Il y a quelque temps j’avais fait un article assez complet sur l’auto-hébergement. D’habitude j’ai tendance à reprendre les articles, mais cette fois-ci, il y a un peu trop de changement, on va donc reprendre plus ou moins à la case départ.
Changement de hardware
À l’époque quand j’avais monté le serveur, j’étais sur une machine à base d’un équivalent de i3 et de 8 Go de RAM, c’est insuffisant pour faire tourner des applications un peu plus importantes. J’ai été la première vente d’un jeune, je suppose sur eBay, je vous mets l’annonce : HP ProDesk 400 G2 Mini – I5 6500T 8GB Ram HDD 500 GB. En « négociant », en tout cas comme le permet eBay, j’en ai eu pour environ 70 € frais de port compris. C’est un excellent prix, c’était bien emballé et cela confirme qu’eBay a encore sa place notamment dans l’achat de matériel informatique. C’est un excellent prix parce que ce type de machines désormais, c’est plutôt 100 €, on voit que la pénurie de RAM se reporte sur le marché de l’occasion. En plus par spéculation, puisqu’on peut supposer que ces appareils étaient déjà dans les stocks et qu’ils n’ont pas été payés au prix fort. Il est possible que je monte la machine à 16 Go de RAM, j’ai vu que j’avais un disque de 1 To qui trainait dans les parages, mais je ne pense pas en avoir besoin.

Il est important de remarquer que nous sommes sur une génération 6 d’un icore 5 et c’est important de le souligner. C’est le passage à la DDR4. Le passage de la DDR3 à la DDR4 à « processeur égal » est vraiment étonnant. Même sur une machine de type serveur, on le sent largement passer au niveau de la fluidité des services en ligne. Il est à noter que la machine possède un emplacement M2 pour les SSD, mais comme l’informatique n’est jamais simple, il faut un SSD compatible PCI Express pour que ça marche. À 130 € les 500 Go, vous comprendrez bien que je passe mon tour et qu’on attendra de trouver quelque chose dans un cadavre de machine ou d’attendre que les prix diminuent… ou pas (que les prix diminuent).
Passage à YunoHost
Avec les années, j’ai commencé par OpenMediavault, j’ai enchainé sur Ubuntu serveur pour terminer sur ZimaOS. C’est la première fois que j’installe YunoHost de façon sérieuse. Voici les motivations et le cheminement intellectuel. Notre histoire commence à une époque à laquelle je n’avais pas la fibre optique, si bien qu’avoir un serveur tourné vers l’extérieur n’avait pas trop de sens.
Au départ, j’étais intéressé par me limiter à un serveur interne et OpenMediavault paraissait une bonne solution. Avec du recul, la solution est trop orientée vers le NAS pour avoir un intérêt pour moi. Avec des machines ne possédant qu’un seul disque dur, l’intérêt est particulièrement limité dans la réplication des disques. OpenMediavault est de plus limité dans les applications qu’elle propose, un dépôt externe à installer et aux dernières nouvelles du docker avec lequel je ne suis pas à l’aise et je n’ai pas envie de l’être.
J’ai ensuite bifurqué vers Ubuntu Server qui est la seule distribution à ma connaissance à proposer un Nextcloud qui s’installe en une ligne de commande. Dans la guerre entre Snap et Flatpak c’est bien la seule domination de Snap. Nextcloud, c’est le cloud par excellence, mais c’est une usine à gaz pour mon besoin. Je pourrai en effet gérer mes contacts, le calendrier et tant d’autres choses par Nextcloud. Seulement et je pense que c’est important de revenir à la source, un serveur, c’est une machine physique qui est posée sur ma table avec trois chattes dans la maison. La moralité, c’est que jouer à faire de l’auto-hébergement pour des choses sans gravité pourquoi pas, mais quand il s’agit de quelque chose de plus compliqué, autant passer par un GAFAM ou un prestataire professionnel.

Il faut avoir conscience par exemple, que le mail familial est géré par o2switch avec un dépôt de nom de domaine chez ovh. Si demain, je décède, mon épouse, ma fille, ma mère, mon meilleur ami se retrouvent en carafe avec un mail crucial. Personne bien sûr ne comprend comment ça marche, personne ne s’en préoccupe tout simplement parce que ça marche et puisque je le gère. C’est malheureusement une réalité, nos solutions trop techniques ne peuvent pas être reprises par le commun des mortels. La multiplication de nos informatiques et de nos services peuvent devenir à un moment ou un autre un poids supplémentaire pour nos proches si nous sommes dans l’incapacité de les gérer. On peut donc hurler à la mort sur le propos qui consiste à utiliser un mail Gmail et les services inhérents qui sont proposés. Toutefois, c’est un service gratuit, pour lequel tout un chacun est capable d’être plus ou moins indépendant.
À partir de ce postulat pleinement assumé, l’intérêt d’un Nextcloud devient forcément limité. La seule chose qui peut m’intéresser dans Nextcloud c’est l’agregateur RSS plutôt bien fait, sauf qu’à ma dernière utilisation une mise à jour a tout cassé et a fini par laisser le service en plan. C’est de cette façon que je suis retourné à FreshRSS. Pour le reste éventuellement un partage de fichier, mais pas la partie mail, pas la partie partage de calendrier etc.
La dernière distribution que j’ai utilisée, c’est ZimaOS.

ZimaOS est une distribution pour monter son cloud personnel et j’insiste bien sur la notion de personnel. La distribution est totalement out of the box, s’installe très vite et ne pose pas de problème de configuration notamment pour un accès à distance. C’est directement par VPN que vous pouvez communiquer avec votre serveur et c’est ici que ça commence à devenir un peu plus compliqué quand vous voulez rajouter du monde. J’ai par exemple voulu partager des fichiers avec une autre personne, mais sans succès à cause justement de l’accès distant qui pose un problème. On a vu par exemple dans le précédent billet qu’il est possible d’installer ddclient et de le configurer avec un système dynamique de DNS. Ici, on n’est pas vraiment dans l’esprit du bricolage, ce n’est pas fait pour.
Je rajouterai enfin un point qui me gêne, c’est la tournure de certains projets gratuits, parfois libres. Dernièrement en date, LanguageTool, je mets le lien github et pas la société qui est derrière a décidé de rendre l’intégralité de ses services payants. Sur Linux, on est moins concerné puisqu’on a eloquent mais sur Windows, c’est différent. Pour LanguageTool, c’est quelque chose qu’on a vu arriver de loin, se durcir avec les années. Limitation du nombre de caractères corrigés pour finir par ne plus être gratuit. ZimaOS propose dans sa version gratuite, une limitation à 20 applications. Pour faire ce que je fais, c’est largement suffisant, mais il y a fort à parier que demain, ce sera moins. Dans le même ordre d’esprit quand on regarde les distributions out of the box qui permettent de faire de l’auto-hébergement, on a cloudron. Deux applications gratuites sinon cela coûte 15 dollars par mois pour des applications illimitées.
Ainsi, si on cherche une distribution communautaire qui permet d’avoir une solution d’auto-hébergement out of the box, la seule solution, c’est YunoHost.
Un démarrage difficile
Je ne vous ferai pas l’affront de vous faire le tuto d’installation, je l’ai déjà fait. Il s’agit d’une installation triviale sur une machine d’une Debian. Je vous conseille d’allouer l’espace disque complet et de laisser faire. Ce qui par contre mérite davantage votre attention, c’est la configuration du DynHost. Pour rappel, je suis propriétaire d’un nom de domaine à tout faire en ovh qui coûte trois euros l’année. Du fait de ne pas avoir d’IP fixe pour la box de SFR, il est nécessaire d’avoir un logiciel qui permet de mettre à jour de façon automatique l’adresse IP en lien avec le nom de domaine.
Je suis assez perplexe sur la documentation de YunoHost et je dois vous avouer que j’ai failli renoncer. Mon premier réflexe a été l’installation de ddclient et la configuration comme je l’avais faite pour ma box SFR puisque sur le principe rien n’a changé. Je rappelle que SFR dans sa version de la box ne propose « que » de l’IPV6 et il faut demander au service client la possibilité d’avoir de l’IPV4. Je resterai chez SFR jusqu’à son rachat, je n’ai pas de raison particulière de partir, mais il y a peu d’intérêt avec le déploiement de l’IPV6 de réclamer de l’IPV4. À moduler toutefois, au lycée, je suis en IPV4 ce qui veut dire que je ne pourrais pas accéder à mes services sauf par le biais de mon téléphone.
En suivant le tuto que j’avais moi-même écrit cela n’a pas fonctionné. En commençant à fouiller dans la doc, on est renvoyé dans des vieilles pages de dévellopez.com qui ont plus de 10 ans pour la configuration de ddclient. Rien n’a fonctionné, plus fort, j’ai réussi à planter la machine et j’ai dû faire une réinstallation propre. La documentation de YunoHost n’est pas formidable et elle mériterait certainement un coup de frais. Je ne sais pas si c’est collaboratif.
La solution pour utiliser le système DynHost est en fait beaucoup plus simple. Il y a un système de communication automatique entre YunoHost et le registrar, ici ovh. Il est nécessaire de créer un jeton à l’adresse suivante : https://auth.eu.ovhcloud.com/api/createToken et de suivre les consignes que l’on trouve à la page de la documentation.


À partir de ce moment tout fonctionne très bien, ne pas oublier au niveau de votre box d’ouvrir les ports TCP 443 et 80. J’ai fait le choix par exemple de ne pas ouvrir le port SSH pour n’avoir à communiquer de cette façon qu’à la maison. Au niveau de la box de SFR, il est possible de configurer une adresse IP et de la mettre en lien avec une url. C’est très pratique puisque cela évite la modification des fichiers hosts. Et c’est encore plus pratique quand vous avez des appareils mobiles.
Du fait d’avoir noté un démarrage difficile, autant y aller franchement dans ce paragraphe pour ce qui me pose un problème avec YunoHost. La première chose, c’est ma faute pas la leur, c’est le système en lui-même. De mon temps, j’aime beaucoup cette phrase, on nous expliquait que quand tu veux te lancer dans l’administration d’un serveur, tu as tout intérêt à tout savoir gérer de A à Z. Ici, je délègue pleinement cette responsabilité à un tiers tout en assumant le risque d’y mettre des données personnelles et d’être le seul responsable. J’en reviens ainsi à ce que j’écrivais plus haut à savoir qu’il faut y mettre une certaine forme de légèreté dans cette activité et si vous laissez traîner un backup, autant chiffrer à la base.
Le second point est inhérent avec le premier, certaines choses ne fonctionnent pas. Par exemple pour faire un double de ma chaîne YouTube, j’ai voulu installer une instance PeerTube. C’est une des forces de YunoHost, c’est la capacité à installer de très nombreuses applications qui sont complexes à installer par soi-même. On retombe par contre dans le travers précédent, vous dépendez du mainteneur du paquet. Je lisais qu’un paquet n’avait pas été mis à jour depuis un moment, c’est le risque. Donc j’installe mon instance PeerTube et je vois que j’ai des erreurs notées dans des problèmes de droits sur des répertoires. À la sortie, il m’est impossible d’enregistrer ma configuration. J’ai renoncé à l’utilisation de PeerTube. Quand j’aurai plus de temps, j’irai certainement recommencer et j’enverrai les logs. Mais l’idée sous-jacente quand j’utilise cette distribution, c’est en aucun de mettre la main dans le cambouis. L’idée, c’est d’être simple utilisateur. J’imagine de plus les conséquences potentielles d’une modification perso à la prochaine mise à jour. L’angoisse principale tout de même, c’est que ça pète, j’ai déjà réussi à le faire avec une simple installation de ddclient.
Dernier point que je peux résumer à celui-ci et que j’appelle le syndrome Mandrake.

À l’époque Mandrake c’était la distribution conviviale sous Linux avant de se faire détrôner par Ubuntu. Mandrake ne proposait pas une suite bureautique, mais trois, quatre logiciels de dessin etc. Ici, je pense qu’il y a six agrégateurs de flux RSS. Alors c’est sympa, ça permet de tester, mais on se dit que cela manque de choix, parce que je pense qu’il faut choisir. Je pense aussi que cela implique davantage de bras pour la maintenance qui pourrait déjà potentiellement manquer de bras.
Les services utilisés
J’utilise deux services internes pour l’instant. De façon systématique, j’utilise MiniDLNA qui permet de diffuser à travers toute la maison des contenus. Cela permet ainsi de diffuser un film de vacances depuis le serveur sur la télévision ou une tablette. J’évoquais parfois des problèmes, c’est le cas ici. Par défaut la configuration des répertoires de partage sont interdits en écriture depuis le FTP. La configuration n’est pas bien compliquée à changer mais cela nécessite de passer tout de même par SSH et la commande. La facilitation de YunoHost est bien réelle mais il vaut mieux savoir se débrouiller à minima. Le second service que j’utilise n’est pas sur YunoHost mais depuis mon PC. Il s’agit des sauvegardes que je réalise avec Déja Dup, qui reste une belle exclusivité Linux et je serai intéressé si quelqu’un a l’équivalent Windows.


En ce qui concerne les services distants, j’ai mis en place lychee. Lychee à l’origine est un CMS utilisé pour présenter des galeries photos. Il se trouve que Lychee fonctionne particulièrement bien avec les vidéos. J’avais fait un backup de ma chaîne YouTube avec Piwigo qui est aussi un utilitaire de gestion des photos. Le résultat est similaire mais la mise en œuvre n’a rien à voir. Alors que dans Piwigo il était nécessaire de modifier dans le ftp pour les noms de fichiers et de faire des rafraichissements réguliers, lychee fait tout de façon automatique. La galerie est responsive design et s’adapte parfaitement aux téléphones. J’ai supprimé Piwigo de l’hébergement o2switch, en fin de compte, c’est un service qui n’était pas indispensable puisque c’est au cas où ma chaîne YouTube disparaît.



J’avais fait une demande sur le forum de YunoHost et on m’avait proposé et lychee et le logiciel Immich. Immich est présenté comme une alternative à Google Photos, je dois reconnaître que c’est particulièrement impressionnant. C’est fluide, c’est propre et associé à une application Android qui permet d’envoyer directement du contenu.

Comme je l’ai écrit plus haut, Nextcloud est trop une usine à gaz pour moi, de plus j’ai trouvé que de manière générale, c’était lourd par rapport à ma machine. Je voulais un gestionnaire de fichiers qui me permette d’envoyer des fichiers de façon simple et fluide. Sync-in est un gestionnaire de fichier bien fait, rapide et qui permet de mettre en place des liens de téléchargement pour éviter la création de compte.

En conclusion provisoire.
Comme vous l’aurez compris, YunoHost est riche, très riche et bien fait. Les applications sont nombreuses, faciles d’accès et on en viendrait même à se demander si ça ne vaudrait pas le coup de remplacer un hébergement mutualisé de plus en plus cher, par un VPS sur lequel on installerait YunoHost. Ou même pourquoi pas, tenter l’aventure de l’auto-hébergement y compris pour les sites internet. Car à la réflexion si on fait un calcul d’une centaine d’euros par an pour un hébergement o2switch mutualisé limité par un cpanel qui n’offre plus grand-chose d’intéressant, on pourrait imaginer se lancer dans une aventure plus riche.
À y regarder de plus prêt, la formule à 8.65€ TTC par mois avec ses 4 cœurs et ses 8 Go de RAM pourrait se réfléchir pour mon besoin puisque c’est actuellement ce que j’ai avec serveur. 75 Go de SSD, au départ, je trouvais ça court, mais finalement, c’est très largement suffisant pour mon besoin.

Il reste bien sûr la peur de se lancer, le temps, la question de la sécurité. On reste bien entendu sécurisé par le confort de la gestion par les autres. Avec YunoHost, la sécurité est aussi garantie par quelqu’un d’autre, est-elle aussi solide ? C’est certainement en essayant qu’on pourrait être fixé. Si vous avez des retours d’expériences, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires.
dans le même genre de besoin, après avoir eu un Raspeberry sous Nextcloud, je suis passé a PCloud. 5 To pour 5 personnes a 600 € « à vie » (99 ans). Cela passe bien sous Linux et Android. Tout le monde peut l’utiliser et même si je disparais il n’y a pas de config à refaire. Juste les mises à jour. Les PC sont sauvegardés, les photos des téléphones aussi.
Pour l’agenda, j’ai un compte Framagenda et mon épouse aussi avec partage des deux agendas. Pas de souci avec Thunderbird ni ACalandar.
Pour les taches, cela passe via TB (mais pas les sous taches) et jx Board (via F Droid) mais seulement pour moi car c’est un peu plus « compliqué ».
Si cela peut aider quelqu’un …
Je n’irai pas miser sur le « à vie » comme on a pu le voir chez les opérateurs téléphoniques. En ce qui concerne Framagenda, pourquoi pas, ce n’est pas vital pour un fonctionnement un calendrier. Je pense que le plus problématique c’est le mail.