Avec la fibre optique d’un côté, l’intelligence artificielle de l’autre, la vulgarisation des services en ligne, le en ligne offre des atouts intéressants. Il est toutefois important avant toute chose de comprendre dans quoi on s’engage.
Si c’est gratuit, c’est vous le produit, mais pas seulement
Avant de se lancer dans le tout en ligne, il faut prendre en compte quelques éléments. Prenons le service en ligne par excellence : Canva. Canva est un service en ligne avec une version payante et une version gratuite qui nécessite tout de même un enregistrement en ligne. C’est le cas pour la très grande majorité des sites en ligne, il vous sera quasiment impossible d’avoir accès à un site sans enregistrement, y compris pour des fonctionnalités limitées. Canva est une entreprise située en Australie, les serveurs ne sont pas en France, on est donc déjà dans une fuite de données personnelles.
La stratégie de la société, c’est comme pour tous les services de ce type, si la première dose n’est pas forcément gratuite, on est sur une base de création de besoin, de frustration. Par exemple, vous pouvez très bien créer un CV gratuitement sur Canva mais les modèles proposés, les plus intéressants, sont des modèles payants. On pourrait croire que vous allez être bloqué dès le départ, mais pas du tout, vous pouvez réaliser l’intégralité du CV avec le modèle premium. À la fin, vous avez travaillé, vous avez une production, mais seulement, il n’est pas possible de la récupérer sans passer en caisse. C’est à mon sens du dark pattern, à savoir que si le site voulait vous bloquer réellement, il vous empêcherait de vous investir.

Canva c’est un logiciel qui est bien fait, facile d’accès, mais qui pose les problèmes suivants :
- Le mécanisme est gênant. Bien sûr, personne ne vous oblige à utiliser Canva mais le logiciel ne joue pas franc-jeu. Quand j’évoque la notion de drogue dans le logiciel, on remarquera qu’on a la possibilité d’avoir des tarifs enseignement. Tout est gratuit. Pourquoi ? Tout simplement parce que si un prof l’utilise avec toutes les fonctionnalités, qu’il fait utiliser le logiciel à ses 30 élèves, c’est autant de clients potentiels.
- À l’instar de Microsoft et d’Office365, on a vu arriver des hausses de prix de façon régulière. Vous n’êtes ainsi en aucun cas maître du jeu et totalement tributaire de votre service en ligne. Vous subissez tout changement des règles.
- Il n’y a pas d’interopérabilité, tout ce que vous avez fait sur Canva reste sur Canva.
- Si demain le site disparaît, vos documents disparaissent avec lui.
Par le fait, utiliser un service en ligne, c’est prendre conscience de tout ce qui précède. Ce qui était gratuit peut devenir payant, ce qui était payant peut devenir plus cher, ce qui est aujourd’hui peut disparaître demain.
Alors si ce n’est pas bien pourquoi utiliser ?
Il est assez particulier de faire le constat qu’on fait fausse route sous Linux. À l’heure actuelle l’une des erreurs de Windows et de Microsoft, à part se moquer des utilisateurs en siphonnant leurs données, de pousser à l’obsolescence, c’est l’IA. Les gens ne veulent pas de l’IA, les gens ne veulent pas d’un compagnon inefficace, d’un espion, ils veulent finalement un ordinateur avec un système d’exploitation classique. Firefox alors qu’il perd des millions d’utilisateurs depuis des années se sépare stupidement de sa base d’utilisateurs en imposant de l’intelligence artificielle dans son navigateur. Pourtant, c’est ici qu’il devrait jouer la différence. Il ne s’agit pas de s’opposer au progrès parce que l’IA sera bientôt partout, mais c’est d’avoir le contrôle sur son utilisation. C’est aussi ne pas emboiter le pas de toutes les modes, toutes les tendances.
Alors que Linux accueille des gens qui découvrent son univers, je ne peux que regretter la disparition de logiciels « en dur », le manque de volonté de faire des logiciels qui vont dans le sens de l’utilisateur lambda. À l’heure actuelle, du fait d’avoir relancé ma chaîne YouTube pour des contenus pédagogiques, j’ai des besoins très simples en vidéo : ajouter un peu de texte, parfois une image, recadrer ou encore flouter. Avec les ténors du logiciel de montage vidéo sous Linux, Kdenlive, OpenShot ou encore Shotcut, c’est compliqué. Avec les plateformes web, c’est fait en quelques clics. Le seul projet qui va dans le sens de la simplification, c’est opencut. Une copie de capcut qui ne fonctionne que dans le navigateur, qui s’installe par docker, et qui donc dans le fond ne va pas dans le sens du « dur » et ainsi du simple.

Il est bien sûr possible de s’investir pour maîtriser ces logiciels, c’est une possibilité qui me sera offerte si les sites que je cite plus bas venaient à disparaître.
Ainsi, les outils qui sont proposés ci-dessous ne sont que des raccourcis, ils ont au moment où j’écris ces lignes utilisables de façon gratuite et répondent à mes besoins. S’ils disparaissent, il y en a d’autres, s’ils disparaissent tous, je ferai mon effort pour me coller aux logiciels existants sous Linux.
Des services en ligne pour mes vidéos
Lorsque je réalise une vidéo, c’est une simple capture qui est réalisée avec Kazam, un logiciel de 2014 qui fait le job. Lorsque je prévois de faire passer la vidéo sous forme de short sur YouTube, j’utilise le site https://123apps.com/fr/ qui propose de nombreuses fonctionnalités dont le crop de vidéos. Parmi les limitations du site, c’est 4 ou 5 vidéos par jour, il me semble. J’utilise alors le site FreeConvert.com. Comme on peut le voir, la limitation est à 1 Go. Les vidéos que je produis n’excèdent rarement les 50 Mo si bien que je ne suis pas concerné par cette problématique.


Je n’ai pas eu à insérer d’image ou de texte, 123apps est capable de le faire néanmoins la résolution est limitée au 720p. Il faut payer pour le faire. Les quelques fois où j’ai eu besoin de faire un rajout, j’avais utilisé le logiciel Shotcut. Je n’ai pas cherché d’autres outils, mais vous voyez qu’on en revient à la notion de dark pattern évoqué plus haut. On fait l’intégralité du montage, on prend du temps pour s’apercevoir de la limitation en 720p, la tentation de payer risque d’être proportionnelle au temps passé. Dernièrement, j’ai eu besoin de flouter une partie d’une vidéo, j’ai pu le faire facilement avec l’éditeur de YouTube.
Pour générer les images des vignettes de mes vidéos, je passe par Gemini l’intelligence artificielle de Google. Non seulement l’intelligence artificielle surpasse celle des autres pour la réalisation des images, mais du fait d’avoir un compte Google en lien avec mon smartphone, je n’ai pas besoin de faire un compte de plus. Je rajouterai que la génération d’image est illimitée contrairement à mes dernières expériences avec les autres IA. ChatGPT a du souci à se faire.
Afin de réaliser le collage ci-dessous le site https://www.collagephoto.fr/. Le site en outre n’a pas l’air de demander de contreparties.

Une fois que j’ai réalisé mon image, j’ai besoin de « mettre en forme », pour arriver au résultat suivant :

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer Polotno, et les problèmes qu’il pourrait poser à plus ou moins long terme. La digitale propose un ensemble de services en ligne libres à destination des enseignants. Parmi eux et dans les très nombreux services qu’il faudrait explorer, une instance de Polotno. Polotno est une alternative libre à Canva qui si bien sûr ne propose pas l’ensemble des fonctionnalités de la suite en ligne payante permet de réaliser tout de même des choses plutôt sympathiques. Du texte, des formes, du fond, des icônes, des modèles déjà définis. L’ensemble est sauvegardé au local dans le cache du navigateur et pas en ligne ce qui garantit la confidentialité.

C’est aussi Polotno que j’utilise pour réaliser mes couvertures de mes podcasts. Dans le cas particulier de YouTube en effet, il demande une vidéo et pas un simple fichier mp3. Je suis donc obligé d’associer sur toute la durée du podcast l’image choisie. J’utilise le site https://www.oneimagevideo.com/fr/. Ici la limitation est à 100 Mo le fichier son, ce qui est largement suffisant pour des enregistrements qui excèdent rarement les dix minutes.
Des outils pour les images
Lorsque je fais des travaux avec les élèves, parmi les compétences attendues dans LibreOffice, changer la couleur de fond. Lorsque l’élève a changé de fond, l’insertion d’une image qui elle-même aurait un fond blanc, ne va pas être du meilleur effet. De nombreux sites proposent de retirer le fond de l’image. Durant de nombreuses années j’ai utilisé le site https://www.remove.bg/. C’est fonctionnel et les limitations sont suffisantes pour les attentes en cours. En effet, c’est à nouveau sur le HD que les choses se jouent, pour insérer une image dans LibreOffice, la basse résolution est suffisante. Toutefois, avec une masse d’élèves qui se connectent en même temps, il est apparu une demande de captcha. Dernièrement le site Framasoft a mis en ligne comme la digitale, un ensemble de services en lignes, libre, Framatools. Parmi eux, la possibilité de retirer le fond d’une image :

La seule remarque pour ce service, c’est sa lenteur par rapport à removebg, mais l’an prochain, c’est celui-ci que j’utiliserai en classe.
Dans un cadre pédagogique ou pour illustrer un document, vous pouvez être amené à vouloir faire un message avec un réseau social. Snapchat, Twitter, Instagram ou Facebook sans avoir de compte. Zeoob est un générateur très simple qui vous permet de générer des images de faux comptes de réseaux. Vous pouvez paramétrer le nom, le sujet, les photos de profils, le nombre de likes (faites vous plaisir !). Tout ce que vous retrouvez de façon générale dans un réseau social. Ci-dessous, l’image de la réalisation et le message définitif qui fait ressembler à du Twitter comme deux gouttes d’eau.


Dans la même veine ou presque que Zeoob, Framamemes qui permet de manière libre de réaliser comme son nom l’indique, des memes. Gee son auteur, s’est inspiré comme on peut le voir ci-dessous des grands classiques que l’on trouve sur internet. La différence bien sûr, c’est une utilisation qui est libre de droit et qui n’utilise pas des images qui sont la propriété d’autres. Ci-dessous par exemple, l’utilisation d’une image de Star Wars, on est clairement dans l’illégalité si on utilise l’image originale.

Il peut être intéressant de supprimer une partie d’une image qui pourrait être gênant. Le service cleanup pictures est assez bluffant et dans son résultat et dans sa facilité d’utilisation. Vous choisissez une image, vous choisissez la taille de la gomme, vous effacez l’objet. L’intelligence artificielle fait le reste.


J’ai eu le besoin d’agrandir certaines images trouvées sur le net pour arriver à une qualité supérieure afin de les insérer dans des documents à vidéo-projeter. Le site https://www.upscale.media/fr/ propose des agrandissements jusqu’en qualité 8x. Il est à noter que le logiciel upscayl présent dans les dépôts Flathub permet de réaliser la même chose au local.

D’autres outils en ligne
Quand il m’arrive d’enseigner au lycée, il est difficile pour moi d’éviter l’utilisation de l’émulateur de la calculatrice Numworks. Il faut savoir que Casio désormais propose son pendant de façon gratuite et il était temps. Casio comme Ti ont eu pignon sur rue durant des années dans le monde des calculatrices. Chez les deux entreprises rien n’était gratuit. Émulateur de calculatrice à télécharger, clé de licence à payer, bien évidemment pour Windows, exit Linux. Quand Numworks est arrivé sur le marché des calculatrices, son outil était gratuit par défaut, Numworks est un carton dans tous les établissements de France, il était urgent que la concurrence réagisse. Il est à noter que Texas Instruments a lancé ma classe Ti mais seulement pour le lycée avec en prime un éditeur Python.


Pour avoir des courbes rapidement, j’utilise le grapheur Desmos. Il est simple à paramétrer et me permet par exemple de réaliser mes repères « vides ». En effet, à ma connaissance, il n’existe pas d’outil permettant de faire un simple repère en trois clics. Il est à noter que Desmos propose aussi une alternative à Geogebra avec la possibilité de réaliser des figures géométriques simplement.

Enfin, un outil que je trouve particulièrement pratique pour manipuler les PDF, la suite pdf24. Il s’agit ici d’un service sans limitation apparente qui permet de faire les opérations courantes sur les fichiers PDF, séparer, concaténer, compresser, extraire les images…

En conclusion
Comme on peut le voir, le champ des possibles est particulièrement conséquent et on pourrait s’en féliciter, mais en fait pas du tout. J’ai cité plus haut le problème du modèle économique, de la pérennité de ce type de site ou encore les évolutions possibles des conditions d’accès. Un autre problème se cache derrière, similaire en fin de compte à ce qu’on peut avoir pour YouTube ou Netflix, la consommation de bande passante et par le fait l’utilisation des serveurs qui sont derrière. Le tout en ligne est tout sauf écologique. Et c’est ici que je regrette encore plus le choix de nombreux développeurs de logiciels libres dans une orientation du tout en ligne. Si on prend le cas d’opencut, quel intérêt de pouvoir accéder à son logiciel de montage vidéo depuis n’importe quel ordinateur ou smartphone ? Pour ma part aucun. Si effectivement certains rétorqueront qu’ils vivent dans l’instantanéité, je répondrai que ce sont les mêmes qui utilisent les réseaux sociaux traditionnels et dans lesquels, les outils d’édition sont déjà présents.
Ce billet sera voué à être mis à jour selon mes trouvailles ou selon de potentielles évolutions des sites évoqués plus haut.