Dans les années 1900, quatre jeunes parisiens qui ne se connaissent pas sont emprisonnés dans les marronniers, un centre pénitentiaire pour mineur. Sur trois tomes, on va suivre les aventures des jeunes garçons et surtout leur volonté d’évasion. Les innocents coupables sont donc un garçon à la recherche de son frère qui serait passé par ce pénitentiaire, le fils d’un malfrat notoire, un garçon qui a été éduqué par des prostituées d’une maison close. Enfin un garçon qui veut impérativement s’échapper pour protéger deux jeunes enfants dont il se sent responsable. La bande dessinée est pour le moins classique avec d’un côté les méchants très marqués qui dirigent la prison et qui détournent les subventions à leur profit. À l’intérieur des murs, les prisonniers entre eux qui malgré leur jeune âge se font subir les pires violences et sévices. Une bonne bédé qui témoigne de l’époque.
Paul Grappe et Louise s’aiment, ils se marient. Paul doit partir à la guerre de 14-18, ce qui devait être une histoire de quelques mois devient l’enfer des tranchées. Paul est traumatisé, il voit ses camarades mourir sous ses yeux. Pour échapper à cette guerre, il finit par se mutiler, mais ce n’est pas suffisant, on veut le renvoyer au front. Il déserte et rejoint le petit appartement de sa femme, devenue couturière. Il boit, les journées d’enfermement sont longues. Pour échapper à cette « incarcération », son épouse l’aide à se travestir, il devient une femme Suzanne. L’affaire aurait pu s’arrêter là, Paul travaille, mais cela ne va pas. En fait, on comprend que c’est l’autorité que Paul rejette, l’armée, un patron, il veut être libre. Et cette liberté, il va la trouver dans le bois de Boulogne dans lequel il va mener une vie de dépravé, en entraînant même son épouse. (Très) mauvais genre est une bande dessinée surprenante pour l’époque, d’autant plus surprenante qu’elle est adaptée d’une histoire vraie.
Yann est un père « moderne ». Séparé de sa compagne, il essaie de participer à la vie de sa fille comme il peut. Entre un nouvel emploi d’architecte et une aventure un peu plus sérieuse que les autres, il tente de trouver sa place de père. Un jour, il constate que les poils de sa barbe disparaissent. Sa poitrine pousse. En bref, il se transforme en femme. Ce dérèglement hormonal trouverait son explication dans la pollution, les perturbateurs endocriniens. Je pense que c’est inspiré de différents faits d’actualité. On avait en effet constaté que la pollution entraînait le changement de sexe chez les poissons. La bande dessinée dépeint la société de façon dure, mais réaliste. On démarre au début de l’album dans un contexte d’attentat qui éclate, la paranoïa est partout. Le monde du travail avec les personnes âgées qui ne veulent pas se faire bouleverser par les jeunes. La séparation, mais aussi les gays et lesbiens. Yann se transformant naturellement en femme est vu comme un transsexuel. On le rejette d’une part et de l’autre, on lui demande d’apporter son soutien au mouvement, une forme d’instrumentalisation. Personne n’est épargné dans cette bande dessinée qui croque le monde actuel cruellement, peut-être un peu trop. Le lecteur est mis sous pression, on prend tous les problèmes de la société d’un coup. Tout ne se focalise pas sur la maladie. Les attentats, la société, on ratisse large.
J’ai dévoré un homme comme un autre. L’intrigue est prenante, on se demande vraiment comment va finir cette histoire d’homme qui se transforme en femme. Néanmoins l’oppression permanente avec la volonté de déballer tous les problèmes de la société donne la sensation qu’on part sûrement trop dans toutes les directions. On veut faire passer un message fort, celui qui dit que le monde va mal. Toutefois, on ne trouve ni solution ni morale dans l’album. Une bande dessinée différente qui intrigue, qui fait réfléchir, à lire.



Pyongyang parano est l’histoire de deux deux journalistes qui réussissent à s’infiltrer de façon « légale » en Corée du Nord. Je vous avertis tout de suite, et c’est mon principal reproche, vous n’aurez aucune révélation. La bande dessinée nous fait croire jusqu’à une rencontre avec Kim Jong Un qui n’aura pas lieu. On apprend donc des choses, mais rien d’étonnant puisque les journalistes restent dans un vase clos. On apprend ainsi que des industriels de tous les pays ou presque peuvent venir en Corée du Nord pour investir, des allemands par exemple ou des français. Tout démarre avec un homme d’affaire espagnol qui permet de faire rentrer des industriels du monde entier pour apporter des capitaux. Nos deux journalistes se font passer pour des fabricants de chocolat. Non seulement il ne se passe pas grand-chose, mais je pense qu’une partie est romancée. La bande dessinée est très agréable à lire, mais je regrette que pour un travail de journaliste, on vous vend du rêve dans le pitch.
Yvonne a 80 ans, elle prend conscience qu’elle ne peut plus vivre dans sa grande maison à la campagne. Elle décide de partir en EHPAD pour sa fin de vie. Le choc est important. L’infantilisation d’une certaine partie du personnel. Les gens séniles, les habitudes de vie, la famille qui vient, mais qui ne vient pas. Les désillusions, elle n’était pas préparée à ça. D’un naturel plutôt joyeux, elle trouvera l’amour, va se créer des amis, histoire de ne pas sombrer. Le plongeon, c’est le titre de cet album unique qui traduit la chute d’une femme, son corps, sa mémoire, la fin de vie tout simplement. Le récit ne se veut pas misérabiliste, pas optimiste non plus, il essaie de s’attacher à la réalité de ce que représente la fin de vie au sein d’une maison de retraite. On voit souvent des bandes dessinées sur la vieillesse, sur la maladie d’Alzheimer, mais pas sur les maisons de retraite. Cela peut être un support intéressant et original pour des élèves d’ASSP ou de SAPAT.
Arthur est un homme âgé, son épouse est décédée. Son souhait était de s’installer au bord d’un lac, ce qu’ils ont fait. Arthur passe ses journées à peindre, des oiseaux principalement. Il retrouve sur son terrain Gabriel, un propriétaire d’une galerie parisienne. Gabriel a déjà vu les œuvres d’Arthur et il fait le forcing pour l’exposer. Arthur n’est pas intéressé, pourtant les moments qu’ils passent avec Arthur finissent par réveiller quelque chose, les deux hommes finissent par s’embrasser dans son atelier et coucher ensemble. Seulement, Arthur s’il a toujours senti son attirance pour les hommes, n’était jamais passé à l’acte. Difficile pour cet homme veuf, père de deux enfants, de faire son coming out à son âge. Les oies cendrées est un joli album, simple dans son histoire et son dessin.



Nos pères, nos frères, nos amis – Dans la tête des hommes violents est l’adaptation d’un roman qui est elle-même plus ou moins l’adaptation d’une série de podcast. Concrètement Mathieu Palain a participé à des réunions d’hommes violents, rencontré des spécialistes, s’est intéressé au parcours de ces hommes. L’aspect intéressant dans l’ouvrage ce n’est pas de présenter le monstre, mais bien quelqu’un qui peut être un proche que vous côtoyez, ce fameux ami, ce père. L’idée, c’est de montrer que ces hommes qui passent à l’acte, finissent souvent en prison pour leurs actes restent des hommes, des hommes défaillants. L’œuvre insiste sur la reproduction, à savoir que ces hommes ont grandi dans la violence. En cassant la violence des pères, on finira par ne plus avoir la violence des fils. À la lecture de la bande dessinée, il est difficile en tant qu’homme de ne pas s’interroger sur sa propre violence, comme le fait l’auteur qui ne s’épargne pas. Il raconte en effet ses privilèges de seul garçon de la famille, ses gestes brutaux à l’adolescence sur les filles. Mon seul reproche, c’est que vers la fin de la bande dessinée, c’est un peu décousu, on ne sait plus trop ce que veut raconter l’auteur qui finit par tourner en rond.
Callista, Granite et Narvarth sont sur un vaisseau de croisière pour une croisière intergalactique. Respectivement une passagère, un officier de bord un peu rebelle et un technicien. Le vaisseau finit par arriver dans une autre dimension et s’écraser sur une autre planète sans traces apparente de technologies. Ils deviennent les naufragés d’Ythaq. Nos compagnons vont être poursuivis par des locaux. Certains vont développer des pouvoirs en lien avec les quatre éléments. Ils vont découvrir qu’ils font partie d’une « pièce » bien plus importante que leur seule survie.
La première partie se déroule sur Ythaq, elle se déroule sur sept tomes. Il est très difficile d’en dire plus, car l’intrigue prend un tournant totalement inattendu. Il est très difficile de l’évoquer sans spoiler. Dans la seconde partie, nos amis reviennent dans leur monde et sont à nouveau au centre des enjeux. Ils ont tout de même découvert un univers parallèle avec des ressources commerciales potentiellement gigantesques. Ce second cycle est beaucoup moins intéressant que le premier même si la bande dessinée reste agréable à lire. Il s’agit d’une bande dessinée d’Arleston et ça se sent. Il est très difficile de ne pas faire la comparaison avec Lanfeust de Troy. On trouve de très nombreux éléments communs, mais j’ai presque envie de dire à l’envers, notamment avec Lanfeust des étoiles.
Dans Lanfeust nos personnages ont des pouvoirs. On ne manquera pas de noter que Granite le héros de l’aventure va manipuler le feu. Un pouvoir similaire à celui de Lanfeust, forgeron qui fait fondre le métal. Cixi et Callista sont deux personnages très proches avec un caractère de peste, y compris physiquement. Narvarth avec son côté idiot qui se retrouve entre les deux femmes comme Lanfeust et les jumelles. Du Lanfeust des étoiles à l’envers, car dans Lanfeust on démarre sur un monde sans technologie pour finir dans les étoiles. Ici nos héros s’écrasent en provenance des étoiles, sur un monde qui n’est pas sans faire penser à Troy.
Il y a dans les naufragés d’Ythaq, un revirement complet de l’histoire. On pense au départ qu’il ne s’agit que de la survie dans un monde inhospitalier qui m’a fait largement penser au monde du fleuve, le livre de Philip José Farmer. En effet, l’humanité se réveille au bord d’un fleuve gigantesque et va apprendre à se débrouiller. Il apparaît que dans toute cette population ressuscitée, certaines personnes ne sont pas comme les autres, elles partagent un secret. Ce ne serait pas surprenant puisque Arleston le scénariste s’inspire largement des livres de la SF. Et c’est exactement le cas ici, il y a des gens sur cette planète qui ne sont pas de simples naufragés comme les autres. Malgré un goût prononcé pour le déjà-vu et j’ai envie de dire, un peu comme toutes les bd de Arleston, on a comme toutes les bd d’Arleston de la grande aventure, de l’efficacité. On ne s’ennuie jamais. Je noterai de plus que la bande dessinée contrairement à Lanfeust ne tombe pas de façon systématique dans l’humour potache, c’est beaucoup plus agréable à lire.


Au XIXème siècle, deux frères vivent avec leur père dans la campagne. Le papa ancien soldat est devenu alcoolique. Il se réfugie dans l’alcool pour oublier les horreurs de la guerre. Il est devenu un homme méchant, mais surtout un homme qui a peur du monde. Lorsqu’il découvre que son ainé conserve des livres de sa mère, des livres qui expliquent le monde, il y met le feu. Il ne manquait que cet événement pour que les frères Flanchin (la formidable aventure des) prennent la route. Ils vont croiser un indien qui s’occupe d’un vieil ours qui va finir par mourir. L’indien a été ramené en France et il faisait partie du spectacle. Ne supportant plus les maltraitances subies par l’ours, il a tué les patrons du cirque et s’est enfui. On a donc un road-movie avec un ado, un enfant, un indien tueur et son ours poursuivis par le père qui veut ramener ses fils et la police qui veut tuer l’indien. Une histoire assez classique, joliment dessinée qui fait le job.
Dans la fin des années 60, une série de crimes sataniques. C’est une jeune inspectrice fraîchement débarquée qui va devoir prendre l’enquête. Assez rapidement, elle va suivre la piste d’une espèce de gourou qui se prétend prêtre de Satan et qui aurait un lien avec les meurtres. Ce qui est intéressant avec American Parano c’est plus le contexte que l’histoire qui est pour le moins classique. En effet, lorsque l’inspectrice arrive au bureau, elle est victime du sexisme ambiant, personne ne la prend au sérieux. Elle est pourtant la fille d’un inspecteur de la brigade qui aurait un lien avec l’affaire. La bande dessinée est actuellement composée de trois tomes. Un premier diptyque qui couvre cette histoire, un troisième tome sans rapport avec cette première histoire où notre héroïne est au service d’un futur candidat à la présidence. J’ai largement moins adhéré à cette seconde histoire.
Bordeaux Shanghai est une bande dessinée particulièrement classique, prévisible, mais qui fonctionne très bien. Une bande dessinée sucrée qu’on voit bien adaptée pour un access prime time de TF1. C’est l’histoire d’un jeune homme chinois, fils de millionnaire. Le jeune homme fait n’importe quoi et son père finit par saturer. Il y a quelques années, il avait acheté un domaine viticole en France, sans grande connaissance, tout simplement parce que sa défunte épouse aimait l’endroit. Il décide d’isoler son fils de ses fréquentations et de lui demander de faire des comptes rendus réguliers sur ce domaine à l’autre bout du monde. Si le jeune homme fait une arrivée fracassante et remarquée avec ses amusements, il finit par s’intéresser au vin. Il faut dire que la jeune œnologue qui dirige le domaine ne le laisse pas indifférent… Comme on peut s’en douter avec un pitch pareil, des affaires de famille, de village, de manipulation, et de l’amour ! Déjà vu des centaines de fois, mais c’est plaisant.



Tronchet est devenu pour moi l’un des meilleurs scénaristes de mes lectures de bandes dessinées. C’est toujours drôle, passionnant, alors que c’est purement social, on a un suspense insoutenable jusqu’à la fin de l’album. Dans le meilleur ami de l’homme, on raconte l’histoire d’un proctologue, un homme qui a réussi sa vie, en apparence. Un mariage qui se termine, une maîtresse qui le harcèle, tout n’est pas si rose. Lors d’un match avec sa fille, il retrouve une vieille connaissance, Kévin Delafosse. Avec cet homme, la nostalgie, la jeunesse et surtout Cécile. Cécile son amour de jeunesse, la femme avec qui il devait faire sa vie et puis plus rien, disparue. Kévin est resté exactement le même, figé dans le passé. Tatoueur, des problèmes d’argent. Il a pourtant des informations sur Cécile et les distille au compte-goutte avec une bonne dose de mensonges. Le meilleur ami de l’homme fait donc planer le suspense, qu’est devenue Cécile ? Notre héros va-t-il pouvoir la retrouver ? Toujours aussi drôle, toujours aussi bien écrit malgré le côté déjà vu des situations de tandem que tout oppose.
L’histoire se déroule dans les années 1530 avec un duel pour la place de maître d’armes (Le). Un duel dans lequel celui qui l’emporte devient ou reste l’instructeur de François I. C’est plus qu’une place qui se joue puisque Hans Stalhoffer est de la vieille école. Il pratique l’épée quand son adversaire va utiliser la rapière. Ils se blessent mortellement tous les deux, un match nul, sauf que le roi fait le choix de la rapière pour armer la France et délaisse l’épée. Hans s’isole dans le Jura sans donner la revanche à son adversaire. On le retrouve quelques années plus tard, l’ombre de lui-même. il vit en récupérant des dettes au profit du clergé local, lorsque son vieil ami le chirurgien du roi lui demande son aide pour traverser jusqu’en Suisse afin de traduire la bible en « vulgaire » c’est-à-dire en français. La bande dessinée est un one shot qui insiste sur une période de transition, la fin du moyen-âge, le début de la renaissance. Très efficace, dans l’action et dans la réflexion, la fin d’un monde au profit d’un nouveau. Le choix d’avoir mis au même niveau les armes et l’accès au savoir est assez pertinent. Il est à noter que les auteurs remercient au début de l’album un spécialiste des AMHE. Les Arts Martiaux Historiques Européens ce qui me permet de faire un lien vers la vidéo qu’avait réalisée Benjamin sur le thème. Le maître d’armes est une excellente bande dessinée que je vous recommande.
À l’instar de plusieurs séries, Sirènes & Vikings fait le pari de faire une série multi-auteurs. C’est une manière de produire beaucoup plus rapidement sans pour autant nuire à la qualité. Ce sont des productions qui correspondent à l’ère du temps : beaucoup et rapidement. Elles rencontrent un certain succès face à un public qui ne se sent plus capable de patienter quatre ou cinq ans entre deux albums. Je pense aux terres d’Arran avec les bandes dessinées elfes ou nains qui ne finissent d’ailleurs de s’agrandir avec les terres d’Ogon.
Sirènes & Vikings comme son nom l’indique va nous raconter des histoires de sirènes et de vikings. L’idée est intéressante puisqu’elle diffère du cadre classique de la fantasy. Le premier tome est assez original parce qu’il démarre par une histoire d’amour entre une demi troll et un viking. Le fils du jarl car c’est de lui qu’on parle, va tomber amoureux d’une sirène. Le triangle amoureux est pour ainsi dire plutôt inédit et les histoires de tromperies pas si nombreuses que cela dans la fantasy. Il sera question de paix entre les peuples de la terre et de la mer. Pour le second tome, on trouvera une sirène qui a le pouvoir de se transformer en une humaine. Élevée dans le secret par un couple, elle fait la guerre à son peuple. Dans le troisième tome, il sera question d’un triton. Enfin, le dernier tome, c’est la traque d’un clan de sirènes par une jeune femme. Pour sauver sa fille, elle doit en effet trouver le clan à l’origine de la mort du fils du jarl.
Une production de quatre tomes en sept mois, puis plus rien à part une intégrale. La plupart du temps, l’intégrale, c’est la clôture d’une série ou d’un cycle. On peut supposer que la bande dessinée n’a pas rencontré le succès escompté. La série, sans révolutionner le genre, est agréable à la lecture et fait donc le job de divertissement.


