J’essaie d’être au plus proche du concret et de l’apprentissage sur le site, je vais un peu digresser sur cette histoire personnelle qui reste riche en expérience. Réparer plutôt que de changer, c’est dans l’air de ce temps de sobriété. Plus facile à dire qu’à faire.
Le meuble de salle de bain, illustration d’une obsolescence
Durant le mois de mai 2021, je change le meuble de la salle de bain. Ce dernier a plus de huit ans, il a pris l’humidité. Il est à noter qu’aujourd’hui changer de meuble de salle de bain, c’est souvent changer l’évacuation. En effet, voici le schéma d’un meuble à l’ancienne de salle de bain.

Pourquoi à l’ancienne ? Comme vous pouvez le voir, on a au centre la place pour laisser passer le siphon. Aujourd’hui, la majorité des meubles de salle de bain ne présentent plus cet espace. Il faut adapter un siphon extra plat qui vient se loger derrière le tiroir.


L’intérêt pour le « consommateur » c’est le gain de place avec cet espace qui devient un espace de rangement supplémentaire. L’intérêt pour le producteur ce sont des découpes de moins puisque le tiroir du haut et le tiroir du bas sont quasi identiques. Par contre, si vous essayez de monter un meuble moderne avec un siphon ancien, le tiroir ne ferme pas. De plus en plus de meubles sont basés sur ce modèle. Soit vous trouvez un meuble à l’ancienne, soit vous êtes obligé de changer votre évacuation.
Changer une évacuation n’est pas compliqué en soi, quand on bricole un peu mais il faut comprendre que c’est une obsolescence. Pour des soucis de design on vous impose le changement de votre évacuation. Le système n’est pas plus avantageux, n’apporte rien de plus, votre ancienne évacuation fonctionne, mais vous allez devoir l’utiliser. Et si vous n’êtes pas bricoleur, vous allez devoir payer un plombier.
On pense souvent à l’informatique lorsqu’on évoque l’obsolescence, dans le bricolage, c’est systématique. Vous voulez changer vos portes de placard ? C’est tout le système qu’il faudra changer. Un radiateur chauffe-serviette de salle de bain ? Il faut faire ne nouveaux trous, car rien n’est standard.
Et là, c’est le drame
Durant le mois de juillet 2022, je fais tomber une bouteille d’eau en spray sur le meuble. C’est du mélaminé, il éclate.

Mon premier réflexe, c’est de tenter de réparer. Il suffit en effet de trouver la façade équivalente et de la changer. Comme c’est collé à certains endroits, je sais que ce sera long, mais c’est faisable. Alors que nous comptons des dizaines d’enseignes de bricolage, des sites comme ManoMano qui se revendiquent comme l’Amazon du bricolage, rien.
On me fera remarquer que pour avoir des pièces de rechange et c’est une vérité de façon générale, il faut prendre du haut de gamme. C’est vrai, si vous prenez le service après-vente de chez Apple, vous pouvez réparer vos appareils qui sont déjà de très bonne qualité. Si vous prenez un obscur smartphone asiatique, vous ne pourrez pas le réparer. Après, ce n’est pas le même prix. On notera à ma décharge que rien n’est standardisé dans les meubles, si bien que chaque meuble est unique. Ce qui en soi pose des soucis de réparation au profit de designs originaux
Voyant que je ne trouve pas la façade équivalente, je tente une approche différente en essayant de contacter le fabricant du meuble. Après de nombreuses recherches, je finis par trouver les meubles Jumar en Espagne.
Réparer n’est pas compliqué, c’est être livré.
La facilité aurait été de finalement acheter un nouveau meuble. Je trouve la démarche stupide. Nous sommes dans un monde où les ressources se font rares, il ne s’agit que d’une façade de tiroir. Je ne vais donc pas retrouver un meuble qui m’imposerait de changer mon siphon ou décaler mon évacuation quand il n’y a que le tiroir d’inesthétique.
Je tente donc ma chance sans grand espoir, puisque je contacte une société en Espagne. J’obtiens une réponse 48 heures plus tard. On m’explique qu’il faut que je m’adresse à Brico Dépôt chez qui j’ai acheté le meuble. Ces derniers feront alors une demande de SAV. J’explique que je suis responsable et que je prends ainsi la totalité à ma charge, il ne s’agit pas d’un échange pour garantie. 27 € de tiroir pour 30 € de frais de port, c’est ce que me propose la société. Soit 57€ pour un meuble payé 200€ cela reste dans le domaine du raisonnable. On note toutefois le côté ubuesque de payer plus en transport qu’en matériau.
Twitter, réseau social du hurlement
Je contacte le SAV de Brico Dépôt par la page officielle et je n’obtiens aucune réponse. Et c’est ici que je dois faire le français de base. Lorsque vous voulez obtenir quelque chose en France, vous n’avez pas d’autre choix que de vous agiter.Et force est de constater que si vous voulez vous agiter, le meilleur endroit reste Twitter. Le lendemain de mon message au community manager de Brico Dépôt je reçois un message du directeur de mon magasin qui prend contact avec les meubles Jumar. Je relance un peu et on me dit de patienter jusqu’au mois de septembre. En effet, la période estivale n’est pas propice au fonctionnement du SAV, je peux l’entendre.

Patience et longueur de temps font… rien
Nous arrivons au moins de septembre, et je relance. On me dit qu’on va prendre contact avec la société espagnole et revenir vers moi. Plus de deux semaines s’écoulent sans nouvelle, je contacte les meubles Jumar. Cette société est exemplaire dans sa relation cliente, et force est de constater qu’on devrait s’en inspirer. Alors que nous sommes le 20 septembre, la société Jumar me dit que mon colis a été expédié le 01/09 et qu’il est disponible à Castelnau depuis le 06/09.
J’ai été relativement patient et je finis par envoyer un « flame » à mon contact chez Brico Dépôt. J’explique que je peux tout à fait comprendre que ce soit mort, mais qu’on ait au moins la courtoisie de me le dire. Je mets en copie un peu tout le monde et deux heures plus tard j’ai un coup de téléphone. Le tiroir est parti vers Dax depuis Castelnau, alors que nous sommes dans le Biterrois. On me promet qu’il sera disponible la semaine suivante.
Réparer n’est pas compliqué sauf quand la pièce de rechange est endommagée
Je me présente au magasin et je suis accueilli par le responsable sanitaire qui a été mon interlocuteur par mail. Le contact est chaleureux, il m’explique que le colis s’est perdu, puisqu’il est revenu, qu’il ne sait pas trop ce qui a pu se passer.
Il me ramène le carton et c’est ici une énorme erreur de ma part.

Le carton est ouvert, dans un état déplorable. Je me contente de lui demander de vérifier s’il s’agit bien du tiroir bas et pas du haut avec la découpe du siphon. Il ouvre et je me rends compte que le tiroir est déjà monté ce qui m’étonne. Je ne vois rien d’anormal, mais il n’a pas sorti l’intégralité du tiroir.
Au lieu de m’emmener vers la caisse, le responsable m’emmène vers la sortie et fait donc un geste commercial que je trouve particulièrement élégant puisqu’il m’offre le tiroir. Je rentre chez moi et je constate que malheureusement la façade est abimée, ce qui prête à sourire quant à l’ironie de la situation.


Avec un peu de peinture laquée, j’arrive à dissimuler partiellement les deux impacts. Le résultat est plus esthétique que l’impact du tiroir d’origine, mais c’est visible quand même. Si j’ai fait preuve de pugnacité jusqu’à maintenant, je vais tout de même jeter l’éponge.
En conclusion. Réparer bien sûr, mais dans les faits…
Je lisais cet article qui illustre quelque part mon histoire : « Ma Prime Renov » : « Une grosse partie des gens abandonne », selon des artisans qui réclament un choc de simplification du dispositif. En France, la difficulté de façon générale pour obtenir quelque chose entraîne du découragement. On évoque souvent en France des gens qui ne vivraient que des aides. Il apparaît qu’ils sont nombreux à ne pas les demander face à la complexité alors qu’ils y ont droit. On notera que dans mon cas, c’est face à une entreprise privée et pas face à l’état. Néanmoins j’ai envie de dire que c’est pareil. Même si vous êtes dans votre bon droit, toute démarche est compliquée. Je peux vous renvoyer par exemple au problème rencontré avec SOSH et Boku, où le gendarme m’expliquait que nombreux abandonnaient.
Il y a de toute évidence une stratégie visant à laisser pourrir les situations de manière à décourager les individus.
La démarche de réparation en France est complexe pour de nombreuses raisons, obtenir les pièces bien sûr, mais aussi le prix de la réparation par rapport au neuf. Tout est fait pour vous faire racheter quand on devrait tout faire pour réparer. Si à la sortie, je n’ai pas payé mon tiroir, je reste dans une situation similaire. Un jour, je vais finir par m’agacer et changer l’ensemble. Finalement, quand on évoque la sobriété qui impliquerait réparer plutôt que de changer, dans les faits, les filières de réparation ne sont pas mises en avant.
Enfin, et c’est mon unique regret, j’aurais dû rester sur mes gardes et demander le déballage complet du colis pour le refuser. On comprend que la stratégie de « pourrissage » est une véritable guerre des nerfs. Il ne faut absolument rien lâcher, tout surveiller, et ne pas hésiter à se faire aider, signifier son mécontentement pour obtenir gain de cause.