Régis Loisel fait partie des piliers de la bande dessinée française, il lui a suffi pour cela d’être le dessinateur de la quête de l’oiseau du temps. Par la suite, il est devenu aussi scénariste, avec un certain talent, ce qui est suffisamment rare pour être remarqué. La version de Peter Pan qu’il propose est beaucoup plus sombre que le dessin animé de Disney ou le film avec Robin Williams. L’action se déroule en 1887, Peter vit avec sa mère, une femme violente et alcoolique. Le monde des adultes est cruel, pervers. De ce côté Loisel ne fait pas dans la dentelle, la bande dessinée est sanglante, violente. On a presque l’impression qu’on a une volonté de salir, de dénaturer. Par exemple la fée clochette n’est pas une jolie petite fée blonde, mais une fée brune, plutôt enrobée, limite vulgaire. C’est cette dernière qui récupère Peter, il est l’élu, celui qui doit les sauver du capitaine. C’est d’ailleurs sur le bateau pirate qu’il tombe par erreur à son arrivée et découvre un capitaine crochet avec ses deux mains. Il est à la recherche du trésor, avec pour principal obstacle le crocodile qui est le gardien. Il possède encore ses deux mains, on comprend qu’il s’agit d’un préquel à ce que sera Peter Pan. L’explication quant à l’origine de « pan » sera donnée dans la bande dessinée, tout comme l’explication de la perte de la main de crochet. Une vision très noire de l’histoire, bien pensée, prenante qui ose des choses impensables comme Jack l’éventreur ou une variante de, je suis ton père !

La série secrets bancaires est composée de quatre diptyques. Chacun d’eux est sur une structure plus ou moins similaire avec du blanchiment d’argent dans des lingots, de la drogue ou encore une association caritative. Il serait faux de dire que ce n’est pas intéressant, mais c’est complexe. Comprenez que les montages sont compliqués et vont faire intervenir de nombreux protagonistes. C’est d’ailleurs le concept de la bande dessinée, l’implication de la simple personne lambda jusqu’aux hautes sphères du pouvoir. C’est donc une lecture que j’ai trouvée compliquée, mais qui en vaut quand même le détour. La série s’est déplacée aux États-Unis avec Secrets bancaires USA. On retrouve plus ou moins la même mécanique avec cette fois-ci une différence, un tandem de policiers qui vont mener les enquêtes. L’esprit reste le même avec tout de même un fil rouge, la vie privée de nos deux inspecteurs dont on apprend un peu plus à chaque album. Vous avez en variante secrets d’État du même auteur. J’ai commencé la série de quatre tomes en lien avec l’extrême droite. À nouveau le même problème avec un grand nombre de personnages, une intrigue tortueuse. Philippe Richelle est un auteur qui se mérite ou qu’il faut lire avec patience. Personnellement, je passe mon tour.

Dans ce Goldorak à la française, l’histoire se déroule dix ans après la victoire d’Actarus et de ses amis sur le grand Stratéguerre. Actarus et Phénicia sont repartis sur leur planète Euphor pour essayer de la reconstruire. Sur terre, chacun fait sa vie, Vénusia est médecin, Alcor est devenu homme d’affaires. Tout va pour le mieux jusqu’au jour où un vaisseau de Véga s’écrase et sème la désolation au Japon. Il s’agit des derniers survivants de leur civilisation. Ils laissent un délai de sept jours aux habitants pour quitter le Japon. Que faire pour lutter contre ce dernier Golgoth alors que Goldorak n’est plus là ? Sauf que Goldorak est revenu sur terre et il va à nouveau sauver le monde.

Le positionnement Français est forcément différent de celui du manga. On va retrouver dans la bande dessinée un profond respect de l’œuvre originale. Et dans le comportement des personnages, et dans le dessin magnifique, ainsi que dans l’esprit et dans les scènes de combat. Les Français ne sont pas du genre à tomber dans la facilité, ils ont rajouté une couche épaisse de profondeur. On retrouve un Actarus usé par les guerres, qui ne supporte plus le boucher qu’il est devenu. Dans le camp adverse, l’oppresseur est devenu l’oppressé, on voit les enfants du peuple de Véga qui cherchent la paix. L’aspect psychologique est très bien travaillé, et donne une alternative intéressante à l’histoire originale pour le moins basique.

Je reste toutefois partagé sur l’universalité de la bd. Même si on a un résumé à la première page qui décrit de façon simple et complète les événements de l’anime, je pense qu’un jeune de 15 ans aura du mal à accrocher. Malgré une construction réussie, on est quand même avec des combats de robots au design plutôt vieillot. Les combats de robots ont plutôt disparu depuis les Transformers, c’est passé de mode. J’ai beaucoup apprécié ce Golodorak car il me replonge dans mon enfance, dans un univers bien connu et rassurant. Néanmoins, c’est une bande dessinée qui est à réserver aux gens de mon âge et plus. Si j’étais mauvaise langue, je dirais « fait par des vieux pour des vieux ».

La guerre des orcs est un diptyque passionnant et original. La bande dessinée reprend les codes de la fantasy, les orcs sont en train de se faire massacrer par les hommes, les nains, sous la coupe des elfes qui dirigent. Un orc apparaît comme le seul survivant d’une bataille et avec lui des idées « novatrices ». Alors que les orcs ne vivent que par la fierté et l’honneur, il utilise la ruse, la trahison, le poison. On va suivre son ascension dans le premier album, on ne s’étonnera pas de le retrouver roi dans le second volume. Dans celui-ci, les orcs vont devoir affronter des armées de zombies. De l’humour, de l’action et une vision du héros différente de celle qu’on a l’habitude de voir.

En Silésie, une province Polonaise avant la guerre de 39-45, trois enfants sont inséparables. Ils ont pour passion commune l’aviation. Seulement dans le trio composé par Werner, Max et Hanna, Max est juif. Pour voler, il faut s’enrôler dans les jeunesses nazies et c’est ce que vont faire Werner et Hanna. Max n’aura d’autre choix que de fuir pour les États-Unis. Hanna quant à elle, va devenir la plus grande pilote de l’Allemagne nazie. On retrouve bien des années plus tard, Max aux États-Unis, devenu pilote émérite. Il combat les forces japonaises. Il finit par se faire capturer par les autorités américaines persuadées qu’il est un espion allemand. Soit c’est le peloton d’exécution, soit il part pour une mission suicide. Il devra tuer Hanna et stopper avec elle, la dernière mission de l’Allemagne Nazie qui consiste à larguer une bombe atomique sur New York.

Même si Yann est un scénariste particulièrement expérimenté, c’est le dessin d’Henriet qui est marquant dans dent d’ours. C’est magnifique à bien des niveaux. Les personnages bien sûr, mais surtout les avions, les fusées, les appareils. C’est une véritable réussite technique. En ce qui concerne l’histoire, je suis plus partagé. C’est prenant certes, mais c’est en fin de compte très peu réaliste. Alors qu’Hanna veut larguer une bombe sale sur les USA, Max en est encore à s’interroger sur son amour. Même si les horreurs de la seconde guerre mondiale sont retranscrites, la niaiserie récurrente entre les personnages me gêne. Cela reste toutefois une très grande bande dessinée.

Dans un monde fantastique, lors d’une bagarre, un troll finit par manger le doigt d’un gobelin. Il se retrouve enceinte et va accoucher d’une petite fille, la première et la seule de son espèce. Les deux bêtes, vont se mettre en couple pour élever l’enfant. On comprend ici l’absurdité de la situation, mais sous ses aspects comiques, troll n’est pas une série vraiment drôle. Il est à noter que troll est une bande dessinée datée de 1996 soit deux ans avant la sortie de Donjon, la série de Sfar. Dans le second tome, le « papa et la maman » du premier humain, vont travailler dans un donjon qui n’est pas sans en rappeler un autre. À la fin de ce second tome, sans entrer dans les détails, un deuxième enfant va apparaître. Deux humains de sexes opposés. Et si c’était le début de l’humanité ? À partir du tome 4, Boiscommun et Sfar quittent l’aventure. Le dessin change radicalement de style, mais la bande dessinée conserve tout son intérêt.

Franck est un jeune garçon qui est à l’adoption. Les trois dernières familles ont été une catastrophe et Franck va faire le mur pour s’évader. Avant de partir le jardinier lui confie son dossier. En effet, ce dernier lui explique que c’est lui qui l’a trouvé quand il était enfant avec un simple collier autour du cou. Ses parents ne seraient donc pas morts et Franck retourne sur les lieux pour retrouver une piste. Par une suite de hasard Franck arrive dans un parc de dinosaure désaffecté. Il fait une chute à travers un lac et se retrouve à la préhistoire. Les hommes préhistoriques ne sont pas capables de prononcer les voyelles et c’est pour cela qu’ils l’appellent Frnck. Le public visé par Frnck est clairement un public d’enfants, adolescents. Les tomes se suivent et se ressemblent avec des histoires simples autour de la chasse, d’une maladie qui touche les hommes des cavernes, du feu et j’en passe. La bande dessinée prend un tournant très surprenant à partir du tome 4 pour un spoil que je ne vous révélerai pas. Ce que je peux vous dire c’est que Franck n’est pas le seul à avoir trouvé le passage vers la préhistoire et que nous sommes en plein paradoxe temporel. Je trouve dommage d’avoir traîné autant avant de changer d’orientation, la bande dessinée dévoile vraiment son potentiel avec une intrigue solide et qui tient en haleine le lecteur. Je rajoute à cela un dessin de très grande qualité, un plus pour cette bande dessinée déjà réussie.

L’ultime chimère est une bande dessinée finie en sept tomes. Faire le pitch est compliqué alors je vais me permettre de citer le quatrième de couverture. Ce n’est pas réellement du spoil mais un peu quand même.

L‘objet le plus précieux de l’histoire est aussi le plus secret : la flèche de Nemrod. On dit qu’elle aurait blessé Dieu lui-même et qu’elle aurait traversé les âges ». On dit aussi que l’approcher c’est être maudit

En effet, l’explication quant à la flèche de Nemrod intervient à partir du tome 3, il n’est d’ailleurs pas simple d’entrer dans la bande dessinée tant les pistes sont brouillées. On peut être tenté de décrocher, mais cela vaut le coup de s’accrocher. La flèche de Nemrod sera le fil conducteur de la bande dessinée à travers les âges. L’histoire commence dans un asile psychiatrique dans lequel est enfermé un homme depuis plus de 150 ans. C’est une médecin de l’hôpital qui est intriguée par ce patient enfermé dans son mutisme. Après des recherches, elle retrouve des traces d’un homme portant le même nom qui aurait été enfermé en 1967 après avoir tué sa femme et ses deux filles.

Parallèlement à cela, le plus grand milliardaire de l’histoire est en fin de vie. Il attend sa fin dans sa station spatiale et projette d’expédier son corps à travers la galaxie pour son dernier voyage. Avec sa fortune, il a mandaté des équipes à travers le monde pour enquêter sur tout ce qui relève de l’ordre du surnaturel. Il va donc kidnapper toute l’équipe qui a gravité autour de l’immortel pour en faire un sujet d’étude. Ce dernier va finir par raconter l’intégralité de son histoire à partir du tome 3. D’après ce qu’on peut lire dans Wikipédia, Nemrod est un descendant de Noé. On le représente comme un rebelle et un grand chasseur. Ce sont ces deux aspects qui vont être exploités dans la bande dessinée. Nemrod serait à l’origine de la construction de la tour de Babel. Il parvient à conquérir le monde et s’impose comme le roi incontesté de toutes les peuplades. La tour de Babel marque sa rébellion face à Dieu, il construit une tour pour se mettre au même niveau que Dieu.

La bande dessinée va plus loin, je pense que ce qui suit est issu de l’imagination des scénaristes. Lassé de sa chasse et de ses conquêtes, Nemrod ne voit plus qu’un adversaire à sa hauteur : Dieu. Nemrod se fait construire un chariot entraîné par les vautours pour aller défier le seigneur dans les cieux. Voyant son heure arriver, il tire une flèche en direction du ciel. Cette flèche tombe du ciel à côté de celui qui deviendra notre immortel. Elle a une trace de sang, ce qui interpelle quant à son origine. Nemrod aurait-il touché Dieu ? La bande dessinée va nous raconter comme un puzzle, l’histoire de la flèche. Comme souvent avec les objets de pouvoir dans la littérature ou le cinéma, ils auraient influencé les plus grands. On ne sera donc pas étonné de trouver Léonard de Vinci ou encore Bonaparte. On va suivre au fil des sept albums, la destinée de la flèche, ses différents propriétaires et parallèlement le récit de l’immortel, la fin de vie du milliardaire.

Comme indiqué plus haut, j’ai failli décrocher, car les premiers épisodes livrés sans explication partent dans toutes les directions. C’est ma principale critique de cette bande dessinée, une certaine forme de confusion.

Dans une petite ville, un homme se présente avec deux cadavres. Il signe à l’hôtel du nom de Cooper. Et c’est un problème. Cooper a été tué par le shériff et on s’interroge pourquoi cet homme à l’assurance totale utilise le même nom. On pense que c’est une provocation obligatoire, qu’il vient chercher querelle. On connaît le shériff pour être une fine gâchette, toute la petite ville s’attend à un duel au sommet, les gens s’interrogent sur qui sera le vainqueur. Après la nuit est un one shot, il est difficile d’en dire plus sans spoiler tant l’histoire est courte. Pour vous donner un peu le goût de la lecture, on découvrira qu’en fait, plus que le cadre du western, c’est une bande dessinée sur le mensonge, les apparences. Rapide, efficace.

Empires est une énième série issue de la cervelle de Jean-Luc Istin, à se demander si cet homme n’est pas une intelligence artificielle. Et ce qui pourrait sembler une boutade prête quand même à réfléchir. Istin produit en effet une pléthore de bandes dessinées avec des variations sur le même thème de la fantasy. Toujours ce même principe d’un découpage d’une série en sous-série. Le mois dernier, on avait vu la série Titans, avec un personnage qui s’opposait de façon systématique à un dieu. Avec Empires, on lorgne du côté des aventures de la compagnie noire. À chaque tome l’histoire d’un personnage qui a rejoint les rangs d’une compagnie, troupe de soldats, mercenaires, à chaque aventure sa compagnie. Empires pousse quand même à la réflexion puisque c’est bien. Pourquoi la réflexion ? Car on a l’impression de lire pour la énième fois la même chose tout en trouvant exactement le même style de dessin. On réalise qu’on est sur une forme de nivellement, pas forcément vers le bas, des histoires, des dessins, des univers.

Le plus choquant pour un amateur de bd c’est certainement le dessin. En effet, on a l’impression que les dessinateurs sont devenus interchangeables. À une époque, il était particulièrement simple de distinguer un Loisel d’un Crisse. Aujourd’hui sur ce type d’album, on sait que c’est Istin derrière, mais je suis personnellement dans l’incapacité de vous dire qui est le dessinateur. Il n’y a plus de personnalité dans le dessin, de différence et c’est tout de même inquiétant pour de la bande dessinée.

Ce serait mentir de dire qu’on n’est pas pris, mais j’ai quand même l’impression qu’il s’agit quelque part du Netflix de la bande dessinée. L’héroic fantasy est un style qui fonctionne bien, force est de constater qu’on l’explore avec certains auteurs sous toutes ses coutures sans aucune prise de risque ni d’innovation. Bien sûr, on n’est pas forcé d’acheter ou de lire, mais on peut s’interroger sur ce modèle de bd.

Lya (dans les yeux) est une jeune femme qui a subi un accident de voiture, elle est paralysée et se trouve dans un fauteuil roulant. Elle ne connaît pas le responsable, elle sait simplement qu’il l’a laissée sur le carreau et qu’elle aurait pu s’il avait appelé les urgences sauver sa colonne vertébrale. Par hasard, elle a découvert que ses parents ont accepté un gros chèque pour retirer sa plainte. Elle ne leur en veut pas, cet argent a permis de payer les soins, les aménagements, ses parents ont fait ce qu’ils ont pu. Lya a découvert aussi quel cabinet d’avocats a géré l’affaire. Elle réussit à trouver un stage dans ce cabinet et va mener son enquête pour trouver le client responsable. L’orientation de la série est certainement vers un public adolescent, c’est pourtant plutôt pas mal fait. En trois tomes avec son lot de cliffhanger et d’interrogations pour savoir enfin qui est le responsable de l’accident.

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