Si on a tendance à voir pas mal de sujets sur l’alcoolisme, c’est beaucoup plus rare de trouver une bande dessinée sur l’alimentation. Trop infantilisant, trop culpabilisant, trouver le ton juste pour un sujet comme la junk food (les dessous d’une addiction) n’est pas forcément simple. Je crois que la malbouffe concerne tout le monde et qu’il est peut-être plus difficile d’y échapper que l’alcool. L’auteur avait le choix de faire une présentation très scientifique, je pense que cela aurait été un piège. On a en effet tous conscience des problèmes autour du sucre, comme de la cigarette ou de la drogue.
Le parti pris, ici, est de présenter des témoignages de gens dépendants à la nourriture. Ça va assez loin. On raconte l’histoire de cette femme qui dévore un gâteau à s’en rendre malade. Elle finit par mettre du détergeant pour avoir la garantie de ne plus en manger. Le lendemain, elle se retrouve à faire ses poubelles pour finir le gâteau et trouver des parties sans produit ménager. La bande dessinée va assez loin, ne présente pas forcément de solution mais plutôt la détresse des gens. Elle nous invite à nous questionner sur notre rapport à la nourriture, ce qui je pense est une bonne chose. Le sucre, le gras, font partie des seules drogues en vente libre.
L’idée de Fabien Toulmé, avec inoubliables, c’est de retranscrire des récits d’individus en bande dessinée. Où je rejoins parfaitement l’auteur, c’est que souvent les meilleures histoires sont celles qui sont vraies. On trouvera l’histoire d’une jeune femme qui est entrée et sortie des témoins de Jehova. L’histoire d’une femme qui tombe amoureuse d’un prêtre ou encore un viol. L’histoire qui pour ma part me semble la plus inoubliable, c’est celle de ce délinquant devenu maire de sa ville. Où je suis un petit peu perplexe avec cette dernière histoire, c’est que je n’ai rien trouvé. En effet, un trafiquant de drogue qui finit par devenir maire, c’est assez édifiant, j’ai voulu en savoir plus. Mes recherches ne donnent rien, ce qui m’interpelle. Le seul maire ancien délinquant, c’est celui de New York, Eric Adams. Cela ne retire en rien l’intérêt qu’on peut avoir pour la bande dessinée, mais on se demande tout de même si c’est vrai ou romancé.
Black Sands est une bande dessinée avec pour scénariste Tiburce Oger qui est l’auteur et le dessinateur de Gorn. Gorn est une bande dessinée qui a marqué les esprits par la qualité de son dessin. Oger aura été dans l’ensemble un homme qui aura peu produit d’album sur sa carrière, mais qui aura tout de même fait sa place dans la bande dessinée. À l’époque par exemple, il a collaboré avec Vincent Perez acteur incontournable en tant que dessinateur de la forêt.
Je m’étonne donc quelque part de le retrouver aux commandes de ce black sands. Durant la guerre de 39-45, un équipage américain se retrouve débarqué de force sur une île. Elle est occupée par des monstres et par des japonais qui font des recherches. Nous sommes dans un très classique album sur les zombis. La bande dessinée n’apporte rien de plus au classique, mordu, contaminé, si ce n’est le contexte de la Seconde Guerre mondiale. La bande dessinée fait le job.



Demain est un autre jour est une bande dessinée qui traite de l’infertilité, du manque d’enfant et de la pression sociale. L’histoire n’a rien d’original puisqu’elle a été traitée des dizaines de fois, elle nous présente la situation de Bada et Sana en Corée du Sud. C’est assez intéressant parce que si on ne le sait pas, si n’a pas les enseignes écrites en coréens, il est difficile de faire une distinction avec la France. Les problématiques sont similaires avec la pression de la famille peut être plus accentuée en Asie et celle de l’entourage. La question que finalement pose l’ouvrage, c’est de se demander si on a des enfants parce qu’on en veut vraiment ou pour d’autres raisons. Faire comme les autres, faire plaisir à ses parents qui veulent devenir grands-parents. Simplement, être dans la norme au détriment de son propre bonheur.
Bâtard est une road movie dans lequel on retrouve une jeune femme et son fils en cavale. On comprend qu’ils ont fait un braquage, et que les choses ont mal tourné. En effet, non seulement plusieurs truands de leur équipe sont morts, mais d’autres sont à leur recherche. Par qui ont-ils été trahis, telle est la question. Bâtard est une bande dessinée drôle, efficace, avec un pitch pour le moins classique. La différence se fait par rapport à l’existant avec la relation surprenante entre ce jeune garçon qui manipule déjà des flingues et sa mère.
La route est une adaptation par Manu Larcenet du livre éponyme. On notera que la route avait été aussi adaptée en film avec Viggo Mortensen dans le rôle du père. On comprend dès lors qu’il n’y a pas « plus » que la transposition. Ainsi, on retrouve un travail proche de ce qui a été fait pour le rapport de Brodeck où encore, il s’agissait d’une adaptation d’un roman. On peut s’interroger sur un Larcenet qui se voudrait aujourd’hui davantage dessinateur que scénariste. J’ai envie de dire dommage, l’homme a certainement encore beaucoup de choses à nous raconter. On ne peut en outre porter de jugement sur une volonté artistique.
En ce qui concerne la route, c’est l’histoire de l’errance d’un père et de son fils dans un monde post apocalyptique. Ils prennent la route vers le sud, sans garantie de trouver un monde meilleur au milieu du cannibalisme et de la violence. Rien d’extraordinaire dans ce qu’on a pu lire ou voir. Larcenet arrive à retranscrire parfaitement cet univers sombre et désespéré.
Les guerres de Lucas raconte les dessous de la création du premier film Star Wars. Il s’agit d’un album de 200 pages que j’ai dévoré d’une traite. D’habitude, j’ai du mal avec les « biographies », mais non seulement je suis un « fan » de Star Wars, mais en plus c’est particulièrement bien raconté. On y découvre un George Lucas enfant rebelle, adolescent encore plus rebelle et casse-cou. Plus tard, en tant que réalisateur, personne ne croit en lui, tout le monde le prend pour un dingue. En parallèle, sur les tournages, l’homme est froid, distant et exigeant avec les techniciens.
C’est vraiment un bon bouquin, truffé d’anecdotes. On découvre que Carrie Fisher et Harrison Ford ont eu une liaison ou encore la distribution chaotique du film dans à peine une trentaine de salles. En fin de compte et comme pour beaucoup de choses, Star Wars c’est un gros coup de chance qui aurait pu ne jamais sortir. La bande dessinée fait aussi la part belle à l’épouse de George Lucas, Marcia Lucas qui a aidé au scénario, au montage du film. À lire pour tous les amoureux des films.




Joseph Carey Merrick, l’Homme-Eléphant c’est tout simplement l’histoire « Elephant Man ». Vous noterez que dans ce one shot numéro 18, je fais du deux en un parce qu’il n’y a pas forcément besoin de développer. En effet, si vous prenez la page Wikipédia sur Joseph Carey Merrick, vous réalisez que c’est très similaire. On profite ici d’une des forces de la bande dessinée, rendre un sujet moins abrupte en combinant texte et dessin. Joseph Carey Merrick est un homme atteint d’une maladie qui entraîne des déformations, on finira par le comparer à un éléphant. Histoire vraie sur cet homme qui a connu l’humiliation et la misère.
La bande dessinée démarre avec une émission de type faites entrer l’accusé. Pendant qu’une jeune femme se prépare à se rendre à une fête, on y dépeint les criminels les plus horribles. C’est d’ailleurs une entrée particulièrement réussie puisqu’on met la pression sur le lecteur, on lui fait peur. Cette si jolie jeune femme qui se sent suivie, on sait qu’il va lui arriver quelque chose. Et c’est effectivement le cas, elle va suivre un jeune homme qu’elle n’aurait pas dû suivre jusqu’à chez lui et lui planter un coup de couteau. Uniquement avec ceci, j’en dis trop. Le site actuabd a déclaré une nuit avec toi meilleur album de l’année 2023, c’est totalement mérité. Je ne peux que vous recommander une nuit avec toi, un excellent thriller.
Dans un genre diamétralement différent, le grand migrateur nous entraîne dans un monde de fantasy pour un public bien plus jeune. Dans ce monde, on constate qu’une espèce de mélasse envahit l’intégralité du territoire. Il se trouve que cette mélasse qui détruit tout sur son chemin est apparue en même temps que l’extinction des géants. Ceux-ci se réveillaient au bout de quelques siècles et s’orientaient vers l’origine justement du liquide, à la source. Qu’y faisaient-ils ? C’est la question que se pose une vieille érudite qui réussit à trouver l’un d’entre eux, peut-être le dernier. Elle va le suivre dans son périple et pourquoi pas sauver le monde. Un album gentillet, bienveillant, pour les plus jeunes et les plus vieux.



Dans le futur, les plus de 80 ans sont devenus majoritaires. Ils posent un problème économique de fond, trop vieux pour consommer, trop malades, trop dépendants. On explique dans la bande dessinée comment on est arrivé de à faire passer l’idée d’une euthanasie légale. La bd montre que c’est par voie démocratique, un long travail pour rendre le concept acceptable. Stéphane est un homme âgé. Il viole la loi en fumant une cigarette, totalement interdit pour une personne de plus de 80 ans. Avec ce crime il doit de façon théorique se rendre aux autorités pour se faire euthanasier.
Avec son épouse, il n’a d’autre choix de fuir vers la campagne pour se réfugier chez les néoruraux. Ces derniers ne respectent pas la loi française. Ils réalisent que si on ne pratique pas l’euthanasie, les octogénaires sont obligés de participer à des combats extrêmement violents. L’octofight, où des sommes colossales sont en jeu. Il va s’avérer que Stéphane va devenir un véritable champion et bouleverser l’ordre établi. Une bande dessinée très noire avec une critique globale de la société. Une idée qu’on avait déjà plus ou moins vue dans le film avec Gérard Darmon, vous êtes jeune vous êtes beau, où un homme âgé participe à des combats pour financer sa fin de vie. L’idée sous-jacente de cette bande dessinée qui ne fait pas dans la dentelle, c’est la critique de l’homme tout simplement.
Afin de faire passer le message, les auteurs utilisent des ficelles très (trop ?) grosses. L’exemple typique, c’est le président Mohammed Marechal Le Pen sosie de Carlos le chanteur décédé. Les enfants qui dénoncent les parents, des individus prêts à voter les lois les plus absurdes en oubliant qu’ils seront âgés un jour, l’absence de valeur tout simplement. Si la bande dessinée est réussie, je la trouve néanmoins trop noire, trop excessive. Je pense en effet que ce manque de finesse est préjudiciable pour réussir à pousser le lecteur à réfléchir. Et pourtant, c’était de toute évidence le but de cette dystopie.


Gabi Beltrán qui est l’auteur de l’ouvrage est né à Palma de Majorque en Espagne dans les années 60. Histoires du quartier est un récit autobiographique. Il explique sa jeunesse miséreuse qui n’est pas sans faire penser à des chansons de RAP. La différence c’est qu’ici s’il est bien question de drogue, de violence, d’autres messages sont bien présents. Gabi est adolescent dans un quartier misérable, passe son temps à boire, à fumer. Il participe avec ses amis à des petits larcins pour gagner un peu d’argent. Les femmes sont un problème. Une bonne partie des mamans de ces jeunes sont des prostituées, on comprend que pour ces adolescents, l’amour, c’est compliqué.
Certaines de ces histoires tournent autour de la criminalité, mais il ne s’agit pas de la finalité. Il s’agit en effet d’un cadre pour définir les personnages. Par exemple, cet ami qui vole des voitures de manière compulsive. Mais aussi l’hyperviolent qui tape sur tout le monde. Celui encore qui a des parents riches mais qui traîne avec les délinquants. La brochette de personnages est riche et attachante. Derrière chacun, c’est une histoire sombre, une histoire d’échec, une victime de la pauvreté. Le premier tome reste finalement assez descriptif. Il n’en est pas moins réussi pour autant. Dans le second tome Gabi Beltrán s’implique plus en racontant l’éloignement du quartier. Il nous montre son évolution avec une passion naissante pour la littérature. C’est sa rencontre avec une étrangère qui sera déterminante. Elle va lui offrir un asile de livres qu’il va dévorer.
En lisant ce deuxième album, on pense à la chanson de I AM, ‘l’aimant ». Akhénaton explique l’attraction du quartier qui replonge les individus dans leurs travers, l’impossibilité d’y échapper. On explore dans largement cette dualité. Le garçon se détache de plus en plus, mais retombe régulièrement dans les petites affaires. On se doute que l’histoire finit bien. Gabi Beltrán a remporté de nombreux prix et travaillé pour de nombreux journaux, preuve qu’on peut s’extraire de sa condition.
Blue note est un diptyque qui se situe à une époque très précise. Trente jours avant la fin de la prohibition. Il s’agit d’une période aux États-Unis de 1920 à 1933 où la vente d’alcool, le transport, et la fabrication sont interdites. L’idée étant de faire diminuer la consommation d’alcool du pays. Du fait de cette loi, s’est développée une économie parallèle mafieuse, violente. On pense au plus grand criminel de l’époque Al Capone. Les gangsters ont assis leur fortune sur l’alcool, les clubs privés. Cette fin de la prohibition signifie pour eux la fin de leur règne, ou du moins d’une perte importante de leur activité économique. Blue note comme indiqué en introduction est un diptyque présentant deux personnages, un boxeur et un joueur de blues. La structure des deux albums veut que les évènements se déroulent en parallèle. On aura l’explication de certains événements du premier tome dans le second et réciproquement. C’est une bande dessinée qu’on prendra donc plaisir à relire tant les connexions sont importantes.
Un boxeur qui revient pour un combat, un match retour pour un combat qu’il avait pourtant gagné. Mais le doute que le match soit truqué persiste, et il désire réellement savoir s’il a battu son adversaire à la loyale. En effet, les criminels sont partout, jusqu’aux paris sportifs et aux matchs truqués où de grosses sommes sont engagées. Alors qu’il est honnête, il se fait doubler par l’homme qui a organisé le match. Il aurait dû se coucher, mais non seulement il ne l’aurait jamais fait, mais surtout, il n’était pas au courant. La mafia perd beaucoup d’argent à cause de lui et lui demande d’honorer sa dette en enchaînant les combats, une dette qu’il a contractée sans le savoir. Il va tout faire pour réussir à se libérer. Pour le second album, il s’agit d’un joueur de blues de très grand talent qui va travailler pour un mafieux, l’un des protagonistes du premier album. Il voudrait enregistrer un disque, mais va se rendre compte qu’il n’a pas de liberté, il est une propriété, ni plus ni moins. Lui aussi va tout faire pour s’évader.
Deux albums très bien dessinés, très bien réalisés. Les liens entre les deux histoires sont nombreux et il ne s’agit pas d’une suite, mais bien du même moment. L’imbrication des deux histoires est très réussie.


La bande dessinée démarre sur une tuerie aux États-Unis où un homme armé est entré dans une école et a tué une vingtaine d’enfants. La journaliste se rend sur place, interview les parents et va se trouver face à des gens qui nient la tuerie en arguant qu’il s’agit d’une supercherie et que les parents sont des acteurs. Des arguments simples et pas forcément évidents à démontrer comme le fait d’avoir vu les corps des enfants. Cela fait partie des mécanismes des fake news. De l’absurde tellement absurde qu’il en devient indémontrable. La journaliste n’a en effet pas ouvert un cercueil pour vérifier, faire une analyse ADN afin de confirmer qu’il s’agit bien d’un enfant disparu. La problématique, c’est que le dialogue est impossible puisque par définition les auteurs de fake news (l’info qui ne tourne pas rond) ont toujours une explication. On peut se demander quelle est la motivation. En effet, imaginer qu’un tel carnage serait une supercherie, pourquoi ? Pas bien difficile, les armes à feu aux États-Unis sont un sujet qui revient régulièrement au cœur de l’actualité. Chaque nouvelle tuerie remettant en cause l’amendement dans lequel chacun a le droit de pouvoir se défendre et posséder une arme.
La journaliste va poursuivre son enquête dans de nombreux domaines. Les platistes, les gens qui pensent que la terre est plate. Mais aussi sur Donald Trump avec un voyage en Macédoine assez intéressant. On apprend qu’une ville au grand complet durant la crise économique qui a frappé la Grèce a participé à la diffusion massive de fake news à l’encontre de la candidate du parti démocrate Hilary Clinton. Les étudiants étaient les principaux auteurs, mais le phénomène est devenu tellement important que les enseignants eux-mêmes ont fini par réaliser des fake pour gagner de l’argent !
La bande dessinée ratisse large. L’origine des fake news, vieilles plus ou moins comme le monde. Les difficultés financières de la presse car le journalisme ça coûte cher, le besoin de journalistes et la défiance de ceux qu’on qualifiera de complotistes qui ne croient plus dans l’information « traditionnelle ». C’est bien plus que la fake news qui est expliquée. Doan Bui intervient en effet dans les établissements scolaires pour expliquer son métier. Elle revient sur l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès, l’homme accusé d’avoir assassiné sa famille et le raté de la presse française. En effet, les journalistes avaient annoncé sa capture en Écosse alors qu’il s’agissait d’un homme qui lui ressemblait.
Fake news l’info qui ne tourne pas rond est plus qu’une simple bande dessinée sur les Fake news. C’est une véritable enquête qui se veut la plus objective possible qui ne juge pas, ne caricature pas les complotistes. Elle montre les enjeux d’un monde dans lequel les réseaux sociaux, le sensationnalisme, les algorithmes ont remplacé le métier de journaliste. La journaliste a donné une interview sur TV5 monde que vous pouvez trouver ici