Lectures, janvier 2025

Vous noterez que je mets à la fois la couverture du livre et de la bande dessinée de gagner la guerre. Je dois reconnaitre que j’ai un peu triché, j’ai lu le livre avant la bd et j’ai eu largement raison. Gagner la guerre est un roman français d’environ 700 pages qui se lisent d’une traite. Jean-Philippe Jaworski est fan de Tolkien, de fantasy, pourtant, ça ne se voit pas. Il nous propose ainsi un monde dans lequel la magie est subtile, légère. On y voit des nains, des elfes, mais on est très loin du classicisme d’un Tolkien ou de ceux qui ont voulu l’imiter.

L’action se déroule dans une époque qui pourrait faire penser à la renaissance. Le personnage principal Benvenuto Gesufal est un assassin qui travaille pour Léonide Ducatore l’un des deux « présidents », pour simplifier. Il y a trois choses qui me paraissent assez importantes dans ce livre. D’une part, c’est remarquablement écrit, et c’est certainement ici qu’on fait la différence entre un auteur français qui aime la langue et une traduction. J’évoquais la tour sombre dans un dernier numéro, je n’irais pas dire qu’il faut le lire en anglais, mais on sent quand même la différence. C’est riche, c’est limite à devoir prendre un dictionnaire.

Le second point, c’est que les choses ne se passent jamais comme prévu. Je trouve que c’est une force de l’auteur, rien n’est prévisible. On s’en rend assez rapidement compte avec notre héros qui a le mal de mer et qui assassine de façon froide l’un des protagonistes de l’histoire. L’auteur surprend, étonne et c’est vraiment une force du roman. Le dernier point, c’est que le roman s’attache à la politique, aux trahisons sans négliger pour autant l’action.

La lecture de la bande dessinée m’a paru très fade. Il est en effet impossible de synthétiser le livre. C’est couper une description, retirer un bon mot, c’est difficile. Je vous recommande le livre plus que la bande dessinée qui ne parvient pas à retranscrire l’œuvre malgré ses qualités indéniables.

Dans les années 70, l’équipe des États-Unis composée d’une bande de bras cassés, part au Japon. La Chine, grande favorite, est présente, dans un contexte de tension politique particulièrement important avec les USA. Parmi les joueurs amateurs de l’équipe américaine, se distingue Glenn Cowan. Hippie, prétentieux, dragueur, sans filtre. Par erreur, il va rentrer dans le bus des Chinois, et sympathiser avec l’un de leurs champions. Cet événement totalement improbable est vu comme une opportunité par le parti chinois pour effectuer un rapprochement avec les USA. L’équipe américaine va faire une tourner en Chine !

La diplomatie du ping-pong est inspirée de faits réels. La difficulté, réside toutefois à dénouer le réel de l’interprétation de l’auteur. En effet, dans une interview, Alcante explique qu’il préfère penser que Cowan est monté dans le bus vraiment par hasard et que l’amitié des deux hommes n’a pas été simulée. Difficile, effectivement, dans un contexte de manipulation politique de dénouer le vrai du faux. L’histoire mérite d’être racontée et d’être lue. Pour plus d’informations, je vous renvoie à la page Wikipédia

Maxime Schertenleib qui dessine et écrit Arrêt de jeu : Journal d’un footballeur mal dans ses pompes présente un récit autobiographique assez rare. Le jeune homme qui a joué au football pendant des années, raconte comment il a tout arrêté pour se consacrer à la bande dessinée. Plus précisément, il raconte comment il fuit le football. Ce n’est pas une bande dessinée avec laquelle il va se faire des amis, il traite du sujet d’une façon plutôt rare. Le jeune homme dénonce en effet la toxicité viriliste dans le foot. C’est donc un homme qui dénonce la masculinité exacerbée dans cet univers. Durant la bande dessinée, on voit ce qu’on sait déjà. Des plaisanteries homophobes, une injonction à écraser son adversaire, le guerrier dans toute sa splendeur. Si la bande dessinée n’apprend rien pour ma part, elle a au moins le mérite de poser un récit sur la masculinité toxique à travers quelqu’un qui l’a vécu de l’intérieur.

Un policier se réveille dans une cellule. Pas d’arme, pas de téléphone. Les souvenirs sont flous, il se rappelle une femme belle, rousse, Lydia. Il faut dire que l’homme a une propension à tromper sa femme et il s’est retrouvé piégé. La question, c’est de savoir pourquoi cette femme le tient enfermé. Est-elle simplement folle ou la réalité est plus complexe. En parallèle de la relation prisonnier, gardien que nous observons dans la bande dessinée, l’enquête, la psy de Lydia. Les soupçons pèsent sur de nombreuses personnes. Sa femme naturellement, froide à sa disparition, connaissant parfaitement les tromperies de son mari. Une ancienne collègue avec qui il a eu une aventure, tout est possible. Les morsures de l’ombre est une bande dessinée classique, avec un dénouement sans grande surprise qui fait le job.

On connaît bien Sfar pour petit vampire, le chat du rabbin ou encore la série donjon. On sait donc qu’on est nécessairement dans des univers qui sont totalement décalés. Comme on peut le voir dans cette couverture assez surprenante, la petite reine est à prendre dans les deux sens. En effet, le personnage principal est une princesse qui voit toute sa vie détruite suite à l’arrivée de monstres, et elle s’échappe à l’aide d’un vélo. Quand on connaît l’œuvre du personnage, on se dit qu’il s’agit d’un délire, faire une bande dessinée sur un jeu de mots. Dans cette bande dessinée, Sfar fait du Sfar. On retrouve ainsi tous les clichés de l’héroic fantasy tout en plaçant de l’absurdité à tous les coins de page.

Ça passe quand on aime ce que fait l’auteur, mais j’ai envie de dire que nous sommes dans une certaine facilité de la part de l’auteur. Rien d’innovant, de transcendant, cela aurait pu être un épisode annexe de Donjon. Je pense que l’auteur jouit, un peu trop, de sa notoriété qui lui permet de réaliser ce type de bd.

Raven est une bande dessinée en trois tomes de Mathieu Lauffray sur l’univers des pirates. Ce n’est pas la première fois que le très talentueux dessinateur explore cet univers. En effet, il a participé à Long John Silver, la « suite » de l’île au trésor avec Dorisson pour le scénario. Il est ici l’auteur complet de la bande dessinée. L’histoire est assez simple sur le principe, un peu plus complexe dans les faits. Raven est un pirate qui porte malheur et il entend une conversation qui pourrait le relancer. La pirate Darksee doit se rendre sur une île dans laquelle des conquistadors auraient laissé un fabuleux trésor. Il se trouve que sur cette île vivent des cannibales, on trouve un volcan et des français échoués.

Raven au milieu de tout ce beau monde va créer une sacrée pagaille. Raven se rapproche davantage de la bande dessinée barracuda. Les différentes factions entre les pirates, les sauvages, les français et des personnages fantaisistes comme Darksee la capitaine pirate. Raven est une bande dessinée très agréable à lire et qu’il faut ranger dans la catégorie divertissement. Les situations sont totalement improbables comme la morale dans laquelle Raven le pirate sanguinaire serait une graine de héros !

Au Tibet, au début du XX° siècle, un très grand moine se réincarne dans un enfant européen. Annonçant sa réincarnation, il confie les rênes du pouvoir à ses plus fidèles disciples. Malheureusement, l’un d’eux ne veut pas abandonner le pouvoir et va tout faire pour éliminer l’enfant. Le lama blanc est une bande dessinée d’Alejandro Jodorowsky qu’on a déjà vu sur le site pour l’univers de l’incal et plus particulièrement les technopères avec lesquels on a beaucoup de similitudes. Comme souvent avec l’auteur, il s’agit d’une ascension, d’une montée en puissance du personnage. À l’instar des technopères, on va non seulement suivre l’ascension de Gabriel dans la lamaserie mais aussi le récit de sa famille adoptive. Les parents biologiques de Gabriel meurent et c’est une famille tibétaine qui recueille l’enfant pour l’élever comme si c’était le sien. Pendant que Gabriel devient un grand maître, sa famille va subir les affres du destin.

Le lama blanc fait logiquement une large place au bouddhisme, une logique quand on connaît l’attrait de Jodorowsky, sa quête de spiritualité. Les auteurs ont fait le choix d’une présentation mystique et fantastique. Gabriel en grandissant sera doté de pouvoirs très puissants, ira dans d’autres dimensions, réalisera des miracles. Très belle bande dessinée, magnifiquement illustrée par Georges Bess, le premier cycle est sur six tomes. Car il y a eu un second cycle entre 2014 et 2017 soit plus de 25 ans après le premier tome, un cycle particulièrement dispensable. La Chine envahit le Tibet, les compagnons de Gabriel sont à sa recherche pour lutter contre l’envahisseur. Je n’ai pas réussi à rentrer dans l’histoire.

Le troisième testament est une série qui a remporté un grand succès et pourtant, j’ai largement préféré sa suite Julius qui est un préquel. C’est pour moi suffisamment rare pour être remarqué, car souvent les suites sont moins bonnes que les originaux. L’histoire se situe au début du XIV° siècle. Dans un monastère isolé, on fait une sinistre découverte, un coffre qui va entraîner la mort de tous les moines par des cavaliers mystérieux. C’est Conrad de Marbourg un ancien inquisiteur qui va mener l’enquête. On notera qu’à l’instar de l’étoile du désert, le personnage ressemble très largement à Sean Connery. Il va donc partir à la recherche du troisième testament en compagnie d’Elisabeth la fille adoptive du mandataire de la mission de Marbourg. Leurs aventures vont les conduire en Espagne, en Écosse, à Prague avec de nombreux intervenants. Les templiers, l’inquisition, un homme du Sayn maléfique au point de penser qu’il serait le diable.

Dans le troisième testament, on retrouve tout ce qui a pu faire le succès du Da Vinci Code. De l’action, des rebondissements, des secrets, des énigmes. Pourtant, la bande dessinée joue certainement trop sur cet aspect. Il faudra attendre le quatrième tome pour réellement comprendre ce secret autour de ce parchemin. On a donc une bande dessinée particulièrement nerveuse, avec beaucoup d’événements, mais qui, j’ai envie de dire, s’agite pour pas grand-chose.

Si vous n’avez pas lu le troisième testament, je vous déconseille de lire ce qui suit, je suis dans l’obligation de spoiler. Dans la bande dessinée, il est question des carnets de voyage de Julius de Samarie. Il aurait transporté dans un coffre, la position exacte du troisième testament. Ce préquel va remonter jusqu’aux origines, soit tout simplement la rencontre entre Julius et le frère de Jésus. C’est en effet le mystère de la bande dessinée originale. Alors qu’on pourrait s’attendre à un saint, Julius est une ordure. Général romain, il fomente un complot pour prendre le pouvoir à Rome. Il est trahi par sa fille et part dans les mines. Il va donc avoir pour compagnon celui que tout désigne comme étant le Christ. Sauf qu’il s’agit du frère de celui-ci et qu’il ne croit pas vraiment en lui-même. C’est ici que le positionnement de la bande dessinée est très fort, cet homme qui est extraordinaire, mais qui n’est pas Jésus, qui doute, mais qui pourrait être le nouveau Christ. On a parfois l’impression d’avoir Néo dans Matrix.

Julius comme précisé plus haut n’est pas un homme bien, c’est un homme avide de pouvoir. Il voit en cet homme reconnu par les tribus juives, l’opportunité de réunir l’intégralité du peuple et de prendre le pouvoir. Le frère du Christ sent qu’une force l’appelle, son destin, comme les apôtres des hommes vont le suivre, Julius en fera partie pour simplement démontrer qu’il est un homme et pas l’élu.

Excellente bande dessinée, beaucoup plus claire que le troisième testament, des personnages beaucoup plus intéressants, pour une histoire que je trouve bien plus captivante que l’originale.

Andrej Delany revient dans le village dont il a été banni. Il retrouve son fils à l’agonie, il doit l’achever. Le village a été massacré, il ne reste qu’un enfant, Frédéric, qui a réussi à se cacher. Ceux qui n’ont pas été tués ont été déportés. Andrej et Frédéric partent à la recherche des survivants. Au cours d’une attaque, on réalise que les deux individus se remettent très rapidement de leurs blessures, y compris les plus graves.

Si le mot vampire n’est jamais prononcé, les personnages ne connaissent pas l’origine de leur pouvoir qu’on expliquera plus tard dans l’ouvrage. Ils savent juste qu’on leur en veut et qu’ils sont maudits. La bande dessinée en sept tomes actuellement n’a pas vu de nouvel opus depuis 2016. En « temps bd », on peut craindre un abandon de la série pourtant excellente. Un dessin magnifique, une excellente narration, un mystère autour du pouvoir de régénération des héros et cette quête des survivants dans laquelle s’accumulent les ennemis.

La relation entre Andrej et Frédéric est pertinente. Il s’agit en quelque sorte de la relation entre le maître et le disciple. On y retrouve le schéma classique de l’élève qui désobéit et qui veut s’engager sur la voie du sang et de la violence quand Andrej est beaucoup plus modéré. Beaucoup de qualités pour cette bande dessinée inspirée des livres éponymes à succès en Allemagne.

Il sera difficile d’évoquer Orbital sans penser à Valérian. L’histoire commence avec une grande question que se pose la planète, rejoindre ou non l’alliance intergalactique. La réponse sera oui, mais la terre résiste au travers d’un mouvement terroriste, les isolationnistes. Ces derniers ne veulent pas des extra-terrestres et le font bien sentir. À cause d’eux, à cause des exactions réalisées par les terriens, les humains sont mis au ban des planètes. En effet, ces derniers ont participé à l’extermination d’une planète.

Avec les années, on finit par lever les interdictions pour les terriens, même si ces derniers sont encore très mal perçus. Un humain réussi à rejoindre l’office Diplomatique Intermondial (ODI). Caleb va faire équipe avec Mézoké appartenant au peuple des Sandjarr massacrés par les humains. Le tandem qu’il forme revêt nécessairement une symbolique particulière. Concrètement, nous avons des agents intergalactiques comme dans Valérian et ces derniers vont régler des problèmes à travers la galaxie comme dans Valérian. La bande dessinée est réalisée sous forme de diptyque, avec à chaque fois une mission. Alors que Valérian malgré le message politique de ses auteurs se présente de manière amusante, Orbital ne fait pas dans l’humour. On insiste lourdement sur le racisme contre les extra-terrestres et les tensions entre les différentes populations.

Au sein même du tandem, on fait sentir les différences. La relation est pertinente. Le peuple de l’un est le bourreau de l’autre, pourtant les deux individus doivent cohabiter. Un dessin efficace, de bonnes intrigues, quelques cadavres dans le placard font d’orbital une très bonne série.

La guerre éternelle est une bande dessinée de SF de 1988. La plupart du temps, c’est le genre d’ouvrage qui vieillit plutôt mal. En effet, lorsqu’on essaie de s’attacher à imaginer le futur, il n’est pas évident de faire mouche. Les ovnis, les petits hommes verts ou gris affichent un côté kitch aujourd’hui. Certaines bandes dessinées s’en sortent mieux que d’autres, quand elles vont très loin dans le futur. C’est le cas par exemple de Valérian. La guerre éternelle évoque ainsi des événements de 2010 qui ne se sont pas produits. L’humanité a inventé le saut spatial. On notera d’ailleurs le côté amusant ou paradoxal. Les navettes ressemblent à celles de la NASA, elles auraient ainsi peu évolué, mais on saute à des années lumières.

La première rencontre avec les extra-terrestres, s’est mal passé, un vaisseau détruit. La guerre commence. Et c’est ici toute la subtilité de la guerre éternelle, c’est qu’elle tient compte des sauts dans le temps. On va suivre un couple qui va réaliser l’intégralité de la guerre, et avec eux voir le monde évoluer. Ce qui est assez pertinent, c’est que parfois cinquante ans peuvent s’écouler alors que pour nos héros, c’est quelques mois. Ils découvrent les évolutions de mœurs comme l’homosexualité qui devient la norme. Mais aussi les évolutions technologiques où, en cinquante ans, les armes et les stratégies changent jusqu’au retour des épées ! La guerre éternelle est une bande dessinée en trois tomes. Marvano et Haldeman sont des vétérans du Vietnam. C’est très largement évoqué dans l’introduction avec des photos d’époque. Je pense que je ne connais pas assez le sujet pour voir la transposition voulue dans l’œuvre majeure de SF. Un récit court, efficace, qui n’a pas pris une ride qui dénonce les horreurs et l’absurdité de la guerre.

Attention, ne lisez surtout pas ceci, si vous n’avez pas lu la guerre éternelle et si vous comptez la lire. À la fin de la guerre éternelle, Mandella, l’homme, découvre avec surprise que la guerre est finie. Avec les décalages temporels, sa troupe était la dernière à encore croire à la guerre. Potter, sa compagne, avait été envoyée dans une autre mission, si bien qu’ils se pensaient perdus à jamais. Il découvre qu’elle est bien vivante sur une planète qui accueille les vétérans, derniers hétérosexuels à se reproduire de façon naturelle.

On va retrouver à nouveau un triptyque, avec comme premier tome, l’histoire vue par Potter. Sa démobilisation et son attente. Cette introduction nous présentera la planète des vétérans, avec nos deux héros devenus âgés et parents. La planète des vétérans fait office d’exception. L’humanité est désormais basée sur le même principe que les Taurans, l’ennemi du premier cycle. Des milliards de clones interconnectés qui ne forment qu’un être unique. Humain, puisque c’est son nom, a laissé pendant des années nos vétérans tranquilles car ils représentent une diversité génétique importante pour l’espèce.

Cependant, les temps changent et Humain proposent aux « humains » classiques de rejoindre le grand arbre. Nos héros craignent de perdre leur liberté et envisagent de prendre un vaisseau pour faire un bon de quarante milliers d’années. Libre à jamais partait très bien et offrait des perspectives intéressantes. Malheureusement, le troisième tome nous livre un final trop ésotérique à mon goût.

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