La veuve est une œuvre dessinée totalement en noir et blanc et qui avance avec de très grosses ficelles. Une femme qui ne dit rien, dont on ne sait rien, mais qui est poursuivie par deux hommes. Avec un titre qui s’appelle la veuve, et la ressemblance des deux hommes, il ne faut pas avoir fait une école de scénariste pour comprendre qu’elle est recherchée par les deux frères de son mari, qu’elle est en fuite. Au fur et à mesure de sa fuite, elle va rencontrer des gens qui vont l’aider, elle va finir par s’ouvrir, parler pour expliquer son crime. Comme je l’ai écrit tout est extrêmement prévisible dans cette bande dessinée, mais ça passe. Le dessin entièrement en noir et blanc est particulièrement réussi, tout comme l’évolution du personnage qui finit par s’affirmer pour devenir une femme indépendante.

Almudena est une jeune fille de quatorze ans qui n’a jamais connu son père. Le temps d’un été, sa mère qui est danseuse part en tournée mondiale et va justement la confier à cet homme qu’elle n’a jamais connu. Elle arrive dans un univers qui lui totalement inconnu, sa maman est blanche et elle finit dans un quartier latino. Son père ne parle pas un mot de français et il est en train de retaper l’intégralité d’un immeuble, elle va devoir l’aider, des retrouvailles qui ne se passent pas réellement comme elle l’avait prévu. D’un naturel joyeux, elle finit par se lier avec les nombreux habitants du quartier et noue des liens inattendus avec cet univers complètement différent du sien. Orienté public adolescent dans la manière de faire, dans les personnages, la bande dessinée est à conseiller à tous les publics. Positive, bienveillante, une bien jolie histoire certes pétrie de clichés, mais qui vous arrachera une petite larme.

Dans les années 2070, les grandes entreprises dominent le monde notamment les entreprises alimentaires. Les champs sont traités de façon intensive avec des pesticides particulièrement puissants au point qu’ils finissent par tuer des gens. Les inégalités sont importantes, les riches, les pauvres, un monde qui meurt. Pourtant, certains font de la résistance, c’est le cas des parents d’Adam qui vit en couple avec Agnès. Ils font des semences, ils cultivent la terre de manière saine. Les choses se précipitent quand les parents d’Adam meurent, ce dernier découvre qu’ils faisaient partie d’un groupe, la résilience, un réseau qui a pour but de retrouver une vie plus saine. La bande dessinée résilience est coupée en deux fois deux tomes, avec plusieurs années d’écart entre les deux histoires qui sont bien distinctes même si on retrouve les mêmes protagonistes. Si la bande dessinée est particulièrement moraliste et orientée vers le développement durable, ce qu’explique d’ailleurs l’auteur à la fin de l’intégrale, ce n’est pas pesant. En effet, le choix a été fait de faire une série d’action sur fond d’écologie et c’est réussi. On rajoutera un triangle amoureux qui fonctionne particulièrement bien dans cette bd qui n’est pas sans faire penser aux relations de Lanfeust avec Cixi et C’ian

Pitcairn – l’île des révoltés du bounty est une bande dessinée finie en quatre tomes. Fletcher Christian prend le contrôle du bateau dans lequel il est marin. Il ne peut rentrer sur Tahiti où les autorités l’attendent, il va se chercher une île, loin de tous pour créer une société, plus juste, plus égalitaire. Je vous épargne les détails de l’aventure, mais sur l’île de Pitcairn va se trouver des marins d’origine européenne, des tahitiens et des femmes issues, elles aussi, des îles. Comme on peut s’en douter, le fameux paradis promis va se transformer en une reproduction de ce qu’on vit partout ailleurs : violence, racisme, sexisme. En effet, les blancs se croient maîtres de l’île et voient dans les tahitiens des esclaves. Le manque de femme par rapport au nombre d’hommes devient aussi un enjeu, les insulaires commencent à s’entre-tuer. Bien pensé, réaliste, l’illustration qu’une fois de plus les hommes ne sont pas faits pour vivre ensemble.

Dans ce ligne de fuite trois histoires. Une assistante magicienne fauchée qui participe à un numéro dangereux. En effet, la femme qui disparaît dans le tour a plusieurs fois réellement disparu sans qu’on puisse la retrouver. La jeune femme pense que c’est une plaisanterie, mais elle découvre que la propre épouse du magicien, sa première assistante a vraiment disparu sans laisser aucune trace. Magie ? Meurtre ? Une femme qui raconte la disparition de sa fille morte dans un accident de voiture. Enfin un homme sourd qui entend un bruit, un bruit qui devient de plus en plus fort au fur et à mesure qu’il s’approche d’un endroit en lien avec son adolescence. Robert Cullen a travaillé pour des chaînes de télévision dans la réalisation de dessin animé et ça se voit. Le dessin est réussi, les histoires un peu moins, mais on accroche suffisamment pour voir comment ça va finir.

Les éditions Paquet se sont lancées dans des adaptations de classiques de la littérature. J’ai lu dix tomes des enquêtes d’Hercule Poirot. Ici encore, l’intérêt de ce genre d’album, c’est quelque part faire le résumé de l’œuvre, mais à l’instar de l’assassin royal que je décrivais dans le dernier billet, c’est peut-être un peu trop court. La problématique des enquêtes de Poirot, c’est la masse de protagonistes qui potentiellement peuvent faire office de coupable. On se rend compte que sur moins de 70 pages il est très difficile d’intégrer l’ensemble de tous les personnages. La fin étant systématiquement la révélation, on se prend souvent à revenir en arrière pour comprendre ce qu’on a raté. À découvrir donc, probablement un tremplin pour se projeter dans les aventures du détective belge. Je trouve que pour l’ensemble des albums le dessin, réalisé par différents auteurs est de très bonne qualité.

La bande dessinée désormais fait bien plus que raconter des histoires, elle se décline aussi en message. C’est que fait les fauves. Il s’agit de l’histoire de trois jeunes femmes qui cochent pas mal de cases. Dans le désordre : bisexualité, femme de couleur, ronde, militante écolo, artiste, elles finiront aussi par croiser Andy un garçon qui n’a aucune attirance pour les hommes ou pour les femmes. L’un d’elle, lassée par une critique de son professeur de dessin qu’elle juge sexiste finit par dessiner une vulve sur le mur de sa maison. À la façon de vengeurs masqués, elles vont se rendre justice face au capitalisme, au monde du patriarcat ou l’extrême droite. Seulement, les dessins vont sortir du cadre si je puis dire et vont finir par être diffusés de manière plus large. Les fauves en fait un peu trop peut-être, un peu la sensation d’écouter dix épisodes des couilles sur la table. Toutefois, la bd même si elle fait passer ses idées, le fait de façon plus légère sans se prendre au sérieux et rappelle que tous les protagonistes de l’histoire sont avant tout des individus qui ne se définissent pas par une cause.

Messages et aussi biopic comme c’est le cas avec White Only. Althea Gibson est une jeune fille des rues de Harlem qui n’aime pas l’école et qui passe son temps à faire du sport. Elle va être repérée par des mécènes noirs qui vont financer sa carrière pour faire du tennis pour lequel elle a développé des aptitudes. Elle deviendra la première joueuse noire professionnelle, la première à gagner des tournois professionnels et à faire la une du time magazine. Comme on peut s’en douter, dans les années 40, un parcours semé d’embûches avec un racisme omniprésent avec la volonté de ne pas mélanger les noirs et les blancs. Si bien sûr, la bande dessinée met en avant ces difficultés, elle revient aussi sur le parcours de cette grande championne, pionnière dans tout, qui n’aura jamais réussi à s’enrichir avec le sport et qui aura multiplié les carrières jusqu’à devenir chanteuse. Une histoire édifiante.

Christophe Bec est un scénariste qui reste un mystère pour moi puisque j’ai la sensation qu’il fait en permanence la même bande dessinée. Une conquête spatiale sur une planète dans laquelle il y avait une civilisation qui a disparu, mais pas vraiment. Une ambiance Lovecraftienne dans chaque album avec la certitude que ça va mal finir. Siberia 56 n’échappe pas à la règle. Une équipe arrive sur une planète glacée, du froid, des tempêtes, des aurores boréales qui perturbent les appareils, des monstres et une civilisation extra-terrestre disparue qui a érigé d’étranges monuments. Pas le plus mauvais des Bec, pas du tout original non plus et très prévisible, ça se laisse quand même lire.

Dans les années 50, en région parisienne, l’histoire des personnages qui gravitent dans un magasin de lingerie parisienne. Pas forcément évident de faire le pitch de cette bande dessinée de Zidrou pour laquelle je vais faire un procès d’intention. La crevette est racontée par les mannequins du magasin, on sent la volonté de créer des situations, un contexte vaudevillesque, de placer le bon mot. Finalement la bande dessinée malgré un côté que je pourrai qualifier de brouillon, fourre-tout est réussie, car effectivement les mots sont bons, les situations cocasses et le dessin très joli. Je trouve toutefois regrettable que Zidrou à l’instar de Bec s’enferme dans un style.

On connait le travail de Matthieu Bonhomme pour sa version de Lucky Luke, un dessinateur qui a beaucoup de qualité. Le marquis d’Anaon est une bande dessinée en cinq tomes, avec un vrai début qui présente le personnage mais pas vraiment une fin, ce qui laisse supposer que la série a été arrêtée. Si cependant on a des références aux albums précédents, elles sont suffisamment rares pour gêner une lecture individuelle de chaque tome. Tout commence sur une île dans laquelle notre héros, un homme cultivé est appelé pour devenir le précepteur du noble local. Il arrive au mauvais moment, le fils de celui que l’on surnomme l’ogre vient de mourir sauvagement assassiné. Le surnom n’est pas anodin, les insulaires accusent l’homme d’être à l’origine de meurtres sur l’île. C’est ainsi que va naître le personnage du marquis, qui au fur et à mesure des albums va enquêter sur des crimes qui pourraient paraître mystérieux, mais pour lesquels il va apporter une explication scientifique. Cela va de la chasse à la bête façon Gévaudan en passant par le navire dans lequel tout le monde meurt jusqu’à l’Égypte et aux secrets des pyramides. Pas la bande dessinée du siècle, une bonne lecture toutefois.

La tête dans les nuages quand le TDA(H) s’invite à la maison est une bande dessinée qui comme son nom l’indique porte sur le TDAH. Pour vivre le quotidien d’élèves et de familles, je trouve que la bd est très bien faite. Non seulement on montre la petite qui vit la tête dans les nuages, les troubles dans le quotidien et encore l’enfant n’a pas le H qui rajoute une complexité supplémentaire, mais aussi l’envers du décor avec les problématiques pour les familles. Les rendez-vous médicaux, les fortunes qu’il faut payer non remboursées par la sécurité sociale, l’incompréhension des acteurs du monde enseignant, du monde tout court, le parcours du combattant avec la MDPH, l’enfer des devoirs. Je trouve la bd particulièrement réussie, elle illustre le quotidien, la praticité de vivre avec un enfant qui a des troubles.

Dans les années 90 le catalogue Delcourt s’est étoffé avec de nombreuses bandes dessinées de fantasy. Vauriens est une bande dessinée en trois tomes qui casse les codes habituels des nains et des elfes. Dans un pays qui ferait penser à la France de la révolution, le roi va être exécuté. Il a abusé de deux statues qui lui confèrent d’énormes pouvoirs la tourmente et la clémence. Ces deux statuettes permettent de contrôler les foules et d’animer chez les gens des sentiments de violence ou de bienveillance. Avant de mourir, il fait parvenir ces statuettes à celle qu’on comprend être sa fille, Justine. La jeune fille va être enlevée par des malfrats et va rencontrer Pop, un jeune artiste qui lance des couteaux. C’est l’amour fou. Les deux jeunes vont être séparés comme les deux statues, mais continueront de se voir en rêve. Pop n’aura de cesse de retrouver Justine. Il serait difficile de raconter la suite, on se contentera de dire que les statuettes vont tomber dans de mauvaises mains et qu’il faudra lutter contre ceux qui se prennent pour Dieu. Une bande dessinée originale et plaisante à la conclusion qui sort des sentiers battus comme le reste.

Dans le futur, un homme se réveille (le dormeur) dans un immeuble, et trébuche sur le corps d’un homme poignardé. Il va devoir mener l’enquête. Ce qui rend la bande dessinée très originale, c’est que nous sommes dans le futur. La planète étant devenue invivable, certains sont partis vers les étoiles et se sont mis dans des caissons cryogéniques. Notre dormeur se réveille ainsi vingt ans plus tard et les gens qui sont dans l’immeuble vivent enfermés. À l’extérieur, des Mad Max, des canibales qui n’attendent que de pouvoir rentrer. La colonie vit ainsi avec la production qu’ils font pousser sur le toit et avec les réserves du mort qui était l’épicier. Un homme peu recommandable qui gérait les stocks à sa façon. C’est un excellent one shot avec un contexte pour le moins inattendu, celui d’une enquête criminelle dans un futur post-apocalyptique. Le mélange des genres fonctionne à merveille, c’est une des meilleures lectures que j’ai pu faire ces derniers temps.

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