Un long préambule avant le cours en lui-même mais c’est aussi ça faire de la pédagogie, justifier ses choix.
Koad9, un concours dont j’ai atteint les limites.
Durant des années j’ai participé au concours Koad9 dans ma fédération agricole. Le concours Koad9 est un concours basé sur le journalisme. Je l’ai réalisé pendant 10 ans. J’ai fait le constat qu’en trois ans, alors que j’ai une augmentation du nombre d’élèves, j’ai le nombre de productions qui a été divisé par trois. Quelques explications.
Durant des années, j’ai fait réaliser la maquette qui consistait à faire une une de journal. D’autres catégories comme le site internet ou un podcast existent mais elles sont plus difficiles à mettre en œuvre avec 25 élèves. S’il fallait jeter en vrac les raisons de cette baisse de production, voici ce que je peux dire :
- La une d’un journal c’est daté. Les élèves ne savent plus ce qu’est un journal papier. Cela veut dire que les codes de l’accroche, le style journalistique est totalement abstrait pour nos jeunes. J’ai fait le concours pendant dix ans, il n’a pas évolué pendant dix ans, c’est la faute des organisateurs qui se sont encroûtés.
- Le niveau des élèves a fortement baissé, en français, en informatique. La réalisation est complexe pour nos jeunes pour écrire une phrase avec sujet, verbe complément. Mais aussi dans la compréhension du sujet, certains pensaient que c’était une affiche par exemple. Plus que la partie « technique », le plus dur c’est de voir des enfants qui n’ont plus de passion. Page blanche pour certains qui n’ont rien à dire. La majorité des sujets tourne autour du foot, du jeu vidéo ou des réseaux sociaux quand il y a quelques années on avait des thématiques plus originales en lien avec une vie plus riche chez nos jeunes que les écrans.
- La réalisation doit se faire sur plusieurs mois et ici on touche du doigt deux problèmes supplémentaires. Il devient difficile de se projeter dans nos établissements, dans nos vies, car il se passe toujours un imprévu. Intervention des gendarmes qui font sauter votre heure d’informatique, les différents exercices d’alerte, le cross du lycée, un forum des métiers, etc. Il est devenu extrêmement complexe d’anticiper quoi que ce soit, si bien qu’on finit tout à l’arrache. C’est une manière de travailler que je ne supporte plus et qui casse l’engagement sur le long terme. Et de l’autre côté, demander l’engagement sur le long terme à nos élèves relève de la mission impossible. Ils ne sont plus capables de s’engager dans une tâche complexe sur plusieurs semaines.

En janvier cette année, j’ai envoyé un message à l’ensemble de mes collègues pour dire que j’arrêtais. J’évoquais les différents motifs mais aussi un autre qui me tient à cœur : la gloriole inutile. Oui c’est sympa pour les élèves de gagner un prix national, oui c’est sympa de l’afficher sur nos réseaux sociaux mais après ? Je travaille pour l’image du lycée dans le réseau de nos lycées mais je ne mets pas l’informatique au service des projets du lycée. Nous avons différents événements au lycée comme un marché de Noël ou des semaines spécifiques, des besoins pour le magasin école que je pourrais faire avec mes troisièmes. En se mettant au service des autres matières ou même des autres filières, j’implique davantage nos élèves dans le lycée. Si je devais traduire ma pensée de façon simple : je fais du local.
Un cours, un parti pris
Avec des semaines importantes de dégagées, je peux faire rentrer d’autres choses et surtout moins faire à l’arrache. Comme évoqué plus haut, je ne supporte plus d’être de façon systématique dans l’obligation d’accélérer. Je me laisse le droit de prendre le temps et de faire mieux. Je vais donc contribuer de manière ponctuelle aux événements du lycée, je pense notamment à la réalisation d’affiches pour les événements ou les étiquettes du magasin école.
Et puis, non pas pour céder à la mode mais parce qu’il faut bien dire les choses, un cours sur l’intelligence artificielle. Je regardais une vidéo d’un enseignant qui montrait quels étaient les usages qu’on pouvait faire avec l’IA. C’est assez bluffant, des diaporamas automatiques, des prompts bien sûr et j’en passe. J’ai envie de dire que si on guide l’élève sur le bon outil, il en fera quelque chose. J’ai aussi envie de dire que dans les usages, il est fort probable que la génération actuelle devienne rapidement meilleure que moi. Il n’y a donc, à mon sens, d’un point de vue pratique rien à apprendre.
Ce que l’enseignant qui fait ses vidéos sur YouTube ne dit pas, c’est le modèle économique qu’il y a derrière et les contreparties. La vie privée, les gens payés des misères pour tester les IA, les biais. Tous les services qu’il propose nécessite une inscription et on voit ici, encore une fois, que personne ne comprend rien à la notion de RGPD et de vie privée malgré des consignes claires du ministère sur les usages de l’IA dans l’éducation.
J’ai envoyé à l’ensemble de mes collègues le document précédent et j’ai mis en gras rouge souligné les phrases suivantes
Ne demandez en aucun cas aux élèves de se créer un compte personnel auprès de services d’IA accessibles au grand public.
Renoncez aux IA grand public quand des données personnelles, confidentielles ou protégées par le droit d’auteur sont en jeu

De nombreux collègues ont réagi et m’ont dit avoir déjà fait créer des comptes Canva ou ChatGPT, d’autres m’ont dit que de nombreux élèves avaient déjà un compte. J’ai fait remarquer dans le second cas que c’était le problème de l’élève, même si c’est notre problème à tous mais que l’enseignant n’était pas responsable. Si le besoin se fait sentir pour ma part, j’ai la possibilité de créer des adresses professionnelles parce qu’on a de l’Office365, ça me gênerait de le faire car les élèves ont déjà trop d’identifiants mais c’est une possibilité.
C’est un problème de fond et je trouve que la circulaire est plutôt bien faite, avant de parler des usages on évoque le cadre d’utilisation. Le problème chez les profs comme ailleurs, c’est l’effet premier de la classe. Beaucoup de collègues vont vouloir être les premiers sur l’affaire sans se poser de question. Il est certain que les engrais et les pesticides ça fait tout pousser plus vite mais il y a quand même quelques contreparties comme tuer sa population. L’IA est dans l’ère du temps, c’est donc l’injonction de l’adopter au plus vite. La confusion entre vitesse et précipitation est bien présente.
Quand des élèves m’expliquent que le « cloud » ce sont les fils électriques et qu’ils n’ont absolument aucune idée de la notion de données, de stockage, mon parti pris d’enseignant c’est d’expliquer ça. Il s’agit donc d’un cours qui est uniquement orienté autour de ce qu’il faut savoir avant d’utiliser une IA. On notera que j’ai pris souvent des raccourcis parfois des points discutables, mais je pense que l’idée est là. En fin d’article, le pdf du cours complet et le diapo d’accompagnement.
Je partirai bien sûr des idées des élèves. En ce qui concerne l’usage en lui-même, mon seul conseil en fin de compte pour des élèves de troisième c’est d’utiliser un correcteur intelligent capable de reformuler des phrases. On part d’une production d’élève pour arriver à un travail enrichi, je trouve que c’est gratifiant pour le jeune.
Intelligence Artificielle
Un peu d’histoire.
Alan Turing est né le 23 juin 1912 à Londres et mort le 7 juin 1954
– Création de la machine de Turing (premier ordinateur)
– Casse le code de la machine Enigma utilisée par les nazis durant la seconde guerre mondiale,
– Test de Turing 1950
Principe du test
A échange avec B et C sans savoir si B ou C est une machine. Si A n’arrive pas à trouver que C est une machine alors la machine remporte le test de Turing. Turing pose ainsi les bases de la notion d’intelligence artificielle avec une machine tellement « forte » qu’on n’arrive pas à la distinguer d’un être humain.

C‘est quoi une Intelligence Artificielle ?
Une intelligence artificielle (IA), c’est un programme capable d’imiter certaines actions de l’humain, comme comprendre, répondre, apprendre ou résoudre des problèmes. On parle d’IA générative lorsque le programme génère des images, de la vidéo, de la musique ou encore du texte. On parle d’IA prédictive pour anticiper sur certains événements comme la météo.
L’intelligence artificielle est donc un programme comme un autre. Il s’agit d’un programme très puissant qui nécessite de très nombreux ordinateurs. On retrouve le principe des data centers sauf qu’il ne s’agit plus de stockage mais de calcul.

- Comme pour les réseaux sociaux, les plateformes de streaming, pour faire fonctionner l’ensemble il faut de très grandes quantités d’énergies :
- La génération d’une requête texte c’est l’équivalent d’une lampe allumée pendant plusieurs minutes.
- La génération d’une image c’est l’équivalent de la charge complète
L’intelligence artificielle n’est pas intelligente
L’intelligence artificielle n’est pas intelligente, elle est entraînée avec de très nombreuses données. Par exemple, si vous voulez avoir une IA qui prédit la météo, vous allez devoir lui communiquer des éléments météos sur les cinquante dernières années. Ensuite, il faudra tester l’IA pour savoir si elle prédit correctement la météo, si elle n’est pas capable, il faudra la corriger.
Plus on alimente l’IA avec des données, plus les réponses sont précises.
Les problèmes de l’entraînement :
- Pour trouver des données, les sociétés d’IA ont volé des données : journaux, Reddit, données personnelles. De nombreux procès éclatent à travers le monde. Par exemple, on a vu de nombreuses images apparaître sur le net à la façon des studios Ghibli qui n’ont jamais donné leur accord pour entraîner les IA
- Les personnes qui corrigent les IA habitent souvent dans des pays pauvres et sont particulièrement mal payées, 6€ pour 12 heures de travail.
- Les informations ne sont pas vérifiées. De nombreuses informations sont fausses, l’IA se contente de redonner ce qu’on lui a inséré sans forcément de vérifications. On arrive à 60% d’erreur dans de nombreux cas. Parfois l’IA est utilisée pour créer des fake news de façon purement intentionnelle comme on a pu le voir dans les élections américaines.
- La majorité des IA demandent d’enregistrer un compte, les conversations avec l’IA sont enregistrées et étudiées afin de mieux vous connaître. Il y a un risque de vol de données personnelles et de surveillance.
- L’IA a des biais. La majorité des IA sont d’origine américaine, elles sont donc entraînées avec des contenus écrits en langue anglaise. C’est un problème, car les autres langues ne sont pas considérées. De la même manière une IA chinoise ne dira jamais du mal du gouvernement chinois ou ne donnera pas d’opinion sur certains événements historiques. À cause de ces biais, l’IA peut devenir raciste, misogyne, antisémite ou homophobe.

Quelques exemples d’IA générationnelles

Propriété de la société OpenAI, c’est le « pionnier » de l’IA avec une première version de ChatGPT pour le grand public sortie en 2022

Grok propriété du milliardaire Elon Musk (X, Tesla, Starlink). À l’image de son propriétaire, Grok fait dans la provocation, tient des propos racistes, fait de nombreuses erreurs.

IA chinoise. A montré qu’on pouvait faire une IA performante. Comme tout programme chinois

Gemini, intelligence artificielle de Google

IA de Microsoft, a utilisé le moteur d’IA de ChatGPT pendant un moment.

Le « Chat » intelligence artificielle française.

Intelligence artificielle de Meta utilisée dans les produits de Meta : Facebook, Instagram, ou WhatsApp
On voit que derrière les intelligences artificielles on retrouve encore les très grands groupes informatiques même si quelques sociétés inconnues il y a quelques années ont émergé.
Ce qu’il faut savoir avant d’utiliser une IA
Utiliser une intelligence artificielle est à la portée de tout le monde. L’IA peut être utilisée dans la scolarité d’un élève pour obtenir des réponses, faire des résumés de cours, générer des cartes mentales et plus encore.
Toutefois avant d’utiliser une IA, il faut avoir en tête certains points :
- Utiliser une intelligence artificielle consomme des ressources. Il faut donc réfléchir avant d’utiliser l’IA, un peu comme prendre le vélo à la place de la voiture.
- Une intelligence artificielle peut halluciner c’est à dire présenter une réponse comme si elle était juste alors qu’elle est totalement fausse. L’IA donne l’impression que la réponse est exacte et pourtant ce n’est pas toujours le cas. Il est donc nécessaire de vérifier l’information donnée par l’intelligence artificielle en croisant avec les recherches d’un moteur de recherche classique.
- Une IA peut avoir des biais et donner des réponses racistes, misogynes etc… Tout dépend des données avec lesquelles elle a été entraînée.
- Utiliser une IA c’est prendre conscience qu’on donne communique des données personnelles à des entreprises qui pourront les réutiliser sans votre consentement.
L’intelligence artificielle doit être un support qu’il faut remettre en question pour conserver son libre arbitre.
Vivre au temps de l’IA
Les IA deviennent de plus en plus puissantes et vont poser deux problèmes de fond :
– Le deepfake. L’intelligence artificielle produit des médias tellement réalistes qu’il devient difficile de faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui est faux. Vérifier l’authenticité va devenir de plus en plus difficile. Les arnaques à base d’IA se multiplient, il devient facile d’usurper une identité en prenant la voix ou l’apparence de quelqu’un d’autre. Sans tomber dans la paranoïa, il faut tout vérifier.
– LIA demain prendra nos rendez-vous, nous donnera des conseils en permanence, prendra peut-être même des décisions à notre place. Le risque de perdre notre libre arbitre, nos capacités de réflexion est très important. Il faut continuer de penser sans l’IA et se rappeler qu’elle n’est qu’un outil.

Quelques outils utiles
– ChatGPT est l’outil le plus performant mais c’est un outil américain. le chat de Mistral est français, plus respectueux de la vie privée.
– Correcteur orthographique : https://www.reverso.net/orthographe/correcteur-francais/. Il corrige vos fautes et permet de reformuler votre texte. C’est intéressant car cela permet d’améliorer un travail personnel.

– Deux générateurs d’images sans inscription. Même si le rendu est moins impressionnant que d’autres, ces générateurs préservent votre vie privée : https://perchance.org/ai-text-to-image-generator et https://deepai.org/machine-learning-model/pop-art-generator
Quelques remarques
Attention, personne n’a le droit de vous faire inscrire avec une adresse personnelle sur un site qui réclame une inscription.
Malheureusement on fait le constat que la majorité des sites en lien avec l’IA vous réclament une inscription pour débloquer des fonctionnalités ou pour récupérer le travail. Souvent les étapes sont les suivantes :
- Utilisation gratuite limitée
- Utilisation avec un compte pour récupérer les données personnelles mais limitation tout de même.
- Incitation pour passer au paiement et débloquer d’autres fonctionnalités.
- Passer à l’abonnement au-dessus pour avoir encore plus de fonctionnalités.
Il est important de remarquer que tout va très vite. Un site gratuit aujourd’hui sera potentiellement payant demain. Un site qui existe aujourd’hui peut disparaître demain. Il est donc important d’avoir une compréhension globale et d’avoir la capacité de changer demain