Il y a un an ou presque, je quittais Twitter pour Mastodon. Retour sur cette migration.

La vraie raison : le repli sur soi.

Avec un recul d’un an, j’ai conscience que ma migration vers Mastodon n’avait rien à voir avec l’arrivée de Musk. Il s’agit d’une stratégie de repli face à un internet de plus en plus difficile à vivre. Le contexte anxiogène dans lequel nous vivons devient insupportable. Guerre en Ukraine avec la menace nucléaire, conflit en Israël, prof assassiné, réchauffement climatique où je mange en terrasse et en T-shirt au mois d’octobre. La fin du monde est palpable. Twitter avec un flot incessant pour vous rappeler ce contexte de crise, c’est comme regarder H24 BFMTV, c’est mauvais pour la santé mentale.

Il faut comprendre qu’il ne s’agit pas de cesser de s’informer. Le but, c’est de mieux s’informer. Il s’agit aussi de mieux gérer son temps, quand on constate qu’on passe son temps à courir derrière. Mastodon offre cette opportunité, un espace internet à taille humaine, un coin d’internet, comme on aime le dire de façon poétique.

Durant cette année, j’aurais coupé mon compte Twitter, Instagram. Dernièrement, j’ai désactivé la possibilité de consulter Google Actu sur mon smartphone. Google Actu est une véritable saleté qui vous maintient dans une bulle de filtres. Je suis de moins en moins présent sur Internet, j’essaie d’être mieux présent. Pour Facebook, je suis les associations locales, la mairie, mon lycée. Facebook partage ceci d’intéressant avec Mastodon, il est possible de masquer les profils. Sur Facebook, je ne suis quasiment plus aucun de mes collègues, lassé des blagues potaches, des commentaires politiques ou des chaînes à l’infini.

On apprend avec humilité, qu’il n’est pas toujours évident d’être pertinent.

Le stabilo jaune c’est moi

En un an, les réseaux sociaux s’enfoncent dans la médiocrité.

Aujourd’hui, je ne peux pas parler de la violence du réseau Twitter. Les gens ont l’air de regretter une certaine époque où Twitter était mieux avant. Pour avoir eu plusieurs comptes sur Twitter, j’ai la sensation que ce réseau a toujours été violent. C’est dire que nous avons dû certainement franchir un cap. Twitter vu de l’extérieur, c’est la catastrophe. Musk, milliardaire, homme nécessairement brillant, s’est lancé dans la déconstruction de son réseau. Politique assassine, tranche franche dans les personnels, propos outranciers, Musk multiplie les erreurs. Malgré les propos rassurants, les annonceurs fuient.

Et pourtant, sous cette façade d’enfant à qui on aurait donné un jouet qu’il maltraite, Musk a ouvert la boîte de Pandore. Preuve que de le faire passer pour un dingue, c’est facile, plus facile que d’employer le mot visionnaire. Si bien sûr les comptes payants qui permettent d’usurper l’identité de tout un chacun sont discutables, il a surtout introduit la notion de payant. Ce qui paraissait inacceptable avec un Zuckerberg qui expliquait que Facebook serait toujours gratuit, est devenu désormais la norme.

Sur Instagram, vous paierez bientôt pour avoir un fil personnalisé à destination des comptes premium. On peut supposer que les avantages vont se multiplier pour ceux qui payent, et ceux qui refusent de passer à la caisse risquent d’avoir un réseau moins fréquentable.

Je pense que c’est un pari risqué. Si des gens paieront un article de qualité sur le Monde réalisé par un professionnel, paieront-ils pour des contenus produits par des anonymes ou leurs proches ?

En attendant, les problèmes restent les mêmes. Quarante États américains portent plainte contre Meta qui affecte la santé mentale des jeunes. Les réseaux, ce n’est certainement pas ce qu’on a fait de mieux.

Sid ou un air de ressemblance avec Musk

Mastodon un an plus tard, rien n’a changé ou presque

Cela fait donc un an que je suis sur Mastodon, quel bilan ? La première chose que je peux dire, c’est que je suis attaché à ce réseau. Je trouve l’ambiance cordiale. Je n’ai pas eu de grosses prises de bec, et quand bien même, il y a toujours cette possibilité de masquer les comptes.

En un an, la masse d’utilisateurs n’a pas changé ou pas de façon palpable pour ma part. On voit tout de même arriver quelques nouveaux comptes plus ou moins importants, comme le café pédagogique par exemple. La mayonnaise a du mal à prendre, après un effet Threads de courte durée, les esprits s’échauffent sur Bluesky. Je trouve malheureusement que cet engouement est malsain, mais on s’habitue. Ils sont nombreux à vouloir créer un compte dans l’urgence, afin d’arriver les premiers sur cette nouvelle terre à conquérir.

Si à un moment, on voyait les vagues arriver sur Mastodon à chaque décision contestable de Musk, j’ai la sensation que c’est moins le cas aujourd’hui. D’ailleurs cela fait un moment que le serveur « Chapril » ne s’est pas retrouvé dans les choux. En effet, les gens désormais vont directement à Bluesky. Ce n’est pas du tout anodin. En fait, les gens venaient à Mastodon, car il s’agissait d’une alternative à Twitter. La majorité ne venait pas parce qu’il s’agissait d’une alternative libre à Twitter. Et c’est pourtant cette notion de liberté qui fait totalement la différence.

Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage. Tous les prétextes restent bons pour ne pas venir à Mastodon et choisir une alternative centralisée. Mastodon c’est trop geek, c’est trop difficile d’accès, le principe des différentes instances. Il n’y a surtout rien à gagner sur Mastodon, notamment dans l’audience faible face aux autres réseaux.

Ainsi, Mastodon est ce à quoi il se destine, un lieu d’échange avec de nombreux utopistes qui rêvent de changer la société. À la frontière entre des idées humanistes, de l’écologie, du vélo, du logiciel libre et d’autres solutions qui visent à lier les hommes. Dans le monde dans lequel nous vivons, on comprend en effet qu’il est compliqué de fédérer sur ces bases saines.

7 Comments

  1. Salut/bonjour…

    Moi, je serais bien partant pour ouvrir un compte (encore un de plus mdr) sur une instance Mastodon. Cela me permettrait peut-être – mais pas seulement – de pouvoir partager mes textes. De partager aussi la musique que j’apprécie ou quelques réflexions sans grande importance.

    Le problème, c’est que je vais devoir partir de zéro. Zéro comme zéro follower. La raison en est que je suis un parfait inconnu. Donc si on n’a pas de relation, de connaissances, il est compliqué de s’intégrer. Y compris sur un réseau qui se veut bienveillant.

    Alors oui, les réseaux sociaux c’est « génial » pour les gens connus. Pour un moucheron comme moi, ce n’est pas trop la peine. Même si je veux bien essayer à nouveau, à nouveau…

    Désolé pour ce message un peu abrupt. Salutations quand même…!

    1. Du fait d’être ici sur un site sérieux j’ai préféré éviter de backlinker mon profil où il m’arrive d’être plus léger. J’apparais d’ailleurs en tant que Cyrille Borne sur Mastodon et pas restez curieux.

  2. Bonjour,

    j’ai créé et j’héberge ma propre instance Mastodon (et xmpp), où nous ne sommes que 2 utilisateurs. Cela simplifie la modération.

    Je ne suis jamais allé sur Twitter ou Instagram. J’ai parfois suivi des liens qui m’amenait « là-bas » et j’ai été confondu par la médiocrité et la violence qui y régnait.

    Ceci dit, suivre le fil de Mastodon est aussi très anxiogène ; il reflète le monde actuel dans lequel je ne me retrouve pas. S’en suit des angoisses terribles. Après quelques mois à lire « tout », je suis devenu bien plus restrictif, afin de préserver ma santé mentale. Suivre en continu les conneries de Darmanin ou de notre gvt (ou du monde en général) est vraiment anxiogène.
    Ce n’est pas pour rien que je n’ai jamais eu de télévision.

    Le fait que ce soit un « petit » réseau me convient par contre bien. C’est sûr aussi qu’il est un réseau de niche, avec des « gens » qui pensent globalement pareil. Cela évite de se confronter avec des individus racistes, de droite, violents.
    Mais c’est une bulle.
    Mon expérience rejoint donc la vôtre en grande partie. La seule chose que je trouve dommage, c’est que sur des sujets qui m’intéressent (programmation, compilateurs, imprimantes 3D, CNC, apprentissage langue (chinois, russe), je sois obligé d’aller sur d’autres réseaux pour avoir des correspondants (xmpp, IRC,Telegram, Discord). Avoir 10 fenêtres avec des réseaux différents est pour le moins « emmerdant ». Cette multiplication de protocoles différents est non-interopérables est génante.

    Merci pour votre post.

    Eric

    1. Heu… se confronter au monde ne veut pas forcément se retrouver avec des gens racistes ou d’extrême-droite, cela veut également très bien dire découvrir d’autres cultures au sens large du terme. C’est pourquoi le repli sur soi ne sera jamais la solution, l’histoire l’a déjà démontré…

      Et puis, ne nous leurrons pas, des gens insupportables, il y en a tout autant sur les instances Mastodon.

      Sinon, l’argument « je n’ai pas la télé » n’est pas valable. Il faut juste bien choisir les programmes que l’on veut regarder et en éviter d’autres. C’est tout.

      1. Bonjour,

        oui, il y a des gens insupportables « aussi » sur Mastodon. Comme partout.
        >Sinon, l’argument « je n’ai pas la télé » n’est pas valable. Il faut juste bien choisir les programmes que l’on veut regarder et en éviter d’autres.
        Cela a juste été mon choix : ne pas subir la pub et les choix d’autres personnes (coupure dans les films proposés dans des ordres farfelus, reality TV , News partiales et tronquées. J’ai la chance de comprendre plusieurs langues, donc de m »être rendu compte très vite de l’importance de la culture dans l’appréciation des évènements. (j’étais frontalier).
        De plus la TV a un effet addictif (que j’ai pu voir chez mon frère qui restait collé dessus). Tout le monde peut succomber à ça.
        Et comme je dis, peut-être pas un argument valide, mais mon choix.

        > Heu… se confronter au monde ne veut pas forcément
        Me confronter au monde, je l’ai fait pendant toute ma période active ( 42ans+ ) du fait de ma profession (médicale). Très content d’être un « ermite » maintenant.

        En plus je suis très content de ne plus avoir de vie sociale qui m’emmerde profondément.
        (mais ça, c’est juste moi)

        >C’est pourquoi le repli sur soi ne sera jamais la solution,

        C’est « ma » solution à moi. Et cela n’a pas besoin d’être une solution générale.

        Eric

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