Deux œuvres sont sorties dernièrement sur le groupe NTM, un film et une série télé sur ARTE.

Suprêmes, un film sans compromis

Le film va de la création du groupe jusqu’au premier Zenith en 1992 pour une durée de film de 1h50 environ. Il est important de préciser que Kool Shen et JoeyStarr ont participé à la réalisation du film. C’est pour ma part un gage de crédibilité, de sérieux et d’authenticité. Les deux hommes n’ont en effet rien à prouver. Même s’il y a nécessairement une histoire d’argent, car il y a toujours une histoire d’argent, ils n’ont pas besoin du film. Le groupe est monté une dernière fois sur scène en 2019, après 10 ans d’absence, les deux hommes en ont terminé avec leur carrière dans le rap. Une logique, à plus de 50 ans passés et avec une telle énergie, il aurait été difficile de continuer.

Le film s’articule autour de Kool Shen, JoeyStarr. Les deux hommes se rencontrent, le succès arrive assez vite. Le film va présenter un JoeyStarr qui n’a pas connu sa mère, élevé par un père violent. Une façon d’expliquer les errances du personnage. Alcool, drogue, violence, manque de sérieux, capable de tout foutre en l’air. De ce côté, le film fait la part belle à Kool Shen qui représente le sérieux, la rigueur, l’écriture, le type qui a envie d’en finir avec la misère. Théo Christine et Sandor Funtek les acteurs principaux sont parfaitement crédibles dans le film et c’est pour cela une véritable performance. Les scènes de concert, le RAP, l’énergie, on y croit vraiment. Ils interprètent de plus des personnages bien vivant avec des images d’archives récentes. La comparaison est forcément de mise.

Suprêmes n’est pas un film politique ou qui dénonce

Le film n’est pas réellement politiquement engagé. Si on présente les images de l’époque, quelques violences policières, ce n’est pas le principal. Le film reste centré sur l’ascension des deux hommes et leurs chaînes. Bien évidemment, la relation entre JoeyStarr et son père, le jeune homme en manque d’amour et de reconnaissance, un écorché vif.

Pour ma part, ce que j’ai trouvé le plus pertinent dans le film, c’est la notion de groupe NTM. En effet, il s’agit d’un collectif d’une trentaine de personne. Lorsque Kool Shen et JoeyStarr se déplacent, ils le font avec leur meute.

NTM c’est un collectif de 30 personnes.

Le terme de meute est volontaire, le côté animal transpire dans les comportements. On va suivre le groupe en tournée, avec les dégradations dans les immeubles, les excès, la violence. On fait comprendre que le quartier qu’ils se trainent avec eux les entraine vers le bas. Il y aura rupture dans le film.

Ce qui est intéressant avec les deux hommes, c’est qu’ils ont finalement réussi à s’extirper de leur condition sociale. Kool Shen et JoeyStarr sont devenus des acteurs reconnus, font de la production, du théâtre. JoeyStarr a été nommé pour le César du meilleur acteur dans son rôle pour le film Polisse. Lorsque les deux hommes essaient finalement de se débarrasser de cette sphère, on les traite de vendus.

Dans le contexte de l’époque qui n’a rien à voir avec aujourd’hui, il s’agissait d’une véritable difficulté. Pour dénoncer les problèmes, il était nécessaire de vivre dedans. Comment en effet parler des violences policières si on ne les subit pas, comment dénoncer les conditions de vie en banlieue si on vit à Neuilly.

Suprêmes un film qui nécessairement ne parlera pas à tout le monde

Le film au box office n’a fait que 130.000 entrées. J’ai envie de dire que c’est logique, le film ne s’adresse pas à tout le monde. En 1993 quand sort le monde de demain enfin diffusé par les radios, c’est la claque, j’ai 17 ans. J’ai acheté tous les albums du groupe et je l’écoute encore dans ma voiture. À l’époque, le RAP était un style mineur, les jeunes écoutaient du rock. Aujourd’hui c’est le style le plus utilisé au monde.

J’ai 47 ans aujourd’hui, les jeunes n’écoutent pas de NTM. On comprend dès lors que le cœur de cible entre les jeunes qui n’écoutent plus et les vieux qui n’écoutaient pas est très restreint.

Heuss l’enfoiré

Comme indiqué plus haut, le RAP d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec le RAP d’hier. Le RAP était un moyen d’expression, il permettait de dénoncer les conditions d’une époque. Le fameux RAP conscient. Aujourd’hui le RAP ne dénonce plus rien ou rarement. Jul a démontré qu’on pouvait désormais faire du RAP festif. La majorité des rappeurs sont dans l’égo-trip, l’argent, la drogue et les relations faciles.

On comprend alors qu’un film qui décrit l’ascension sociale de deux jeunes de banlieue dans les années 90 n’est pas un sujet universel.

NTM un groupe qui n’a jamais fait l’album de trop

En 30 ans de carrière, NTM n’a fait que quatre albums studios :

  • 1991 : Authentik
  • 1993 : 1993… J’appuie sur la gâchette
  • 1995 : Paris sous les bombes
  • 1998 : Suprême NTM

Ce qui si on regarde bien fait à peine 4 albums pour 30 ans de carrière. Le groupe I AM le grand concurrent marseillais c’est 10 albums. Et c’est certainement ce qui fait la force de NTM. Le groupe n’a pas eu à se battre pour résister à la nouvelle vague du RAP avec la trap, la drill, et les nouveaux courants musicaux. NTM n’a pas eu finalement à faire le « game ».

Suprêmes montre les prémices de ce qui provoquera la séparation de Kool Shen et JoeyStarr. Car ici aussi, on a un autre aspect de la légende avec la rupture puis la réconciliation. Même s’ils sont issus du même monde, celui de la banlieue du 93, leur positionnement par rapport au succès est différent. Alors que JoeyStarr a un côté auto-destructeur, Kool Shen apparaît comme un perfectionniste, un travailleur.

Ce qui est marquant chez les deux hommes, ça aura été la capacité à faire des carrières solos réussies, de maintenir le culte des frères ennemis pour réaliser des retrouvailles que tous les fans attendaient.

NTM est devenu le plus grand groupe de RAP français, pas seulement pour la musique, mais pour un ensemble de circonstances. Le fait de ne pas en avoir fait trop fait indéniablement partie des critères qui vous font rentrer dans la légende.

En conclusion

Suprême est un bon film pour quelqu’un comme moi. Je connaissais déjà beaucoup de l’histoire du groupe, on y découvre d’autres facettes, des anecdotes. Je suis resté devant mon écran sans lâcher ce qui devient de plus en plus difficile pour moi face à une production de plus en plus médiocre. Il s’agit d’un pari courageux à plus d’un titre.

En effet, c’est une « niche », comprenez que malgré le succès de NTM, le groupe n’est pas aussi universel que Johnny par exemple. Les acteurs auraient pu se limiter au playback mais ils ont appris à rapper. Alors effectivement quand on connaît très bien les titres, ça fait un peu mal, mais dans l’ensemble, c’est très bien maîtrisé. On ne prend pas de pincettes avec les hommes qui sont bien présentés avec leurs forces et leurs faiblesses. Et puis tout de même, on tient ici le premier film sur le RAP français.

Le monde de demain la série de Arte

Le monde de demain, c’est le titre qui a fait connaître le groupe NTM au grand public. Je vous mets le clip en dessous. Le rap vieillit de façon générale plutôt mal, je trouve que la chanson n’a pas pris une ride. Tout y est. L’introduction bien sûr basée sur « T » Stands For Trouble de Marvin Gay, et le texte, le monde de demain Quoi qu’il advienne nous appartient, qui dénonçait il y a trente ans les problèmes de la jeunesse des banlieues.

Le monde de demain n’est pas l’histoire de NTM

Contrairement au film qui est accès autour du groupe, ici, c’est différent. On va bien évidemment suivre les aventures de ceux qui deviendront Kool Shen et JoeyStarr, mais aussi Lady V et Dee Nasty. Ils se partagent donc l’affiche dans cette série sur six épisodes. En ce qui concerne Kool Shen et JoeyStarr, on retrouve une histoire globalement similaire à celle du film. Dee Nasty qui découvre le hip-hop aux États-Unis, et Lady V jeune femme qui recherche son père et qui devient grapheuse.

Nous ne sommes absolument pas sur le même rythme que le film qui montre l’ascension du groupe. Ici, on s’attarde réellement sur la fin des années 80, un peu trop. J’entends ici qu’on a compris que la reconstitution était importante. Quand Dee Nasty prend une bouteille de Banga qui n’existe plus en France aujourd’hui, la caméra traine longtemps sur le comptoir comme pour dire : regardez, on buvait du Banga dans les années 80. Il est évident que le rythme série laisse davantage de temps, puisqu’on est aux environs de cinq heures, soit quasiment trois fois plus que pour le film. Et ça se sent. On prend son temps, on s’attarde sur les histoires d’amour, sur la vie de l’époque. Le sous-titre regarde ta jeunesse dans les yeux est juste, mais ne correspond pas aux paroles de la chanson.

On regarde une jeunesse de l’époque, mais pas la jeunesse qui allait enflammer les banlieues. C’est une France artistique, qui cherche la gloire, pas une France qui ne supporte plus de vivre dans des barres d’immeuble. La dimension politique est pour ma part trop peu présente.

3 Comments

  1. et cela prouve encore que tous les grands groupes ont deux leaders antagonistes..
    Dommage que ça n’attire pas mais surtout que le rap ne dise plus rien, à l’image d’une société qui se regarde le nombril sans voir ses chances et opportunités.

    1. pour les leaders antagonistes, je ne suis pas d’accord. D’une part on se rend compte qu’il y a de moins en moins de groupes de rap, d’autre part le cas NTM est à part. Si on prend le groupe I AM même s’il y a quelques années il y a eu souci avec un membre du groupe qui est parti, le groupe a toujours affiché sa belle unité depuis 30 ans. Pour le rap qui n’a rien à dire, je ne peux que cautionner mais malheureusement j’ai envie de dire que le RAP est un business model comme un autre. Si on prend par exemple un type comme Youssoupha, alors qu’il avait des textes particulièrement engagés, puissants, il se contente de faire ce que le jeune demande, du divertissement. Medine ose encore, Kery James mais on est très loin des dizaines de millions de vues réalisés par des chanteurs qui n’expriment rien.

      Je crois que malheureusement c’est une logique, si tu veux qu’un truc ne se vende plus, il faut arrêter de l’acheter. Tout le monde a bien compris que la musique n’était plus un moyen d’expression, un simple divertissement, comme les réseaux sociaux, comme le net. Peut-on en vouloir à une jeunesse de ne plus envie de réfléchir et d’attendre quand on voit le monde de merde qu’on laisse nous qui avons tellement pensé et réfléchi.

      Ils attendront la fin du monde en dansant.

Répondre à Iceman Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *