Lectures, octobre 2026

Pauline est étudiante parisienne, une caricature. Excessive, plaintive, pénible, caractérielle. Une amie lui prête une maison dans une campagne reculée afin de réviser ses partiels. Elle va rencontrer Erwan, un jeune homme simple qui a pourtant une mission très importante. Erwan doit être le témoin d’une cérémonie qui se déroule dans un monde parallèle peuplé d’habitants fantastiques. C’est un rituel important pour les quatre peuplades qui composent cet univers parallèle. Un monde dans lequel le temps ne s’écoule pas de la même façon que le nôtre. C’est à l’aide de larmes d’abeille qu’il peut s’y téléporter, d’où le titre du premier album. Comme Pauline se mêle de tout, elle va le suivre et changer la face des mondes, le leur et le nôtre.

Il va se produire quelque chose durant la cérémonie. Pauline va rentrer avant Erwan dans notre monde et quand ce dernier reviendra, il va découvrir que notre terre va mal et partir à sa recherche. On enchaîne les catastrophes naturelles, les maladies, les guerres, alors que la bande dessinée date de 2008, on ne peut qu’y trouver un lien avec notre situation actuelle. Il n’est pas évident d’en dire plus, ce serait tomber dans le spoil. Le grand mort est une bande dessinée qui en vous entrainant dans cet ailleurs, intrigue, vous transporte. La bande dessinée n’est pas réalisée par Loisel à qui l’on doit la quête de l’oiseau du temps, mais par Mallié avec un dessin très proche, très agréable. L’auteur est coscénariste sur l’album.

J’ai suivi le grand mort à la sortie tome après tome sur une durée de douze ans. À l’époque, l’impression générale, c’était la frustration. En effet, la série compte pas moins de huit tomes et force est de constater qu’entre chacun, il ne se passe pas forcément d’événement majeur sauf en fin d’album avec un cliffhanger. On fermait ainsi l’album dans la longue attente du suivant. Je viens de relire la série d’une traite, forcément ça passe mieux. Néanmoins, la fin du monde s’étire, et si la bande dessinée reste prenante, elle reste très classique et en longueur.

À la fin des années 60. Dans un village de campagne, un inspecteur enquête sur la mort de deux personnes. Il apparaît que ce qui pourrait paraître comme une querelle qui a mal tourné est en lien avec un vieux secret du village. La reconstitution de la France rurale est bien orchestrée. Des personnages atypiques, caricaturaux, comme le photographe du village fasciné par les gens qui sautent du pont. Le dessin d’Astier est assez intéressant, la couleur notamment. Alors que la bande dessinée date de 2005, on ne peut que penser dans le choix aux années 70, comme un Valérian. L’enquête, si elle est classique, fait tout de même tenir en haleine le lecteur sur les trois albums que compte Aven.

L’action se déroule à la fin de la guerre de sécession, le sud a perdu. Une femme, accompagnée de ses deux enfants, cherche à faire évader son mari, un colonel de l’armée sudiste prisonnier. Si bien sûr, le but est de délivrer l’homme, une autre intention se dissimule. Pendant plusieurs mois, le colonel a réalisé une mission pour le général Lee qu’il a tenu secrète. Il aurait en effet mis la main sur un trésor qui permettrait de financer la guerre et renverser le cours de l’histoire en faveur du sud. Gibier de potence est un récit fini en quatre tomes divisé en deux diptyques. La première partie s’articule autour de la recherche du fameux trésor, la seconde autour du gradé nordiste qui a pris en charge toute la famille. Une très bonne bande dessinée, de l’action, des surprises, et un travail autour des personnages très pertinent.

Il était une fois, dans un royaume, une jeune femme très laide du nom de « morue. » Tout le monde se moquait de son physique, lui confiait des tâches ingrates. En bref, une vie de solitude, sans amour. Un jour, dans un acte de générosité, elle aide un crapaud qui est en fait une fée. Pour la récompenser de sa bonne action, la fée exauce un souhait, on se doute en lien avec sa beauté. Malheureusement, la fée ne réalise pas vraiment le souhait tel que Morue l’attendait. Morue deviendra aux yeux des autres la plus belle femme du monde. Elle devient beauté. Et c’est ici que ça se complique. Tout homme qui croise beauté veut la posséder. La première réaction des hommes du village est donc de la séquestrer pour l’avoir à « disposition ». Elle parvient à s’évader et s’éprend d’un seigneur local.

Il apparait que la bonne fée n’est pas si bonne que cela. Elle incite beauté à de mauvaises actions, gravir les échelons, pourquoi pas un roi plutôt qu’un petit seigneur ? Beauté va créer des guerres, engendrer des catastrophes au point d’essayer de se débarrasser de ce cadeau empoisonné. Techniquement, c’est intéressant puisque le personnage a conservé sa laideur, on s’amuse donc à alterner le vrai visage de morue / beauté et l’image qu’elle renvoie aux autres. L’histoire est assez classique avec cette idée de toujours plus, plus de catastrophes, de seigneurs puissants, de drames. En trois tomes, remarquablement illustrée, on reste scotché jusqu’à la fin.

Attention, il est impossible de faire le pitch de seuls sans spoiler, en tout cas à partir du tome 5. C’est en effet à partir de cet épisode que l’on comprendra mieux la série. Elle redémarrera sur de nouveaux mystères, de nouvelles intrigues. Des enfants se réveillent un matin, ils réalisent qu’ils sont seuls dans leur ville. Il n’y a plus d’adultes, il ne reste que des enfants et encore pas tous les enfants. Ils ont pour seul souvenir celui de s’être endormis la veille. Après un temps d’exploration, la survie s’organise, lorsqu’ils réalisent qu’ils sont seuls dans la ville, ils décident d’explorer le monde. Ils trouveront bien sûr d’autres enfants. On va rentrer alors dans les classiques schémas de concurrence, de domination qu’on voit dans toutes les présentations de sociétés qui se reconstruisent. Pendant qu’ils gèrent leurs difficultés avec l’autre clan, des phénomènes fantastiques se multiplient au point d’essayer d’absorber la ville.

S’ouvre ainsi les cycles suivants où spoil oblige, les enfants comprennent qu’ils sont morts. Ils découvrent des enfants qui sont présents depuis des centaines d’années, en provenance de toutes les époques. Ici encore les enfants sont triés par famille, avec des castes, de 1 à 15. Une distinction est réalisée entre familles du mal et familles du bien, un affrontement va bientôt avoir lieu. La série compte actuellement 16 tomes et elle est prévue pour en faire 22. C’est une série qui a très bien fonctionné (plus de 2 millions d’exemplaires vendus) jusqu’à une adoption au cinéma plutôt médiocre. Dans seuls, on trouve tous les clichés des sociétés, des affrontements, la bande dessinée multiplie les emprunts, notamment au cinéma ou dans les séries télés. Elle aborde aussi, avec plus de sérieux, la violence, une volonté des auteurs jugeant que peu de bandes dessinées traitaient de ces thématiques pour les jeunes.

Le dessin de Gazzoti s’adapte parfaitement. Un trait simple et enfantin avec pourtant de larges scènes de violence. On meurt souvent dans seuls, on se fait mutiler, découper et même torturer. La bande dessinée est agréable même si je trouve que certains tomes sont loin d’être indispensables et ne font pas avancer l’histoire. Il reste encore de nombreux secrets à livrer et l’attente risque d’être longue. La bande dessinée a démarré en 2006 à raisons d’environ un tome par an. Les ados qui ont commencé la série seront devenus des adultes. Pour ma part, la lassitude s’installe et reprendre à chaque fois quelques albums précédents pour se remettre dans le bain de la série devient de plus en plus pénible.

Dans un royaume, un roi a peur de mourir. Il trouve une solution en emprisonnant la mort dans un miroir. Voici le postulat de la bande dessinée. Le roi ne meurt plus, mais les gens ne meurent plus non plus. Si le roi en s’exposant au miroir avec la mort emprisonnée ne vieillit pas, c’est différent pour les autres. Les gens pourrissent. Ainsi les morts-vivants font partie du décor. Néanmoins, ces gens qui ne meurent plus, c’est un problème. Les enfants n’héritent plus, les personnes âgées ne disparaissant plus deviennent un poids pour les familles. Lorsque les gens sont trop vieux, qu’ils deviennent trop encombrants, ils sont laminés. Il s’agit d’abattoirs gigantesques dans lesquels sont tués les gens. Mais comme ils ne peuvent pas mourir, les âmes sont captées par les gens qui les tuent. C’est ainsi que dans un même corps, se partagent des dizaines d’âmes. Deux enfants pourraient changer la donne, Zorn et Dirna. Ensemble, ils ont le pouvoir de tuer les gens. Ils deviennent dès lors un enjeu de pouvoir. La mort est en effet perçue comme un soulagement, une libération, tout comme c’est un soulagement d’être seul dans un corps.

Il s’agit d’une histoire de Morvan et Morvan est un auteur qui ne fait jamais dans la dentelle. Zorn et Dirna ont été séparés de leurs parents à leur naissance, ces derniers vont essayer de les retrouver. Le père est devenu un chasseur de « zombis » rebelles qui refusent de se laisser laminer. Maman est enfermée dans le corps d’un lamineur, un tas de muscles. Forcément, quand papa et maman vont se retrouver avec les enfants, on peut imaginer les difficultés pour la petite famille. Zorn et Dirna est une bande dessinée finie en six tomes. Le dessin presque enfantin contraste avec l’aspect totalement gore de la bande dessinée. Comme on peut l’imaginer, les auteurs explorent toutes les possibilités sur l’absence de mort, mais aussi dans les corps possédés par plusieurs âmes. Excellente série, originale, mais à ne pas mettre dans toutes les mains, certains passages sont potentiellement choquants.

Millénium est l’adaptation de la série de livres éponyme. L’ouvrage traduit dans des dizaines de langues a été vendu à des millions d’exemplaires. Le succès est tel que le premier livre a connu une adaptation cinématographique avec Daniel Craig aka James Bond. Millénium c’est le titre d’un journal suédois qu’on pourrait comparer au canard enchaîné.

Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes est le premier tome de la série, c’est lui qui a été adapté au cinéma. Il faut dire qu’on a beaucoup d’éléments pour en faire un succès. Mikaël Blomkvist est donc journaliste pour Millénium, grosse réputation, un homme intègre, il se fait pourtant piéger. Il encourt une peine de trois mois de prison et une forte somme d’amende pour diffamation. Alors qu’on pense que sa carrière est ruinée, il est appelé par un riche homme d’affaire en fin de vie. Il lui demande de mener l’enquête sur la disparition de sa nièce il y a plusieurs dizaines d’années. Il pense que c’est un crime survenu il y a des dizaines d’années sur l’île familiale lors d’une réunion des membres.

J’écrivais plus haut qu’il y a tous les éléments pour un succès, c’est le cas. Mikaël Blomkvist déterre les secrets de famille, avec certains lourds à porter comme la présence d’anciens nazis dans la famille. Il va s’adjoindre les services de Lisbeth Salander une hackeuse de génie. L’enquête est passionnante et réalise une excellente synthèse de l’œuvre sur 120 pages. Je trouve le style de dessin de José Homs très particulier. On a l’impression d’avoir une espèce de parodie avec des visages assez gros par rapport au corps. On pense à des caricatures tellement les nez ou les oreilles sont gros comme vous pouvez le voir sur la couverture ci-dessous. Néanmoins l’ensemble est réussi et colle plutôt bien à l’histoire.

Le personnage de Lisbeth Salander est assez singulier. Génie de l’informatique, elle est sous tutelle. En effet, âgée de douze ans, elle tente de tuer son père en essayant de le brûler. On peut donc dire qu’elle est violente avec un lourd passé psychiatrique. Elle montre assez régulièrement dans la série l’usage de la violence ou les pétages de plomb. Dans la suite, Millénium s’intéresse à un réseau de prostitution de filles de l’Est en Suède. Deux membres du journal sont abattus froidement, Lisbeth est sur les lieux. Elle pense que son père serait à la tête de ce réseau, cet homme qui prostituait sa mère. Le passé particulièrement violent de la jeune femme en fait la coupable idéale. Tout le monde la recherche pour les homicides des deux journalistes, Mikaël Blomkvist va tenter de prouver son innocence.

Manolo Carot reprend le dessin pour quelque chose de beaucoup plus conventionnel que les tomes précédents, mais qui fonctionne bien. Un trait davantage Comics. Au niveau de l’histoire, je pense que c’est moins intéressant, on perd le mystère au profit d’un certain suspense. En effet, on sait que Lisbeth est innocente, reste la traque et l’opposition au père. La Reine dans le palais des courants d’air est la suite directe du cycle précédent. Pas évident de faire le pitch sans spoiler. Après de nombreux événements, Lisbeth finit par se rendre, on assistera à son procès. Ils seront nombreux à tout faire pour qu’elle ne dise pas les secrets qu’elle détient. Comme je l’ai écrit plus haut, la série perd en intensité, ce cycle ne relance pas la machine. En effet, il n’y a plus de mystères, d’enquête ou de révélation, nous sommes passés du polar à l’action. On passe tout de même un bon moment, l’attachement aux personnages y étant pour beaucoup.

Millénium est indéniablement une série prenante, son adaptation en bande dessinée réussie. Je pense que l’intérêt de cette version, notamment pour les tomes 3 à 6, c’est de limiter l’engagement. Car à la réflexion les deux derniers cycles sont dispensables, on fait ainsi l’économie de 1300 pages de livre.

Dans mon village on tuait des chats, c’est le titre de la bande dessinée et la phrase d’accroche d’une bande dessinée sans morale. Il s’agit de l’histoire d’un adolescent qui découvre le secret du boucher. Ce dernier tue des chats et en fait des pâtés. L’adolescent, provocateur et rebelle, fait comprendre au boucher qu’il sait. La situation va devenir compliquée lorsque ce dernier le prend en apprentissage. La bande dessinée aurait pu s’arrêter ici, mais elle va beaucoup plus loin puisqu’on va suivre le parcours du jeune de la maison de correction au grand banditisme. Ainsi, ce dernier va profiter de toutes les occasions pour grimper dans la hiérarchie criminelle. C’est typiquement une bande dessinée comme je les aime, on ne sait absolument pas jusqu’où les auteurs vont aller, on se laisse embarquer par cette histoire pour le moins sordide.

La mort vient de se faire virer. On se demande bien sûr pour quoi. Un enfant va naître, il va inventer l’immortalité. Alors forcément, il n’y aura plus besoin de la mort, CQFD. Le chômage pour la mort, c’est la réincarnation dans un être humain. La mort comme dernière volonté demande à se faire réincarner à proximité du bébé. Elle va prendre le corps d’une jeune femme du nom de Laila Star qui vient de mourir. On se doute de la nature de sa demande, s’incarner à côté du bébé, c’est l’occasion de le tuer. Si le nourrisson meurt, pas d’immortalité, la mort retrouve son travail. Il apparaît qu’elle en est incapable.

Le titre, toutes les morts de Laila Starr laisse supposer qu’il va y avoir plusieurs morts, et c’est le cas. À chaque fois qu’elle meurt, un grand nombre d’années s’écoulent entre sa disparition et sa réincarnation. À chaque fois, elle va intervenir dans la vie de Darius à différentes périodes de son existence. La bande dessinée est très joliment dessinée et a fait le choix de se situer en Inde. Par le fait, les divinités représentées tout comme les villes, cassent avec le modèle occidental, ce qui est original. Très poétique, très philosophique, une jolie leçon sur la vie avec… la mort.

Rien ne sert de m’aimer est un one shot de plus de 300 pages en noir en blanc. Comprenez que le format en lui-même pourrait ne pas donner envie. J’ai dévoré l’ouvrage en une soirée, difficile de faire une pause. Et pourtant, c’est du grand classique. Elsa est une jeune femme qui s’est perdue. Alors qu’elle osait tout, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même comme elle le dit. Romancière, elle écrit des romans à l’eau de rose, sans passion, loin de ce qu’elle espérait. Prisonnière d’une relation avec un homme marié qu’elle n’arrive pas à quitter et ses rêves de pélican et d’un homme qui l’abandonne. On va la suivre dans un moment de sa vie dans lequel en perdant beaucoup, elle va finalement tout gagner. Classique, effectivement, entre la relation avec l’homme marié qui ne quittera pas sa femme, le secret de famille et les amis, il n’y a rien d’original dans la bande dessinée. Cependant, la narration, la puissance du trait en font un ouvrage remarquable.

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