Lectures, février 2026

Mexicana est une bande dessinée de Matz particulièrement connu pour la série le tueur. La bande dessinée est en trois tomes, elle ne brille ni par son originalité ni par sa crédibilité, mais c’est plaisant. Emmet est policier à la frontière Mexicaine, son rôle est d’intercepter les migrants. Son fils Kyle se fait tabasser un soir dans un bar, il découvre que ce n’est pas une bagarre d’alcoolique, mais que son fils a des problèmes avec l’un des plus gros narcotrafiquants du secteur. Afin d’être libéré de ses obligations, Kyle doit tuer un homme, un concurrent du trafiquant de drogue. C’est Emmet son père qui va le tuer à sa place. Pensant avoir réglé le problème, il découvre que l’homme qu’il a tué était un agent de la DEA, la lutte anti-drogues américaines. De fil en aiguille Emmet pour protéger son fils va se retrouver en lien avec les narcotrafiquants. Comme écrit en introduction, Mexicana est un bon divertissement si on fait abstraction des clichés et des situations totalement absurdes qui ponctuent la bande dessinée.

Avec ce sous-titre, en ce mois de juin (1940) le soleil était de plomb, les balles aussi, Pascal Rabaté dit un peu tout sur sa bande dessinée. Il raconte la déconfiture de l’armée française face aux forces allemandes. Il dit tout, car la déconfiture, c’est non seulement cette période de l’histoire, mais c’est aussi une bande dessinée ponctuée de bons mots du quotidien des soldats français. On suit plus particulièrement Amédée Videgrain et son périple pour retourner à la capitale retrouver sa femme et son fils. On y voit ainsi le quotidien des soldats français dans un ouvrage qui se décline en trois grandes parties, avant la capture, la capture puis l’évasion. À part quelques scènes violentes, l’auteur nous ferait presque croire à une colonie de vacances dans laquelle on manque de tout. C’est certainement la particularité de la bande dessinée, un rythme lent où l’on n’a pas l’impression que les soldats sont en danger, ils subissent simplement l’ennui et le manque du quotidien. Ce sont justement ces scènes, ici une pendaison, là une exécution qui nous rappellent que la France est en guerre. Je trouve que le choix est probablement le bon et peut-être plus proche de la réalité.

Les Fables scientifiques de Darryl Cunningham est une bande dessinée découpée en sept chapitres. Elle s’attaque à certains complotismes, à la pseudoscience. Elle dénonce aussi certaines études bidons payées par de grosses sociétés pour dissimuler de vrais problèmes comme le réchauffement climatique. On apprend par exemple comment des compagnies pétrolières ont fait croire que le réchauffement climatique était une invention de l’Europe. L’idée étant de faire croire que l’Europe voulait freiner la croissance économique des américains. Les événements mondiaux comme les dernières inondations en Allemagne, démontrent que tous les modèles les plus pessimistes annoncés dans les années 80 sont en train de se produire. Cette bande dessinée est réellement d’actualité. On y parle de la vaccination contre la rougeole, avec un scientifique ayant trouvé un lien entre l’autisme et le vaccin ROR. Il s’agissait en fait d’une étude bidon avec un intérêt financier derrière. Une class action regroupant 1500 familles pour attaquer le vaccin ROR. Non seulement le scientifique prenait sa commission derrière, mais en plus, il s’apprêtait à sortir son propre vaccin.

Je conclurai sur la partie traditionnelle sur la lune. L’auteur explique les classiques, comme la raison pour laquelle le drapeau américain a un effet froissé, comme s’il y avait du vent. Démonstration selon les complotistes comme quoi c’est une réalisation en studio et pas sur la lune. Darryl Cunningham explique que de toute façon, il reste toujours très complexe ou même impossible de convaincre les gens. Cela se ressent de plus en plus avec les mouvements de cancel culture où le dialogue devient très difficile. Il apporte un argument de poids et de bon sens sur l’homme sur la lune. Si le gouvernement américain avait dû payer un lieu, de tels effets spéciaux, mais aussi l’ensemble des participants, la supercherie aurait coûté bien plus cher qu’envoyer des hommes sur la lune.

Un tandem de policier se retrouve à enquêter sur un braquage assez étonnant, un seul rescapé et à l’arrière du camion des voleurs une trace d’explosion. Ce qui aurait dû être une enquête de routine se complexifie quand débarquent des officiers des services spéciaux. À leur tête, un homme même s’il n’en a pas l’apparence qui se fait prénommer le chat. Cet homme, cette créature a des pouvoirs et sa volonté de capturer le voleur laisse comprendre que l’enjeu dépasse le braquage. Terra Antartica est une bande dessinée de la maison d’éditions Ilatina qui met en avant des auteurs d’Amérique du Sud. C’est assez étonnant, car on croirait lire un manga dans les traits. La bande dessinée est assez classique et récupère largement dans le répertoire de la SF avec les petits hommes verts qui veulent rentrer chez eux.

Dans le fin fond du far West, une petite ville ne parvient pas à récupérer son or, les diligences sont attaquées de façon systématique. Les bandits ne font pas dans la dentelle, ils tuent et violent les voyageurs. C’est donc un problème que la ville doit résoudre. Parallèlement à cela, un petit relais dans lequel vivent une jeune fille de 18 ans, sa grand-mère et un indien qui fait office de figure paternelle. La tranquillité de ses gens va être largement bouleversée quand vont se présenter à leur porte le père de la jeune et une prostituée qui vient de fuir le saloon dans lequel elle était exploitée. On se doute que tout ce beau monde va se retrouver autour de gros flingues pour un véritable carnage. Leave them alone s’inscrit dans la tradition des westerns, ce qui le distingue, c’est certainement sa violence. Pour le reste l’histoire est classique et se lit d’un trait.

Dans un futur assez proche, le dérèglement climatique a entraîné les hommes dans des extrémités. Un mur qui sépare la France du reste au nord et au sud. Dans les villes se réfugient les gens qui vivent dans le confort derrière les protections qu’offre la cité. Les migrants sont tués à vue. Malheureusement l’impensable se produit, la ville est en flamme, les gens de la ville n’ont d’autre choix que de fuir, vers le sud. La situation dès lors s’inverse, et les privilégiés se retrouvent dans la situation de migrants. On ne peut à la lecture de cette bande dessinée que penser à la chanson et au clip de Big Flo et Oli, « rentrez chez vous » dans laquelle la tour Eiffel saute et les parisiens s’enfuient. Je trouve la bande dessinée particulièrement moraliste et c’est certainement le but, puisque l’idée, c’est de mettre le lecteur, quelqu’un de privilégié à la place des gens qui migrent. Les ficelles sont assez énormes et je ne sais pas si quelqu’un aura une véritable prise de conscience de la situation. En effet, j’ai tendance à penser que quelqu’un qui lit cette bande dessinée connaît déjà la situation des gens qui doivent fuir leur pays, on rate à mon sens la cible. Peut-être un album à offrir pour sensibiliser quelqu’un à la situation ?

Les beaux étés racontent la même période dans une famille belge, mais à différents moments de leur vie, sans linéarité. Concrètement, si dans les premiers épisodes on remonte dans le passé dans les années 60, on revient plus proche de nous dans les années 80 par la suite. À chaque été, le rituel est le même. Le père dessinateur de bandes dessinées est en retard pour encrer ce qui sera la bande dessinée de sa vie. Malheureusement le succès n’est jamais au rendez-vous. Le cowboy au quatre bras ou la superhéroïne arrivée trop tôt resteront dans l’ombre.

C’est donc en famille qu’ils quittent la Belgique natale pour la route des vacances avec la 4L familiale. Selon les épisodes, les personnages diffèrent un peu. Du petit dernier qui n’est pas encore né aux grands-parents encore vivants. Ou les filles qui ont grandi avec le petit copain qui intervient. C’est une bande dessinée brillante où tout est croqué. Les relations humaines, les rituels dans les familles, mais aussi l’époque. Ceux qui ont un certain âge se rappelleront leur enfance. Les rencontres sont belles, les paysages sont magnifiques. On pourrait reprocher une forme de niaiserie, mais ce n’est pas le cas. Le deuil, les difficultés dans le couple, les relations complexes entre les parents sont abordées. Les auteurs ont fait simplement le choix d’insister sur les bons moments plutôt que sur les drames. Ils ne les ont pas éludés pour autant.

Ce processus de narration, non linéaire est exacerbé dans malgré tout où cette fois, on remonte le temps. Jordi Lafebre est cette fois-ci seul aux commandes et pour le dessin et pour le scénario. La bande dessinée commence par la fin, la révélation, c’est donc… le début. Le début, ou plutôt la fin, c’est un rendez-vous entre deux personnes d’un certain âge. Il vient présenter sa thèse qu’il aura mis quarante ans à réaliser, il aura sillonné le monde en bateau. Elle, exécute son dernier mandat de maire qu’elle a exercé pendant plusieurs décennies. Mariée, un enfant, aussi responsable que lui est léger. Durant quarante ans, ils auront correspondu avec passion, dans une relation amoureuse à distance. On s’interroge, pourquoi ces deux-là qui s’aiment tant n’ont pas fait leur vie ensemble ? Une jolie histoire d’amour, dont vous connaîtrez le dénouement avec le début de l’histoire. Avec malgré tout et les beaux étés, les auteurs nous montrent qu’il n’est pas nécessaire de tomber dans la drogue, le sexe, la violence ou le fantastique pour fasciner le lecteur. La banalité du quotidien reste un voyage extraordinaire.

Nous sommes en 2022 dans un petit village de campagne. La COVID continue de faire des victimes et la canicule arrive. Le maire du village s’intéresse à la population âgée du village. Il prend des nouvelles pour voir si tout va bien. Parmi elles, il essaie de joindre Albertine (a disparu). Sur le principe, pas de raison particulière de se faire du souci. Albertine en effet, a pour belle fille la coiffeuse du village et pour fils, l’ancien plombier. Un homme aimé de tous, dévoué, qui va très régulièrement chez sa mère. Malheureusement ce dernier est hospitalisé à cause de la COVID, le maire commence à se préoccuper d’Albertine. Quelle stupéfaction quand il se rend compte que sa consommation d’eau est nulle depuis bien longtemps. L’enquête commence. La bande dessinée est inspirée d’un fait divers et une partie des éléments sont bien réels. Difficile de ne pas être captivé par l’enquête, où l’on s’interroge sur le silence du fils, qui ne peut malheureusement pas répondre compte tenu de sa situation médicale. Je regrette toutefois le côté moralisateur de la bande dessinée qui nous rappelle que nous ne prenons pas soin de nos personnes âgées.

Une jeune femme rencontre un homme à la patinoire, elle le fait tomber. Pour se faire pardonner la conversation s’engage. Il est vétérinaire, curieusement, elle est folle des animaux, ils se trouvent tout un tas de point commun. Il se trouve que cette rencontre arrive au bon moment ou au mauvais moment selon l’homme de la situation. En effet, le mari d’Éloïse a perdu son père et il a un comportement pour le moins anormal. Elle pense qu’il la trompe. Et si cette rencontre n’était pas due au hasard ? Et si le triangle amoureux était beaucoup plus serré que l’on ne pense ? Difficile d’aller plus loin sans totalement spoiler mon homme (presque) parfait. J’ai bien apprécié cet album avec une seule gêne qui m’est purement personnelle. Je suis persuadé d’avoir déjà vu cette histoire au cinéma ou quelque chose de similaire. J’ai un peu fouillé, mais je n’arrive pas à retrouver la référence, si un lecteur passe par là, je suis preneur.

Dans un village, un vieil homme arrive. Il est le vingt-septième homme que doit tuer Wu Gang. Wu Gang est un jeune homme mal éduqué qui se rêve de devenir le plus bretteur de Chine. Les événements ne se déroulent pas comme prévu. La bande dessinée nous raconte en parallèle de la trame principale, l’histoire de deux épées. Confiées à deux grands guerriers, elles représentent l’union de la Chine. Il se trouve qu’Erlang, le vieil homme, possède une étrange épée noire, cassée. On comprend qu’il est l’un des deux guerriers. Il cherche à reforger l’épée, et surtout se trouver un successeur. Le sabre et l’épée est une bande dessinée en quatre tomes, très réussie. J’aime beaucoup les dessins qui font penser à des estampes chinoises, ainsi que les dialogues avec Wu Gang qui apporte la touche de comique.

Je pense qu’on a un peu épuisé toute la littérature et le cinéma autour des zombis. Pourtant Jean-Luc Istin, le très / trop prolifique auteur des séries Elfes, nains et j’en passe a réussi une intrigue intéressante avec Alice Matheson, même s’il ne brille pas non plus par son originalité. Alice Matheson, donc est infirmière à l’hôpital. Elle a sa part d’ombre, c’est-à-dire que c’est une serial killeuse. Elle ne prend son plaisir qu’en regardant les gens mourir. Elle a d’ailleurs bien choisi son métier puisqu’elle ne tue que des patients qui sont en phase terminale d’un cancer. Et c’est à sa grande surprise qu’elle voit le patient qu’elle vient de tuer, revenir d’entre les morts en tant que zombi. Durant six tomes, notre héroïne va donc essayer de survivre à une attaque de morts-vivants, essayer d’éviter que ses agissements ne soient dévoilés au grand jour, car on enquête sur tout le monde. Elle va aussi trouver le coupable dans l’hôpital. Si on fait abstraction du contexte fantastique, il est très difficile de ne pas penser à la série Dexter, avec notamment la tension permanente autour du personnage qui essaie d’éviter de se faire prendre. À l’instar de Dexter, on réalise que chacun a sa part d’ombre, on va ainsi découvrir qu’Alice n’est pas la seule à avoir des secrets. Alice Matheson entre clairement dans la catégorie des séries B, néanmoins ça fonctionne plutôt bien et ajoute une pierre à l’édifice au genre zombi.

L’action du lac de feu se situe aux environs de 1200. Nous sommes en pleine période des croisades contre les Albigeois. Un jeune chevalier vient chercher une mission auprès du seigneur local. Ce dernier voit avec lui une opportunité de se débarrasser d’un chevalier alcoolique, d’un inquisiteur, et de ce jeune homme plein d’entrain, en les envoyant dans une mission de routine. De cette façon, il ramène la paix dans son campement et le jeune seigneur, héritier d’une noble famille, ne prend pas de risques. Dans un village, les démons attaquent, on dépêche donc la petite troupe pour mener l’enquête. Il apparait que ce sont des aliens qui se sont écrasés avec leur vaisseau spatial et qui sèment la terreur. Force est de reconnaître que l’histoire est plutôt originale tout comme le dessin. Le trait fait en effet penser à celui de Gazzotti le dessinateur des séries Soda et seuls. Nous sommes donc face à un trait qu’on pourrait qualifier d’enfantin pour un contexte particulièrement sanglant. Les aliens sont des espèces d’insectes qui massacrent et capture les habitants, les scènes ne sont pas éludées, c’est gore.

J’ai apprécié cette bande dessinée, pour son histoire originale, mais aussi pour les caractères caricaturaux des personnages. Ces personnages, des archétypes aux réactions prévisibles, contrastant avec l’absurdité de la situation d’extra-terrestres voraces au moyen-âge. Le chevalier aigri, le jeune qui veut faire ses preuves, l’inquisiteur fou, mais aussi la jeune protestante qu’on accuse de sorcellerie, plongés dans un film d’aliens. La bande dessinée revient sur la tragédie cathare et sur certains massacres historiques. De plus quelques rebondissements montrent qu’il ne s’agit pas d’un grand délire, mais d’un ouvrage plus subtil.

Dans les années 1600, Castan est un jeune marin qui accompagne son père. Le bateau est attaqué, son père est tué sous ses yeux, Castan est vendu avec ses amis en tant qu’Esclave. Il finit par s’échapper et arrive dans le royaume Macchawari. Il s’agit d’un royaume constitué de castes avec des nobles incompétents qui sont à la tête du royaume. Toutefois, les meilleurs guerriers peuvent gravir les échelons et devenir général, c’est ce à quoi aspire Castan pour retrouver sa liberté et il va pouvoir s’illustrer au combat, car la guerre approche. Le royaume voisin complote, la guerre va bientôt éclater. Castan est une bande dessinée en quatre tomes scénarisée et dessinée par les frères Morellon. Amour, camaraderie, trahison, pour une bande dessinée remarquablement dessinée, mais pour laquelle je trouve le scénario un peu en dessous. C’est plaisant, mais pas vraiment passionnant, les rebondissements sont prévisibles à des kilomètres.

Solo c’est le nom d’un rat dans un univers qu’on suppose post-apocalyptique et particulièrement violent où chacun est la proie de l’autre. Les animaux ont évolué et certains sont devenus pensants. Ainsi, dans un monde dans lequel la végétation a disparu, où les conditions climatiques sont très difficiles, tout le monde est devenu carnivore. On voit dans la bande dessinée des vestiges du passé, mais on ne s’attarde pas pour expliquer les raisons du cataclysme. Solo erre sans but, malgré sa petite taille, il est un combattant hors pair. Durant quelques tomes, on va suivre ses aventures dans cet univers très Mad Max, où il sera gladiateur, mari, père de famille, libérateur de son peuple, père adoptif d’un chien.

On peut supposer que le choix de l’anthropomorphisme ici, c’est pour dénoncer la souffrance animale. Les humains afin d’éviter la chasse si dangereuse vont créer des fermes avec des rats. On y voit de toute évidence le parallèle avec les abattoirs. Par la suite, c’est le chien Legatus, fils adoptif de Solo qui prendra la relève, on y croisera les herbivores qui font repousser la forêt. Solo est une excellente bande dessinée aux dessins somptueux, une bande dessinée généreuse. Oscar Martin à la fin de chaque album, livre des carnets complets pour expliquer les espèces. L’histoire est d’une violence rare, particulièrement classique. En effet, le post apocalyptique, les mauvais humains, les animaux victimes, un messie, c’est du déjà vu. Et pourtant la bande dessinée est d’une force rare, que je ne peux que vous conseiller.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *