La fantasy c’est comme les pirates et les romains, un terreau particulièrement fertile pour la bande dessinée. J’ai tout de même envie de dire un terrain qui a été certainement trop exploité pendant des années. Il faut dire que non seulement la fantasy ce sont des combats, de la magie, des monstres et des dragons, mais c’est aussi la notion de race. Tolkien a posé des bases solides pour un univers à base d’elfes, de nains, d’orcs et d’humains, propice à rappeler la différence. Très souvent exploitée dans les bandes dessinées qui veulent aller un peu plus loin que les combats et l’aventure.

Vous noterez que j’ai noté partie 1. Comme je viens de l’écrire plus haut, il y a tellement de bandes dessinées traitant du sujet que je me laisse de la marge pour la suite. Je vais toutefois essayer de faire un condensé de ce qui me paraît intéressant.

La pierre du Chaos

La pierre du chaos est une bande dessinée issue de la maison d’édition drakoo, « nouvelle » sur le marché. Il s’agit en fait de l’association d’Arleston et de la maison d’éditions Bamboo. Arleston est le scénariste bien connu de l’univers de Troy. Cette maison d’édition se focalise sur la fantasy, la SF et le fantastique. Des styles commercialement porteurs. J’ai donc envie de dire qu’on ira certainement à l’essentiel dans cette maison d’édition. C’est la première série que je lis de chez eux.

Dans un monde qui fait penser à la Rome, c’est la révolte dans l’empire. Le peuple se plaint, et ce serait ruiner l’état que de distribuer de l’argent. Afin de montrer un geste d’égalité entre le peuple et la noblesse, chaque famille doit donner son premier fils à l’armée. On imagine ainsi que ces hommes qui feront l’équivalent du service militaire ensemble, sans distinction de classe, cimenteront la nation.

Les fils de riche sont toutefois envoyés à la frontière au nord, un endroit où il ne se passe rien. Pourtant deux événements majeurs vont se produire. L’invasion par les barbares, qui ressemblent à des trolls est le premier. Le second, c’est un fils de sénateur qui va toucher la mauvaise pierre au mauvais moment, le dotant d’une force surhumaine.

Alors que l’armée est pour le moins en difficulté face aux barbares, sa puissance va faire de lui un héros. Seulement, il n’y a pas que son corps qui a changé, sa personnalité est altérée. Va-t-il se contenter de repousser les forces ennemies ?

Bande dessinée en trois tomes, avec un graphisme dynamique dans l’air du temps, la pierre du chaos fait le job. De l’action, beaucoup d’humour, des personnages rapidement attachants. Ce que j’ai trouvé d’intéressant, c’est justement l’histoire en trois tomes. Une bande dessinée courte et efficace qui en plus pourrait laisser la porte ouverte à un troisième cycle

Zorn et Dirna

Zorn et Dirna est une bande dessinée avec peut-être un seul élément de fantasy ou presque et pas des moindres. Dans un royaume, un roi a peur de mourir. Il trouve une solution en emprisonnant la mort dans un miroir. Voici le postulat de la bande dessinée. Le roi ne meurt plus, mais les gens ne meurent plus non plus. Si le roi en s’exposant au miroir avec la mort emprisonnée ne vieillit pas, c’est différent pour les autres. Les gens pourrissent. Ainsi les morts vivants font partie du décor.

Néanmoins, ces gens qui ne meurent plus, c’est un problème. Les enfants n’héritent plus, les personnes âgées ne disparaissant plus deviennent un poids pour les familles. Lorsque les gens sont trop vieux, qu’ils deviennent trop encombrants, ils sont laminés. Il s’agit d’abattoirs gigantesques dans lesquels sont tués les gens. Mais comme ils ne peuvent pas mourir, les âmes sont captées par les gens qui les tuent. C’est ainsi que dans un même corps, se partagent des dizaines d’âmes.

Deux enfants pourraient changer la donne, Zorn et Dirna. Ensemble, ils ont le pouvoir de tuer les gens. Ils deviennent dès lors un enjeu de pouvoir. La mort est en effet perçue comme un soulagement, une libération, tout comme c’est un soulagement d’être seul dans un corps.

Une histoire sale

Il s’agit d’une histoire de Morvan et Morvan est un auteur qui ne fait jamais dans la dentelle. Zorn et Dirna ont été séparés de leurs parents à leur naissance, ces derniers vont essayer de les retrouver. Le père est devenu un chasseur de « zombis » rebelles qui refusent de se laisser laminer. Maman est enfermée dans le corps d’un lamineur, un tas de muscles. Forcément, quand papa et maman vont se retrouver avec les enfants, on peut imaginer les difficultés pour la petite famille.

Zorn et Dirna est une bande dessinée finie en 6 tomes. Le dessin presque enfantin contraste avec l’aspect totalement gore de la bande dessinée. Comme on peut l’imaginer, les auteurs explorent toutes les possibilités sur l’absence de mort, mais aussi dans les corps possédés par plusieurs âmes. Excellente série, originale, mais à ne pas mettre dans toutes les mains, certains passages sont potentiellement choquants.

L’épée de cristal, une des références de la fantasy

L’épée de cristal est une bande dessinée parue en 1989 et achevée en 1994. Je n’évoquerai pas le second cycle de la série, avorté après un premier tome catastrophique. 1989, c’est assez ancien et s’il faut chercher une des origines du succès de la bande dessinée, c’est certainement le dessin de Crisse. Une jolie héroïne en tenue moulante avec des talons aiguilles, des formes rondes, à l’époque le dessin innove par rapport à l’existant. Il va inspirer pas mal de dessinateurs par la suite et se lancer lui-même dans de nombreuses bandes dessinées qu’il n’achèvera pas mais c’est une autre histoire.

L’épée de cristal est une bande dessinée avec un univers de fantasy qui lui est propre. Comprenez que le bestiaire s’éloigne des classiques trolls, nains, elfes et orcs. Le monde est binaire, d’un côté le néant qui contrôle des « hommes » par le vice, de l’autre la gardienne qui se meurt. Cette dernière incarne le bien et si sa remplaçante ne prend pas sa place, ce sera le chaos. C’est donc la jeune Zorya qui va se lancer dans une quête, celle qui consiste à récupérer les masques des gardiens. Chaque gardien représente un sens, l’ensemble des masques permet de régénérer la protection contre le mal.

Zorya va donc vivre des tas d’aventures sur une bande dessinée en cinq tomes, chaque tome représentant un maître. On pourrait se dire qu’il s’agit d’une trame particulièrement simple opposant le bien et le mal, pourtant le récit réserve quelques surprises. La bande dessinée a désormais plus de trente ans, et c’est peut-être la couleur qui a le plus mal vieilli, je trouve qu’elle est terne. L’épée de cristal est un classique, certainement surévalué, mais dans le contexte de l’époque, il apportait une véritable bouffée d’oxygène au genre.

Arawn

Arawn est le titre de cette série en six tomes et le nom du personnage central de cette aventure. L’histoire commence par la fin, Arawn se promène dans son palais avec la tête d’Owen, son fidèle serviteur. Oui, vous avez bien lu, la tête. Il raconte une enfance qui démarre mal. Sa mère, une grande guerrière, rencontre un grand guerrier. Ils ont deux enfants, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Un jour, un homme arrive, il demande le git et le couvert. Pour remercier le couple, il va fabriquer un chaudron qui sera aussi important que l’anneau dans le seigneur des anneaux. On ne sait pas pour quelle raison, même si c’est expliqué plus tard, il tue l’homme et viole la femme. De cet acte vont naître deux enfants de plus.

Siahm est donc mère de quatre enfants. Les osselets du destin lui annoncent que parmi les quatre, un d’entre eux deviendra l’égal d’un dieu, les autres mourront. On va suivre les aventures des quatre frères entre trahison et batailles démesurées dans un dessin magnifique qui n’est pas sans faire penser à celui de Simon Bisley. Vous noterez que j’ai fait référence à l’anneau plus haut, c’est un peu ça Arawn, un patchwork de références. Le chaudron manipulateur, plus qu’un simple objet de pouvoir qui dresse les quatre frères les uns contre les autres. Le personnage d’Arawn qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Lobo de Bisley, ou encore cette image de couverture qui fait penser à Conan sur son trône.

Arawn est un véritable chef-d’œuvre de la fantasy. Tout y est. De l’amour, de la vengeance, des trahisons, des scènes de bataille démesurées. Les auteurs ont eu l’intelligence de ne pas faire comme les chroniques de la lune noire auxquelles on pourrait penser, en proposant une histoire qui sait s’arrêter au bon moment.

Les chroniques de la lune noire

‘ai une tendresse particulière pour les chroniques de la lune noire puisqu’il s’agit de la première bande dessinée que j’ai achetée. Nous sommes en 1989, j’ai donc 14 ans et c’est en toute logique que je suis attiré par cette bande dessinée. Froideval le scénariste, est rôliste. Il a participé à des revues sur le jeu de rôle et s’inspire de donjons et dragons. Parallèlement à cela, je suis aussi gamer sur les premiers jeux vidéos d’exploration de donjons comme Dungeon Master ou Eye of the beholder qui s’inspirent du même univers.

Les chroniques de la lune noire, un monument de la fantasy …

Les chroniques de la lune noire racontent l’ascension de Wismerhill, un jeune homme qui démarre au « bas de l’échelle ». Le personnage de simple voleur de poules va monter en puissance de façon considérable sur vingtaine de tomes que compte l’album. Il deviendra l’égal d’un demi Dieu. Dès le début, on comprend qu’il a une destinée à part et qu’il intéresse les différentes factions en place. Les alliances se font, les trahisons, qui vont donner de magnifiques scènes de batailles.

À cette époque, 1989, on peut dire que les chroniques de la lune noire ont fait rentrer la fantasy dans l’ère moderne qu’on connaît aujourd’hui. Sexualité, violence, dessin sur deux planches qui sort des cases, c’est la bande dessinée qui fait connaître Ledroit. Il sera reconnu comme l’un des dessinateurs les plus talentueux de sa génération. On notera sa collaboration à la célèbre franchise de jeux vidéos Heroes of Might of Magic dont il réalise les personnages.

… qui a trop duré

La bande dessinée pourtant, avec du recul, est mauvaise. En effet, le passif de rôliste de Froideval fait que la bande dessinée ne possède pas vraiment d’histoire. On assiste à des scènes de bataille, à l’augmentation des pouvoirs de Wismerhill sans savoir où l’on va. Certains passages sont totalement inutiles.

Ensuite, Ledroit finit par quitter la série au profit de Pontet, qui a moins de talent, surtout sur les premiers tomes. Pontet finira par quitter la série à son tour, alors qu’il avait trouvé son style. L’histoire, si on peut parler d’histoire, ne finit pas de se dégrader. Je pense que Froideval s’accroche à cette aventure, car alors qu’il avait les bases pour être un scénariste prolifique, il n’a pas réussi à sortir des mêmes schémas apocalyptiques. Il s’attache d’autant plus à cette histoire que 3 millions d’albums ont été vendus à travers le monde. Une bonne petite rente.

Arcanes de la lune noire, Methraton

Comme on a pu le voir, les chroniques de la lune noire sont un véritable succès populaire. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, d’autres volumes autour de la série ont été réalisés. On notera par exemple un tome 0 qui raconte les origines de Wismerhill. En effet, cela fait partie des interrogations qui reviennent de façon récurrente dans la bande dessinée. Sans surprise mais totalement cohérent avec la série originale. On apprendra par exemple que la destruction de la planète était simplement à l’origine d’un pari entre deux démons, dont le père de Wismerhill.

Les arcanes de la lune noire

Les arcanes de la lune noire permettent de revenir sur l’histoire de certains personnages phares de l’histoire. Quatre albums sont sortis jusqu’à maintenant, on retrouvera par exemple Pile-ou-face le compagnon des débuts de Wismerhill ou l’énigmatique chevalier Greldinard toujours présent aux côtés de la lune noire. Froideval rend presque indispensable l’achat de cette série pour comprendre certaines parties des chroniques. Par exemple, dans un des épisodes, Wismerhill va faire des cadeaux à ses amis qui l’accompagnent depuis le début de l’aventure. Il va revenir avec deux jumelles pour Ghorghor Bey. Sans lecture du premier album des arcanes, impossible de comprendre leur origine. Ghorghor Bey du fait de son physique va se retrouver à travailler dans un cirque, il tombera amoureux de sœurs siamoises.

J’ai envie de dire que pour tout fan de la série, les arcanes font partie d’un supplément à posséder.

Methraton

Dans les chroniques, Wismerhill va rencontrer de nombreux personnages, parmi eux Methraton. Une série de trois tomes a été réalisée autour de ce personnage qui malgré les apparences n’est pas un Dieu, mais le mage ultime. L’histoire se déroule du côté de l’Égypte ou en tout cas un univers qui s’en rapproche. Il est à noter que ce n’est pas la première fois que Froideval fait le coup des pyramides, c’était le cas avec Atlantis.

Sans être insistant, je suis encore dans l’obligation de dire que Froideval ne brille pas par son originalité. Montée en puissance du personnage central, rites initiatiques, mysticisme, et des planches démesurées. Alors que le lien entre les arcanes et les chroniques est évident, ici la lecture de Methraton est largement plus dispensable sauf pour les fans absolus de l’univers dont on s’éloigne ici.

Les chroniques de la lune noire restent une bande dessinée à lire par curiosité, pour la culture. J’ai presque envie de dire comme Tintin, elle est le reflet d’une époque. Elle se regarde d’ailleurs plus qu’elle ne se lit, peu de texte, pas grand-chose à comprendre. Il est étonnant de se dire que cette bande dessinée, à l’époque qui a révolutionné le genre, sonne aujourd’hui comme franchement ringard.

En effet, c’est un peu à la manière des films de Stallone ou de Schwarzenegger, un autre temps. Aujourd’hui, même si la fantasy propose des grandes scènes de batailles, des dessins souvent démesurés, elle est aujourd’hui plus que cela. On s’attache davantage à l’intrigue, aux personnages, à la psychologie des individus et c’est tant mieux. C’est certainement une des raisons pour lesquelles la bande dessinée c’est mieux maintenant, moins basique, plus intelligent, plus réfléchi.

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