Cela fait quasiment six mois que je n’ai pas écrit de billets sur les podcasts, je vais donc me permettre de me répéter un peu. Une synthèse en quelque sorte. Avec les travaux, mes nombreuses heures de voiture, j’écoute de nombreuses heures de podcast. Je suis aux environs de 35 heures de liste d’attente contre 45 à 50 heures. Je zappe aussi pas mal ce qui permet de faire diminuer la quantité restante.
Transfert dans la balance
Comprenez que si je n’accroche pas rapidement, je passe. L’exemple type, c’est Transfert. J’ai commencé le podcast avec Transfert et je trouve que c’est de moins en moins bon. Il faut savoir que Transfert au moment où j’écris ces lignes, fête ses dix ans. Et pour fêter ça, ils font des rediffusions des épisodes qui ont été les plus marquants. Je trouve que la méthode est assez cavalière et ne touche pas le but voulu. Trouver des podcasts, c’est compliqué, j’y reviendrai plus loin. On est un peu comme sur YouTube, plus tu es gros plus, tu es visible, Transfert est donc un incontournable. L’idée, c’est de proposer plus d’épisodes quand les épisodes sont entre 30 minutes et une heure. La moralité, c’est que cette stratégie est mauvaise pour tout le monde. Transfert n’a pas besoin de visibilité pour qui s’intéresse aux podcasts, les abonnés n’ont pas besoin d’être noyés par de longs podcasts qu’ils ont déjà écoutés.
En effet, dans la liste des rediffusions, il se trouve que ce sont des épisodes que j’ai déjà entendus. L’effet attendu n’est donc pas bon pour deux raisons. La première bien sûr, c’est la zappette et pas dans des conditions qui me plaisent. Quand j’écoute du podcast, j’ai des spatules à la main, ce n’est pas pour prendre mon téléphone et pour zapper. Pareil au volant, ce n’est pas à 130 km/h qu’on se prend à manipuler Android Auto pour changer d’épisode.

Et puis il y a peut-être plus surprenant, Transfert c’était mieux avant. J’ai écouté des épisodes passionnants. Parmi eux, je pense à François Hollande qui raconte comment il a vécu les attentats du Bataclan. Quelles que soient ses opinions politiques, qu’on aime ou non le personnage, je trouve que les présidents restent de bons orateurs. Il y a dans son témoignage, « L’obligation d’être à la hauteur » quelque chose de poignant et une surprise collective pour cet épisode 300. En effet, Transfert, ce sont des anonymes, la voix de Hollande comme celle de Sarkozy ou d’autres présidents marquent les esprits. J’ai écouté aussi cet épisode extraordinaire raconté en deux épisodes. Dans la première partie, une jeune femme raconte sa tragédie avec son compagnon qui finira par prendre son ex en otage dans un pays nordique pour finir abattu par la police. La jeune femme dévastée est abordée par un jeune sans papiers dans le métro. Elle finit par le nourrir, l’héberger, l’éduquer. Elle le sauve, elle se sauve. Dans la seconde, c’est le jeune homme qui parle et on comprend que migrant, ce n’est pas la croisière s’amuse. Cette histoire est l’une des plus belles histoires de solidarité que j’ai eu l’occasion d’écouter.
Aujourd’hui quand j’écoute Transfert, on est dans les trois quarts du temps dans des histoires d’amour, de rupture, d’emprise. On a l’impression qu’on a fait un peu le tour des histoires extraordinaires pour se focaliser sur les histoires très ordinaires. Et pour ça les pieds sur terre fait beaucoup mieux. La diversité des histoires comme ces gens qui racontent leur immeuble envahit par les cafards. L’histoire d’un portail de la discorde entre une copropriété et leur ville. Cette préparatrice physique qu’on a essayé d’assassiner ou cet homme dont le père a été SS. La qualité des épisodes est variable comme je l’ai déjà écrit, parfois j’accroche, parfois pas. Toutefois, la diversification des épisodes et des thématiques abordées en font un podcast, riche, varié.
Quand j’écrivais plus haut qu’on a l’impression qu’on a fait le tour des bonnes histoires avec Transfert, je ne suis pas loin de la réalité. Dans les pieds sur terre, j’ai écouté deux histoires que j’avais déjà écoutées dans Transfert et je trouve que c’est malsain. La première histoire, c’est celle de cet homme qui a fini par adhérer à la philosophie incel. Le garçon a du mal à avoir des relations avec les femmes, il trouve un refuge dans les forums du 18 – 25 ans de jv.com. Il raconte son histoire presque au mot prêt. De la même manière cette jeune femme qui se retrouve avec des quadruplés. Ce que j’aimais bien dans Transfert c’était la sensation de cette personne qui raconte son histoire, qui se livre. Quand on multiplie la même histoire sur différents médiums, c’est qu’il y a une intention. La volonté d’avoir son quart d’heure de gloire. Tout de suite l’histoire parait moins pure, moins franche, moins crédible peut-être.
Transfert est donc dans la balance, je crois qu’il nous quittera à l’histoire d’amour de trop ou la redif de plus.
J’ai arrêté d’écouter




Les salauds de l’histoire n’est pas un podcast inintéressant, mais il finit par devenir anxiogène. Des morts, des tortures, des dictatures et j’en passe. J’ai préféré le remplacer par Crime Story, le podcast du Parisien. Vous me ferez remarquer que ce n’est pas la même chose puisqu’il s’agit d’affaires criminelles et plus d’histoire avec un grand H. Pas faux, mais la finalité reste la même, des morts. Ce qui m’intéresse dans Crime Story, c’est qu’il est question d’un témoignage de l’histoire de France. Robert Boulin ministre qu’on retrouve noyé dans un lac ou le patron de Renault dans les années 70. Je crois que j’accroche davantage du fait que c’est en France et que c’est contemporain. Certaines histoires me sont connues, d’autres absolument pas. On réalise que la bavure judiciaire, ce n’est pas d’aujourd’hui.
J’ai arrêté d’écouter un président devrait écouter ça. Paradoxalement alors que j’écris plus haut que François Hollande est passionnant, dans ces nouveaux épisodes il est mauvais. Pas assez impliqué, trop distant, pas assez vivant, parfois bégayant. Les thématiques pourraient être intéressantes, avec un président encore plus, malheureusement cela se transforme en exercice convenu. Et c’est un peu la sensation que j’ai avec Mediarama le podcast de l’agence de communication Cosa. On parle de tech, on reçoit des invités, on a l’impression de regarder une émission de Michel Drucker. Je ne dis pas qu’il est nécessaire d’être agressif, peut-être dynamique, un peu piquant. En fin de compte, à l’ère de l’IA, si c’est pour entendre des humains me faire un discours lisse, j’y vois peu d’intérêt. Dans les deux podcasts, je n’apprends rien.
J’ai arrêté d’écouter Henri de Hardisk et ce n’est pas pour un problème de fond, mais de forme. Hardisk est intéressant, je m’étais passionné par exemple avec l’histoire de ce Japonais qui s’était évadé un nombre de fois incalculable des prisons les plus réputées du Japon. Il apparaît que les derniers épisodes sont moins intéressants, mais surtout, ils sont beaucoup trop denses. Henri débite énormément. Je n’irai pas critiquer, une année mes élèves m’appelaient Eminem. Le ton rapide est une manière de captiver l’auditoire afin qu’il ne s’endorme pas. Seulement, le problème, c’est qu’ici la densité d’informations a largement augmenté. De plus en plus de détails pour des épisodes plus longs à une cadence incroyable, je me rends compte que mon cerveau ne suit pas. D’habitude, je suis capable de conduire ou de bricoler en écoutant un podcast, ici, je n’en suis plus capable. Je décroche et je trouve que c’est quelque part angoissant.
Speakeasy le podcast de la creator economy
Henri de Hardisk a lancé avec Paul Barbosa et Romain Lanéry qui sont deux autres influenceurs que je ne connais pas leur chaine commune Speakeasy. Je me suis retrouvé à écouter speakeasy par hasard puisque Henri de Hardisk l’a diffusé dans le flux de sa propre chaîne. Comme quoi, un passage en force parfois peut amener à une belle découverte. Speakeasy est intéressant sur de nombreux points.
On est avec des jeunes gens qui savent exactement de quoi ils parlent. C’est bluffant, c’est ici qu’on se rend compte qu’on est un boomer et que la place est aux jeunes. Leur maîtrise des outils IA, Google, rien n’est fait au hasard. Ce que je trouve de formidable dans l’approche et encore plus pour des gens de ma génération, c’est leur professionnalisme. Comprenez que lorsqu’on a cinquante ans passés, qu’on est prof, on peut facilement tomber dans le mépris pour des jeunes surtout quand son public peine à faire des actions de base en informatique. Ils ont invité le créateur de contenu Xelito qui ne réalise que des shorts. Le jeune homme est surprenant puisque ne faisant que du short, il met des moyens conséquents et travaille sur des durées qui sont de l’ordre de la frame. L’investissement pour des durées aussi courtes, les essais multipliés par dix etc. Pour ce dernier point, certaines plateformes permettent de tester jusqu’à dix versions d’une même vidéo et le garçon le fait. On comprend que rien n’est laissé au hasard, que tout est testé, décortiqué. En bref, c’est du boulot et on est à des années lumières d’imaginer le travail qui est réalisé derrière.
Les thématiques sont variées même si elles tournent autour de la tech et elles mettent sur la table des sujets auxquels je n’aurais pas pensé parce que je suis trop vieux pour y penser. Dans le dernier épisode que j’écoutais, ils s’interrogeaient sur la pertinence des influenceurs IA. La différence entre speakeasy et ce que je peux lire ou entendre c’est que le raisonnement n’est pas classique. Dans ma sphère, les influenceurs IA ne servent à rien, c’est l’étape de plus de la dégénérescence de la société. Bienvenue chez les libristes. Dans la leur, ils voient la possibilité d’avoir un compagnon virtuel pour coanimer une émission ou un avatar pour les remplacer. Car ici, il est effectivement question d’argent et c’est intéressant dans cette vision du monde dans laquelle tous les moyens sont bons. Imaginez par exemple, un avatar virtuel de moi-même qui s’imprègne totalement de mes méthodes pédagogiques, de ma voix, et c’est une possibilité d’avoir « prof BORNE » à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Je ne suis pas du tout fan des gens qui échangent en direct dans les podcasts, ça donne l’impression d’avoir des plateaux télés dans lesquels les gens sont tous « amis » et se forcent à rire. La plupart du temps ça tourne à la private joke et ça donne la sensation d’assister à un repas dans lequel des vieux amis racontent leurs vieilles histoires auxquelles vous ne comprenez rien. L’effort d’inclusion est important, les trois hommes se connaissent, mais chacun apporte son eau au moulin avec souvent des opinions contradictoires. C’est certainement l’une des forces du podcast, la confrontation des idées. Je pense qu’il y a une préparation en amont, mais comme les gars sont intelligents et que ça doit fuser dans leurs têtes en permanence, les idées viennent probablement en direct. La réflexion va loin.
C’est vraiment pertinent et je recommande à toutes les personnes qui s’intéressent un peu à l’internet, à la net économie, aux tendances, à l’avenir.
De la difficulté de trouver de la source
Avec plus d’une trentaine d’heures d’écoute, il est certain que je ne suis pas en manque. Toutefois, je trouve qu’il est dommage d’avoir ce manque de visibilité que je dénonce à chaque fois. Concrètement le podcast aujourd’hui se limite à l’actu, à l’histoire, à du story telling ou à des gens qui viennent faire leur promotion. J’écrivais plus haut que j’étais gêné par des histoires d’anonymes qu’on retrouve sur plusieurs podcasts, force est de constater que les célébrités font ça très bien aussi. Legend bien sûr, mais aussi un passage par Hugo Decrypte ou Small Talk de Kombini. Il n’est pas rare de voir trois fois le même artiste dans le même exercice. En fin de compte, on a rapidement fait le tour de l’univers podcast, en tout cas l’univers connu, l’univers visible. Cela manque de dénicheurs, de gens qui vont chercher le podcast pour le mettre en lumière. Et je n’ai pas l’impression contrairement à YouTube, que l’algorithme vous remonte des podcasts qui pourraient vous intéresser.
Sur Mastodon quelqu’un a lancé un compte qui s’appelle « plein de podcasts« . C’est assez rare pour être remarqué, car ce podcast est propre au réseau Mastodon, il ne me semble pas avoir vu d’autres initiatives ailleurs. Cela permet de voir passer des podcasts, pas forcément de pousser pour aller s’y abonner mais cela va quand même dans le bon sens pour avoir une source de découverte. En fin de compte, il faudrait presque un bouton random sur AntennaPod.

Je continue les podcasts de restez-curieux.
J’ai quasiment fait dix podcasts depuis début 2026. Il faudra que je fasse un billet explicatif à l’occasion, mais j’ai fait un énorme travail de refonte du site. J’ai retiré beaucoup d’articles et certains que je trouvais trop court ont été basculés en podcast. Il faut dire que l’effort est minime avec souvent un enregistrement en deux ou trois prises. Je n’ai rien fait depuis un moment, si on fait abstraction des travaux qui sont particulièrement chronophages, j’ai pas mal écrit, surtout de longs billets et j’ai produit des contenus pour les mathématiques. J’y reviendrai quand j’aurai un moment, toujours sur des thématiques informatiques.
Néanmoins, quand je vois le niveau de compétences apportées par les gens qui animent speakeasy, on se sent tout de suite moins légitime à parler d’actualité. Il ne s’agit pas de syndrome de l’imposteur, mais bien se rendre compte qu’on peut difficilement être et avoir été. Il resterait la possibilité de parler de l’histoire de l’informatique, de ce qu’on a connu, mais j’aurais peur de rester dans le passé en permanence. Faire le pivot et évoquer tous les sujets qui me passent par la tête, ce n’est pas super en termes de ligne éditoriale. On verra, rien ne presse, rien n’est urgent. Du fait d’utiliser « Seriously Simple Podcasting », je pousse sur YouTube, Apple Podcast et Spotify. Pour les deux dernières plateformes, je n’ai aucun auditeur. Je pense que je vais finir par supprimer les comptes.
C’est en fait YouTube qui reste le plus intéressant du fait de son algorithme qui propose indifféremment podcast et vidéo. D’après Speakeasy toujours, Facebook serait le nouvel eldorado, mais je n’ai pas vraiment envie de rajouter du travail de plus pour un intérêt qui demeure limité. Peut-être un jour si j’ai du temps à tuer.
En attendant, je constate avec amusement que ce premier podcast que j’avais enregistré à la va-vite sur la différence entre LibreOffice et OpenOffice arrive gentiment aux 30 000 écoutes ou vues, c’est selon.

il y a beaucoup de « speakeasy » en podcast …pour trouver la chaine mentionnée, il faut chercher Speakeasy by /influx
Hello, les Pieds sur terre reste un must. Et ce qui est chouette c’est que parfois ils donnent des nouvelles de certaines personnes (et qu’il y a plus de 5000 épisodes 😛)
Bonjour. J’ai écouté tes podcasts. Est-ce qu’il serait possible d’ajouter une intro du genre : « bonjour, c’est Cyrille Borne, voici le sujet du jour… » ? Ça serait pas mal pour identifier le podcast, surtout lorsqu’on en enchaîne plusieurs.