J’aime bien ce que fait Isabelle Dethan. Des séries finies, courtes et souvent originales. L‘autrice est fréquemment à la fois aux commandes de l’histoire et du dessin pour un trait assez facilement reconnaissable. La Maison aux 100 portes raconte l’histoire d’une jeune femme qui hérite d’une maison dans laquelle des événements étranges se produisent. Peut-être que le plus curieux, c’est la « gouvernante » qui gère la maison de main de maître et qui fait brûler des herbes devant une porte… au cas où quelque chose en sortirait. Il serait difficile d’aller plus loin sans trop spoiler. On se doute que la maison aux 100 portes s’ouvre sur des univers parallèles. Toute une galerie de personnages qui empruntent aux mythes, à la mythologie ou encore à la religion. Une bande dessinée réussie, des personnages attachants et un scénario difficilement prévisible qui fait adhérer le lecteur à cette histoire courte en trois tomes.
L’envolée sauvage est une bande dessinée en deux fois deux tomes, un même contexte, à savoir des enfants juifs en France durant la seconde guerre mondiale. La première histoire est celle de Simon orphelin qui vit à la campagne, mais juif tout de même qui va devoir fuir et finira même déporté. Ce qui est assez particulier dans ce premier diptyque, c’est que Simon va être aidé par de nombreuses personnes et que ses choix vont souvent les conduire à la mort. Je trouve que la bande dessinée sonne très juste sur de nombreux aspects, elle souligne notamment le hasard des rencontres, des situations, la chance. Le second diptyque, c’est l’histoire de deux sœurs qui sont exfiltrées du Vel’ d’Hiv et qui vont se faire passer pour des enfants catholiques dans un village. Le principe est le même, les gens bien, les mauvaises personnes, la chance. La narration est assez intéressante, un dessin enfantin, des jeunes personnages qui font qu’on peut présenter la bande dessinée à des adolescents pour un travail de mémoire.
Deux femmes ce sont Anne Bonny et Mary Read. Je connaissais Anne Bonny pour être une femme pirate sanguinaire, je ne savais pas qu’il y en avait une deuxième avec Mary Read. Le national Geographic a produit un article assez complet qui permet de démêler un peu le vrai du faux dans cette histoire. Deux femmes raconte donc l’histoire des deux femmes de façon individuelle puis leur rencontre. Une rencontre assez étonnante puisque les deux femmes sont devenues pirates et se travestissaient en homme pour être acceptées sur les bateaux. La bande dessinée exploite une histoire qui ne serait que fantasme, à savoir une histoire d’amour entre les deux femmes. Rackam quant à lui serait homosexuel, le trio étant ainsi peu commun pour les normes de l’époque. Un très bon one shot pour une histoire originale.



Nemo, pas le poisson, mais le capitaine est un one shot qui détourne 20000 lieues sous les mers. Brüno l’auteur propose une version qui lui est très personnelle puisque de nombreux éléments ont été modifiés. Dans les grandes lignes toutefois, on retrouve l’impitoyable Nemo, déçu par les hommes aux commandes du Nautilus. Ce dernier est confondu avec un animal gigantesque et pris en chasse par de nombreux bateaux, il finit par récupérer à son bord un scientifique, son domestique et un marin. Ils ne partagent pas le même point de vue quant à leur nouvelle vie sur le Nautilus. Si le scientifique devient le compère du commandant Nemo, fasciné par ce nouveau monde de découvertes, le marin quant à lui rêve de s’évader. Le domestique trouve son échappatoire dans l’immense bibliothèque du sous-marin. Une bande dessinée réussie, notamment dans son graphique épuré et son histoire bien sûr, très solide.
Nous sommes en 1961, Joseph rentre de la guerre d’Algérie dans son village, il n’est pas réellement le bienvenu. À la ferme, un drame se produit durant son absence. Son frère promis à une belle carrière cycliste a un accident de tracteur, il est désormais paralysé. Tout le monde considère que Joseph est coupable et tout va mal pour lui. S’il ne s’était pas engagé, il aurait pu continuer d’aider et un tracteur n’aurait pas été nécessaire. Joseph jugé comme un planqué pour son poste dans la bureaucratie et pas dans les combats. Mathilde, sa fiancée qui n’a jamais reçu ses lettres va se marier avec le fils du boucher. Malgré les commentaires, malgré les moqueries, Joseph tient bon. Pourtant, il y a quelque chose de peu cohérent avec son histoire de poste derrière la ligne du front. Les cauchemars, la violence qui démarre au quart de tour, et si finalement Joseph cachait un lourd secret ? Avec à peine 68 pages, puisqu’il faut des hommes est un récit puissant malgré les très nombreux clichés.
Un homme âgé décide à la fin de sa vie de raconter ce qu’il a vu et fait durant la guerre d’Algérie à son petit-fils. On va bien sûr retrouver des points communs avec « Puisqu’il faut des hommes » notamment la transformation des hommes. Il y a une phrase assez marquante dans l’album qui dit que dès qu’on met un fusil dans les mains d’un homme, il n’est plus le même. Raymond raconte comment il finit par se retrouver en Algérie sans vraiment comprendre pourquoi et comment il finit dans la violence. Appelés d’Algérie s’attache davantage à l’histoire que la précédente dans laquelle on avait un secret, une romance. Plus de dates, de faits historiques, nous sont présentés dans l’album. La bande dessinée ne prend aucune pincette sur les tortures à la gégène, les exécutions, les décapitations, les viols ou les meurtres d’enfants. Le petit-fils va se prendre de passion pour le sujet et mener sa propre enquête en rencontrant des individus qui ont croisé son grand-père. Il recherche un jeune Algérien qui a sauvé son grand-père. Le récit en lui-même est moins passionnant, néanmoins on est accroché par le fait historique. Le récit nous rappelle que ce sont des hommes originaires du pays des droits de l’homme qui sont à l’origine d’horribles exactions. Preuve qu’en temps de guerre, personne ne peut savoir comment il se comportera.



L’amour est une haine comme les autres est une histoire d’amitié dans les années 30 entre un enfant noir et un enfant blanc. William le blanc est un enfant peu doué à l’école, pour lui intellectuellement, c’est compliqué, mais il est le fils d’un très grand entrepreneur. Abelard le noir est un enfant brillant qui n’a pas droit à la scolarité. Ils se rencontrent le jour où William sort Abelard d’un piège à loup, une vie pour une autre, Abelard fera le travail scolaire de William pour compenser. On retrouve les deux amis plus tard, toujours dans l’obligation de donner le change dans une Amérique particulièrement raciste. William est moqué de tout le monde, il est devenu une véritable force de la nature, Abelard travaille dans l’entreprise et continue de superviser dans l’ombre. Tout aurait pu continuer de la sorte jusqu’à l’arrivée d’une femme dans la vie de William. Si tous les clichés sont bien présents, cette histoire d’homme peu intelligent, qui en a conscience, cette amitié indéfectible ajoute une grosse touche d’originalité à ce récit.
Dans la genèse dans la bible, l’histoire de Noé est particulièrement connue, le déluge et cette grande arche qui doit sauver tous les habitants du monde. On continue d’ailleurs encore aujourd’hui à chercher l’arche sur le mont Ararat. Aronofsky qui signe cette bande dessinée en quatre tomes est aussi le réalisateur du film Noé avec Russel Crowe. Il n’y a aucune différence entre les deux et si j’ai tout suivi, c’était une volonté d’avoir deux œuvres en parallèle. Le film est paru en 2014 et le dernier tome de la bande dessinée est sorti en… 2014. Je n’avais pas eu la patience de regarder le film à l’époque, les critiques étaient assez mauvaises avec de la censure dans certains états. C’est ici finalement tout le paradoxe de ce film, être critiqué pour ce qu’il n’est pas. Si effectivement, la thématique principale, le déluge est repris, ainsi que les nombreux personnages, les libertés que prend Aronofsky pour en faire une histoire à l’américaine sont bien trop importantes pour évoquer autre chose qu’une inspiration. Il s’agit bien ici d’une fiction et pas d’une volonté d’adapter la bible. La masse de « bonus » comme ces géants à plusieurs bras qui donnent un coup de main pour construire l’arche. Encore, ce super méchant ennemi de Noé qui arrive à s’infiltrer sur l’arche, sont autant de points qui permettent à Noé, la bd, le film, d’entrer dans les cases de la superproduction américaine. Le pire c’est que ça fonctionne avec un véritable suspense jusqu’à la fin.
On doit à Matz la série le tueur, avec son personnage assez étonnant de français moyen devenu tueur à gages. Ses réflexions sur la société, sur les villes, son côté blasé en ont fait un personnage incontournable de la bande dessinée franco-belge. On regrettera toutefois que la série s’enlise malheureusement c’est le problème de la poule aux œufs d’or, ces rentes culturelles qui font vivre leurs auteurs. En lançant la série Tango, il est difficile de ne pas penser au tueur, on l’oublie assez vite. Tango est un personnage sympathique, musclé, jovial. On pourrait presque y voir l’opposé du tueur. La série qui à l’heure actuelle compte huit tomes, nous raconte les aventures d’un homme qui attire les problèmes. À l’origine, il a dérobé un fort butin à des trafiquants de drogue et il se cache en Amérique du Sud. C’est une des caractéristiques de la bande dessinée, le passé qui ressurgit puis les îles, principalement dans cette zone du monde. Il s’agit d’une bande dessinée qui assure le travail de divertissement, de l’humour, de l’action, des jolies filles. On pourrait presque dire que c’est une bande dessinée d’une autre époque, avec des héros d’un autre temps, elle fait quand même le job.



Lord Gravestone est une trilogie terminée avec une ouverture sur un second cycle. Je ne suis pas forcément sûr qu’il y en aura un car la bande dessinée a malheureusement trop de défauts et n’aura certainement pas rencontré le succès attendu. Lord Gravestone donc est le fils et le neveu de chasseurs de vampires. Ils ont malheureusement tué le mauvais vampire et l’une d’entre elle qui a perdu son amoureux a décidé de se venger sur la famille. Après des péripéties que je vous épargnerai, il se trouve que la relation entre le descendant voué au sacrifice et la femme vampire prennent un autre tournant au point qu’une liaison se forme entre les deux personnages. Comme vous pouvez le voir ci-dessous, la bande dessinée empreinte à tout l’univers du genre, vampires, mais aussi loup-garou. Pour ma part, le reproche n’est pas tant le manque d’originalité qu’on pourrait reprocher à la bd mais le déclin dans le dessin. Le tome 1 était particulièrement réussi, le tome 3 est médiocre. La bande dessinée se laisse toutefois lire pour un final inattendu.
Tout le monde connaît l’histoire de Thésée, un classique de la mythologie grecque. Thésée, fils d’Égée qui vainquit le minotaure après avoir traversé le labyrinthe de Dédale. Et si finalement tout ceci était faux ? Et Thésée était une femme. Le feu de Thésée revisite complètement l’histoire de façon particulièrement radicale. Thésée est donc la fille rejetée d’Égée puisqu’elle n’est pas un garçon. Sa mère la marie de force à un homme, elle finira par devenir prostituée, gladiatrice, bandit. Capturée par les armées de son père qui ne la reconnaît pas, elle est envoyée sur l’île du roi Minos afin d’être dévorée par le monstre moitié homme moitié taureau. Moins de 120 pages pour aller à l’essentiel, la lecture est très agréable. Il faudra toutefois avoir une connaissance du mythe pour réellement l’apprécier. Par exemple, Thésée dans l’histoire séduit Ariane. Qu’en sera-t-il ici ? Quid du minotaure ? Un détournement réussi.
Le pitch d’épouvantail est pour le moins complexe puisqu’il mélange enquête policière et fantastique. C’est donc l’histoire d’une petite fille qui a perdu sa mère et qui a pour seul ami un épouvantail. On dit que sa mère était un peu sorcière et que la petite aurait hérité des pouvoirs de sa mère. Alors l’épouvantail lui parle. Plutôt méchamment au départ, mais cela ne décourage pas l’enfant. La question qu’on se pose tout de même, et ce tout le long de la bande dessinée, c’est de savoir si l’épouvantail parle vraiment. Cela ferait d’ailleurs bien les affaires du gendarme du coin qui mène l’enquête sur un accident de voiture qu’il juge suspect et dont le seul témoin serait… l’épouvantail.



Deux femmes se rencontrent dans un mariage. La mariée écoute l’histoire de la seconde femme avec attention, elle n’est autre que l’ex du marié. L’emprise, comme son nom l’indique et comme on peut le comprendre à la vue de la couverture, c’est l’histoire d’une femme qui passe totalement sous le contrôle d’un homme « skipper ». Les deux amants se rencontrent dans la même société, il est cultivé, charismatique, il tombe sous son charme. Où la bande dessinée fait mouche, c’est que le piège ne se referme pas brutalement sur la jeune femme. C’est à coup d’éloignement, de manipulation, de prise de contrôle quotidienne que skipper prend entièrement possession de la vie de sa compagne. Un très bon one shot qui fait réfléchir.
Deux frères jumeaux vivent paisiblement, deux enfants qui passent leur temps à jouer. Malheureusement la guerre arrive, et leurs grand-parents sont tués dans un bombardement. Le soir, un homme en arme se présente à la porte de leurs parents. Un homme qui vient réclamer vengeance. Il explique que l’un des deux jumeaux, ira prendre une ceinture d’explosif et se faire sauter. Ce choix cornélien est imposé au père, c’est lui qui va devoir choisir lequel de ses enfants va devoir se sacrifier. L’orangeraie est une bande dessinée courte, efficace qui glace le sang, et qui décrit parfaitement un choix que personne ne voudrait faire.
En 1934 Violette Nozière est au tribunal. En effet, on l’accuse du meurtre de son père et de tentative d’assassinat sur sa mère. L’histoire commence un peu plus tôt. À peine majeure Violette Nozière fait la fête, rencontre de nombreux hommes. Afin d’assurer son train de vie qui lui coûte très cher, elle se prostitue. Violette ment énormément, elle s’invente une vie. Cette dernière fait croire par exemple que son père est ingénieur et que sa mère a un poste dans la couture. Elle vient en fait d’un milieu modeste. Elle finit par rencontrer un étudiant Jean Dabin. Il ne s’agit pas d’une faute de frappe, ce n’est pas Jean Gabin, et c’est l’amour, le véritable. Il est sans le sou, elle multiplie les « plans » afin de l’entretenir : vols, emprunts, prostitution. C’est lorsqu’elle comprend que ses parents ont un peu d’argent de côté qu’elle fomente son plan pour hériter plus vite. Le fait que sa mère ne meurt pas, son témoignage, la condamnera à la peine de mort. La bande dessinée se concentre enfin sur la vie de Violette Nozière, les éléments qui l’ont conduite à l’assassinat de ses parents. L’histoire ne s’arrête pas ici, vous pouvez lire le détail sur Wikipédia. Violette Nozière qui devait être condamnée à mort fut envoyée en prison. Elle deviendra une détenue modèle en se tournant vers la religion catholique, elle finira par être graciée. De nombreuses adaptations, thèses, documents ont été écrits autour de cette affaire sordide. Cette bande dessinée permet d’entrer rapidement dans le vif du sujet.



C’est l’histoire d’un homme qui va sonner à la porte d’une femme. Il s’étonne de son cadre de vie, des livres de partout, une maison gigantesque. Il lui reproche de l’avoir totalement ghosté après l’avoir rendu fou d’amour. Il ne comprend pas, il demande une explication. Elle finit par lui donner et elle est pour le moins surprenante. Louise est une Amourante (L). Elle est née il y a plusieurs siècles, elle est immortelle à deux conditions. La première, c’est que des gens doivent être amoureux d’elle, la seconde, c’est qu’elle ne doit pas tomber amoureuse sinon elle finit par vieillir de façon prématurée. Louise raconte son voyage à travers les siècles, un peu comme un vampire ou un immortel de highlander. Une histoire sympa, plutôt féministe, un joli trait.
Le casse est une série de six bandes dessinées, six one shot indépendants les uns des autres qui décrivent à leur manière un casse. Cela peut être comme dans le premier album dans lequel on va voler des diamants ou pour le soul man, retrouver 20 millions de dollars caché par un homme qui se trouve condamné à perpétuité dans une prison de haute sécurité. Mais cela peut être aussi cet étonnant tome, dans lequel le casse, c’est la récupération de Jésus-Christ au troisième jour. Le casse est une bande dessinée dans l’air du temps, les six tomes sont sortis en 2010 à deux mois d’intervalle. Dans l’air du temps puisqu’on a des auteurs différents pour chaque album. Et c’est ici malheureusement la limite de la formule quand elle n’a pas vraiment de direction commune, on trouve du bon et du moins bon. Par exemple le tome « La Grande Escroquerie – Londres. 1977 » se déroule durant un concert des « Sex Pistols » et durant l’intervention de la reine d’Angleterre. Il s’agit d’un album complexe avec de très nombreux personnages en lien avec l’argent de la drogue. Le dessin de Christophe Quet ne simplifie pas la bande dessinée où tous les personnages se ressemblent. Du bon et du moins bon, dans sa globalité la série est intéressante.
La brigade Verhoeven est l’adaptation d’une série de romans policiers de Pierre Lemaître. On est sur du polar ultra-classique avec des enquêtes et des personnages particulièrement solides. Camille Verhoeven, le héros atypique de cette histoire est un policier brillant au physique ingrat. De petite taille, chauve, son retard de croissance s’explique par une enfance passée auprès d’une mère artiste qui passait son temps à fumer. Le dessin est omniprésent dans la série, Camille Verhoeven a hérité du talent de sa mère. Si effectivement les histoires sont passionnantes avec leur lot de surprise, je trouve le dessin extrêmement réussi. Une série à suivre.


