PIX est une certification de compétences en informatique qui existe depuis 2019. Elle remplace le B2i. PIX se passe à tous les niveaux, de la troisième jusqu’aux études supérieures, quelques explications, quelques enjeux aussi. Du fait de ne pratiquer que PIX en troisième, je ne donnerai les informations, le ressenti, que pour ce niveau.

Avant PIX le B2i

Avant 2019, le B2i est à la charge de l’enseignant sous le format papier. Comme vous pouvez le voir, il s’agit d’une feuille avec de très nombreux items à valider. On notera qu’il y a déjà à cette époque la volonté de ne pas mettre cette attestation seulement à la charge de l’enseignant d’informatique mais en faire un outil pluridisciplinaire. Il était nécessaire pour chaque élève, de signer, de dater et de préciser dans quelle matière l’enfant avait validé la compétence. Les ambitions du B2i étaient hautes puisque sur le principe un enfant qui ne validait pas le B2i ne pouvait prétendre à passer le diplôme du brevet des collèges. Dans ces années, on avait la même chose avec le niveau d’anglais.

Comme on peut s’en douter, la fameuse bienveillance professorale fait qu’on validait le B2i à tous les enfants. De la même manière, comme l’informatique, c’est la charge du professeur d’informatique, personne ne se préoccupait de valider les items si ce n’est le prof d’informatique. En conclusion, en fin d’année scolaire, on cochait la grande globalité des croix et tous les élèves validaient leur B2i.

L’arrêt du B2i a été particulièrement bien accueilli par la communauté éducative, en tout cas les professeurs d’informatique, puisqu’il s’agissait en fin de compte d’une perte de temps conséquente en paperasse.

PIX le renouveau de l’examen, première époque

PIX arrive au mauvais moment puisqu’en plein COVID et pose quelques ambitions similaires au B2i. Désormais l’enfant est en situation d’examen mais seul face à l’ordinateur. La validation est faite de façon automatique, à l’instar d’autres examens comme l’ASSR2 ou les examens d’entrée en classe de seconde. Le système est très bien fait, l’enfant est autonome, c’est plutôt ludique, on y reviendra plus loin.

Les thèmes abordés sont très nombreux. De la sécurité de base par exemple, on va demander à partir d’informations de profil à un enfant de se connecter à un compte. On se rend compte qu’il y a une date de naissance et que le code est sur huit chiffres. PIX propose des outils très performants comme une boîte mail « virtuelle ». L’élève va répondre à des messages fictifs, devoir mettre en copie des gens pour avoir un mot de passe qui lui permettra de valider sa réponse. On s’y croirait réellement.

Du code, de l’utilisation des outils bureautiques, des connaissances en informatique, 16 thématiques sont présentes. J’évoque plus haut des ambitions similaires au B2i. La première c’est de donner un niveau aux élèves et c’est ainsi qu’on fait une certification en fin d’année, à savoir que l’élève valide un « diplôme ». L’idée c’est pour un CV de faire apparaître son niveau PIX pour affirmer ses qualifications comme on peut le voir sur le site de France Travail. Terminé donc le Word, Excel maîtrisé, on met désormais son niveau PIX en lien avec ses certifications.

De la même manière, tous les enseignants peuvent faire valider PIX aux élèves, on a même des parcours qui lient informatique et d’autres matières. Malheureusement et pour faire PIX depuis 2020 avec les élèves, une fois de plus, il est impossible de fédérer les autres enseignants, PIX reste à la charge des professeurs d’informatique.

Un système basé sur la gamification ou la ludification

La gamification c’est le concept qui consiste à mettre une part de « jeu » dans des sujets plus ou moins sérieux. Comme vous pouvez le voir dans l’écran ci-dessous qui représente les points PIX d’un élève, on a un système de point. On voit bien les 16 compétences attendues et les points qui vont avec. Il s’agit concrètement de niveaux. Plus on augmente le niveau, plus les questions sont difficiles. PIX sait donner l’envie et s’appuie sur des mécaniques qu’on connaît dans le jeu vidéo. Quand l’enfant valide un niveau en répondant juste à une question, s’affiche une notification pour dire qu’il a gagné un point et le félicite. C’est tout à fait le genre de mécanisme qu’on va retrouver dans Candy Crush.

Pour ma part je trouve que c’est une forme d’utilisation de dark patterns qui est utilisée. On pourrait me rétorquer que ce système de gamification pour quelque chose de très sérieux puisque validé par un examen de fin d’année se retrouve dans les bons points que nous donnaient les maîtresses à l’époque. Je pense qu’on devrait éviter les systèmes de sanction, récompense dans des programmes développés par l’éducation nationale notamment lorsqu’on dénonce les algorithmes dans nos cours. On ne peut pas de façon systématique proposer une carotte aux élèves même si elle est virtuelle, et on peut imaginer les dérives à venir quand on sait que PIX ouvre certainement la voie de ce qui sera l’examen de demain.

Il faut savoir que ça marche plutôt bien, trop bien. Pour les élèves, l’ordinateur n’est pas un outil c’est une corvée, une difficulté. Ici encore il faudra y revenir. À l’époque, lorsque des élèves avaient fini leur travail, on les retrouvait sur le net, sur leboncoin ou sur leurs réseaux sociaux. Aujourd’hui, comme ils n’ont plus leurs codes qui sont sur leur téléphone, qu’en fin de compte ils maîtrisent mal la machine, ils vont soit lancer des jeux en ligne soit faire du PIX. On a donc des élèves qui font fortement monter le niveau avec des répercussions problématiques.

Ce principe de points est un problème de compréhension générale pour mes élèves. J’ai deux grandes écoles dans mes élèves en 2025. En 2025 alors que PIX est en place depuis de nombreuses années, certains élèves sont passés entre les mailles du filet. Ils partent de zéro et n’ont donc aucun point ce qui interpelle sur ce qu’ont fait les collègues dans les autres établissements. Pour pouvoir être certifiable, il est nécessaire que l’élève ait cinq points au minimum. Sauf que la répartition des points c’est cinq fois un point. On a donc des élèves qui vont monter dans un niveau et arriver au niveau trois en pensant qu’ils ont trois points sauf que ce n’est pas le cas. Parallèlement, on se retrouve avec des élèves qui ont fait beaucoup de PIX, parfois dans leurs anciens établissements ou parfois parce qu’ils se sont pris au jeu.

Des problèmes techniques, des problèmes de fond.

Voici les problèmes posés par PIX.

Le problème des points. Comme je l’ai expliqué dans le paragraphe précédent, il faut cinq points pour passer l’épreuve. Dans la première mouture de l’examen, un élève qui avait ses cinq points PIX passait un examen de deux heures avec 16 questions. À contrario, un élève qui avait poussé trop fortement le nombre de points PIX pouvait se retrouver avec plus de 40 questions. J’ai un souvenir assez amusant d’un élève en difficulté scolaire qui avait fait faire PIX à sa cousine et qui s’était retrouvé à sa grande surprise avec 42 questions à l’examen. Et bien sûr, comme certains niveaux ont été poussés, l’élève se retrouvait le jour de l’examen avec des questions de haut niveau.

C’est un problème qui est désormais résolu puisque tous les enfants quel que soit leur niveau vont passer un examen avec 32 questions. De plus le parcours s’adapte par rapport au niveau des élèves si bien que les enfants ne se retrouvent pas en difficulté avec des questions auxquelles ils sont incapables de répondre.

Tous les documents en lien avec Pix sont hébergés sur des Nextcloud. La science avance.

Le problème de la fraude. Avec un examen réalisé intégralement sur ordinateur. Avec un examen qui vous laisse selon certaines questions une liberté de chercher sur le web, on se doute que les forums Reddit n’ont pas attendu pour donner les réponses. Il est donc demandé aux élèves d’installer une extension dite compagnon qui bloque les tentatives de fraude. J’ai fait l’installation de l’extension et elle est problématique dans mon cas. Dans un système TSE, nous avons dû retirer Google Chrome sur les sessions. Il apparaît que le navigateur est trop gourmand dans cette utilisation informatique. Les élèves ont tendance à utiliser Microsoft Edge, basé sur le moteur de Chrome, il est compatible avec l’extension. Malheureusement, au moment où j’écris ces mots, l’extension n’est pas dans les « Modules complémentaires Edge », il est nécessaire de faire un bricolage compliqué pour nos élèves. La solution la plus simple est donc d’utiliser Firefox.

Cela peut sembler anecdotique mais il faut se remettre dans un cadre troisième. Des élèves qui n’écoutent pas et qui lancent Edge. Des élèves qui finissent par écouter et lancent Firefox mais qui ne connaissent pas leurs codes PIX car ils sont enregistrés sous Edge …

J’ai pris Firefox parce que Google Chrome hein …

Des élèves qui n’ont plus d’ordinateur chez eux. En début d’année scolaire, il est demandé de faire ce qu’on appelle une campagne de rentrée. Une campagne c’est potentiellement deux heures à trois heures de temps. À raison de une heure de cours d’informatique par semaine, si on va faire le démarrage de la campagne en classe, on ne va pas prendre de temps supplémentaire pour finir la campagne à l’école, on demande de finir à la maison. On se rend compte de plusieurs problèmes. Les équipements informatiques sont de moins en moins présents dans les familles. PIX même si c’est un outil particulièrement bien fait, n’est pas responsive design et ne peut être réalisé pour l’instant que sur un ordinateur. PIX ne fonctionne pas sur les téléphones portables qui est l’équipement pourtant que chaque jeune possède.

Par extension, on peut s’interroger aussi sur la pertinence des choix, des questions, des usages. PIX est totalement orienté vers l’ordinateur portable et certaines pratiques « anciennes », pas vers les pratiques de nos jeunes. Par exemple, l’utilisation de la boîte mail est un fondamental. On peut d’ailleurs se dire que si l’école ne leur apprend pas à utiliser une boîte mail, qui le fera ? Pourtant, à l’âge de 14 ans, il y a peut-être des notions qui sont prioritaires et plus importantes à mettre en place. La sécurité informatique de base comme je ne confie pas l’ensemble de mes codes à ma meilleure amie du moment, ou j’apprends à gérer mes codes, mes réseaux, ce que je fais avec. Nous pratiquons l’usage de la boîte mail au travers des ENT, chez moi avec ecoledirecte, dans le cadre d’une pratique professionnelle, pour les demandes de stage, ce sera indispensable au lycée. À noter d’ailleurs qu’avec la réforme du BAC PRO SAPAT, on a un module d’aide à la personne dans l’informatique et qui impose à nos jeunes de savoir créer une adresse mail et d’expliquer à des personnes comment faire.

Avec l’institution qui demande aux élèves d’utiliser PIX à la maison, on va créer des inégalités supplémentaires entre ceux qui sont équipés et ceux qui ne le sont pas. Problématique que nous retrouvons pour les rapports de stage par exemple.

Une image générée par ChatGPT qui devait illustrer un combat entre un ordinateur et un smartphone. C’est raté

Pour l’instant, le problème principal de PIX, c’est qu’il ne sert à rien

Servir à rien c’est violent, mais c’est l’image qu’ont les jeunes de PIX. Il est difficile dans leur monde de leur donner totalement tort. PIX est intéressant, il développe les connaissances en informatique, il est bien fait, il est ludique. Mais à la sortie, une fois qu’on a sa certification PIX, elle sert à quoi ? L’idée d’un B2i bloquant pour un passage du DNB était intéressant. À l’ère de l’IA, on pourrait imaginer une intégration facile des performances de PIX aux différents piliers de compétences du DNB, notamment les outils pour apprendre. Pour l’instant rien. Dans les livrets du BAC STAV, on voit désormais apparaître les compétences PIX qu’il est obligé de noter. Mais ici encore on fait de la paperasse, il n’y a pour l’heure aucune exploitation.

La notation de la certification PIX pose elle aussi des problèmes. Cette année, avec la nouvelle mouture de l’examen, tous mes élèves sont certifiés. Leurs points vont de moins de 100 à plus de 300. On se doute que la certification a plus de 300 est meilleure que celle de 90 mais quelle prise en compte ? Aucune.

C’est assez révélateur de la vitesse à laquelle vont les choses dans l’éducation. Plus de cinq ans de PIX, la grande majorité des élèves le pratique dans leurs établissements scolaires. Pourtant à l’heure actuelle, il est difficile de donner du sens puisqu’il n’y a pas d’influence sur les examens que les élèves passent. On suppose qu’il faudra encore de nombreuses années, des changements de ministre, des réformes pour qu’un jour PIX soit considéré comme un examen fondamental dans l’éducation.

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