Les pirates ont largement inspiré la bande dessinée franco-belge. Quand on pense au genre, on se souvient des vieilles bandes dessinées de Barbe Rousse ou des films d’époque. On peut dire que le style est ringard. Au cinéma, le renouveau sera venu de la série pirates des caraïbes, pour la bd si on trouve du véritable classique ou du ringard, certains auteurs qui su renouveler totalement le concept.

Les pirates de Barataria 

J’évoquais en introduction du classique, c’est le cas avec les pirates de Barataria. L’action se déroule dans les années 1810 et sur 20 ans. Artémis une jeune femme, doit quitter sa France natale pour les Amériques. Un garde du corps la veille jour et nuit, un colosse prêt à tout pour assurer sa sécurité, jusqu’à tuer. On comprendra assez facilement, rapidement, qu’Artémis n’est autre que la fille cachée de Napoléon Bonaparte. Des espions anglais et prussiens la recherchent activement, on imagine le moyen de pression sur l’empereur si on prenait sa fille.

Par le fruit de hasard, le navire de la jeune femme est capturé par des corsaires, qui tiennent plutôt du côté des pirates. Au lieu de jouer les princesses, elle va se former à la flibusterie. Le premier cycle nous raconte donc cette épopée américaine. Les personnages sont intéressants, les pirates bien sûr, mais aussi les poursuivants. Un Anglais qui a la classe, une Prussienne complètement folle et sadique qui tue tout le monde. Les bateaux sont magnifiques, de grandes et belles scènes de bataille, on se doute que les auteurs sont des passionnés.

Un peu trop tiré par les cheveux

Au niveau de l’histoire, je suis un petit peu plus perplexe même si de façon évidente la bd fait le job. En effet, le personnage d’Artémis est assez détestable et me fait penser à Angélique. À la fois forte car elle manie les armes et la stratégie guerrière comme les plus grands soldats. Fragile, elle tombe dans les bras d’hommes séduisants. Les relations amoureuses sont donc surjouées, peu crédibles alors qu’on fait un effort de réalisme notamment dans les combats navals, mais aussi avec l’Histoire, avec un grand H. La guerre contre les Anglais pour l’indépendance, les pérégrinations de Napoléon en parallèle qui mène la campagne de Russie.

La bande dessinée compte 12 tomes. Les 4 premiers tomes, c’est l’Amérique. Pour le second cycle, l’Égypte, le troisième, c’est le retour aux États-Unis avec une tentative de libération de Bonaparte sur Saint-Hélène ! Voyez quand je disais qu’on pousse un peu loin le bouchon.

Barracuda

La logique d’une histoire de pirates, serait d’avoir une action qui se déroule principalement en mer. Jean Dufaux prend le parti de présenter une île aux pirates. L’histoire commence tout de même sur un bateau, où trois adolescents sont réunis dans des conditions dramatiques. Raffy fils d’un terrible pirate, va prendre avec son père le navire sur lequel se trouve Émilio et Maria. On habille Émilio en femme pour qu’on ne le tue pas, avec Maria on le vend comme esclaves. Ils se retrouvent sur l’île de Puerto Blanco, une île aux pirates où tout est permis ou presque. Il suffit d’en respecter quelques règles, un peu comme une guilde.

Émilio est acheté par le pirate Flynn, on comprendra plus tard dans la série sa motivation. C’est une chance, il va lui donner une éducation apprendre à se battre. Pour Maria, c’est différent, elle est achetée par le marchand d’esclaves qui tombe éperdument amoureux d’elle. Elle va l’épouser et lui mener la vie dure. Par le fruit du hasard, elle va tomber amoureuse de Raffy qui est pourtant à l’origine de ses tourments.

S’il fallait mettre Barracuda dans une catégorie, on pourrait le mettre dans la saga de l’été de TF1. Alors certes, on pourrait y voir un côté péjoratif, néanmoins pas du tout. Des passions, des secrets, des vengeances, on a vraiment la sensation d’être dans une série à rebondissement. Il s’agit pourtant bien d’une série de pirates, des combats à l’épée, un diamant qui rend fou, des sorciers vaudous et même des cannibales. On se laisse embarquer dans l’histoire, j’ai avalé les six tomes d’une traite.

Long John Silver

Dans la bande dessinée, on aime à faire soit des suites, soit des préquels. Par exemple le Peter Pan de Loisel, nous raconte comme Peter un pauvre enfant des rues de Londres devient Peter Pan. Ici Xavier Dorison et Mathieu Lauffray, des pointures de la bande dessinée française prennent le pari de nous raconter une nouvelle aventure, dix ans après l’île au trésor.

Lady Hastings est une noble anglaise. Son mari est parti depuis trois ans à la recherche d’une cité perdue qui contiendrait des trésors incroyables. Alors qu’elle le croit mort, son beau-frère lui dit que non seulement il a trouvé la cité, mais qu’il va vendre l’intégralité des biens pour monter une expédition et récupérer le trésor. La sachant ruiner, le mari lui a même trouvé une place au couvent. Seulement Lady Hastings est une femme de caractère et embarque pour l’expédition. Elle recrute John Silver et conclue un pacte, elle prend un tiers du trésor et la mort de son mari.

À l’instar de Barracuda nous avons tous les éléments pour de la grande aventure. Des vrais pirates, des taches noires sur les portes, des temples perdus, des trésors. Un dessin parfaitement maîtrisé, une très bonne aventure même si la fin avec un détour dans le fantastique me laisse un peu perplexe.

Le sang du dragon

Alors que dans Long John Silver, je trouve que le passage au fantastique est raté, avec le sang du dragon, c’est un postulat. Korrigans, elfes, magie, sirènes, morts vivants, il s’agit ici d’un mélange singulier de pirates et de magie qui pourrait faire penser à Peter Pan. Pour rester dans cette comparaison, le personnage de Meriadec héros de l’aventure, avec sa tenue rouge fait penser à crochet. Il a par contre une jambe de bois comme John Silver !

Il n’est pas évident de faire un pitch précis de l’histoire et c’est un point positif, on se laisse embarquer par l’auteur. Meriadec entraîne ses hommes à la recherche d’un trésor extraordinaire. La particularité, c’est qu’il se trouve dans un monde parallèle. Il va donc se lancer dans une quête à la recherche d’objets magiques pour passer dans l’autre monde. On comprend à la lecture des flashbacks que le capitaine a une vengeance personnelle à mener contre le comte de Cagliostro. Un premier cycle de sept tomes où l’on suivra la vengeance du capitaine qui le conduira jusqu’à se battre contre Louis XIV ! Le second cycle jusqu’au tome 12, Meriadec doit honorer un engagement auprès des elfes. Il doit protéger contre les Espagnols, une peuplade elfe qui demeure aux Amériques.

Le mélange de fantastique et de piraterie fonctionne très bien. Les premiers épisodes sont très bons, Meriadec cherche ses objets de pouvoir, pendant qu’on nous distille des éléments de son passé. Une véritable curiosité s’installe entre l’histoire de Meriadec, un pirate plein de secret et le but réel de sa quête. La bande dessinée s’autorise tout, le fantastique bien sûr, mais aussi chercher l’homme au masque de fer ! De bons dialogues, des personnages attachants, une excellente série sans prise de tête qui ose beaucoup et c’est une bonne chose.

Hannibal Meriadec et les larmes d’Odin

On retrouve dans cette série de quatre tomes pour l’instant, un Hannibal plus jeune mais qui est déjà dans la piraterie. Il possède ses deux jambes et tombe éperdument amoureux d’une jeune femme qui va rapidement mourir au premier tome. On comprend qu’il a usé de sorcellerie pour la maintenir en vie, son corps s’épuise et il doit utiliser le corps de jeunes femmes pour remplacer l’enveloppe charnelle. Il se lance alors dans la quête des larmes d’Odin afin de casser cette malédiction. Dans la même veine que le sang du dragon, une histoire solide et réussie avec un Hannibal moins moral, plus sombre. Sans être indispensable, on retrouve dans le sang du dragon des personnages et des liens à des événements issus de cette série.

Isaac le pirate

Dernière série que je vous propose et qui se distingue des autres, on dira qu’elle est plus intellectuelle. Comme on peut le voir avec cette couverture, le dessin de Christophe Blain n’a rien à voir avec les autres bandes dessinées de la thématique, orientées grand public. Nous sommes davantage dans un ouvrage qui ferait penser à l’école Trondheim ou Sfar. Il a d’ailleurs collaboré avec les deux auteurs pour la série Donjon par exemple.

Isaac est peintre, il vit d’amour et d’eau fraiche avec Alice, son amour d’enfance. Par le fruit du hasard, on lui propose de s’embarquer sur un navire. À sa grande surprise Isaac va tomber sur un groupe de pirates. Leur capitaine Jean n’a qu’une obsession, aller dans les pôles pour devenir un grand explorateur. Il veut qu’Isaac soit le témoin de ses découvertes, qu’il peigne tout. Isaac va vivre de grandes aventures, violentes pendant qu’Alice essaie de se débrouiller comme elle peut pour vivre. Elle se met au service d’un noble dont elle tombe amoureuse.

Alors que la série était sur les rails, elle s’est arrêtée net au tome 5 en 2005. D’après la page de Wikipédia, l’auteur prévoit tout de même de finir sa série. Isaac le pirate est une excellente série qui mérite sa conclusion.

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