À l’heure où j’écris ces mots, ce sont un peu les inondations dans l’Hérault et de grosses pluies dans l’Aude. Je suis plutôt fatigué, le contrecoup de la période scolaire cumulé avec une dose non négligeable de travaux, je fais un peu la trêve de Noël, plus ou moins contraint. L’humidité est telle que faire des enduits ou de la peinture, c’est du non sens. Je profite pour faire le travail annoncé dans le site, un énorme ménage. Quelques réflexions aussi sur ce qu’on diffuse, comment on le diffuse et les outils de diffusion.

Passage à la vidéo pour l’intégralité des contenus mathématiques.

Écrire des mathématiques sur le site, c’est une perte de temps, et ce, à plusieurs niveaux. Les élèves ne lisent plus, ils préfèrent un format vidéo et un format vidéo de préférence court. Je pense qu’il faut être cohérent, si on fait un contenu pédagogique et qu’on veut qu’il soit accessible, alors il faut le rendre accessible. Je me suis donc lancé dans la réalisation des formats courts, voici un exemple.

Au niveau du temps, c’est fait très rapidement et c’est souvent en une seule prise. LibreOffice Impress pour le diaporama, le logiciel Kazam pour la capture d’écran. Il semblerait que le logiciel soit daté de 2012 et que la version 2 est en cours de développement. C’est aussi une réflexion que je dégageais dans le dernier billet, le fameux syndrome de l’imposteur. On pourrait imaginer qu’il faut un logiciel super sophistiqué dans sa version nightly pour faire un enregistrement d’écran, un vieux logiciel donne satisfaction. Pour le son, il s’agit de mon casque Logitech H340 que j’utilise depuis la période de la COVID. J’ai acheté dernièrement une micro de base sur Amazon aux environs d’une vingtaine d’euros. L’idée, c’était de voir si j’arrivais à un son de meilleure qualité, principalement pour le volume que je trouvais faible.

J’ai fait le choix de prendre un produit « basic » qui donne la plupart du temps satisfaction. J’ai été assez déçu du rendu, avec une impression de parler dans une caverne. Après avoir échangé avec Benjamin, il semblerait que je sois trop proche du mur pour faire mon enregistrement. Le problème, c’est la configuration de la pièce. L’ordinateur est face à un mur, il faudrait faire des essais avec un ordinateur portable pour vérifier si la qualité du micro est mauvaise ou si effectivement, c’est la configuration de la pièce. Pour l’heure, pas le temps, je suis satisfait du rendu actuel.

Il faut dire que comme le faisait remarquer Benjamin, filmer l’écran, c’est régler de nombreux problèmes comme l’éclairage ou la qualité de la caméra. C’est aussi ne pas jouer sur le physique, aller à l’essentiel. Alors, vous me ferez remarquer qu’Yvan Monka ne joue pas sur le physique. Si toutefois vous regardez ses dernières vidéos, et que vous les comparez à celles du début, il y a une forte évolution et dans la qualité de l’image, du son, ainsi que des rajouts à l’ordinateur.

Je reste sur cette optique, un minimum d’engagement pour un maximum d’efficacité. Il faut savoir que ces vidéos ne sont pas destinées à faire de la concurrence à Yvan Monka mais bien d’en faire un outil pédagogique personnel. Parmi les très nombreux problèmes que nous rencontrons au collège, j’en vois deux que je peux amoindrir par ce biais : l’absentéisme et la répétition. En classe la dernière fois, je faisais un exercice dans lequel on avait un mélange de Pythagore et de Thalès. Personne dans la classe n’avait la capacité de faire un Thalès sans être accompagné, alors qu’on l’avait fait il y a deux mois. Les absences sont aussi problématiques avec des élèves qui de plus en plus estiment que le monde s’arrête quand ils ne sont pas là. Monsieur, j’étais absent, il faudrait ainsi arrêter tout et reprendre la leçon là où l’élève s’est arrêté.

Les vidéos, et notamment les shorts sont expliqués de la même manière que ce que je fais en classe. C’est donc bien un outil à destination de mes élèves qui ont la chance de voir le live et potentiellement le replay. Si les vidéos au format long qui durent une dizaine de minutes se prennent un four total et restent certainement dans le domaine de l’entre-soi, les shorts fonctionnent pas mal avec un public plus large. Comme on peut le voir dans la capture ci-dessous, on franchit le millier de vues pour certaines vidéos en moins d’une semaine.

Les vidéos au format long correspondent à un cours complet, le short, c’est l’exemple pur et dur. Par exemple dans le cas du théorème de Thalès version cours, j’explique les conditions, je fais aussi une parenthèse sur l’aspect historique. Bien pour l’élève qui a raté le cours, aucun intérêt, j’ai envie de dire pour celui qui veut bachoter. Pour le format court, je vais casser la vidéo en éléments simples, une vidéo pour un Thalès classique, une vidéo pour le sablier.

Linux rate le coche des outils simples.

Lorsque je filme mon écran, je le fais en plein écran. Je suis en format paysage, il faut donc assurer la conversion au format portrait.

L’astuce est assez simple, puisqu’il s’agit de faire le document au format paysage puis de rogner la vidéo. La logique aurait voulu d’utiliser la palanquée de logiciels Linux proposés, Openshot, Kdenlive ou Shotcut que j’ai utilisé l’année dernière pour faire des vidéos. Je trouve que c’est tout de même incroyablement compliqué pour une opération qui se veut simple et que les autres font de manière très simple. À force d’avoir voulu copier Adobe Première, à force d’avoir voulu montrer que Linux était capable de produire des outils professionnels, Linux a un très gros train de retard sur la tendance actuelle : le facile.

À l’heure actuelle j’utilise le service 123Apps. C’est un problème de fond. Parce qu’il faut le reconnaître, la forme est impeccable.

Comme on peut le voir, tout est fait à la souris, il suffit de positionner le cadre comme un crop traditionnel et d’enregistrer. Le problème de fond bien sûr, c’est un service gratuit, mais dans une certaine mesure. Un nombre de vidéos limité à la journée, une quantité de data, etc. Dans mon cas, avec des vidéos de petites tailles, je ne vois pas cette limitation. Malheureusement, un service propriétaire peut changer les règles du jeu du jour au lendemain, disparaître, devenir simplement payant, mettre un filigrane et j’en passe. Je n’évoque même pas les notions de vie privée. L’alternative libre existe dans la framatoolbox qui vient de faire son apparition. Malheureusement, le service n’a pas réalisé mon recadrage, il a planté.

On n’a donc pas d’outil classique facile et le développement d’une alternative à capcut existe, puisque c’est un peu l’idée quand on veut faire du montage à destination du web, elle s’appelle Opencut. Opencut est un projet récent qui a du sens, en tout cas qui a de l’intérêt pour beaucoup, comme on approche des 50.000 étoiles sur Github, ce n’est pas rien. Ce qui me gêne, c’est que nous ne sommes plus dans un logiciel classique, mais dans un logiciel orienté vers les technologies web. Vous pouvez faire le test en ligne.

L’interface est réussie, simple, et elle fait effectivement penser à Capcut, Canva qui sont devenus les modèles, les références pour tout le monde. Je sais que Benjamin continue d’utiliser Photoshop et Première qui permettent bien sûr d’avoir des résultats très qualitatifs. Toutefois, les applications ou les services web cités précédemment permettent à tout un chacun de faire de la vidéo de façon accessible. J’insiste à nouveau sur ce point, à l’heure où Linux est en train de conquérir un nouveau public, je fais le constat qu’il manque d’applications simples, pour faire des choses simples. Rajouter simplement un texte dans une vidéo, une image, flouter une partie. Je réalise aussi que les technologies qui sont utilisées sont toutes orientées web et ne facilitent pas l’installation de ces logiciels. Par exemple, Opencut vous invite à passer par Docker pour tester le logiciel. On peut supposer comme il est indiqué sur le site que c’est un early access, mais les technologies utilisées, l’absence de documentation ne facilitent pas l’utilisation finale. À l’heure actuelle et pour mes vidéos, le logiciel est inutilisable. Testé avec Firefox et Chrome, la mémoire du PC finit par saturer au point de faire crasher le PC.

C’est un cas que je retrouve avec Polotno. Polotno est une alternative à Canva qui donne des résultats particulièrement qualitatifs. Je l’utilise pour faire mes images de présentation des podcasts ou des cours sur YouTube. Comme vous pouvez le voir sur le côté, on retrouve les icônes similaires à Canva, les différents formats, polices, icônes, etc. C’est vraiment un excellent logiciel plébiscité dans l’éducation nationale. Vous trouverez des tas d’articles qui en parlent.

Seulement, à nouveau le même problème, nous sommes dans le cas d’une interface web. On a une doc qui permet de réaliser l’installation, je n’ai pas réussi. On notera d’ailleurs un paradoxe que cultive actuellement Framasoft, c’est de proposer le service et ne pas proposer d’essaimer, c’était l’idée à l’époque. Concrètement, on va vous envoyer vers les instances de la digitale ou l’instance officielle, mais pas un seul tuto clair pour l’installer ou le tuto proposé est une évidence, mais je n’ai pas le niveau. La problématique est ainsi identique à celle d’un site propriétaire, si demain le site de la digitale ferme ou l’instance officielle, je n’ai plus accès au logiciel. Si vous avez suivi, mon Kazam de 2012 quant à lui continue de fonctionner.

Le cas de Polotno pose un autre problème. J’ai trouvé un article à l’époque de Nicolas Vivant qui semble-t-il a participé à la libération de la ville d’Échirolles. Je l’ai interpellé sur Mastodon car ce dernier a réussi à installer une instance. Dans ma volonté d’être indépendant des autres, je lui ai demandé comment faire. Voici sa réponse. Bien sûr, la possibilité de fork, encore faut-il des bras pour le faire.

L’idée ici n’est pas de tirer sur tout le monde, mais bien de prendre conscience que le logiciel libre ne protège pas de tout. Un logiciel libre de plus qui prend la forme de « as service » protège encore moins. Si on veut bien sûr éviter de tomber dans le drama, la constante reste la même, votre capacité à pouvoir changer de solution et de ne pas être dépendant.

Qu’est-ce qu’on garde ?

La question de la forme et des outils, j’ai envie de dire que c’est un petit problème. Un problème dont il faut avoir conscience pour établir sa stratégie. J’ai des élèves qui m’ont demandé de pousser les contenus sur TikTok. J’ai fait un essai de 24 heures pour voir ce que ça donne. L’interface est totalement similaire à celle de YouTube, mais je suis resté à zéro vue durant ces fameuses 24 heures. Mes élèves ont tous un compte YouTube, YouTube est accessible sans compte, j’ai donc renoncé à faire cet effort. Je ne vais pas multiplier les plateformes, sinon demain, c’est Instagram, le retour des carrousels, etc. L’idée reste de limiter l’effort, l’effort est fait. Toutefois, baser une stratégie complète sur YouTube, c’est prendre le risque de voir sa chaîne fermée demain. Il faudra que je trouve une instance Peertube pour assurer un miroir des contenus. J’aurais envie d’ajouter que la forme, c’est quelque chose de fragile qui ne tient pas à grand-chose. Si effectivement le gouvernement pose une interdiction sur les réseaux sociaux pour les enfants de moins de quinze ans, ça risque de pas mal bouleverser la donne pour la diffusion des contenus.

Pour le fond, je pense savoir dans les grandes lignes vers quoi je m’oriente. J’ai trop longtemps privilégié la quantité d’articles au détriment d’une certaine forme de qualité. Alors bien sûr, cela reste subjectif, mais par exemple cet article de plus de 2000 mots est un article de qualité. Vous avez de la technique, de la réflexion, vous allez découvrir des logiciels inconnus tout comme réfléchir à la pente savonneuse que peut prendre le logiciel libre. Le seul reproche que je peux lui faire et c’est quelque chose auquel je voulais échapper, c’est qu’il s’agit d’une capture à un instant t, un billet de blogueur qui n’aura peut-être plus de sens dans trois mois ou un an. Tant pis.

S’il y a une partie que je sais que je vais transposer en podcast, certains articles partent à la poubelle, car ils ne me correspondent plus. J’avais écrit pas mal sur les jeux vidéos, des jeux courts ou des jeux que je n’avais pas finis, je ne ferais plus rien de ces articles. Je faisais les soldes sur Steam et je me rends compte que c’est certainement un domaine qui va prendre de moins en moins de place dans ma vie, dans mes écrits.

Le ménage va être très long à réaliser, et je dois vous reconnaître que j’ai pensé à tout casser pour tout recommencer. Il aurait été tentant de respecter la légende. Néanmoins, les articles écrits depuis l’arrêt du SEO sont plutôt bons et méritent d’être conservés même si certains devront être retravaillés pour coller à l’ère du temps. De plus, je ne suis pas seul propriétaire des murs, et j’ai toujours bon espoir de ramener davantage de monde pour contribuer ici.

7 Comments

  1. Salut Cyrille,

    ne peux-tu pas utiliser un écran secondaire en mode portrait avec le bon ratio hauteur/largeur pour ta prise de vue des shorts ? Cela ne serait-il pas plus simple que de devoir tout retravailler ensuite ?

    Je fais souvent cette manipulation pour lire des documents sur un écran 16/9 : un rotation physique de l’écran et une configuration en mode portrait.

    1. La découpe est vraiment rapide et en plus ça me force à avoir le bon ratio pour travailler. En plus un écran secondaire, c’est du matériel de plus, c’est de l’encombrant de plus.

  2. Vu la philosophie que tu exposes de Politno, autant rester sur Canva.
    Sinon va p’tête falloir s’intéresser à Docker…
    Y’a une courbe d’apprentissage mais rien de rebutant, même ChatGPT peut parfois aider.
    Avec docker, j’ai installé ma propre instance d’omni-tools, le soft que Framatos utilise.
    En local, tu n’aurais peut-être pas de crash/blocage…
    Je sais aussi que docker craint du fait que c’est une entreprise derrière mais c’est forkable au pire et franchement ça tourne plutôt bien.
    Bref bon courage pour tes vidéos, tu vises quand même la niche, non ?

    1. ça dépend de ce qu’on appelle la niche. Les élèves de troisième c’est plus de 800.000 gamins. Comme dit dans l’article, l’idée, c’est quand même de faire pour mes élèves. Si ça sert à d’autres tant mieux. Après, c’est aussi la magie des algorithmes. Pour une raison qui m’échappe, le podcast sur la différence entre LibreOffice et OpenOffice a franchi les 6000 écoutes.

  3. Hello, merci pour l’article. Si je peux me permettre, je suis passé à OBS Studio, il est tout gratuit et génère des vidéos toutes petites (enfin je trouve). Tu peux définir la zone à filmer (avec rogner et encadrer). Tu peux définir des scènes (au cas où). Le temps de prise à main, c’est genre 15 minutes.

  4. bonjour,
    merci pour ce partage de méthode et surtout les réflexions qui y conduisent.
    Kazam permet l’enregistrement d’une zone de l’écran donc des dimensions du document impress.
    La sélection se fait à la souris sur l’écran donc n’est pas parfaitement reproductible d’une vidéo à l’autre mais cela évite le post-traitement.

  5. Avoir l’impression de « parler dans une caverne » quand on s’écoute n’est pas forcément anormal, il y a toujours de l’echo dans une pièce mais on ne s’en rend pas compte car notre cerveau le filtre. Y’a deux solutions à ça :

    1) Aménager ta pièce comme un studio, avec des mousses sur les murs et au plafond.

    2) Nettoyer l’audio avec un logiciel. Sur Windows tu as Nvidia broadcast qui fait ça (mais il faut avoir une carte graphique Nvidia bien sûr) et sous Linux tu as rnnoise (un peu austère mais j’avais fait un article sur utux). Pour ces deux softs les résultats sont bluffants, ça nettoie vraiment bien.

    Quant aux logiciels de montage vidéo sur Linux, je ne pense pas qu’il y aura un jour une alternative à Adobe Première Pro en libre et gratuit, faut pas rêver. Par contre des softs comme kdenlive font déjà pas mal de choses, même si je regrette que les effets rendus sur GPU ne soient toujours pas dispo après toutes ces années.

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