Wikipédia donne la définition suivante pour une série B :

Une série B est à l’origine un long métrage tourné avec un petit budget de production, distribué sans campagne publicitaire, et projeté en première partie d’un double programme (deux films par séance au prix d’un seul) : ce type de films était très courant durant l’âge d’or d’Hollywood.

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On y voit donc un film avec peu de moyen, une image péjorative. C’est d’ailleurs assez étonnant puisque la maison d’édition Delcourt en 1995 sort le label série B, qu’on pourrait assimiler à de la bande dessinée de seconde zone. Et pourtant on trouve dans ce catalogue quelques gros titres de la bande dessinée franco-belge. Travis, Carmen Mc Callum ou encore Golden City. Je pense qu’il ne faut pas s’arrêter à la notion de petit budget mais plutôt à une autre définition. Une série B est un divertissement sans prise de tête, sans autre prétention que de distraire. Exit les bandes dessinées historiques, ou introspectives, place aux explosifs !

Les bandes dessinées que je présente ne sont pas nécessairement répertoriées dans série B de chez Delcourt. Il s’agit d’un classement purement personnel et ne vise en rien à dénigrer une bande dessinée. Désolé pour l’auteur s’il voyait son ouvrage comme une œuvre majeure 🙂

Enchaînés

L’histoire d’enchaînés commence de façon très brouillonne dans un commissariat. Il faut en effet s’accrocher un peu pour comprendre, l’histoire, c’est une volonté. On va revivre les événements de la bande dessinée sous plusieurs angles, pour en apprendre davantage sur les différents protagonistes. Une façon plutôt originale et particulièrement bien menée pour arriver à la conclusion de l’ouvrage.

Dans ce commissariat, un homme qui refuse de parler, il vient de tirer sur un jeune homme dans la salle d’à côté. Celui-ci est à l’initiative d’un massacre dans le gymnase de son établissement, il a ouvert le feu. Parallèlement à cela, une femme est en train de mourir à l’hôpital, pendant qu’un dernier homme est retrouvé mort avec une valise pleine de billets pour un montant de 1 million de dollars. Les quatre personnes sont liées, pas forcément évident d’en dire sans spoiler. Dans les grandes lignes, on a proposé 1 million de dollars à chacun s’ils acceptent de tuer quelqu’un d’autre.

La série est composée d’un premier cycle de quatre tomes et redémarre sur un second terminé lui aussi en quatre tomes. Il s’agit cette fois d’une autre chaîne, qui n’est plus basée sur l’argent mais sur la guérison d’un être cher. On comprend dès lors qu’il y a une part de fantastique dans la bande dessinée en lien avec le tentateur.

La bande dessinée est efficace, elle rentre pour moi clairement dans la série B. Tous les clichés sur l’argent, la religion, les hommes politiques et le pouvoir y passent. Les personnages sont des caricatures jusqu’au futur président des États-Unis impliqué dans un scandale sexuel.

John Doe série B chez Delcourt

Un tueur finit son travail, il a une dernière mission, récupérer un œil de verre sur le cadavre. Malheureusement, il est volé par un chat. S’ensuit une poursuite absurde où notre « héros » va tabasser des prostituées, tuer un chien, agresser des livreurs de pizzas. Il se trouve en effet que le chat fait tomber l’œil dans une pizza. Lorsqu’il finit par trouver la bonne pizza, on lui tire dessus, par réflexe il tue l’homme qui n’est autre que son commanditaire qu’il n’avait jamais rencontré. La faute à pas de chance, c’était un parrain de la mafia, tous les assassins sont à ses trousses pour se venger.

John Doe est une série totalement absurde et pas du tout politiquement correcte. On frappe les femmes, on tue les animaux, c’est du grand n’importe quoi. De l’humour potache avec de la culture populaire, comme les noms de deux chiens, Zeus et Apollon. Pour ceux qui n’ont pas la référence ce sont les chiens dans la série des années 80 Magnum. Nous sommes donc typiquement dans l’esprit série B. De l’action, de l’humour, des gros flingues. La bande dessinée est bouclée en trois tomes et fait parfaitement ce qu’on attend d’elle, distraire.

Atlantis

L’homme le plus riche du monde vient de trouver l’Atlantide. À l’intérieur de la cité, il va trouver des femmes prisonnières de pyramides de verre. Par mégarde, un de ses collaborateurs va toucher une des pyramides et délivrer la Sheb. Il ne s’agit pas d’une déesse bienveillante, bien au contraire, son premier réflexe est de détruire toutes les têtes d’états du monde. Elle dresse à la place des pyramides noires qui absorbent les âmes. Très rapidement, c’est l’anarchie, tout le monde s’entretue, c’est la fin de l’humanité. Notre milliardaire entre en contact avec des esprits qui lui disent de trouver le Sheb qui aurait sauvé le monde il y a plusieurs siècles et enfermé ces femmes maléfiques dans leur prison de verre.

Froideval est l’auteur des très célèbres chroniques de la lune noire. On lui doit aussi une série comme 666 avec laquelle atlantis a de très nombreux points communs. Il s’agit cette fois de la fin de l’humanité avec les démons qui débarquent sur terre avec plus ou moins les mêmes scènes. À l’époque Froideval a relancé l’heroic fantasy dans les années 90, on lui doit beaucoup, notamment la découverte de Ledroit, l’un des plus grands dessinateurs de sa génération. Avec du recul, on se rend compte toutefois que ses histoires sont très basiques et plutôt redondantes autour de la fin du monde. Il faut savoir que Froideval était un « rôliste » avec des responsabilités dans les magazines de jeux de l’époque. Ces histoires ont finalement tendance à ressembler à ses parties de jeux.

Le scénario comme on peut s’y attendre ne vole pas très haut, vise l’absurde et le gigantisme. Des scènes de destruction, des combats de Dieux anciens, des villes rasées, des filles nues toutes les trois pages. Quatre tomes pour une histoire complète.

Wonderball, série B chez Delcourt

Les wonderballs, ce sont l’équivalent d’œufs en chocolat bien connus dans lesquels on trouve un personnage à assembler. Le héros, un inspecteur de police, se fait appeler Wonderball, car il passe son temps à en manger. Tout démarre sur un massacre dans les années 80, période dans laquelle se déroule la bande dessinée. Un homme fait la « performance » de tuer neuf personnes en neuf secondes. Une performance qui fait penser à la balle magique qui a tué le président Kennedy.

Wonderball est un excellent policier et il se rappelle cette théorie de la balle magique. Une théorie soutenue par un de ses anciens collègues qu’on surnommait Spock en raison de ses théories fumeuses. Il retrouve ainsi ce fameux « Spock » qui n’est plus policier et qui a sombré dans la toxicomanie. Il le met sur la piste de dossiers dans lesquels on aurait formé des super soldats à l’aide de drogues permettant de décupler les capacités.

Wonderball sur cinq tomes va mener l’enquête qui le conduira bien évidemment à ses propres origines, car comme on s’en doute très rapidement, Wonderball n’est pas un homme comme les autres. Une théorie du complot, l’assassinat de JKF, la 25ème image, tous les éléments sont réunis pour faire une série B, c’est bien le cas ici. Beaucoup d’action, de nombreux morts, un complot, Wonderball est une série qui tient ses promesses.

Damoclès

Damoclès est une agence de protection rapprochée pour des personnes riches dont la vie est menacée. La série est terminée, en quatre tomes et se décompose en deux enquêtes. Il n’y a pas de cassure nette avec ses deux affaires, mais bien une prolongation de l’aventure au travers de ces affaires. Damoclès possède tous les atouts d’une série B. Des gros flingues, des personnages centraux caricaturaux au possible et des clients encore plus caricaturaux. Le premier client est le fils d’un milliardaire qui ne pense qu’à faire la fête, pas évident de faire une protection rapprochée. La seconde cliente est responsable d’une clinique qui permet à des gens riches d’avoir des enfants, elle est poursuivie par des extrémistes.

Ce qui est intéressant dans la série, c’est la relation entre les deux personnages pour qui on sait qu’on aura une romance. Ely est l’héroïne de l’histoire, l’un de ses collègues est amoureux d’elle. Néanmoins celui-ci est marié, père de famille et elle se refuse à lui. On a des interactions que je trouve plutôt inédites pour une bande dessinée avec des liens un peu moins classiques que ce qu’on peut voir d’habitude. Dans XIII par exemple ou Largo Winch, aucune femme ne résiste, ici ce n’est pas le cas.

Si on essaie de jouer parfois la subtilité dans la critique de la société, l’ensemble reste très basique avec des tirs dans tous les sens et une moralisation à outrance.

Sisco

Sisco c’est le nom de l’héro de la série au titre éponyme. Douze volumes pour les aventures de cet homme des services secrets du président. La série Sisco est composée d’un ensemble de diptyque, comme on peut le retrouver assez souvent dans la bande dessiné francophone. Il y a tout de même des répercussions des précédentes histoires sur les suivantes et même parfois du premier diptyque sur le premier.

Sisco homme de main au service de la France, est la caricature de l’exécuteur. Beau gosse, les femmes ne lui résistent pas, violent, il règle tout avec les flingues. La première histoire démarre sur l’assassinat d’un haut fonctionnaire français qui pourrait compromettre le président de la république. Sisco va l’abattre, mais les choses ne vont pas se passer comme prévu avec une suite d’événements aussi improbables les uns que les autres. Le reste est du même acabit, missions secrètes, jolies filles et gros flingues.

La série très orientée action ne se pose pas trop la question de la crédibilité des situations. Elle n’en demeure pas moins efficace, classique, une véritable série B, le genre de bandes dessinées d’une autre époque à la gloire de la masculinité.

Conclusion

Vous noterez que je n’ai pas traité les séries à succès que j’ai données en introduction. Si on prend par exemple le cas de Golden City qui serait l’équivalent d’un Largo Winch du futur, on vient de franchir les 14 tomes. La série s’est nettement dégradée aux environs du tome 7. Forte baisse dans la qualité du dessin comme dans les intrigues. Comprenez qu’à ce niveau, on n’est plus dans la série B, mais dans la série Z. Je préfère ainsi m’atteler à vous proposer des séries finies plutôt que de vous inciter à vous aventurer dans des séries sans fin. C’est l’un des problèmes majeurs de la bande dessinée franco-belge, une propension à ne pas savoir s’arrêter. Cela dit, c’est propre à tout ce qui fonctionne commercialement, on peut penser aux séries télés ou aux films avec sept ou huit suites.