Orientation après la troisième PRO / Agricole

Nous ne sommes qu’au mois d’avril et pourtant l’année est terminée ou presque. Parents et enfants vont devoir faire des choix d’orientation pour l’année prochaine. Il faut comprendre qu’un enfant mal orienté, c’est de très fortes chances pour un échec scolaire. Une orientation se choisit, elle ne doit pas être subie.

Seulement, pour choisir une orientation, il faut tenir compte de quelques paramètres. Nous allons dégrossir ici un peu en toute objectivité et sans compromis. Il faut en effet malheureusement être objectif sur ses possibilités.

Je ne me focaliserai que sur l’orientation des élèves de troisième professionnelle. En effet, sur le principe, un élève qui a fait le choix de l’enseignement général, fait sa poursuite d’étude en seconde générale et technologique.

Une classe de troisième, beaucoup de possibilités

J’ai réalisé ce schéma de synthèse qui permet d’avoir les possibilités d’orientation en sortie de troisième. Il n’est pas parfait, il est bien sûr incomplet, mais il a au moins le mérite d’être clair.

Quelques explications sur les conditions d’admission. Aux environs du mois de mai, la famille va devoir faire le choix de vœux sur des formations et sur des établissements scolaires. Le premier vœu reçoit un bonus de points, c’est dire son caractère important. Ce vœu doit être un CAP, un BAC PRO ou une 2nde Générale et technologique mais pas un apprentissage. On perdrait les points. Pourquoi ? Tout simplement parce que la condition pour un apprentissage, c’est d’avoir un patron. On y reviendra plus loin. Ce qu’on va retenir pour un élève venant de 3ème PRO ou de l’enseignement agricole.

Une orientation en seconde générale et technologique

On ne va pas se mentir, ce n’est pas l’orientation logique. La très grande majorité des élèves qui arrivent dans l’enseignement agricole, ou qui font le choix d’une prépa pro, sont en recherche d’autre chose que le général. Souvent en difficulté scolaire, l’enseignement professionnel permet avec un niveau plus léger et des enseignements pratiques de renouer avec la scolarité. Comprenez que si on vient chez nous, ce n’est pas pour aller en général.

Il faudra avoir une moyenne supérieure à 15 pour s’en sortir en seconde générale et technologique. Le niveau de maths pour parler de ce que je sais, n’a rien à voir avec le niveau troisième pro. Si on devait ne serait-ce qu’évoquer une complexité, l’abstraction et Python. Ça se fait. J’échangeais il y a quelques jours avant la rédaction de cet article avec une élève qui désormais est dans une seconde générale d’un gros établissement scolaire. Elle était aux environs de 15 chez nous sans forcer, elle est dorénavant à 13 en s’investissant beaucoup. Il n’y a pas de secret et c’est valable partout, il faut travailler !

Il faut comprendre qu’une seconde générale prépare à des enseignements généraux. On aura donc sur le principe une majorité des élèves qui s’orienteront vers les modules généraux en première. Dans mon établissement, nous avons des élèves en seconde générale, la grande majorité s’oriente vers des BAC Technologiques comme le STAV.

À la sortie du STAV, beaucoup de possibilités. La majorité des élèves poursuivent en BTS, d’autres vont en université. Le BAC Technologique est plus concret qu’un BAC général, plus théorique qu’un BAC PRO. Il propose plus de possibilités que le BAC PRO pour une poursuite d’étude.

Une orientation en seconde professionnelle

Si dans l’enseignement agricole vous avez plus de 12 de moyenne, c’est le minimum pour prétendre à un BAC Professionnel. Le BAC PRO se prépare en 3 ans quand le CAP se fait en deux ans. Quelle différence entre le BAC PRO et le CAP ? Le niveau de façon évidente et les possibilités avec le diplôme.

Par exemple, en 2020 avec le changement de contrôle technique qui demande plus de compétence, le CAP de mécanicien n’est pas suffisant, il est nécessaire d’avoir un BAC PRO.

Le BAC PRO est un diplôme qui reste accessible mais dont le niveau reste relativement important. Si vous faites un tour dans les cours et les corrections de mathématiques que je donne ici, on monte au calcul intégral, au logarithme ou à l’exponentielle. L’écart de niveau entre le CAP et le BAC PRO est assez important. On rajoutera à cela la rédaction d’un rapport de stage. Un élève de BAC PRO ne se limite pas à l’exécution des tâches, dans le principe il doit avoir des capacités d’analyse et de raisonnement.

Le BAC PRO SAPAT

J’ai mentionné dans mon schéma la possibilité qui serait unique d’aller en BTS. On va dire qu’il s’agit de la suite logique. Néanmoins, de nombreuses possibilités sont offertes. Dans le cas des services à la personne par exemple, une orientation vers l’IFSI pour devenir infirmier est possible.

Il faudra bien comprendre que le passage du BAC vers l’enseignement supérieur relève de parcoursurp et donc principalement des notes obtenues en première et terminale.

Une orientation en CAP en formation continue

Deux possibilités peuvent être offertes pour un élève. Le CAP en formation continue, le CAP par apprentissage. Théoriquement, un élève à petit niveau peut prétendre à aller sur n’importe quel CAP en formation continue, sauf qu’il s’agit de la loi de l’offre et de la demande.

Il y a dix ans, vous aviez 7 de moyenne générale, vous pouviez entrer dans n’importe quel CAP de « bouche » à savoir cuisine, pâtisserie, etc. Avec l’arrivée des émissions de cuisine type top chef, de nombreux élèves se sont découverts des vocations au point d’avoir trop de demandes sur les filières.

Il faut se rappeler que les filières professionnelles conduisent les élèves en atelier, en pratique, le nombre de places n’est pas illimité. Pour sélectionner les candidats, on le fait avec les notes issues des bulletins de troisième. Les notes de troisième ne sont pas uniquement utiles pour le contrôle continu du brevet des collèges, ce sont elles qui déterminent le nombre de points pour une future orientation.

On va donc se retrouver avec des élèves qui vont prétendre à s’orienter dans certaines branches et qui ne seront pas pris à 14 de moyenne, car finalement le niveau de recrutement le plus bas était à 15. Et je parle bien de CAP !

Le CAP esthétique, un CAP très demandé

Chaque année, des élèves nous expliquent qu’elles vont faire un CAP dans l’esthétique. Sauf qu’elles ont moins de 10 de moyenne. Face au manque de places, de nombreux organismes ont créé des formations privées pour compenser la demande à laquelle ne peut pas répondre l’éducation nationale. Malheureusement, ces « écoles » ne délivrent pas nécessairement un diplôme d’État et coûtent plusieurs milliers d’euros l’année. Il n’y a pas de garantie à la sortie d’avoir un diplôme reconnu et de trouver un travail.

Une bascule vers le BAC PRO est possible

On se rappellera enfin qu’il est possible pour des élèves qui ont réussi leur CAP de rejoindre une classe de première BAC PRO équivalente. Cela permet à un élève qui était en difficulté de passer finalement un BAC PRO en quatre ans au lieu de trois. J’enseigne en classe 1ère et je vois arriver des élèves issus de CAP. On ne va pas se mentir, c’est compliqué. Mais comme toujours avec du travail, on y arrive, sachant que les élèves issus de CAP sont souvent plus à l’aise avec la pratique que ceux venant de seconde pro.

Une orientation en CAP par apprentissage

C’est devenu pour nous l’orientation la plus problématique, quelques explications. Dans un conseil de classe, 90% de nos élèves de troisième voulaient faire apprenti. Pourquoi ? On peut y voir deux raisons principales :

  • Un ras-le-bol évident de l’école. Cela peut totalement se comprendre et cela doit nous interpeller en tant que personnels éducatifs
  • Gagner de l’argent. Sans réaliser les petites sommes et surtout les salaires sur le long terme.

L’âge légal

Le problème, c’est que nos élèves ne réalisent pas les conditions d’obtention d’un apprentissage. Sur le site du gouvernement on peut voir que :

L’âge minimum est de 16 ans.

Il peut être abaissé à 15 ans si le jeune a atteint cet âge entre la rentrée scolaire et le 31 décembre de l’année civile: Du 1er janvier au 31 décembre, et qu’il a terminé son année de 3e.

service-public

Nos élèves ne redoublent plus, ils sont rares à avoir 16 ans alors qu’il y a 20 ans j’avais des troisièmes de 17 ans ! Certains sont tellement jeunes qu’ils auront 15 ans au mois de décembre 2022. Alors effectivement on peut dire que ça rentre dans les clous. Mais entre un gamin qui a 16 ans et un gamin de pas tout à fait 15 pour qui il faudra faire des papiers, le patron n’aura pas forcément envie de se casser la tête.

Les élèves pensent que le patron va venir les chercher.

Une de mes jeunes me dit qu’elle veut faire un contrat dans l’esthétique. Nous sommes au mois de mars, elle n’a pas fait de CV et de lettre de motivation. La concurrence est énorme, des jeunes très motivés auront déjà fait le nécessaire ou des enfants qui ont un lien de parenté ou des relations passeront devant. Une recherche de patron se prépare : avec les stages, c’est la meilleure possibilité, et bien sûr une recherche active.

Les élèves pensent que ça va être mieux.

Le grand discours c’est « l’école ça me plait pas mais sur un lieu de travail, ce n’est pas pareil ». J’ai envie de dire que c’est un discours qui tenait la route il y a dix ans. Il faut comprendre que mon positionnement est celui de quelqu’un qui est dans l’agricole depuis 20 ans. Comme je l’ai dit plus haut, nos élèves sont au bout du rouleau scolaire. Effectivement, certains s’épanouissent dans le milieu professionnel, bien plus concret. Seulement, il apparaît que quelqu’un qui n’a aucune hygiène de vie ne se lèvera pas plus le matin après une nuit de Fortnite. Quelqu’un qui n’a pas le sens du travail, du respect des adultes, ne les aura pas plus sur le lieu de travail.

On pourrait dire que c’est un discours d’enseignant, et pourtant en creusant à peine on peut lire : L’apprentissage : des taux de rupture inadmissibles !

En ce qui concerne les cassures dans la restauration, on en voit très régulièrement chez nous. Les élèves quand ils sont honnêtes nous expliquent qu’ils n’arrivaient pas à suivre le niveau d’exigence. Par le fait, on comprend bien que face au nombre de cassures de contrat, les profs ne sont pas totalement fous !

Les élèves ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.

J’ai donné plus haut le cas du CAP insuffisant pour les techniciens de contrôle technique, c’est une vérité. Il faut pousser le plus loin dans les études, car nous sommes appelés à avoir besoin d’emplois plus qualifiés. L’argument est simple, les postes de bas niveau sont remplacés par des machines. Aujourd’hui les caissières, demain avec l’intelligence artificielle, ce seront les secrétaires, les chauffeurs de camion et de très nombreuses autres professions. Il faudra certainement a minima s’orienter vers un BAC PRO ou vers un BP, une année supplémentaire après le CAP pour avoir une qualification.

La COVID, la guerre, la fragilité d’aujourd’hui et de demain

Lorsque la crise COVID débarque, c’est la surprise pour tout le monde. Souvenez-vous, les restaurants, les magasins se retrouvent fermés pendant plusieurs mois. Impossible pour un patron de se positionner sur les mois à venir, puisqu’il était impossible de savoir comment la situation évoluerait. On comprend bien que ce qui est vrai aujourd’hui, une promesse de contrat d’apprentissage, n’est pas forcément vrai demain. Nous avons eu de nombreux élèves pour qui le patron n’a pas signé.

C’est d’ailleurs l’une de mes phrases cultes : « tant que le patron n’a pas signé, il n’y a pas d’apprentissage ». Une promesse n’est pas un contrat. Seul le contrat est la condition pour l’apprentissage.

On se rappellera que la situation peut aussi être à la faveur des jeunes pour garder une note d’optimisme. Durant la période de confinement, certains salariés dans la restauration n’ont pas travaillé pendant un an. Ils ont saisi leur chance pour faire autre chose. Certaines professions ont subi de plein fouet une vague de reconversion professionnelle. Certains secteurs recrutent !

Vous ne savez pas comment vous orienter

Il n’est pas rare que les élèves ne savent pas quoi faire de leur vie, surtout à 14 ans, c’est jeune. Beaucoup d’adultes cherchent encore. Pour un élève de 3ème PRO avec une orientation professionnelle en fin de troisième, c’est plus compliqué que pour un élève qui a toute sa seconde générale pour faire des choix.

Voici quelques pistes :

  • Raisonnez par élimination. Est-ce que passer une journée enfermé vous pose un problème ? Est-ce que vous avez la capacité de soulever des sacs de 35 kilos ? On peut réussir à savoir ce qu’on ne veut pas faire pour approcher ce qu’on pourrait faire.
  • Soyez lucide sur vous-même et vos capacités. J’ai un élève qui ne dit rien, timide qui nous explique qu’il veut faire un BAC PRO Vente. Il ne s’agit pas de jouer les briseurs de rêve, mais il faut être objectif. Cette phrase fait souvent rire mes élèves, je suis chauve, je ne vais pas me faire des rastas. Il est évident qu’il en va de même pour les résultats scolaires, une élève qui me répond qu’elle veut faire architecte à 8 de moyenne dans l’enseignement agricole, il est difficile de trouver les mots.
  • Ne négligez pas les pistes familiales. Un élève une année ne sait vraiment pas ce qu’il désire faire. On découvre que ses deux parents sont graphistes et qu’il a lui-même une prédisposition pour le dessin. Il est parti faire un CAP de signalétique sans se poser de questions sur son lieu de stage par exemple puisque ses parents avaient leurs entrées dans le milieu.
  • Faites confiance à ceux qui vous connaissent. Le propos pourrait être mal interprété mais tant pis je me lance. J’ai du mal avec les conseillers d’orientation. Je passe un nombre d’heures très important avec mes élèves, pour certaines classes, c’est huit heures. Je vois donc un enfant évoluer avec ses qualités et ses défauts. Un conseiller d’orientation ne peut pas faire de miracle avec un élève qu’il aura croisé 15 minutes dans sa vie. Profs, parents, amis proches, écoutez les gens qui vous aiment.

Rien n’est gravé dans le marbre

Très bon élève en primaire, mes résultats scolaires se sont effondrés en classe de 4ème. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi. J’ai réussi à décrocher un BAC Scientifique de façon médiocre. En faculté, je me suis épanoui pour décrocher une maîtrise es sciences physiques. Je me suis fait rétamer aux concours pour devenir développeur pour BNP PARIBAS où j’ai codé des programmes pour 30.000 banquiers. Je suis depuis enseignant en mathématiques, j’ai été pendant un temps autoentrepreneur en service informatique. Demain je vendrais peut-être des kebabs en bord de mer.

Les générations à venir auront plusieurs vies, plusieurs métiers. Il ne faut pas négliger ce qui me paraît le plus important : la valeur travail, être quelqu’un de bien, la curiosité.

De grandes entreprises comme Google font désormais plus attention à qui l’on est qu’au nombre de diplômes qu’on possède.

9 Comments

  1. Tu te casses la tête pour rien : notre bon futur président a répondu à un chercheur d’esclaves (aka restaurateur de base) que l’apprentissage commencerait en 5è à 12 ans, tu sais donc où orienter tes élèves !

        1. Pour moi c’est uniquement l’orientation qui est dès la 5e dans sa déclaration, non ?

          1. Officiellement, dans son programme, c’est l’orientation.
            La vidéo tu peux la comprendre sur l’apprentissage directement possible.
            Mais bon, c’est Macron, impossible de savoir mais méfiance à 200%…

  2. Quelques coquilles :
    – « des élèves de troisième professionnelLE. »
    – il manque la fin de la phrase : « Comprenez que si on vient chez nous, ce n’est pas pour aller  »

    J’ai du faire une recherche Internet pour trouver la signification de l’acronyme STAV (qui n’est pas expliqué je crois sur le site du lycée)

    Sinon, je travaille sur un bateau de pêche avec des gens qui en avaient marre de l’école et qui sont partis naviguer à 14 ans. Certains sont maintenant commandants parce qu’ils sont retournés à l’école ensuite passer les brevets.
    Ce n’est malheureusement plus possible de partir en mer si tôt, c’est dommage pour un public qui en a marre de l’école. Il me semble à ton discours que c’est un peu la même chose partout…

    1. Merci corrigé. Pour le reste, le souci c’est que la situation a très fortement évolué. Concrètement un jeune de 12 il y a 20 ans et un jeune de 12 ans aujourd’hui c’est pas le même. L’augmentation de la durée de vie, les perturbateurs endocriniens, tout ce que tu veux font qu’on est face à un public qui à 15 ans n’a aucune maturité, alors à 12. Cela signifie aussi des entreprises qui ont la capacité d’accueillir. Il faudra donc que le président candidat affine son discours et surtout se renseigne un peu sur sa population.

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