One shot, numéro 14

Au sommaire de ce one shot 14 : des jeunes qui s’éveillent à l’amour, des vieux qui aiment encore, deux one shot de Timothé Le Boucher, la saga de Grimr.

Toutes les princesses meurent après minuit

L’action se déroule le 31 août 1997, date à laquelle on apprend la mort de lady Diana. Dans un pavillon de banlieue, dans la famille classique, différents personnages d’une même famille, à la veille de la rentrée scolaire. Un couple qui va se séparer et qui fait semblant de donner un dernier été normal aux enfants. L’ainée qui va rentrer au lycée, rencontre un garçon avec qui elle pense qu’elle peut aller plus loin. Le petit frère quant à lui joue à la princesse avec le voisin d’à côté qu’il voit en prince. Une attirance pour le maquillage, les belles coiffures et le petit voisin blond.

En 1997, j’ai 22 ans, il est difficile de rester indifférent à cette bande dessinée. Le contexte particulier induira nécessairement de la nostalgie. Toutes les princesses meurent après minuit remporte le prix spécial jury jeunesse au festival d’Angoulême. Je ne sais pas si la période où l’on chantait du Lara Fabian réussira à faire mouche sur le public actuel. En effet, on comprend bien que dans cette bande dessinée, il est question d’éveil pour la jeunesse. Faire le choix de la fin des années 90, une époque sans internet ou presque, aura certainement du mal à captiver la cible, les jeunes d’aujourd’hui.

L’obsolescence programmée de nos sentiments

Ce n’est pas la première bande dessinée de Zidrou que nous croisons. Un auteur qui flirte souvent avec la nostalgie, les chroniques sociales. Avec l’obsolescence programmée de nos sentiments, c’est à la vieillesse qu’il s’attaque, sans pitié, de façon brutale. Ulysse vient de prendre sa retraite, de force. Veuf, il traîne autour de son ancien travail, fréquente honteusement une prostituée, va un peu au foot. Il constate les ravages de l’âge. Méditerranée, quant à elle, tient une fromagerie. Elle vient d’enterrer sa mère de longue maladie. Ancienne mannequin, elle a connu son moment de gloire en posant dans un magazine de charme. Elle aussi voit sa jeunesse envolée.

Lorsque les deux se rencontrent, une relation amoureuse va naître, malgré leurs différences, malgré leur passé, leur âge, ils vont s’aimer.

Une fois de plus, Zidrou fait mouche et nous renvoie une image de notre avenir qui fait mal. Malgré une fin que je trouve ratée, la bande dessinée sonne juste.

Ces jours qui disparaissent, le patient

Timothé Le Boucher est jeune, né en 1988 et pourtant un talent considérable. Ces jours qui disparaissent est un carton dans les ventes et un succès critique mérité. Le Boucher est à la fois dessinateur et scénariste sur ses bandes dessinées, un trait reconnaissable pour des histoires généreuses. On sent l’inspiration manga dans le trait, dans la quantité de pages aussi.

Lubin est un artiste, bohème, il est dans une troupe de trapézistes. Une émission de télé, peut-être la chance de sortir de la précarité pour devenir un artiste reconnu. Un jour, il fait une chute. Il finit par se rendre compte qu’il a des troubles de la mémoire, des jours qui disparaissent. Ce qui aurait pu être une simple amnésie devient un dédoublement de personnalité. Lorsqu’il n’est plus conscient, c’est quelqu’un d’autre qui est toutefois lui-même, qui prend les commandes. Un homme rigide, ordonné, tout le contraire de Lubin. La situation devient problématique quand la personnalité secondaire veut prendre le contrôle de la situation. Une histoire remarquable qui fait froid dans le dos.

Avec le patient, c’est un ouvrage de 295 pages que nous donne l’auteur sur une sinistre histoire. Une famille se fait tuer à coup de couteaux, c’est la sœur reconnue coupable. Un seul survivant, l’un des frères. Il fait un coma de six ans, se réveillant à 21 ans. Il souffre d’une paralysie presque totale, purement psychologique. Une psychologue de renom va le prendre en charge et tenter de découvrir ce qui s’est déroulé le soir du meurtre. Comme je l’ai précisé, 295 pages, c’est particulièrement généreux. On lit le one shot d’une traite pour une histoire encore une fois qui fait peur et parfaitement maîtrisée.

La saga de Grimr

La vie de Grimr c’est un peu Germinal, c’est la catastrophe toutes les trois pages. Islandais, Grimr voit ses parents mourir sous ses yeux. Doté d’une force colossale, il est récupéré par un voleur qui voit en lui de nombreuses opportunités. Il l’élèvera comme un père, le mêlant à de nombreux trafics. Cet homme se fera assassiner sous les yeux de Grimr et c’est lui qui sera accusé, à tort. Grimr finira par trouver l’amour, mais comme vous pouvez vous en douter, cela se passera particulièrement mal.

Un one shot long, passionnant avec un final qui surprend. Si vous cherchez une bande dessinée pour illustrer la méchanceté des hommes, celle-ci figure certainement dans le top cinq.