Lectures, septembre 2023

J’ai beaucoup de mal avec le travail de Christophe Bec. En effet, je trouve que c’est très redondant. Des univers noirs, une inspiration Lovecraft, des monstres des profondeurs. Je trouve que toutes ses séries se ressemblent et tournent en rond. Olympus Mons ferait pour l’instant office d’exception même si on retrouve les mêmes thématiques. L’histoire n’est pas forcément facile à suivre puisqu’elle se déroule à différentes époques et dans différents lieux, jusqu’à Mars. S’il fallait faire une synthèse, sur terre, des vaisseaux extra-terrestres se sont écrasés depuis plusieurs siècles. Une expédition va réveiller l’un d’entre eux et déclencher la fin du monde. Les personnages principaux sont un medium et une astronaute russe en mission sur Mars. En neuf tomes, l’histoire s’étire un peu, sans pour autant lasser le lecteur. En toute honnêteté, c’est la première fois que j’apprécie une bd de BEC, si bien que j’ai certainement tendance à surévaluer.

En 2015, deux séries sur les croque-morts dans une ambiance western ont vu le jour. Il s’agit d’un pur hasard et si les deux héros ont la même profession, les deux bandes dessinées n’ont absolument aucun rapport.

Stern est un personnage que tout le monde déteste, il ne cherche pas vraiment la compagnie des gens. Sa passion ce sont les livres qu’il collectionne. Sur les cinq tomes de ses aventures, on va découvrir un personnage taiseux qui finit par se retrouver dans des situations incroyables. Stern est une excellente bande dessinée. Anti-héros total, on sait qu’il a derrière lui un passé particulièrement lourd qu’on découvre au fur et à mesure des tomes. Par exemple, on apprendra qu’il est marié, mais qu’il est séparé de sa femme. Plutôt rare dans les codes de la bande dessinée. Ses aventures sont particulièrement agréables à lire, humaines et surprenantes. On a par exemple une enquête policière suite à une autopsie, un braquage à la nouvelle Orléans, ou Stern qui cherche un livre dans une ville et tout tourne à la catastrophe.

Undertaker quant à lui est beaucoup plus classique à bien des égards. La série est décomposée en diptyque. L’undertaker, est un personnage qui cache son identité, il est en effet accusé d’avoir commis de très nombreux meurtres à la fin de la guerre de sécession. On ne s’étonnera pas de voir le passé ressurgir durant ses aventures. Nous sommes ici sur des histoires parfaitement maîtrisées par Xavier Dorison à l’on doit entre autres le troisième testament. Un héros traditionnel, tireur d’élite, humour, carnassier qui a pour animal de compagnie… un vautour. Tout se règle à coup de flingues dans un esprit vraiment western.

Conquêtes est basée sur le même modèle que les séries de la terre d’Arran. Au lieu de tourner sur des races de nains ou d’elfes, on jongle sur des planètes. On comprend que la terre est tellement mal en point que les hommes n’ont eu d’autre choix que de se lancer dans la conquête spatiale. On va suivre ainsi des nations qui sont à la recherche de la terre promise. De façon plus ou moins systématique, chaque tome présente le conflit avec la race extra-terrestre présente. Je pensais qu’à la manière d’Arran puisque c’est encore l’incontournable Istin aux commandes, qu’on retrouverait les personnages et les planètes par intervalles de cinq tomes. Ce n’est pas le cas. Chaque tome est indépendant même si quelques références peuvent être faites à un autre album au travers d’une réflexion de personnage. Alors oui, c’est beau, c’est maîtrisé, c’est prenant. Mais tout de même, chaque tome raconte plus ou moins la même chose. Il reste ainsi une impression de redondance puisqu’on arrive au tome 10 et de frustration. On aurait en effet voulu en voir plus sur le devenir des personnages. On reste sur notre faim, au profit d’une cadence de production importante, dix tomes en cinq ans.

Les maîtres inquisiteurs, c’est 18 tomes composés de trois cycles. Au moment où j’écris ces lignes, la série est finie, mais chez Soleil, on ne sait jamais. Il sera difficile de ne pas faire la comparaison avec les terres d’Arran dans la traditionnelle structure de la multiplication des auteurs pour arriver à quasiment vingt tomes sur deux ans. Dans le cas présent, je trouve que cela va plus loin, j’ai cru à la première lecture qu’il s’agissait d’un des univers comme les mages, les orcs ou les nains.

Le monde sort du Chaos, une période sombre de guerre. Ce sont les magiciens qui ont fait stopper les guerres. Aujourd’hui, certains d’entre eux font partie d’un ordre, les maîtres inquisiteurs. Ces derniers mènent des enquêtes dans tout le royaume. Chaque tome, un nouveau maître, une nouvelle enquête et une trame de fond qui prend fin au tome 6, 12 et 18, les trois cycles. Si je devais faire une comparaison, je trouve que les maîtres se rapprochent fortement des personnages de Marvel. Les maîtres ne sont pas des magiciens classiques, ils ont un pouvoir unique, la téléportation, se multiplier, se transformer en métal et j’en passe. Chaque maître est accompagné d’un elfe, ce n’est donc pas que la construction d’un personnage, mais bien d’un tandem. Une excellente série, des histoires et des dessins d’un niveau égal d’un tome à l’autre, je recommande.

Sans âme est une bande dessinée médiévale fantastique qui nous fait suivre les aventures d’une compagnie de mercenaires. Le héros de cette histoire, c’est Ian, un noble qui se retrouve dans cette compagnie sans qu’on en comprenne les raisons. Chaque tome est indépendant et illustre un peu plus les horreurs de la guerre de cette armée en campagne. Viols, pillage, assassinat, cannibalisme, la bande dessinée insiste lourdement sur l’horreur de l’époque. Le tournant fantastique de la bande dessinée est accentué au tome trois avec un classique combat contre des vampires. Si je voulais faire un bon mot, je dirais que cette série est sans âme. Ce n’est pas totalement vrai, mais pas totalement exagéré non plus. Si le travail réalisé sur les personnages est réussi, avec une véritable bande de salopards bien définis, dans l’ensemble, nous sommes face à une bande dessinée particulièrement classique.

À l’heure actuelle, la bande dessinée est composée de quatre tomes. Si la bande dessinée se lit bien, qu’elle est agréable, je pense que les auteurs font l’erreur de ne pas accélérer dans la quête centrale. En effet, rien ou presque ne transpire de l’histoire de Ian. Pas sûr que l’éditeur laisse le temps à la série de s’installer dans le temps pour avoir les révélations. Ce message dans le forum bdgest par l’éditeur lui-même semble malheureusement me donner raison.

Le Roy des Ribauds est une bande dessinée par les auteurs de block 109. Pour mémoire, le block 109 est une uchronie particulièrement originale où les nazis sont les héros et gagnent la guerre. Le Roy des Ribauds nous place à Paris, au Moyen Âge. Tristan, ce fameux Roy des Ribauds, travaille pour le roi. Il contrôle les maisons de passe, les bandes, il règne en fin de compte sur les bas fonds. Sur quatre tomes, la bande dessinée nous raconte les complots, les manigances pour le pouvoir, mais par le bas, dans les rues sombres.

Je suis assez partagé sur cette série qui démarrait pourtant fort. Le dessin est intéressant, particulièrement dans les expressions des personnages. La bande dessinée, à l’instar du premier album du block 109 est généreuse, certains tomes montent à plus de 150 pages. Les personnages sont bien travaillés, difficile de ne pas penser à Game Of Thrones dans les bas fonds. Alors que le premier album pose de solides bases, sans trop de spoils, une enquête criminelle que doit mener le Roy des Ribauds sur un crime qu’il a lui-même commis, le reste tourne à la boucherie. Finalement, une série qui si elle se laisse lire décevra tout de même le lecteur qui attendra plus après un très bon premier album. Un regain d’intérêt apparaît avec le tome numéro 4, un diptyque de prévu après le cycle de trois tomes. Nous retrouvons les personnages dix ans plus tard avec leur descendance.

Soda pour Salomon David, sans rapport avec la série avec Kev Adams. Policier de la ville de New York, Soda risque sa vie tous les jours. Depuis la mort de son père, ancien policier, sa maman s’est installée chez lui. Il n’a pas eu le courage de lui avouer la vérité et se fait passer pour un pasteur. Sa mère, cardiaque, ne sortant jamais de chez elle, il prend le temps durant ses 23 étages en ascenseur de changer de tenue pour entretenir le mensonge.

Si bien sûr la bande dessinée va jouer sur les situations en lien entre la supercherie et les enquêtes policières, Soda c’est quand même plus profond. C’est du vrai polar, sombre. On retrouve d’ailleurs de façon paradoxale le trait de Gazzoti qu’on connaît pour sa série seuls, un trait enfantin pour une série très violente. Soda est une excellente bande dessinée à tous les niveaux. La narration, qui parfois peut être faite par le méchant, la construction des personnages, la qualité des histoires. Tout y est.

Il s’agit pourtant d’une bande dessinée qu’on pourrait qualifier de « maudite ». Philippe Tome le scénariste est décédé. Le dernier tome qu’a livré Gazzoti s’est mal déroulé, puisque les deux hommes sont allés au tribunal. Warnant dessinateur originel de la série, a laissé tomber la bande dessinée pour se consacrer à la 3D. Malgré ces difficultés, la série est encore en cours. Le format de Soda, sous forme de one shot, ne laisse pas sur leur faim les lecteurs. Tout nouvel album, reste un bonus.

L’histoire d’un putain de salopard est assez originale. C’est un jeune homme qui découvre dans les affaires de sa défunte mère, deux photos. Elle apparaît avec deux hommes différents, l’un d’eux est son père. Il décide de retrouver les hommes afin de savoir qui est son géniteur. Direction le Brésil, ses chercheurs d’or, ses mines et surtout une violence assez incroyable. Durant son périple, il va rencontrer des jeunes femmes qui vont prendre en charge un dispensaire. La bande dessinée particulièrement violente nous montre les terribles conditions des femmes dans ce pays.

Son père serait donc un putain de salopard qui aurait extorqué son patron en volant des diamants et de l’argent. Nous avons tous les éléments d’une bonne aventure. Un trésor caché, des méchants, de l’amour, de l’humour et des flingues. C’est une très bonne bande dessinée pour l’instant en trois tomes. Il est assez intéressant de voir que Loisel, connu pour son dessin, s’est transformé en excellent scénariste. Pont à qui l’on doit, où le regard ne porte pas, a vraiment progressé dans sa technique pour le dessin, c’est saisissant.

Le pouvoir des innocents est une bande dessinée actuellement réalisée en trois cycles sur plus de dix tomes au moment où j’écris ces lignes. Attention, il sera impossible d’évoquer les cycles II et III sans avoir lu le I. Spoils à la clé donc.

Le premier cycle se déroule en 1997, mais prendra ses explications principalement dans les années 70. On suit l’élection qui va opposer le maire sortant perverti par la mafia face à Jessica Ruppert la candidate démocrate. Cette dernière est une femme d’une bonté rare qui a tenu un centre de redressement pour des adolescents. Ceux-ci ont tous connu un parcours hors pair suite à leur rencontre avec cette femme. Providence qui sera l’un des personnages principaux de ce cycle de cinq tomes, l’un de ses principaux soutiens, est devenu champion du monde de boxe.

Alors que la campagne fait rage, des actes de délinquance se produisent dans la ville. Les pauvres que soutient Jessica se livrent à des actes de terreur et de violence. Se monte ainsi une association citoyenne de défense des citoyens, le pouvoir des innocents, qui va se rendre justice. On comprend que derrière chaque candidat des pouvoirs sont en action. La mafia pour le maire et pour Jessica, c’est plus flou, plus opaque. Il apparaît que les jeunes qu’elle a soutenus durant toutes ses années mettent en œuvre des actions considérables pour qu’elle remporte l’élection. Jusqu’où sont ils prêts à aller ?

Le pouvoir des innocents est une histoire violente avec de très nombreux crimes auxquels se mêlent des moments improbables. Jessica va visiter un hôpital qui accueille des nécessiteux. Elle va rencontrer une jeune fille entre la vie et la mort. Cette dernière va rester durant trois jours à son chevet. On comprend que la volonté de Luc Brunschwig qu’on a déjà lu pour l’esprit de Warren est de dénoncer la presse qui surmédiatise des événements. L’Amérique reste en effet suspendue par ses médias à la vie de la fillette. On se doute que dans une campagne de cette importance, un candidat ne s’arrête pas le temps qu’il faut pour prendre soin d’une enfant. Les incohérences dans l’histoire sont nombreuses. À la fin du cycle, on en vient à se dire que c’est totalement absurde. Et pourtant, le final est tel, l’intrigue si bien menée, qu’on va rester scotché jusqu’à une grosse surprise. J’ai envie de dire que se situer aux États-Unis permet aux auteurs de le faire comme dans les films américains. C’est impossible, mais ça passe. L’ensemble donne une bande dessinée que je qualifierai de marquante.

D’après la page Wikipédia, le cycle II et le cycle III sont sortis de façon simultanée. Si le cycle II se déroule six mois après les événements du premier cycle, pour le second, c’est dix ans plus tard. Le titre « les enfants de Jessica » n’est pas anodin. En effet, dans le premier cycle du pouvoir des innocents, la vision de Jessica Ruppert étonne. Empathie, bonté, priorité aux pauvres. Dans le second cycle, un gouverneur avec les mêmes idées qu’elle est élu, il deviendra président dans le dernier cycle. Les idées de Jessica ont donc essaimé, un peu trop. Cette dernière est désormais au ministère et cherche à faire passer des réformes en direction des plus pauvres. L’opposition est importante, en effet, l’Amérique connaît une crise économique profonde.

Logan quant à lui reste en prison, un mouvement contre Jessica Ruppert se fait appeler comme lui, en son honneur. Sauf qu’il s’agit d’une manipulation, Logan se contente d’espérer être un jour acquitté pour les crimes qu’il n’a pas commis.

Avec une opposition forte, Jessica Ruppert s’interroge quant à son avenir politique et pour la première fois se met à douter. La série est en cours de production à l’heure actuelle, quatre tomes sont disponibles. Moins d’enjeu sur ce cycle III par rapport au cycle II, la série s’épuise. Le pouvoir des innocents finit par rentrer dans ces bandes dessinées qu’on suit par habitude, pour arriver jusqu’à l’épilogue. Si le premier cycle est indispensable, ce n’est pas le cas pour les deux autres.

Lydie c’est le prénom d’une enfant morte, mais tout le monde fait semblant qu’elle est vivante. L’histoire démarre dans les années 30 dans une impasse. Les habitants du quartier sont des gens solidaires. Camille est une jeune femme, un peu simple d’esprit, elle accouche d’une petite fille, morte-née. Deux mois après son décès, la jeune femme dépressive arrive en tenant dans ses bras son enfant. Elle explique que les anges le lui ont rendu. Bien évidemment, dans ses bras, il n’y a rien. Plutôt que de se moquer d’elle, la voyant heureuse, les habitants du quartier se prennent au jeu.

On va donc suivre Lydie qui grandit avec les situations les plus absurdes. Camille va par exemple réveiller le médecin dans la nuit parce que sa fille virtuelle est malade. La bande dessinée est bienveillante, sonne juste, avec un très joli dessin qui fait penser à celui de Régis Loisel. Un épilogue croustillant pour une bande dessinée réussie.

Nous allons rester encore dans les bébés. Le pitch d’un avion sans elle est plutôt complexe à faire puisqu’il mélange passé présent et récit. Je vais donc vous la présenter par son aspect chronologique. Dans les années 80 un avion s’écrase. À l’intérieur, deux couples avec chacun un bébé. Le seul survivant de ce crash est le bébé, mais à qui appartient-il ? C’est ici toute la subtilité de l’intrigue. L’action se déroulant dans les années 80, les tests ADN ne sont pas encore au point, il est donc impossible de déterminer à qui appartient l’enfant.

Complexifions alors l’histoire. Si vous avez tout suivi, les parents sont morts, il va ainsi rester les grand-parents. À ma gauche, des gens humbles qui tiennent une baraque à frites, à ma droite des gens richissimes. Le combat juridique s’engage à la façon de David contre Goliath. La bande dessinée quant à elle commence avec le détective privé qui a suivi pendant dix-huit ans l’enquête. Il a décidé de mettre fin à ses jours jusqu’au jour où, en regardant un journal de l’époque, il résout le mystère. Excellente bande dessinée tirée du roman de Michel Bussi très largement primé et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est mérité.

Nous sommes en plein dans la guerre du Golfe, les avions américains bombardent la ville de Bagdad (les seigneurs de). Quatre lions s’évadent et rêvent de liberté. Ils vont traverser la ville en proie aux flammes, eux qui n’ont quasiment connu que la captivité et le confort du zoo. La vision proposée est assez intéressante. Les animaux, même s’il ne s’agit pas d’anthropomorphisme, présentent des caractéristiques qu’on pourrait qualifier d’humaines. Le sens de la loyauté, des envies de sexe, des opinions bien tranchées sur le monde et la liberté. Violent, plutôt trash, un one shot qui accroche.

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