Valérian agent gent spatio-temporel est une bande dessinée culte, à la limite du visionnaire qui aura inspiré jusqu’au cinéma américain. Les taxis volants dans le cinquième élément ou les shingouz qu’on retrouve dans Star Wars ou presque. On pense à la catastrophe de Tchernobyl qui avait été « anticipée » par les auteurs dans les années 70. En effet, Valérian est agent spatio-temporel, il règle les problèmes dans la galaxie, mais aussi dans le temps. Il veille à ce que personne ne modifie le cours de l’histoire. Valérian poursuit Xombul, le méchant de base. Ce dernier se réfugie dans le passé. Notre héros va être aidé par Laureline une jeune femme du moyen-âge qui deviendra sa partenaire. L’histoire de Valérian frappe très fort dès les premiers albums. L’idée, c’est de dire qu’une grosse catastrophe s’est produite en 1986, une catastrophe nucléaire. Ce serait à cette époque qu’auraient commencé les balbutiements du voyage intergalactique. 1986, c’est justement la catastrophe de Tchernobyl. Non seulement Valérian aura été à la pointe de la SF avec une imagination particulièrement débordante, mais aussi avant-gardiste dans sa dimension sociale.

Valérian et Laureline est une bande dessinée hautement féministe. Laureline n’est pas une potiche, un personnage de second ordre pour mettre en avant le héros. Elle égale Valérian. Elle vient le sauver de façon très régulière, dans certains albums, c’est elle qui joue le rôle clé. Valérian se comporte souvent comme un gros « bourrin », Laureline compense par davantage de subtilité. Dans l’ambassadeur des ombres, adapté au cinéma par Luc Besson, c’est elle qui va mener l’enquête intégralement pour retrouver Valérian. Dans cet esprit de féminisme, on notera le pays sans étoile. Les hommes et les femmes se mènent une guerre ridicule qui va mener à la destruction de la planète. Sans l’intervention des deux agents qui vont jouer les conseillers conjugaux, c’est le drame !

Les auteurs Christin et Mézières ont des idées proches du parti communiste, égalitaires. Ils prennent un malin plaisir à dénoncer le monde du travail, les inégalités, le capital. Dans bienvenue sur Alflolol, Valérian et Laureline doivent gérer le retour d’une race extra-terrestre partie en vacances pendant 4000 ans, et qui voit sa planète occupée par les terriens qui l’ont colonisée. Les terriens obsédés par la production, par la fabrication d’objets, n’arrivent pas à cohabiter avec ces « invités ». Ces derniers ne pensent qu’à s’amuser et profiter de la vie. Il faut imaginer qu’on dénonce dès 1972 le monde du capital face à un mode de vie plus simple. Ce sujet fait partie de plus en plus de nos préoccupations actuelles. De plus en plus de gens cherchent un sens à leur vie. Ils quittent des emplois très bien payés pour retourner à la terre vivre plus simplement.

Aux environs du tiers de la série, le scénario change complètement. L’incident de 1986 ne va pas avoir lieu et la puissante Galaxity qui représente l’humanité dans le futur, ne va donc pas exister. La terre va se développer moins rapidement, devenir moins puissante, Valérian va surtout perdre son passé qui représente son futur. Les deux agents vont mener d’autres aventures avec la problématique de l’argent, des mercenaires en quelque sorte. Pour ma part je préfère beaucoup plus la première partie que je trouve plus inspirée, plus poétique, plus carrée. La seconde partie est beaucoup plus sombre, parfois moins claire, plus difficile à comprendre. La série Valérian est plus qu’une bande dessinée franco-belge, elle est un récit de sciences-fictions à l’influence indéniable sur toute la culture du genre.

L’outremenangeur fait partie des classiques de la bande dessinée au point d’avoir vu son adaptation cinématographique avec Eric Cantona, l’ancienne star du foot. Pour ce film et se mettre dans la peau du personnage principal, un policier obèse, Eric Cantona a dû réaliser une véritable performance dans la transformation physique. L’outremangeur raconte donc l’histoire d’une pointure de la police, un homme solitaire, taciturne et obèse. On le suit dans la bande dessinée aux « obèses anonymes », en train de s’empiffrer, de manger comme un ogre. Sur une scène de crime, il trouve très rapidement le coupable, une très jolie jeune femme. Seulement, plutôt que de l’enfermer, il décide de lui imposer un repas au quotidien, tous les soirs de 21 heures à 23 heures.

Comme on peut le voir, le pitch est limpide et c’est certainement ici qu’on voit la grandeur de l’œuvre. Les auteurs posent des bases simples pour un récit passionnant et de nombreuses questions. Pourquoi le policier a ce comportement ? Quelle est l’origine de son poids ? Pourquoi la jeune femme a-t-elle tué l’homme qui l’avait adopté ? Vous saurez tout en lisant ce classique.

Les wonderballs, ce sont l’équivalent d’œufs en chocolat bien connus dans lesquels on trouve un personnage à assembler. Le héros, un inspecteur de police, se fait appeler Wonderball, car il passe son temps à en manger. Tout démarre sur un massacre dans les années 80, période dans laquelle se déroule la bande dessinée. Un homme fait la « performance » de tuer neuf personnes en neuf secondes. Une performance qui fait penser à la balle magique qui a tué le président Kennedy. Wonderball est un excellent policier et il se rappelle cette théorie de la balle magique. Une théorie soutenue par un de ses anciens collègues qu’on surnommait Spock en raison de ses théories fumeuses. Il retrouve ainsi ce fameux « Spock » qui n’est plus policier et qui a sombré dans la toxicomanie. Il le met sur la piste de dossiers dans lesquels on aurait formé des super soldats à l’aide de drogues permettant de décupler les capacités.

Wonderball sur cinq tomes va mener l’enquête qui le conduira bien évidemment à ses propres origines, car comme on s’en doute très rapidement, Wonderball n’est pas un homme comme les autres. Une théorie du complot, l’assassinat de JKF, la 25ème image, beaucoup d’action, de nombreux morts, Wonderball est une série qui tient ses promesses.

La pierre du chaos est une bande dessinée issue de la maison d’édition drakoo, « nouvelle » sur le marché. Il s’agit en fait de l’association d’Arleston et de la maison d’éditions Bamboo. Arleston est le scénariste bien connu de l’univers de Troy. Cette maison d’édition se focalise sur la fantasy, la SF et le fantastique. Des styles commercialement porteurs. J’ai donc envie de dire qu’on ira certainement à l’essentiel dans cette maison d’édition. C’est la première série que je lis de chez eux. Dans un monde qui fait penser à la Rome, c’est la révolte dans l’empire. Le peuple se plaint, et ce serait ruiner l’état que de distribuer de l’argent. Afin de montrer un geste d’égalité entre le peuple et la noblesse, chaque famille doit donner son premier fils à l’armée. On imagine ainsi que ces hommes qui feront l’équivalent du service militaire ensemble, sans distinction de classe, cimenteront la nation.

Les fils de riche sont toutefois envoyés à la frontière au nord, un endroit où il ne se passe rien. Pourtant, deux événements majeurs vont se produire. L’invasion par les barbares, qui ressemblent à des trolls est le premier. Le second, c’est un fils de sénateur qui va toucher la mauvaise pierre au mauvais moment, le dotant d’une force surhumaine. Alors que l’armée est pour le moins en difficulté face aux barbares, sa puissance va faire de lui un héros. Seulement, il n’y a pas que son corps qui a changé, sa personnalité est altérée. Va-t-il se contenter de repousser les forces ennemies ?

Bande dessinée en trois tomes, avec un graphisme dynamique dans l’air du temps, la pierre du chaos fait le job. De l’action, beaucoup d’humour, des personnages rapidement attachants. Ce que j’ai trouvé d’intéressant, c’est justement l’histoire en trois tomes. Une bande dessinée courte et efficace qui en plus pourrait laisser la porte ouverte à un second cycle

L’action de la bête du lac se déroule au Québec, dans une époque relativement moderne, dans un petit village isolé. Ovide part à la recherche de son frère Gédéon, alcoolique notoire. Il rencontre une sirène qui lui explique être prisonnière d’un monstre. Cette dernière lui dit que si Ovide la libère, elle lui rendra le crâne de son frère. Au départ, on aurait pu penser que la bande dessinée allait tourner autour de l’affrontement des villageois et de la bête du lac. L’histoire est beaucoup plus complexe. Comme on peut le voir pour le titre de ce premier album, la bête est un gardien. On va découvrir que quelque chose de bien pire se dissimule derrière le lac dans la montagne. Cette série en trois tomes va mélanger fantastique, de la mythologie indienne, celtique et même de la religion. Très bonne histoire avec des personnages qui accrochent, un bon dessin qui n’est pas sans faire penser à celui de Loisel, j’ai beaucoup apprécié cette série courte et efficace.

Fausses pistes est une bande dessinée qui a les codes d’un western, mais qui n’est pas vraiment un western. Quelques explications. Frank est comédien, il incarne un marshal dans un parc à thème. Chaque jour devant les touristes, il rejoue une scène dans laquelle le marshal tire sur les méchants. Frank vit seul et ne se remet pas de la mort de sa mère. Dire qu’il joue son rôle à la perfection est un euphémisme. Il est convaincu d’être le marshal. Son employeur s’inquiète pour lui et finit par le licencier. Ce dernier s’embarque dans un voyage touristique à la découverte des terres des Indiens.

Avec lui, toute la panoplie des caricatures de touristes dont un ancien Marines. Frank va endosser une dernière fois son costume de justicier mais pas pour jouer la comédie. Duhamel l’auteur de la bande dessinée, explique qu’il n’a jamais réalisé de western. Fausses pistes est une bande dessinée particulièrement réussie et originale qui casse les codes tout en les utilisant.

Garulfo est une grenouille, il passe des jours heureux dans sa mare. Il voue une fascination à la race humaine qu’il pense intelligente et pleine de bon sens. Un jour, alors qu’il se fâche avec son ami Fulbert le canard, il décide d’aller voir la bonne fée pour qu’elle lui jette un sort. Si une princesse l’embrasse, Garulfo se transformera en prince charmant. Sauf que Garulfo ne va pas voir la bonne fée, mais la sorcière, qui comme elle trouve la demande amusante, va accéder à sa demande. Garulfo avec sa candeur va découvrir que les humains sont horribles et créer une série de catastrophes.

On notera d’ailleurs que Garulfo ne se limite pas à la parodie de contes, mais ratisse aussi largement du côté de chez Candide chez Voltaire. Garulfo est divisé en deux cycles, deux tomes plus quatre tomes. En fait, il ne s’agit pas d’une transformation à proprement parler, mais d’un échange de corps. Les deux derniers tomes racontent ce que devient le prince qui finit dans le corps de Garulfo. À l’instar de Shrek, Garulfo joue largement sur la parodie, mais de façon plus subtile. La princesse par exemple est une pimbêche désagréable, Garulfo va se tromper et tenter de se marier avec une paysanne. De manière générale, la bd dénonce la nature humaine. Garulfo a été un énorme succès commercial avec plus de 300.000 exemplaires vendus. Et pourtant Bruno Maïorana a stoppé la bande dessinée depuis 2014. La bande dessinée alors qu’elle vend beaucoup ne permet pas de faire vivre dignement ses auteurs, ce qui est fort regrettable.

Avec un dessin qui ressemble à celui des tuniques bleues et une histoire aussi absurde qu’un des albums de la bien connue série, ennemis est trompeur. L’histoire commence dans un camp de nordiste dans lequel un général demande à un de ses lieutenants de stopper un régiment à l’aide de quelques hommes. Le commandant sudiste en question pose de gros problèmes d’approvisionnements pour le camp nordiste. Le gradé va partir avec une poignée d’hommes pour accomplir cette mission qui tient du suicide. Un dragueur, une force de la nature, un maniaque des couteaux, un fou des explosifs et un enfant qui fait office de tambour. Alors qu’ils viennent de partir, les soldats restés au camp font des paris. Qui est le traitre dans la petite troupe ?

Et c’est ici que le scénario est parfaitement ficelé pour un diptyque passionnant. Au fur et à mesure que l’aventure avance, on multiplie les flashs backs. Des actes qu’on ne comprenait pas finissent alors par devenir une évidence. On commence à découvrir les très nombreuses interactions entre les personnages et les événements. Je ne vous en dis pas plus, ce serait spoiler. Une excellente histoire, très violente malgré ce dessin grand public qui se lit d’une traite.

Le triskell est un symbole breton bien connu et c’est justement en Bretagne que se déroule cette histoire en quatre tomes. Trois sœurs dominant les royaumes fantastiques de la terre, de l’eau et de l’air se partagent chacune une partie du triskell, un objet de pouvoir. Il se trouve que les sœurs de la terre et de l’eau ont trahi leur sœur de l’air. En effet, celle qui réunit le triskell au complet a tous les pouvoirs avec toutefois un effet de bord inattendu. La limite entre le monde des humains et magique s’effondre. Cet élément aura de nombreuses conséquences dans la série. Ainsi la sœur de l’air vient mourir dans le royaume des humains, dans un orphelinat. Elle va donner son morceau de triskell à une jeune fille qui va être poursuivie par les deux autres sœurs. Événement imprévu, celle-ci a la capacité de maîtriser le triskell et pourrait devenir la reine du pays de l’air. Le dessin est très agréable et l’histoire tient la route malgré un manichéisme assez important pour une fin inattendue.

One Comment

  1. Je connaissais bien sûr Valerian, mais ça m’a donné envie de relire la Pierre de chaos (scénario écrit par un de mes auteurs favoris) et j’ai commandé « ennemis », qui me parait plus intéressant que sa couverture laissait imaginer.
    Merci pour cet article.

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