Dans un Paris dystopique, les animaux parlent et s’habillent comme des hommes. Les humains quant à eux sont une espèce en voie de disparition, on les pourchasse pour le peu qu’il en reste. La bande dessinée Hélas a fait un choix similaire à celui de Beastars, en rajoutant cette dimension des humains. La cohabitation entre les carnivores et les herbivores n’est pas simple, les carnivores réprimant leurs instincts. La situation des humains est assez moralisatrice puisqu’on les expose nus, on les met dans les cages, ce qui n’est pas sans rappeler la condition animale et les zoos. L’intrigue tourne autour d’une jeune fille recueillie et qui parle, ce qui est un problème. En effet, les humains sont considérés comme des individus stupides et dénués de conscience, qu’ils puissent être intelligents remettraient en question les bases scientifiques. Hélas est un album plaisant à lire, même s’il reste très classique.
Jusqu’ici tout va bien est une bande dessinée de Nicolas Pitz, adaptatée du roman de Gary D. Schmidt. Durant la période de la guerre du Vietnam, une famille déménage de la ville de New York vers une petite ville de province. Le milieu familial est pauvre, financièrement et culturellement. Un père violent, une mère effacée, le fils ainé au Vietnam, le second qui sombre dans la délinquance. La bande dessinée s’intéresse au cas du petit dernier, un adolescent rebelle qui cache son analphabétisme derrière la violence. Jusqu’ici tout va bien est une photographie de cette époque et une histoire de rédemption. Le jeune homme va rencontrer une fille, un bibliothécaire, une écrivaine, un prof de sport, un directeur d’établissement qui vont changer sa vie. Il va apprendre à lire, se mettre au dessin, s’opposer à son père et changer. Très bel album, c’est bien écrit, bien dessiné, c’est poignant.
Matteo est un jeune garçon joyeux, passionné par les super héros. Il joue avec son chien, l’école ne se passe pas super bien, un peu embêté par quelques camarades. On a envie de dire, la vie classique d’un enfant de son âge. Il se trouve que depuis quelques mois, Matteo urine dans son lit, est beaucoup plus distrait. Il dort mal la nuit, il voit un homme ou plutôt la silhouette d’un homme tout noir qui l’observe. Le rêve prend forme en réalité puisque dans ces journées, il commence à le voir aussi. Les parents décident de l’emmener voir un psychologue, mais rien n’y fait.
L’homme en noir est une excellente bande dessinée qui aborde le sujet de l’agression sexuelle dans le cadre familial. Il ne faut pas être un grand scénariste pour se rendre compte que cet homme en rêve est pourtant bien réel. La bande dessinée fait plutôt bien les choses, car il aurait pu s’agir d’un problème de harcèlement scolaire. Elle permet ainsi en brouillant les cartes de montrer le désarroi des parents qui ne savent pas ce qu’a leur enfant. Une bande dessinée forte, qui met les pieds dans le plat sans détours.



Interlude nous raconte une histoire que je ne connaissais pas, celle des pianos durant la Seconde Guerre mondiale. L’histoire trop grosse pour ne pas être vraie est détaillée à la fin de l’album, en photo. On larguait donc des petits pianos afin que les troupes puissent se divertir. Si la fabrication des pianos était interdite, avec l’allongement du conflit, on a compris l’intérêt du moral sur les troupes. On va suivre trois hommes qui vont faire un périple pour sauver leur piano. L’histoire est pour le moins basique, la mise en scène assez intéressante. Nos soldats sont dans la neige, on est dans les bleus, les gris, le blanc. Lorsque quelqu’un joue du piano, on passe à des couleurs chaudes et une mise en scène de la chanson. Si la bande dessinée n’est pas très profonde, ne bouleverse pas, elle est plaisante et nous raconte tout de même une histoire extraordinaire.
La bande dessinée est devenue avec les années un outil de support pour tout, y compris pour présenter des pathologies, des troubles, des maladies. On avait vu ici un album sur Asperger. Avec Goupil ou face, Lou Lubie présente la bipolarité dont elle est atteinte. Comme souvent, on a un album dans lequel on a des statistiques, des précisions médicales illustrées de façon claire. En parallèle, on a sa vie au gré de ses changements de comportement. Le dessin est magnifique malgré le peu de couleurs présentes. L’auteure prend toutes les libertés dans le cadrage, ça déborde dans tous les sens.
Goupil ou face malgré son côté « rigolo » va loin. On évoque notamment le suicide chez les personnes cyclothymiques, la mise en danger, le nombre de divorces. Une vie qui devient tellement difficile à porter qu’on finit par vouloir mourir. Les traitements aussi, parfois pire que la maladie. On comprend alors que l’emploi du mot bipolaire est vraiment fait à la légère dans nos sociétés. Une personne bipolaire n’est pas quelqu’un qui a des sautes d’humeur, mais une personne touchée par quelque chose de bien plus grave.
Dans le futur, la traditionnelle catastrophe. Le monde est détruit, et les survivants vont devoir rebâtir la société. Du fait d’avoir un monde tout gris, comme l’illustre la planche ci-dessous, ils construisent des tours. Des tours de plus en plus hautes pour traverser l’épaisse couche de nuage qui occulte la lumière. Ce monde d’après, est loin d’être rose, nous sommes dans une dictature où la seule chose qui compte, c’est l’élévation de la tour. Les hommes sont sacrifiés si besoin, fouettés, tués pour l’exemple. Si on rajoute à cela des conditions naturelles terribles, il ne fait pas bon vivre dans cet univers.
Il sera difficile d’aller plus loin sans spoiler. On va suivre un chef d’équipe vieillissant, quelqu’un lui dira qu’on lui ment. Je n’en dirais pas plus. J’ai avalé d’une traite Vertigéo et à la sortie, on fait « ouah ». Au niveau du dessin qui claque, de l’histoire qui nous tient jusqu’à la fin. Mais à l’écriture de cette minicritique, on prend conscience qu’il n’y a rien de très original dans cette bande dessinée qui reprend un peu tous les clichés du genre jusqu’à Matrix. C’est donc bien fait, mais cela n’innove en rien.



Quand vient l’été est un one shot de Laura NSAFOU que j’ai entendue pour la première fois dans le podcast encore heureux. Il s’agissait d’un épisode intitulé « Peut-on aller bien dans un monde raciste ? » que je vous recommande chaudement d’écouter. Dans le podcast, je pense que c’est elle qui racontait ceci. Elle disait qu’enfant, son enseignant avait demandé à sa classe de chercher un livre avec un héros qui lui correspond. Enfant noire, elle n’a rien trouvé. Elle n’a rien trouvé, car la littérature française n’a rien prévu pour elle. C’est un postulat qu’on retrouve de plus en plus, mais j’ai envie de dire mal géré. En effet, dans l’industrie du cinéma, les différentes représentations des hommes sont forcées et pas naturelles. En gros, la sensation de n’avoir jamais quitté les quotas de personnes noires qu’on connait dans les films depuis des décennies.
Avec quand vient l’été, Laura NSAFOU taille des héros ordinaires qui auraient pu être blancs ou noirs, mais auxquels des gens de couleur pourront s’identifier. Il est d’ailleurs intéressant que l’auteure afroféministe fasse une bande dessinée qui ne traite ni du racisme ni du féminisme, mais de l’amour et du deuil. Un groupe de jeunes se réunit chaque été dans une villa, une année, c’est le drame. La sœur de l’héroïne décède dans un accident. Elle était amoureuse du copain de sa sœur, ils ne s’étaient plus revus depuis le drame. Ils vont se retrouver pour l’anniversaire du décès. L’écriture du deuil est bien menée. La bande dessinée montre bien que chacun vit un deuil à sa façon avec le risque de faire porter à l’enfant qui reste le rôle de remplaçant du défunt.
Anita Bomba comme son nom l’indique, utilise les bombes. Il s’agit d’une voleuse qui règle toutes ses contrariétés à coup d’explosifs. À force de faire sauter tout le monde, plus personne ne veut travailler avec elle. Elle finit par s’associer avec un robot, « Sig 14 », un robot schizophrène. Nécessairement, avec un tel comportement, elle attire les forces de l’ordre. C’est le policier Bottle dont les robots chiens dévorent les gens qui prend le dossier en main. Un policier psychopathe comme il se doit renvoyé par la police.
Nos deux compères dans leur fuite vont croiser la route du mentor. Un homme à la recherche d’un trésor. Bande dessinée étonnante, on ne sait absolument pas dans quoi on s’embarque. Les auteurs qui font part de leur réflexion au milieu de la bd, le découpage en chapitres avec des titres à rallonge, la folie permanente des personnages. Beaucoup d’éléments qui font d’Anita Bomba une bande dessinée à part.
Lorsqu’on évoque une nourrice (à mourir dans les bras) dans les films sur les cités, ce sont les personnes dans les barres d’immeuble qui se voient confier l’argent et la drogue. Des habitants qui n’ont pas de casier, monsieur et madame tout le monde, chez qui on n’ira pas perquisitionner en cas de descente. C’est ce que devient cette mère de famille qui élève seule ses enfants et qui voient avec cet argent une opportunité. Malheureusement, les choses se compliquent quand elle se retrouve avec une cantine pleine et les dealers en prison. L’étau se resserre entre les trafiquants, le quotidien, la police.
Indéniablement, la bande dessinée est prenante, elle ne brille pas en outre par son originalité. Tous les clichés sont présents, des dealers, aux policiers qui menacent les enfants d’aller en foyer en passant par les islamistes.



Le concept de la bande dessinée destins est unique, enfin je pense, dans le monde franco-belge. Je ne sais pas si ailleurs dans le comics ou dans le manga, l’expérience existe. Il s’agit d’une bande dessinée où chaque fin d’album s’ouvre sur différentes perspectives. Nous sommes donc face à une bande dessinée qui n’est pas linéaire mais à choix multiple. Plusieurs albums vont être la suite du précédent et explorer les choix réalisés par l’héroïne.
C’est un projet de Frank Giroud décédé en 2018 à qui l’on doit aussi le concept très original du décalogue, la bd qui remonte le temps à chaque tome. La bande dessinée s’est étalée sur deux ans avec de nombreux scénaristes et dessinateurs sur 14 tomes.
Ellen est une jeune femme texane de 22 ans, amoureuse de Greg, un jeune homme un peu révolutionnaire. Greg malheureusement n’a d’yeux que pour Jane qui partage ses idées, plus dans les paroles que dans les actes. Délurée, libérée, elle prône sur le campus de l’université la « lutte ». Lorsque Greg a le projet de braquer une banque pour financer la révolution, il demande à Jane d’être sa complice. C’est la claque, Jane ne le suit pas. C’est Ellen qui par amour va s’embarquer dans le braquage. Le vol à main armée tourne mal, Greg est tué, deux innocents aussi.
Seulement personne n’imagine qu’Ellen puisse être la partenaire de Greg, et tout accuse Jane. Jane va être accusée de la peine de mort, c’est un amoureux qui porte un faux témoignage. En quelques cases, on voit la vie des deux femmes s’écouler sur une période de dix-sept ans. Jane trompe son mari qu’elle n’a épousé que par gratitude pour son faux alibi. Ellen quant à elle devient une « sainte ». À la tête d’une association qui vient en aide aux défavorisés, mère de famille de deux enfants, elle épouse un homme qui pourrait devenir le prochain premier ministre britannique.

Le mari de Jane lassé de ses frasques finit par revenir sur son témoignage. Jane risque d’être condamnée à mort quand Ellen voit sa culpabilité lui sauter à la figure. Deux chemins s’offrent à elle : assumer son passé, fuir. À la fin de ce premier tome, Ellen a donc deux possibilités. Dans une première vie, elle part aux États-Unis se dénoncer et assumer ses actes. Ici encore on verra d’autres embranchements dans ce parcours américain. Dans une autre possibilité, elle fait le choix de partir en Afrique pour se mettre au service de son association. Ce volet s’il est traité, est moins développé comme on peut le voir dans l’arbre des possibles. Il est aussi largement moins intéressant.
Un événement sera inévitable dans la bande dessinée, son fils met le feu à son établissement scolaire. Dans les possibilités, elle fera le choix de stopper sa quête pour rester auprès de ses enfants qui en ont bien besoin. Tous les chemins mèneront au dernier épisode dans lequel vous aurez la révélation finale.
Le concept est franchement intéressant puisqu’il s’agit dans une même série de plusieurs uchronies autour de la vie d’une même femme. Une bonne idée ne fait pourtant pas tout, la réalisation est inégale d’un album à l’autre. Pour ainsi dire, certains tomes sont inutiles, d’autres totalement fantasmagoriques. Tous les albums ne sont pas du tout du même niveau et n’apportent pas grand-chose à l’histoire. On reste certainement trop dans le concept, pas assez dans la bande dessinée classique avec une véritable histoire.
Je pense que destins est un mauvais investissement. Destins ne se relit pas, quatorze tomes de bandes dessinées, c’est cher, Il vaut mieux investir ailleurs. En outre si vous avez l’occasion de lire la bande dessinée d’une traite, dans son intégralité, destins est une très agréable lecture.

Valérie Mangin est la compagne de Denis Bajram qu’on a vu pour le Goldorak ou pour Universal War One. Elle a créé un univers où l’antiquité est transposée à la sauce SF. Le dernier troyen est la transposition de l’Énéide en version SF. Énée survivra au massacre de la prise de Troie et partira en Italie. Les étrusques sont les ancêtres des romains. On est assez rapidement mis dans l’ambiance avec le cheval de Troy qui se présente comme une sculpture gigantesque abandonnée dans l’espace. La série se décompose en six tomes. La fuite de Troie, les Amazones, par exemple. Mangin prend aussi des libertés avec les lotophages qui font partie de la mythologie d’Ulysse.
Le dessin de Démarez est étonnant. Certaines planches sont « mauvaises » avec une sensation de travail non fini notamment sur les personnages. D’autres sont magnifiques. Le dessinateur fait intervenir des bêtes extraordinaires ou des dieux gigantesques en pleine page du plus bel effet. Au niveau de l’histoire, c’est plutôt convaincant même si je trouve que l’enrobage de SF n’apporte rien.
Sur le même principe avec le fléau des dieux, on se retrouve dans l’espace avec la conquête d’Attila qui s’attaque aux planètes romaines. La première chose qui frappe à titre personnel, c’est le dessin. Magnifique, il fait penser à celui de Gimenez dans la caste des Méta-barons. De très grandes scènes de batailles, du space opéra. Au niveau de l’histoire, je trouve qu’il y a quelque chose de plus pertinent que dans le dernier troyen. On s’interroge en effet sur le fait que les Huns et les romains utilisent la même langue. L’histoire se rejoue-t-elle ? Avec une véritable intrigue, de belles scènes de batailles et une relation amoureuse houleuse entre Attila et une jeune romaine qu’on prend pour une déesse, le fléau des dieux est une très bonne série de SF.


Le nouveau président des États-Unis est élu. Sur son bureau, une lettre du précédent président. Il lui annonce que les huit dernières années qu’il a passées à la tête de l’état ont eu un seul but : préparer l’invasion extra-terrestre. En effet, dans la ceinture d’Astéroïdes a été localisée une construction qui n’a rien d’humain. Un vaisseau, le Clarke, est parti dans l’espace pour aller voir de quoi il en retourne.
On va suivre ainsi les aventures de l’équipage et leur rencontre avec les aliens. Parallèlement, ce qui se passe sur terre. Car, si le secret a été bien conservé, l’arrivée des aliens est attendue. Les USA ont développé des armes modernes permettant d’inverser le conflit. Ils prennent ainsi dix ans d’avance sur les autres pays. Le nouveau président, un démocrate, décide d’en finir avec les conflits commencés par le précédent président. En effet, les armes sont tellement puissantes qu’il peut en finir avec le conflit très rapidement. Les armes ne passent pas alors inaperçues et les autres pays s’inquiètent. Il y aura de graves répercussions sur la terre.
Je ne suis pas fan de Comics, ni vraiment de manga d’ailleurs. Je trouve que le traitement des émotions est souvent peu réaliste, peu adulte. Letter 44 n’échappe pas à la règle, on nage en plein délire. L’équipage au bout de nombreuses années de promiscuité finit par tisser des liens si important qu’un enfant nait. L’ambiance communauté hippie dans l’espace, le président des USA qui donne l’impression d’être une caricature de film américain, je ne suis pas réellement fan.
Pourtant, Letter 44 a de solides arguments pour accrocher. Un dessin qui fait penser aux super héros. Une histoire surréaliste pétrie de cliffhangers qui fait que l’on a du mal à lâcher les plus de 800 pages de la série.


L’histoire de la lignée commence en 1937 avec Antonin qui enterre sa mère. Un homme s’approche de lui, son oncle, il ne le connait pas. Et pour cause, ce dernier était interné dans un asile psychiatrique depuis des années. Il lui donne un livre écrit par ses ancêtres et lui explique la malédiction de sa famille. L’ainé de la famille meurt à 33 ans. Et c’est effectivement le cas, Antonin réalise que tous ceux qui ont participé à ce carnet sont morts à 33 ans. Antonin n’est pas heureux en ménage et vit une histoire passionnée avec une jeune femme espagnole qui veut prendre les armes. En 1937, c’est effectivement la guerre d’Espagne. À force de lire le carnet de ses aïeux, il part la rejoindre. Il se dit en effet que s’il doit mourir à 33 ans, autant le faire avec panache.
On n’ira pas plus loin dans l’histoire, mais on comprendra que sur quatre tomes, l’obsession de la mort à 33 ans sera le fil rouge de cette Saga. Marius le fils d’Antonin qui, avant d’entrer dans la prêtrise, aura un enfant, Maxime. Marius qui forcément dans l’âge de 33 ans voit l’âge du Christ et une mission divine. Ce sera dans un conflit ouvrier dans le port de Brest qu’on le retrouvera. Maxime a contrario, partira dans les années 70 à la recherche des Ramones, dans un album sex, alcool, drogue et rock and roll. Enfin, Diane et David, les derniers intervenants de la saga, sont jumeaux. David est obsédé par sa mort. Une série classique mais qui se laisse lire pour aller au bout de cette malédiction.