont tous se retrouver à Vegas pour des motivations différentes.

Comme on peut l’imaginer, la bande dessinée est particulièrement violente, mais pas seulement. Les auteurs annoncent que la bande dessinée est un hommage à l’âge d’or du cinéma jusque dans les années 80, et c’est effectivement le cas. Ils ont même poussé le concept à faire des coupures publicités avec les traces des VHS de l’époque. On notera aussi les couleurs criardes qu’on retrouvait dans les bandes dessinées des années 70, 80. Tout dans l’exagération et dans la démesure, un grand délire très efficace.

Dans les derniers argonautes, les dieux ont disparu du monde des Grecs, ils ne répondent plus aux prières, aux sacrifices. Un jour pourtant, un oracle fait une dernière prédiction. Pour retrouver les Dieux, il sera nécessaire de retrouver l’orbe du monde qui a été volé. Un seul homme sera capable de commander le bateau, Jason, celui qui conquit la toison d’or. Pour partir à la recherche de Jason, un infirme fils de roi, une Amazone, un poète, une sorcière et un satyre. Une drôle d’équipe qui va trouver un Jason âgé, qui n’est que l’ombre de lui-même. On se doute bien que ce dernier finira par les guider dans leur quête. Trois tomes pour une superbe aventure. Un dessin magnifique, une histoire qui tient la route et qui tient le lecteur en haleine.

L’histoire démarre avec un vieil homme qui quitte son village, il s’appelle Mowgli. Il rejoint les abords de la jungle qui l’a vu grandir. Malade, on comprend qu’il va mourir. Il rencontre un enfant à qui il raconte son histoire. La bande dessinée est décomposée en quatre tomes. Les deux premiers tomes correspondent au livre de la jungle tel qu’on le connaît. Toutefois, la vision qui nous est livrée est bien plus noire, plus proche de l’œuvre de Kipling. Pour preuve, le combat qui oppose Mowgli à Shere Khan se finit dans un bain de sang, Mowgli revient au conseil des animaux avec sa peau sur le dos. À l’instar du livre, Kaa aide Mowgli dans son combat contre les chiens sauvages.

Le début du tome 3 pourrait correspondre à la fin de l’animé dans lequel Mowgli voit une petite fille. Mowgli devenu adulte, maître de la jungle, tombe fou amoureux d’une jeune femme. Il la suit. Mowgli va se retrouver à la ville en plein conflit entre les Indiens et les Anglais. Sans caste, il ne peut s’approcher de sa promise, Vedra, qu’on veut marier à un autre homme. Dans cette seconde partie, habilement, le méchant est un Anglais qui porte les mêmes couleurs que Shere Khan. Le dernier livre de la jungle est une bande dessinée de Desberg à qui l’on doit le Scorpion. Comme on peut s’en douter, c’est dur. La vision de Desberg est assez intéressante, Mowgli rejeté par les hommes finit par collaborer avec l’empire colonial anglais. Pas un animal, pas vraiment un homme, Desberg nous raconte l’histoire des gens qui peinent à trouver leur place.

Quetzalcóatl est le cadre idéal pour une bande dessinée de Jean-Yves Mitton. En effet, on doit au scénariste et dessinateurs des bd comme les chroniques barbares, Vae Victis ou Attila… mon amour. Ainsi, le contexte de ses bandes dessinées est souvent historique, particulièrement sauvage et sexuel. Quetzalcóatl n’échappe pas à la règle. Deux prêtres viennent dans le nouveau monde pour confesser une femme au parcours exceptionnel. D’origine indienne, elle aurait été la maîtresse de Moctezuma le roi des Aztèques et de Cortès le conquérant. Cette confession n’est pas désintéressée. En effet, l’inquisiteur recherche l’or de Moctezuma. Ainsi, sur sept tomes, la jeune femme va raconter son calvaire et comment elle a pu survivre.

On la suivra donc de son village dans lequel elle grandit de façon heureuse, promise à un Indien qu’elle aime jusqu’à son lit de mort où on la confesse. Maïana pour survivre est prête à tout et comme on peut s’en douter, elle se donnera à tout homme pouvant assurer sa sécurité, indiens ou espagnols. Mais Maïana est aussi capable de violence pour se défendre, comme castrer un homme avec ses dents ou tuer. On la verra passer de l’état de victime soumise à femme forte qui essaie de maitriser son destin en manipulant les hommes. Quetzalcóatl n’est pas la bande dessinée la plus originale, je lui reprocherai sa violence permanente, gratuite. On pourra dire que c’est l’époque qui veut ça, moi, je dirai que c’est Mitton. Les sept tomes se laissent lire et on reste intrigué par le terrible destin de Maïana.

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