Cet article n’est en aucun cas à caractère scientifique, il permet seulement de confronter deux vécus. Celui d’un enseignant, le mien face aux TDAH et celui d’un TDAH qui a accepté de me répondre. Comme c’est long, ce sera dans la partie 2

TDAH, c’est quoi ?

Sur la plaquette de TDAH France, voici ce qu’on peut lire :

On notera que l’essentiel à savoir pour un enseignant est surligné, car c’est bien l’un des problèmes. Il n’y a aucune formation obligatoire, dans mon cas, c’est une mère d’élève qui m’a expliqué, son fils était TDAH. Ce problème l’est effectivement pour les TDAH mais aussi pour les dys ou pour les autres troubles.

En effet, on ne se préoccupe de ces troubles que de façon « récente ». À mon époque, quand j’étais écolier, il y a donc entre 35 et 40 ans, cela « n’existait pas ». On distinguait uniquement les élèves normaux des autres. Et dans les autres, on voyait une paresse, un manque d’intelligence, entraînant une exclusion de façon systématique du système scolaire ou une réorientation. Les orientations vers l’apprentissage se faisaient dès la sortie de la classe de cinquième. Il faut comprendre que ce sont des milliers de personnes qui ont été stigmatisées alors qu’elles souffraient d’un trouble que personne ne diagnostiquait.

Logan mon premier TDAH

Je suis à l’époque professeur principal d’une classe de troisième au lycée agricole de Clermont l’Hérault. C’est un établissement compliqué dans lequel on ne vient pas par hasard. Nous récupérions à l’époque des élèves dont les établissements de la Paillade ne voulaient plus. Ainsi, nos élèves portaient déjà une étiquette. Il faut comprendre que s’il y a plus d’une trentaine d’années, on ne s’interrogeait pas sur la possibilité d’enfants à trouble, il y a vingt ans, quand j’ai commencé le métier, on parlait d’élèves pénibles. Il n’y avait pas dans nos formations de prise en compte des différents troubles.

Ainsi un enseignant qui commençait il y a vingt ans avait pour vision :

  • Sa propre école où on stigmatisait les mauvais élèves car c’était leur faute
  • Sa formation dans laquelle on évoque les problèmes de discipline sans jamais s’interroger sur les origines.

L’enseignant est donc dans sa caverne, sauf qu’à la différence du mythe, il ne s’agit pas d’une poignée d’hommes enchaînés. C’est toute la société ou presque qui fonctionne sur ces postulats.

Logan est un élève particulièrement agité en classe et d’une insolence rare. Dans ses exploits mémorables, il aura fait disjoncter la piscine de Clermont l’Héraut avec un bonnet de bain plein d’eau. Il donne l’impression de façon systématique de se foutre de votre gueule et c’est effectivement le cas. La maman est convoquée assez rapidement et elle me présente une brochure sur les TDAH. C’est la première fois que j’entends parler de cette appellation.

Cinquante nuances de troubles

À partir du moment où j’ai commencé à m’intéresser à son mode de fonctionnement, les choses se sont arrangées. J’aime beaucoup ce dessin basé sur une citation d’Einstein.

On a tendance à le sortir à toutes les sauces, mais il est juste. Il y a une obligation de différenciation de traitement face aux fonctionnements de nos élèves. Notre système met sur le carreau des élèves brillants, car on ne tient pas compte de leurs spécificités. Bien évidemment, le revers, c’est l’inclusion à outrance qui laisse supposer qu’on peut accueillir tous les publics les plus hétérogènes et les faire avancer ensemble. Ce n’est pas le débat.

La première chose à comprendre c’est qu’il ne le fait pas exprès. C’est une véritable difficulté pour certains collègues d’imaginer qu’il s’agit de la nature de l’enfant de vous provoquer. Alors que je le mettais régulièrement à la porte, le fait d’avoir assimilé qu’il s’agissait de son trouble, qu’il n’y pouvait rien, que le renvoyer était inutile, je bottais en touche avec humour. Voyant que la provocation ne fonctionnait pas, il a fini par abandonner.

Où l’on pourrait croire que les autres élèves en profiteraient ou auraient vu un déficit d’autorité, en fait non. J’ai fait des classes très complexes, et pourtant on assiste souvent à une tolérance souvent très étonnante quand c’est expliqué. Les camarades avaient conscience de la problématique et savaient pourquoi on adoptait tel positionnement. De la même manière qu’on comprend qu’on ne va pas demander à quelqu’un en fauteuil roulant de faire le 100 mètres. Les jeunes sont bien plus bienveillants qu’on peut ne le penser. C’est comme tout, il suffit d’expliquer.

Logan avait des problèmes de concentration terribles, il fallait le recentrer en permanence en l’interpellant par son prénom. Tous les élèves ne fonctionnent pas de la même manière, c’est ainsi qu’on distingue TDA et TDAH. Si on retrouve des caractéristiques communes, chez certains élèves, si on ne le sait pas on ne peut pas l’imaginer, chez d’autres cela prend des proportions terribles.

Et puis alors qu’il avait cessé ses traitements, Logan a repris ses cachets pour une nouvelle complexité.

Ritaline, Concerta et les autres

Voici ce qu’on peut lire sur le site de l’ameli :

Les médicaments prescrits en cas de TDAH sont des psychostimulants, qui ont pour rôle de stimuler le système nerveux central (cerveau). Un seul de ces produits est disponible en France : le méthylphénidate.

Sa prise nécessite une surveillance médicale étroite. En effet, cette substance, dérivée des amphétamines, peut avoir divers effets secondaires : insomnie, ralentissement du développement staturo-pondéral, palpitations cardiaques, diminution de l’appétit, céphalées, diarrhée et douleurs abdominales, troubles de l’humeur…

Le site de l’ameli

La plupart du temps, quand on lit les effets secondaires sur les boîtes de médicaments, on a tendance à sourire face à une certaine forme de catastrophisme, si bien qu’on ne les lit pas. Lorsque ici, on lit troubles de l’humeur, il faut aller bien plus loin : pensées suicidaires. Les médicaments ont un effet indiscutable sur le jeune. Lorsqu’un de mes élèves n’a pas pris son médicament, je le vois dans son regard. S’ils favorisent effectivement la concentration, ils sont plus ou moins bien supportés si bien que certains sont en refus de les prendre. Il faut parfois des mois pour réussir à trouver le bon produit et le bon dosage.

Il y a occasionnellement une opposition de la famille qui peut s’entendre et se comprendre et c’est ici qu’il y a un problème. Certains parents ont vu leur enfant dans un état catastrophique suite à la prise médicamenteuse. Malheureusement, le compromis est difficile à trouver. Lorsqu’on a des TDAH qui sont ingérables dans une salle de classe et qu’ils ne sont pas traités, le professeur, malgré toute sa bonne volonté, ne peut pas faire grand-chose.

Aujourd’hui

Pendant des années j’ai lâché la responsabilité de professeur principal pour de nombreuses raisons. J’ai repris une classe dans laquelle il y a cinq TDAH. Certains sont traités, d’autres ne le sont pas ou ne le sont plus. Si dans ma gestion du quotidien, je sais faire, même si je ne prétends pas être Socrate, ma première mission est d’informer mes collègues. On sait par exemple que le traitement d’un de mes élèves n’agit plus à partir de 15h. Il devient alors particulièrement compliqué à gérer. J’ai demandé à l’ensemble de mes collègues de faire un effort. On se rend compte que dans mon métier, on a finalement l’exclusion facile. Et pourtant, si on fait l’effort de comprendre la situation, on peut voir et faire les choses autrement.

Par extension, on finit par s’intéresser aux dys. Car ici encore, comme je l’ai expliqué plus haut, cela ne faisait ni partie de notre éducation, ni de notre formation. Imaginer qu’un enfant ne peut pas faire différemment, que de faire des fautes d’orthographe, c’est difficilement concevable.

À l’heure actuelle, dans l’enseignement agricole, les formations dispensées pour les enfants avec des troubles sont totalement facultatives. Comprenez, ne s’y intéresse que ceux qui veulent s’y intéresser. Pourtant, on faciliterait le quotidien de milliers d’enfants, leurs familles, mais aussi le corps enseignant.

J’écrivais dans un billet d’humeur que l’innovation pédagogique était source de dispersion. On me dira que ce n’est pas incompatible. Je pense toutefois que face à l’ampleur de ce chantier, avec une école qui devient de plus en plus inclusive, je préfère me consacrer à ces élèves plutôt que de réinventer Pythagore.

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