Tout commence dans un appartement parisien avec une jeune peintre. Ce dernier a rencontré une jeune femme il y a quelques années. Ils se sont aimés une seule nuit. Le lendemain, plus personne, mais ce moment reste à jamais gravé en lui. Il peint de façon obsessionnelle son portrait. Un ami à lui vend l’intégralité de ses toiles à un brocanteur, pour payer ses dettes. En voulant récupérer ses toiles, il trouve une illustration du Moyen Âge sur laquelle est représentée la jeune femme. En menant son enquête, il va voyager en Europe, mais aussi dans l’Aude, à Rennes le Château. Il va se retrouver au centre d’une intrigue mêlant les nazis et même le diable ! Difficile d’aller plus loin dans le pitch sans donner trop de détails. Les auteurs ont choisi d’utiliser une partie de l’histoire de l’abbé Saunière, qui apparaît dans la bd. Pour ceux qui n’auraient pas la patience de lire le long article de Wikipédia, l’abbé Saunière est un homme d’Église qui a fait fortune de manière mystérieuse. Pendant des années, des gens ont cherché son trésor. Dans la bande dessinée, il est fait référence à l’invocation du diable, une partie que je ne connais pas.

L’histoire est passionnante et le final particulièrement surprenant. L’héritage du diable aurait pu faire beaucoup mieux en travaillant davantage les relations entre les personnages. Certaines scènes sont en effet totalement surréalistes, entre les je t’aime moi non plus. Cela n’entrave en rien à une excellente histoire en quatre tomes.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser avec ce titre anglais, c’est un Italien qui a réalisé ce Batman the Dark Prince Charming. C’est suffisamment rare pour être remarqué. C’est Enrico Marini qui s’y colle, on le connaît pour son dessin extraordinaire notamment dans la série le scorpion. Même si ce diptyque est de grande qualité, on regrettera que Marini se disperse dans de nombreux projets au lieu de finir sa série les aigles de Rome. Dans ce Batman, Bruce Wayne se voit présenter une jeune fille qui serait sa fille. Le Joker qui a besoin d’argent la kidnappe pour réclamer une rançon au milliardaire. La relation qui se noue entre l’enfant et le Joker est pour le moins étonnante, presque de la tendresse pour le psychopathe. Une réussite tant au niveau de l’histoire que du dessin, sur ce point, on pouvait être confiant, Marini démontre qu’il fait vraiment partie des grands.

La dengue est une maladie transmise à l’homme par les moustiques, un titre bien choisi pour cette bd en deux tomes. En Uruguay, le réchauffement climatique a favorisé la prolifération des moustiques. Il se trouve que désormais, certaines personnes meurent des piqûres d’insectes, mais pas tous. Selon le nombre de contaminations, les hommes sont appelés à muter. Une nouvelle race née, moitié homme, moitié moustique. Dengue est réellement une bande dessinée d’actualité. Écrite en 2015, elle fait très largement penser à la période COVID que nous avons vécue. On ne sort pas sans les combinaisons pour se protéger des insectes, on reste enfermé chez soi avec des systèmes d’aérateurs. Et bien sûr, on va y rajouter quelques thèses complotistes sur les vaccins. Dengue est vraiment une très bonne bande dessinée, visionnaire.

Sinbad est une bande dessinée que je relis avec beaucoup de plaisir. Arleston dont parfois, on peut s’interroger sur ses qualités de scénariste, livre ici un triptyque intéressant. On a écrit beaucoup de choses sur Sinbad mais beaucoup moins ses dernières années. L’appropriation réalisée ici est très bonne. Aladin est devenu le khalife, et possède toujours la lampe du génie. Le génie, bien loin de l’image sympathique des films de Disney, est malveillant. Il explique à Aladin qu’il doit tuer tous ses fils, car l’un d’eux le tuera. Sinbad est sauvé par sa mère qui à l’instar de Moise lui permet de s’évader par la rivière dans son berceau. Devenu adulte, il part en quête de l’identité paternelle et va vivre de grandes aventures. Une bonne histoire, avec un mélange des fables tournant autour des mille et une nuits réussie, supportée par l’excellent dessin d’Alary.

Dans un futur proche, une pandémie mondiale, mais pas une maladie des hommes, mais du métal. Tout le métal se met à se dissoudre, sauf le cuivre. La société telle que nous la connaissons s’effondre. Les hommes ne sont pas épargnés non plus, des mutations génétiques s’amorcent. Les naissances sont de plus en plus rares, et les enfants difformes. Dans ce monde qui revient en arrière et qui tombe dans le chaos, la violence domine. Le convoyeur, un homme qui serait immortel, remplit une simple mission pour qui lui demande. Il transporte des gens, des objets, en échange d’un œuf à avaler. Le premier tome pose les bases de la bande dessinée et j’ai envie de dire plutôt mal. En effet, on pense qu’on va avoir un héros, le convoyeur, et qui va enchaîner les missions. Rien de bien passionnant, d’innovant. À la moitié de la bande dessinée, gros retournement de situation, rarement vu d’ailleurs dans une histoire où j’ai envie de dire qu’on change de personnage principal. Excellente surprise qui montre qu’il est parfois nécessaire de laisser le temps à une œuvre de s’installer.

Le temps de cités nous plonge dans les années 80 entre la région parisienne, Marseille et l’Espagne. C’est une période charnière dans la criminalité, le grand banditisme disparait au profit des quartiers. On va suivre un certain nombre de jeunes issus de la cité des Mirabelles aux parcours divers. Quatre jeunes embarqués dans la criminalité qui veulent se faire un nom, un policier, un avocat et leurs familles. Tout ce petit monde est lié dans les histoires de drogue, du bon ou du mauvais côté de la justice. Des trahisons, du sens de la justice, la drogue, des assassinats, de l’argent et des filles faciles. Tous les éléments sont présents dans cette trilogie classique, mais particulièrement efficace.

À Rome, on trouve des boucliers en l’honneur du Dieu Mars. Ces boucliers suspendus en évidence symbolisent la protection de la ville. Nécessairement lorsqu’on reçoit des ambassadeurs qu’un des boucliers tombe, on y voit une catastrophe, un mauvais présage. En menant l’enquête, on réalise que la corde coupée d’un des boucliers n’est pas un accident et encore moins ma volonté d’un Dieu. Pendant ce temps-là, le fort de Zeugma à la frontière est attaqué et pris par traitrise avec la complicité de soldats romains. C’est le préfet Charax qui avait la responsabilité du fort, qui va mener l’enquête.

Les boucliers de Mars est une série en trois tomes finie avec un changement d’auteur, Gilles Chaillet étant décédé durant la réalisation. La série est assez plaisante, je pense que son point fort ce sont les personnages peu conventionnels. Par exemple Charax le héros de l’aventure est un homme d’âge avancé. Véritable roc, maladroit avec les femmes, c’est un soldat pur jus. Il ne symbolise pas le héros conventionnel, comme chaque personnage de la bande dessinée qui possède un caractère remarquable. On décrit de façon intéressante la société romaine. Les esclaves, les chrétiens persécutés, les relations de pouvoir. L’enquête est intéressante, on se demande qui tire les ficelles de ce complot pour déclarer la guerre.

Si je devais faire un reproche à la série, ce serait pour les dessins des personnages. Les traits ne sont pas assez caractéristiques pour qu’on puisse les identifier sans réfléchir. À certains passages, je n’ai pas reconnu tel ou tel protagoniste, c’est handicapant.

La logique d’une histoire de pirates, serait d’avoir une action qui se déroule principalement en mer. Jean Dufaux prend le parti de présenter une île aux pirates. L’histoire commence tout de même sur un bateau, où trois adolescents sont réunis dans des conditions dramatiques. Raffy fils d’un terrible pirate, va prendre avec son père le navire sur lequel se trouve Émilio et Maria. On habille Émilio en femme pour qu’on ne le tue pas, avec Maria, on les vend comme esclaves. Ils se retrouvent sur l’île de Puerto Blanco, une île aux pirates où tout est permis ou presque. Il suffit d’en respecter quelques règles, un peu comme une guilde.

Émilio est acheté par le pirate Flynn, on comprendra plus tard dans la série sa motivation. C’est une chance, il va lui donner une éducation apprendre à se battre. Pour Maria, c’est différent, elle est achetée par le marchand d’esclaves qui tombe éperdument amoureux d’elle. Elle va l’épouser et lui mener la vie dure. Par le fruit du hasard, elle va tomber amoureuse de Raffy qui est pourtant à l’origine de ses tourments. S’il fallait mettre Barracuda dans une catégorie, on pourrait le mettre dans la saga de l’été de TF1. Alors certes, on pourrait y voir un côté péjoratif, néanmoins pas du tout. Des passions, des secrets, des vengeances, on a vraiment la sensation d’être dans une série à rebondissement. Il s’agit bien d’une série de pirates, des combats à l’épée, un diamant qui rend fou, des sorciers vaudous et même des cannibales. On se laisse embarquer dans l’histoire, j’ai avalé les six tomes d’une traite.

Jim s’est taillé une jolie réputation dans la bande dessinée sociale, la « comédie » romantique dans laquelle il étudie les comportements des gens, principalement l’amour, le couple. Une nuit à Rome, Zoé Carrington, ou encore l’invitation. Détox est un peu à part dans l’ensemble de ses bandes dessinées, on reste dans la chronique sociale, avec une orientation plus critique de la société. Comme souvent, il part d’une histoire vraie et s’amuse à tirer le fil en brodant autour. Mathias est un homme d’affaires qui vit à cent à l’heure, tabac, alcool, fête, secrétaire, travail à fond. Son médecin lui prédit un AVC. Le jour où c’est sa secrétaire qui meurt au bureau, il taille la route pour aller au fond de la campagne. Il va suivre un stage de détox, loin des téléphones, des technologies, de la nourriture et des excès.

Detox est une critique qui se moque de notre façon de vivre, de nos bonnes intentions jamais tenues. Notre rythme de vie où l’idée c’est d’en avoir toujours plus. Regretter le temps qu’on n’a pas, néanmoins toujours revenir à ce mode de vie, à la course. L’idée sous-jacente c’est que nous nous mettons nos propres chaînes. On montre aussi qu’ils sont peu à avoir la capacité de stopper le cycle infernal. Travail, consommation, course.

À l’opposé, on se moque aussi des stages spirituels, qui n’ont rien de gratuit. De la communion avec la nature, mais aussi des naturistes, des écologistes extrémistes qui s’enferment dans une autre bulle pas si différente des obsédés de la consommation. Comme toujours les bd de Jim sont plaisantes, celle-ci n’échappe pas à la règle.

Les démons d’Alexia est une série de bande dessinée en sept tomes démarrée en 2004 dans le journal Spirou. Je la trouve particulièrement innovante pour l’époque. Elle aurait certainement mérité une suite et une adaptation en série télé. La suite, c’est tout simplement parce que la suite s’arrête assez brutalement au tome 7. Les auteurs ayant pris la décision de passer à autre chose, de consacrer leur temps à d’autres séries. Pour l’adaptation en série télé, c’est tout juste fait pour. La richesse des personnages, les très nombreuses énigmes, les secrets, les auteurs sont excellents pour créer l’intérêt du lecteur.

Alexia est une exorciste de talent, elle est recrutée par le C.R.P.S. Il s’agit d’un organisme secret à la solde de tous les états du monde qui règle les problèmes paranormaux. Dans cet institut, une foule de personnages étranges. Un nécromancien, un patron de bar qui en sait un peu trop ou encore un puissant médium. Ce dernier se trouve enfermé dans une cave, il essaie de tuer Alexia de façon régulière. Et puis une zone interdite. Une zone dans laquelle en 1985 l’intégralité des scientifiques est tuée, avec comme seul rescapé l’ancien directeur dans le coma. L’arrivée d’Alexia va créer de nombreuses perturbations comme la résurrection de Sarah Perkins, la dernière des sorcières et ancêtre d’Alexia. C’est sur cette dualité que va se jouer la bande dessinée. Alexia est à la fois exorciste et sorcière, elle est le bien et le mal en même temps.

Le dessin fait penser à la bande dessinée Seuls. Un trait enfantin en décalage avec pourtant une bande dessinée particulièrement dure, où les gens meurent de manière particulièrement violente. À l’instar de Seuls, ce contraste est plutôt réussi. Les démons d’Alexia est une excellente bande dessinée qu’on aurait voulu voir prolongée. On ne peut pas se suppléer à la volonté des auteurs.

L’histoire de templier commence par une découverte. Trois templiers trouvent dans un désert un temple caché avec des motifs Égyptiens. Deux d’entre eux meurent, le troisième a le temps d’écrire une lettre pour raconter la découverte avant de succomber à son tour. Des dizaines d’années plus tard, alors que s’affrontent les chrétiens et les musulmans devant la ville de Tyr, une expédition part à la recherche du temple. C’est Jean-Luc Istin qui est aux commandes, valeur sûre de la bande de la bande dessinée franco-belge. On lui doit entre autres, les séries de l’univers des terres d’Arran. La bande dessinée nous présente des personnages hauts en couleurs, qui ont tous un intérêt particulier à retrouver le temple et le trésor qu’il enferme. De l’action, de la vengeance, des rebondissements, des personnages charismatiques, templier possède de nombreuses qualités. La bande dessinée est terminée en trois tomes pour une histoire complète, classique et efficace.

Léonard est un jeune homme attardé, particulièrement gentil. Il est homme de ménage dans un théâtre, bien intégré au sein de son groupe d’amis dont on verra les hauts et les bas durant l’album. Trafic de drogue pour l’un, une femme qui part pour l’autre. Léonard n’a de cesse que de demander à chaque personne qu’il croise si elle a trouvé la fille. Personne ne sait de quelle femme il parle, c’est obsessionnel. Dans son groupe d’ami, l’un d’eux commence à s’intéresse à son histoire. Il est en effet intrigué par cet homme qui cherche une femme dont il n’a pas de souvenirs. Il voit dans cette histoire, une idée de scénario pour un livre ou un film.

En s’intéressant à Léonard, il se rend compte qu’il emploie une phrase de façon récurrente : ça se passe. Et quand Léonard emploie cette phrase, il apparaît que ça se passe vraiment, Léonard exauce les vœux. Une maison, l’amour, la rémission d’un cancer, un vrai marabout à lui tout seul ! La bande dessinée prend plusieurs orientations. L’enquête Léonard avec à la clé les origines du jeune homme et le drame qui se cache derrière. Le côté mystérieux bien sûr autour de ces miracles. Enfin la vie des gens qui gravitent autour de Léonard, leurs joies et leurs peines.

Makyo est un scénariste très expérimenté, il est à l’origine de très nombreuses séries à succès comme balade au bout du monde. Je ne suis pas toujours fan de ses univers, de son rythme, avec une tendance très courante à tomber dans le fantastique ou dans l’ésotérique. Ici, je trouve que le mélange des styles fonctionne bien. Malgré la multiplication des intrigues, le lecteur n’est jamais perdu dans exauce-nous et attend l’épilogue.

Une bande dessinée de Zep, on a forcément envie d’y jeter un coup d’œil. Pour mémoire, il s’agit de l’auteur de Titeuf, mastodonte de la bande dessinée franco-belge. Pour ce one shot, nous sommes à des années lumières du gamin qui joue les rebelles. L’histoire commence avec une hécatombe, des gens qui meurent sans qu’on connaisse la raison. On retrouve au même moment un groupe de scientifiques qui étudient les arbres. Le chef a une obsession pour le groupe les Doors et particulièrement pour la chanson the End. Et j’ai envie de dire que c’est ici que tout dérape. The End, littéralement la fin avec des gens qui étudient la nature, sur une thématique écolo, et des gens qui meurent spontanément, il n’est pas compliqué d’y voir la fin du monde.

The end fait penser au film phénomènes de M. Night Shyamalan, pas le meilleur, où l’on comprend que la nature reprend ses droits en éliminant les humains. Si la bande dessinée est prévisible dès les cinq premières pages, qu’elle est pétrie de clichés, elle a de nombreuses qualités. Techniquement Zep fournit un très bel album avec un choix de couleurs qui fait penser aux années 80. Concrètement, certaines planches sont presque uniquement réalisées avec des nuances de bleu, de rose ou de vert. C’est un choix de couleurs audacieux qui fonctionne bien. Enfin, malgré des idées déjà vues, une mise en œuvre que je qualifierai de classique, c’est efficace et cela fonctionne bien.

Perkeros est le nom d’un groupe de métal finlandais, héros de ce one shot au titre éponyme. Il s’agit sur le principe de l’histoire classique d’un groupe qui veut réussir, connaître la célébrité. Malheureusement, ils rament, mais quelques opportunités pourraient les faire découvrir. Un festival qui se rapproche, un album en préparation et enfin un nouveau chanteur bien meilleur qu’Alex. Alex est la caricature du type passionné par la musique, sa copine ne croit plus vraiment en lui, elle attend qu’il se lasse. Puis il n’y a pas qu’Alex, il y a la jolie Lily qui fait partie du groupe, créant forcément le fameux triangle amoureux.

Il y a l’ours pour batteur, le vieux qui a plus de 600 ans, et cette note parfaite qu’a pu atteindre Alex au point de le faire léviter ! Dire que Perkeros est un ovni est un euphémisme. La bande dessinée se présente sous tous ses aspects comme « normale ». Comprenez que dès le début de l’album, on voit l’ours à la batterie et cela ne choque personne. Ce postulat d’insérer du paranormal ou de l’étrange dans un monde très classique est pour le moins étonnant et fonctionne parfaitement. Perkeros est une bande dessinée qui accroche, on est forcément intrigué et puis c’est une bande dessinée aux dessins magnifiques. Les scènes de concert sont de véritables explosions de couleur, on se croirait projeté dans l’Hellfest. Chouette histoire, superbes dessins, un excellent one shot.

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