Irons, c’est un peu la bande dessinée à l’ancienne. Les héros à la Thorgal, Largo Winch, que rien n’arrête et qui à chaque tome mettent une femme dans leur lit. Pas évident de se démarquer de la concurrence, et d’être original face aux stéréotypes du genre. Irons va donc cumuler les différences. Il est chauve, peu commun dans le monde de la bd, il est sociopathe et ingénieur. Un profil plutôt original puisqu’on a un personnage particulièrement désagréable qui règle les problèmes avec sa tête plutôt qu’avec ses muscles. Trois albums sont parus à ce jour, je ne sais pas s’il y aura une suite, mais je trouve que la série est intéressante. Les enquêtes sont orientées autour de la « technique », autour des ponts. L’aspect sociopathe du héros casse les codes, l’auteur a finalement réussi son coup avec une série plutôt originale.

Something is killing the children, soit littéralement quelque chose tue les enfants. Et ce quelque chose ce sont des monstres, de véritables monstres issus de l’imagination des enfants. L’héroïne principale, c’est Erica Slaughter (massacre en anglais) qui est une chasseuse de monstres. Elle fait partie d’un organisme secret dont le but est double. Tuer les monstres, mais aussi garder le secret, quitte à nettoyer derrière. De façon paradoxale, l’organisation peut raser un village de témoins, y compris des enfants. Erica fait partie de la loge noire, les chasseurs solitaires. En effet, l’organisation, très structurée, a des techniciens, des intendants, des gens qui chassent en meute et même des tueurs de dragons. Erica est une marginale, chasseuse solitaire, elle n’accepte pas les méthodes de son institution. En effet, elle refuse le nettoyage qui consiste à tuer des innocents.

Les trois premiers albums, je parle ici de la version française, mettent l’univers en place avec une première aventure. Un tome est spécialement dédié à l’enfance d’Erica. On nous explique comment elle est devenue chasseuse. Lors de sa première aventure, Erica quitte l’ordre, si bien qu’on envoie quelqu’un pour la tuer. Something is killing the children est un gros succès populaire pas forcément mérité. Oui, c’est prenant, mais la bande dessinée mange littéralement à tous les râteliers de ce qui existe déjà. On pense à Buffy contre les vampires ou même Harry Potter. Je suis actuellement au tome 6, le sentiment de lassitude commence à s’installer.

Pour un peu de bonheur est une bande dessinée réalisée en partenariat avec le ministère des Armées. C’est dire qu’on s’attache à l’importance du fait historique. La bande dessinée est d’ailleurs accompagnée d’un cahier explicatif à la fin de chaque album. 1919, Félix revient chez lui, seul survivant de la guerre. Ils étaient une bande de copains, tous sont morts dans les tranchées. Félix par contre ne revient pas entier, il lui manque la moitié du visage.

Le retour au village est compliqué, d’autant plus que sa femme a eu une aventure, que son fils peine à le reconnaître comme son père. Se rajoute à cela un tireur fou qui fait sauter la cervelle des animaux dans le village. Félix va être mêlé à l’enquête. Un diptyque particulièrement pertinent qui réserve son lot de surprises et qui retranscrit de façon intéressante la guerre de 14-18.

Sherlock Holmes le célèbre détective a été abordé sous toutes les coutures, dans le cinéma, la bande dessinée ou même les séries télés. Les quatre de Baker Street propose un angle d’attaque original, la légende de Sherlock Holmes au travers d’enfants. Les quatre sont deux garçons, une jeune fille et un chat, des gosses des rues devenus informateurs de Sherlock. On ne s’étonnera pas de voir que l’ouvrage est préfacé par Loisel à qui l’on doit Peter Pan. Si Sherlock, Watson ou Lestrade sont bien présents, ils restent des personnages secondaires. Dans l’esprit, je trouve qu’on n’est pas vraiment dans l’esprit Holmes. En effet, les jeunes résolvent des problèmes, mais on ne peut pas réellement parler d’enquête ou de mystère. La bande dessinée s’attache principalement à dépeindre un Londres de la fin du XIX°. Le racisme contre les Irlandais, la misère, les malfrats. La bande dessinée est très bien dessinée, présente des personnages attachants, mais je trouve qu’elle perd de son intérêt au fil des tomes.

RIP place son action dans une équipe de nettoyeurs. Ils interviennent avant l’arrivée des forces de l’ordre et des familles pour faire du nettoyage. Cette équipe de nettoyeurs est composée de perdants, qui cachent tous leurs secrets, leurs peines, un passé bien lourd. L’histoire démarre avec Derrick, un homme qui a raté sa vie et qui attend la mort. Il fume comme un pompier, a épousé une femme d’une vulgarité rare. Lors d’un nettoyage, il trouve une bague qui vaut une fortune, et la dissimule chez lui dans l’espoir de tout recommencer. C’est autour de cette histoire que vont s’articuler les six tomes de RIP.

À chaque tome, un nouveau personnage, les mêmes événements et bien sûr un gros plan sur la vie du « héros » du tome avec une histoire de plus en plus épaisse. Le premier tome laisse un certain nombre de questions ouvertes auxquelles on répond bien entendu par la suite. La narration est excellente et il faut saluer le travail de l’auteur qui tisse parfaitement sa toile. Le dessin n’est pas en reste, glauque à souhait. Il y a un côté Green Manor mais qui va beaucoup plus loin. La galerie de portraits est vraiment très bien menée. Le vieux taiseux, le raciste, le fétichiste, une vraie galerie de perdants ! Sans aucun doute l’une de mes meilleures lectures du moment.

Fred Duval avec renaissance propose une bande dessinée particulièrement originale. En 2048, la terre est envahie par les extra-terrestres, mais pas dans la façon traditionnelle qu’on connait. La terre se meurt, les humains ont trop tiré sur la corde, l’opération renaissance est lancée. Renaissance, c’est la coalition des planètes extra-terrestres qui sauve la terre. Ce n’est pas la colonisation ou l’invasion, mais bien un sauvetage. L’idée est bonne et Duval va loin en proposant des théories plausibles. Tous les humains ne veulent pas être sauvés, et le sauvetage entraîne des compromis. En effet, les extra-terrestres sauvent en force, un peu à la manière de quelqu’un qui vous force à faire une cure de désintoxication.

Certains refusent l’aide, se radicalisent, et ce n’est pas parce que la terre se meurt que des terroristes ne tentent pas de violentes actions contre les « libérateurs ». De l’autre, on se rend compte que les extra-terrestres n’en sont pas à leur première visite et que la libération de la terre profite à certains. Des tensions sont présentes dans la coalition, l’opération de sauvetage coûte cher, des enjeux politiques et économiques existent. Des secrets, des mystères, des cliff hangers, renaissance est une excellente bande dessinée. À l’heure actuelle, au tome 5, il y a encore beaucoup à dire.

Le scorpion est une bande dessinée de Desberg et de Marini. Évoquer Marini c’est déjà la base d’un dessin solide et de filles magnifiques dans des positions lascives. Le scorpion ne se limite pas qu’à ça, même si cela contribue largement au succès. La série qui compte 14 tomes au moment où j’écris ces lignes fait partie des bd qui ont franchi le cap du million d’exemplaires.

Le scorpion est un aventurier qui s’est spécialisé dans le pillage de tombe. Il vit de vente de reliques dans la ville de Rome. On notera que le fait historique, la romanité, est un sujet déjà abordé par Desberg avec la série Cassio, tout comme l’Égypte où le scorpion se rendra à partir du tome 13. Du jour au lendemain, Armando Catalano alias le scorpion, se retrouve poursuivi par les moines guerriers du cardinal Trebaldi. Ce dernier veut en effet sa mort, et sera ainsi le grand méchant de l’histoire. Si l’auteur décompose sa bande dessinée en plusieurs cycles, l’aventure ne présente pas de césure sur les douze premiers tomes. En effet, la trame principale, consiste à comprendre pourquoi le cardinal qui deviendra le pape, veut la mort du héros. Vous remarquerez que pour la situation absurde, on est servi. Le pape, entouré de moines guerriers qui a été intronisé de force, veut la mort d’un homme. Pour la vengeance, car cela fait partie du genre, Trebaldi serait responsable de la condamnation à mort de la mère du scorpion dans sa jeunesse.

Duels, filles qui tombent dans les bras du héros, ami fidèle, des « je me vengerai » toutes les trois pages, toutes les cases sont bien cochées. L’un des principaux problèmes de la bande dessinée franco-belge, c’est la poule aux œufs d’or. En effet, lorsqu’une série rencontre le succès, les auteurs font tout pour prolonger leur œuvre au détriment de l’intérêt. Avec le scorpion, même si on enchaîne les situations totalement inutiles, comme rechercher la croix de Pierre pour dénoncer le pape, tout fonctionne. Je pense que le mystère qui plane autour de la naissance du scorpion, des différents personnages, maintiennent parfaitement le suspense jusqu’à la révélation finale.

Le scorpion est ainsi une bande dessinée particulièrement réussie. Lorsqu’on vous fait une petite révélation, on est capable de rebondir sur un nouveau mystère sans lasser le public. Attention, ce que je dis reste vrai jusqu’au tome 12 qui achève réellement pour moi la bande dessinée. Et pourtant, les auteurs ont laissé, dans un des albums, une piste permettant de rebondir sur une nouvelle aventure. À partir du tome 13, ce n’est plus Marini qui dessine, il a quand même tenu vingt ans et le dessin s’en ressent. Desberg arrive tout de même à embarquer le lecteur avide, dans une nouvelle histoire qui tient la route. Avide, il faut en effet vraiment avoir envie de suivre ces nouvelles aventures. Je m’arrête pour ma part à la première saison.

Au moment où j’écris ces lignes, les vieux fourneaux comptent sept tomes. Face au succès de la bande dessinée, on n’imagine pas l’arrêt de la série. Sur le principe, ce serait facile. En effet, Pierrot, Mimile et Antoine ont passé les soixante dix ans. La bande dessinée partait plutôt bien. Les trois hommes se retrouvent à l’enterrement de Lucette, la femme d’Antoine. Ce dernier découvre que son épouse l’a trompé avec son ancien patron, un homme devenu sénile. Mimile et Pierrot, accompagnés de la petite fille d’Antoine et de Lucette partent à sa recherche. Antoine a décidé de tuer l’ancien amant de sa femme.

Ce premier tome est une réussite. Plein de tendresse, plein d’humour digne de Michel Audiard, de véritables punchlines qui font mouche. On voit les souvenirs de gosses, les souvenirs d’une jeunesse perdue. Un album qui rappelle que derrière chaque personne âgée, des gens qui ont vécu, travaillé, qui se sont aimés. J’aime beaucoup cette planche plus bas, qui superpose le monde actuel et le passé de nos héros en noir et blanc.

Ce premier album, avec de bons mots, de la tendresse, aurait pu laisser penser à une véritable réflexion sur la vieillesse. Lupano d’ailleurs est certainement l’un des mieux placés pour le faire. Sa bande dessinée, Alim le tanneur, nous présente un anti-héros père de famille, sa gamine de quatre ans et son beau-père, un homme âgé. Lupano sait faire de simples gens des héros. On perd pas mal de tendresse dans les autres albums pour se focaliser sur les excès de Pierrot. Pierrot vit en région parisienne, il fait partie d’un groupe d’activistes de personnes âgées. Ils vont par exemple intervenir dans un meeting de droite avec un vieux qui se fait dessus sur commande. Forcément, la « bombe chimique » est tellement insupportable qu’on évacue la salle.

Ce que certains trouveront amusant, je le trouve plutôt lourd. De nombreuses situations tournant autour des actions de Pierrot sont totalement improbables. La bande dessinée trouve ainsi sa place dans l’excès et perd en profondeur. Pourtant, certaines pistes sont explorées durant l’ouvrage et nous donnent envie de s’accrocher. Sophie la petite fille de Lucette et Antoine qui fait partie des personnages principaux, est enceinte. Qui est le père ? On ne le saura qu’au tome 4. Pourquoi Antoine et son fils sont en froid ? Qu’est-ce qui a motivé le départ de Mimile vers les îles ? On s’accroche ainsi tant bien que mal pour une série sympathique qui méritait mieux. Une série qui s’enfonce de plus en plus dans les clichés du combat social, mais sans aucune finesse.

Comme j’aime à le rappeler, la bande dessinée a la force de pouvoir tout oser. C’est moins le cas dans le cinéma. Adapter la bande dessinée au cinéma est une entreprise courageuse, les vieux ne font pas vraiment rêver en grand écran. Une distribution de prestige pour des acteurs d’un certain âge puisqu’on a dans le premier opus Eddy Mitchel, Pierre Richard et Roland Giraud. Ce dernier sera remplacé par Bernard le Coq dans le second opus.

Dans le premier film, c’est le scénario du premier opus qu’on reprend dans les grandes lignes avec des éléments du troisième album. On intercale quelques éléments pour placer des scènes du trois dans le un, c’est globalement cohérent. D’ailleurs, comme dans les différents albums, on fait des raccords avec des éléments du passé, il suffit de remettre dans l’ordre chronologique.

Pierre Richard très efficace dans le rôle du vieil activiste, tout comme Eddy Mitchell en vieillard bien tranquille. Roland Giraud dans le rôle de l’homme bafoué, froid, s’en sort lui aussi particulièrement bien. Alice Pol est parfaite dans le rôle de Sophie. Cet album mérite-t-il une adaptation en bande dessinée ? Pour ma part clairement non. Si certaines adaptations comme le seigneur des anneaux ont du sens, car elles permettent de mettre en image un roman, pour la bd tout est dit, tout est montré. Une histoire alternative comme dans le cas d’Astérix aurait du sens, ici largement moins. Ce premier film reste pour ma part plaisant et pertinent pour ceux qui ne connaissent pas la bd.

Le deuxième, bons pour l’asile, est dans la même veine que le premier et s’appuie sur le titre éponyme. Cette fois-ci l’histoire a été profondément remaniée.

Chaque soir, un vieux notaire à la retraite qui a des problèmes de dos, qui prend ses médicaments, écoute les histoires de son voisin. Son voisin, c’est une vie d’aventure, la guerre, les voyages. Un jour, ce dernier décède. Se pose alors le problème de la succession. Le vieux notaire qui au départ ne voulait pas s’en occuper apprend de la bouche du maire que son ami n’est pas né en Afrique comme il l’annonçait, mais dans un village bien français. Piqué par la curiosité, il se demande si l’homme qu’il admirait tant n’était pas un mythomane. Tananarive nous entraîne dans un roadmovie du troisième âge, classique, mais très bien fait. Le vieux notaire va tout faire pour retrouver le fils perdu du pseudo aventurier afin de lui remettre des éditions originales de Pinpin, un héros de bande dessinée. C’est d’ailleurs assez bien fait, on a quelques planches de ce fameux héros dans la bande dessinée, une bd dans la bd. Touchant, drôle, une construction originale, un très bel album.

C’est l’histoire d’un détective privé d’un certain âge. L’homme réalise toute sorte d’enquête, trouver des héritiers ou encore des enquêtes de moralité pour recruter du personnel. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est aigri, qu’il a peu de fois dans l’humanité, qu’il est intraitable. C’est surtout un homme seul. Un jour, un mari lui confie une enquête sur sa femme. Il pense qu’elle entretient de façon logique une liaison. Il découvre qu’elle a loué une maison et que tous les jours, elle danse nue en sortant de la boue, ce qui explique la couverture qui ne rend pas hommage à la bande dessinée. Pour la première fois depuis bien longtemps l’homme est ému, ce spectacle va profondément changer sa manière de voir le monde. Sudestada est très drôle, très noir, et finalement très humain, un excellent one shot.

L’histoire commence en 1906 dans un village italien de bord de mer, loin de tout. Un homme, sa femme et ses deux enfants en provenance d’Angleterre viennent s’installer. L’épouse a fait un héritage, le mari rêve d’industrialiser la pêche. Les habitants du coin voient cette arrivée d’un très mauvais œil. Le fils ainé se lie rapidement avec trois enfants du village. Il apparaît que ces trois enfants sont nés exactement à la même date. La seule fille du groupe possède une pierre avec une étrange inscription dessus, en fumant, ils ont des visions d’une vie passée.

Et c’est ici que la bande dessinée prend un tournant assez particulier. Certaines planches sont en effet consacrées à des moments dans des vies antérieures. Les quatre personnages sont liés depuis les temps anciens. Après des événements dramatiques, on retrouve les enfants 20 ans plus tard, à l’âge adulte. Lisa fait appel à ses trois amis d’enfance pour retrouver l’homme qu’elle aime parti au Costa Rica. On comprendra que lui aussi fait partie du groupe. Où le regard ne porte pas, est parue en 2004, à l’époque la bande dessinée fait mouche. À la fois fantastique, romanesque, une bande dessinée qui touche.

Aimer pour deux raconte l’histoire des parents de Desberg, auteur du scorpion, elle s’articule principalement autour de sa mère. Provinciale qui débarque à Paris, elle fréquente le milieu intellectuel et clandestin durant l’occupation. Elle cherche le grand amour, elle va rencontrer Francis qui sera le père de son premier enfant. Elle ne l’aime pas vraiment. On va suivre la jeune femme de l’occupation à la libération, le divorce et la séparation avec sa fille. Difficile de distinguer le vrai du fictif dans cette histoire à qui l’on pourra reprocher son côté cliché. Le personnage de la jeune femme qui a des relations avec les Allemands ou encore ce jeune homme d’origine américaine, noir et homosexuel qui finira déporté. Le dessin particulièrement réussi fait penser à celui de pin-up. L’histoire nous tient en haleine sur le devenir de la petite fille qu’elle a avec Francis. Retrouvera-t-elle ou non sa mère ? Un one shot classique, mais bien dessiné qui décrit bien une époque terrible.

2 Comments

  1. J’ai lu le premier épisode de R.I.P., et je m’étais dis pourquoi pas lire la suite ?! Cela m’était sorti de la tête. Mais je vais m’y mettre, ce n’est qu’une question de temps! 🙂

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