La recherche telle que nous la connaissons est vouée à disparaître, remplacée par l’intelligence artificielle. Il est d’ailleurs intéressant de se dire que le mot recherche va perdre tout son sens. En effet, quand aujourd’hui, le moteur de recherche nous renvoie une liste de liens plus ou moins pertinents pour une requête, l’IA vous donne une réponse, et c’est ici ce qui fait la différence.
Les moteurs de recherche en 2025
Voici des statistiques relevées sur le blog du modérateur, référence française pour qui veut un peu comprendre les usages d’internet.


Il est assez simple de voir que Google écrase totalement le marché. Vous noterez que j’ai fait mis deux captures dont une seconde très ciblée puisqu’il s’agit du territoire français sur PC. Google domine moins les parts de marché pour deux raisons. La première c’est que lorsque vous achetez un smartphone, vous avez le choix entre Apple et Google. Apple ne propose pas son propre moteur de recherche et s’appuie sur Google. Nous y reviendrons plus loin, mais c’est un accord à 20 milliards de dollars. Pour le reste, les smartphones Android sont par défaut avec Google, ce qui signifie qu’il faut une véritable volonté pour changer de moteur de recherche ou être dans un pays pour lequel le moteur de recherche est couleur locale : Yandex le Russe ou Baidu le chinois. En résumé, par défaut, les smartphones embarquent Google.
Dans le monde du PC c’est différent. Par défaut, les ordinateurs sont livrés avec Windows, qui embarque Microsoft Edge qui met en avant son moteur de recherche Bing. Il faut donc comprendre que le « succès » de Bing ne se traduit pas par de meilleurs résultats de recherche, sinon les statistiques seraient plus significatives sur smartphone mais par un comportement d’utilisateur. Une partie des gens ne vont pas changer de navigateur et utiliser ce qu’on leur donne. En informatique, on mise beaucoup sur le comportement et sur les habitudes.
Et d’ailleurs on les retrouve dans le classement francophone avec la particularité de retrouver Yahoo! star des années 2000 et Qwant qui se voulait le moteur de recherche français qui donnerait la souveraineté à notre pays dans ce domaine. Pour le second, je vous invite à lire un peu les catastrophes à répétition et de noter le rapprochement avec le moteur de recherche Ecosia qui plante des arbres. Ecosia est en effet un moteur de recherche allemand et la volonté de créer un index commun n’est pas neutre, les deux moteurs de recherche s’appuient sur bing.
En effet, indexer des milliards de pages tous les jours, c’est cher, et ils sont peu nombreux à s’être lancés dans l’aventure puisque même Apple n’a pas investi alors qu’il en a les moyens.
Les moteurs de recherche ne sont pas neutres
On vient de voir que Google paye 20 milliards de dollars pour être le moteur de recherche de Safari. Si Google met une telle somme d’argent sur la table c’est qu’il va nécessairement y trouver son compte, il ne s’agit pas d’une action philanthropique. Les moteurs de recherche fonctionnent sur le modèle de la publicité ciblée. Plus vous faites de recherche, plus vous êtes connu pour le moteur, plus les publicités ciblées sont précises. Bien sûr, il faut placer la recherche dans son ensemble. Comprenez que l’acheteur de téléphone Android, donc un système Google, qui va utiliser Google Chrome, propriété de Google, et le moteur de recherche Google va céder une quantité d’informations très importante à la marque.
On pourrait se réjouir en se disant que la publicité proposée est plus juste, plus adaptée à chacun d’entre nous. Ce n’est pas le cas. D’une part d’un point de vue éthique, nous sur du traçage, nos données sont réutilisées, revendues, ce qui est tout de même médiocre mais c’est la contrepartie pour l’utilisation d’un service gratuit. D’autre part, la publicité n’apparaît pas au hasard, c’est celui qui paie plus cher que les autres qui se retrouve en tête de liste.
Voici les résultats de recherche pour des chaussures

Les résultats surlignés en rouge ne sont pas les meilleurs magasins de chaussures, ceux qui vendent les chaussures de la meilleure qualité possible ou les plus connus. Il s’agit simplement de vendeurs qui ont payé pour se retrouver en tête du classement. Google ne vérifie pas les résultats ou les vérifie après plainte. Il y a quelques années Frandroid titrait : Bitcoin : un ado gagne plus de 2 millions d’euros grâce à une arnaque sur Google. Il s’agissait d’un adolescent qui avait monté une fausse page, payé un peu pour figurer en tête des recherches. Des gens ne se posant pas de question ont considéré que le premier lien était le bon et ne se sont pas posé de question. On voit une fois de plus qu’il est facile de jouer sur les comportements humains, c’est le principe du phishing ou encore des dark patterns qui consistent dans des applications à inciter les utilisateurs à faire des choix.
L’intelligence artificielle va révolutionner la recherche, ou plutôt la tuer
Pour en revenir à la seconde partie de ma phrase, c’est une évidence. Le moteur de recherche tel que nous le connaissons est voué à disparaître. Je citais plus haut l’accord entre Apple et Google, il est menacé. On fait en effet le constat de la diminution du volume de recherche Google dans Safari. Logique, les gens se tournent de plus en plus vers les IA. Apple désireux de proposer le meilleur pour ses utilisateurs serait tenté par le rachat de perplexity l’un des ténors de l’intelligence artificielle.
Il faut dire que dans nos sociétés dans lesquelles on n’a pas le temps, ni de chercher ni de réfléchir, la réponse d’une intelligence artificielle est une aubaine. Par exemple, si j’en reviens aux chaussures, il suffit de formuler dans une IA ma requête. Inutile dès lors de faire des tas de liens pour réussir à trouver ce que je cherche. Les résultats à l’heure actuelle ne sont pas toujours satisfaisants mais on sait que la marge de progression est colossale. Demain, on imagine une réponse précise, instantanée, personnalisée, qui répondra parfaitement à la demande.
L’entraînement de l’intelligence artificielle avec nos données personnelles permet à l’IA de mieux nous connaître et ainsi répondre au mieux à nos exigences. On imagine qu’on est utilisateur régulier de ChatGPT, les données sont mémorisées, il finit par connaître les restaurants qu’on apprécie, nos allergies alimentaires, pour nous proposer où qu’on aille le restaurant idéal.

Le moteur de recherche n’a pas cette capacité et de donner la réponse qui semble la plus pertinente et de cibler parfaitement en fonction de l’utilisateur. Et c’est bien le cœur du problème.
L’intelligence artificielle, véritable progrès mais tueur de nos capacités de réflexion.
Sur le papier, c’est parfait. Dans les faits beaucoup moins. La génération qui a utilisé le moteur de recherche, a développé pour beaucoup, des capacités d’analyse des résultats proposés. En imaginant que je fais partie des gens qui réfléchissent, si je fais une recherche sur mes fameuses chaussures, je vais regarder les points suivants : comparaison directement sur les sites, fiabilité du site en vérifiant les différents avis, qualité des chaussures vendues. Si on étend à n’importe quel sujet, on a tendance à croiser les sources en multipliant les sites internet et les vérifications. Car c’est ici la force du moteur de recherche, faire une proposition multiple qui permet de « fact checker » un site par rapport à un autre. On est donc dans une démarche intellectuelle active.
On peut d’ailleurs étendre cette « capacité intellectuelle » aux résultats de l’IA. Aujourd’hui avec la qualité des résultats, sur certains sujets, quand j’ai une hésitation, je vais croiser directement. Comprenez que si je demande à l’IA de me générer des équations du premier degré à une inconnue, je n’ai pas besoin de croiser, mon expertise dans le domaine est suffisant. Pour d’autres sujets par contre, je n’ai pas la compétence suffisante et je vais me renseigner grâce à la recherche.

La génération actuelle, à fortiori montante, va utiliser par défaut l’IA qui sera le premier réflexe. On le comprend, une jolie réponse directement plutôt que des dizaines de liens. Rappelons de plus que ces liens s’ils n’ont pas été payés sont en tête de classement car c’est un gros site ou un site qui sait jouer avec les règles SEO. Donc des gens qui sont incontournables ou des gens qui savent manipuler l’internet mais pas forcément des gens pertinents. Dans dix ou quinze ans, quand quelqu’un fera sa saisie de façon systématique dans une IA pour obtenir une réponse, quelle défense intellectuelle sera à sa disposition pour remettre en cause le résultat d’une intelligence artificielle ? Il y a de fortes chances pour que l’individu prenne tout pour argent comptant sans s’interroger davantage sur la qualité du résultat. De plus, avec des moteurs de recherche particulièrement coûteux à maintenir, il y a fort à parier qu’ils finissent par disparaître au profit de l’IA ou dissimulés sous l’IA. Ainsi, la seule manière de vérifier un résultat d’une intelligence artificielle sera de consulter … une autre intelligence artificielle.
Les premières études arrivent et elles vont dans le sens que je décris, l’utilisation de ChatGPT rend idiot. Il ne pourrait en être difficilement autrement dans une utilisation basique.
L’IA un modèle économique qui se cherche et des biais pour un avenir sombre
L’intelligence artificielle a un prix, on le connaît. Cher.

Dans l’article dans le lien ci-après on comptait déjà 400 millions d’utilisateurs et 2 millions d’utilisateurs payants. De plus en plus d’étudiants prennent des abonnements payants, ils sont souvent les premiers intéressés par des réponses toutes faites. Le propos n’est pas d’évoquer et de dénoncer les pratiques en lien avec l’éducation mais simplement de parler d’argent. On sait que les prompts consomment de grandes quantités d’énergie, que l’IA est un gouffre et par le fait c’est cher à produire.
Sur le ratio actuel c’est seulement 0.5% des utilisateurs qui payent, c’est trop peu. Il s’agit d’un tournant pour les grosses sociétés qui réussissent à changer les modèles ou en tout cas qui essaient. Il y a des années, toute l’actualité était gratuite sur internet, aujourd’hui nous sommes soit dans un modèle payant avec des paywalls soit dans des contenus de basse qualité sponsorisés. On doit donc imaginer dans les hautes sphères que la recherche qui est « gratuite » (on y laisse nos données personnelles) pourrait basculer dans un modèle payant. On le fait d’ailleurs bien sentir, utiliser ChatGPT dans un modèle gratuit est de plus en plus limitant. Impossible d’obtenir une génération d’images sans être connecté.
Comme il faudra bien payer le système, que les gens ne s’abonnent pas suffisamment, alors on sait qu’il faudra passer par la case publicitaire. On en revient alors à la problématique citée plus haut, de la publicité au milieu des réponses. Et ici cela va même au-delà, quelle certitude que la réponse fournie soit réellement pertinente et qu’elle ne soit pas influencée. Si on prend ma requête ci-dessus, sur les chaussures dans l’IA Mistral, IA française, la plus à même d’assurer notre souveraineté, j’ai mentionné « Asics ». La logique aurait été de m’orienter vers le site Asics, c’est Zalando qui apparaît en premier. Pourquoi ? Eh bien j’ai envie de dire que pas grand monde ne le sait. Car l’une des problématiques des intelligences artificielles c’est qu’elles n’ont rien d’intelligent, elles se contentent de générer des contenus avec des biais.
Les exemples des biais sont nombreux, on pense à Midjourney et son incapacité à générer une image d’un médecin noir qui soigne des enfants blancs. Le système d’Amazon entraîné par les résultats des précédents RH qui ne recrutait que des hommes. Et bien sûr les origines des IA comme Grok l’intelligence artificielle d’Elon Musk qui envoie des résultats délirants ou deepseek l’intelligence artificielle chinoise qui n’ira jamais dire de mal sur le gouvernement.

Il y a beaucoup de raisons de s’interroger sur la pertinence des résultats : mauvaise qualité, orientation de l’intelligence artificielle et certainement l’équivalent des règles SEO ou paiement. Il y a fort à parier qu’on peut influencer les résultats avec des armées de petites mains ou de bots qui vont répondre par la négative dans certaines IA tout comme on peut supposer que faire un gros chèque pour être la « bonne réponse » doit faire partie des possibilités.
En conclusion
L’avenir me paraît sombre. Avec des jeunes qui privilégient le loisir, qui sont dans le refus de la réflexion et des apprentissages, il n’est pas exagéré de dire qu’on aura des moutons qui s’abreuveront au fleuve de l’IA. Si notre rôle d’éducateur est fondamental, en expliquant la notion de biais, d’entraînement, et les limites de ce système, quel poids aurons-nous dans la balance face à la facilité que propose l’intelligence artificielle ? Je crains malheureusement que les prochaines générations n’auront pas les armes intellectuelles pour se défendre face à ce qui peut sembler comme une évidence.
Pour nos générations, qui auront connu les moteurs de recherche, il me paraît fondamental de penser IA. Je vois que j’ai tendance à faire des recherches Google de façon spontanée, j’essaie de me forcer à l’utilisation des IA, même si derrière je réfléchis, je raisonne, je croise. L’intelligence artificielle finira par supplanter les moteurs de recherche et pas seulement.
Dernièrement j’écoutais un podcast sur Télérama. François Defossez interpellait la présidente du directoire de Télérama quant à l’IA. Quel intérêt de passer par un site de critique quand il suffit de passer par ChatGPT. C’est une réalité pour beaucoup de sites qui sont voués à passer par l’intermédiaire de l’IA comme ils passaient par l’intermédiaire du moteur de recherche.
Il nous faut attendre une IA libre en se demandant si elle viendra. Les moteurs de recherche « libres » ou qui se revendiquent comme tels, DuckDuckGo par exemple, n’en portent que le nom, puisque ce dernier s’appuie sur les résultats de Bing, comme d’autres. Il est certain que le développement d’une IA c’est autre chose qu’un navigateur ou qu’une suite bureautique.
Petit plantage de phrase au-dessus de l’image du médecin blanc/enfants noirs. Tu dis que Midjourney n’arrivait pas à faire des médecins blancs/enfants noirs alors que c’est l’inverse 😉.
Sinon Zalando apparaît car c’est statistiquement le mot qui vient le plus souvent dans l’apprentissage IA quand on relie avec « acheter chaussures ». Les LLM ne sont que des cracheurs de mots par statistiques.
Des fois ça marche. Des fois non.
L’illustration que la majorité a toujours raison, même quand elle a tort.
Merci pour la correction.
Et évidemment si l’IA ne prend que ce qui sort le plus comme demande ou comme résultat de moteurs classiques, cela tue toute diversité, fait disparaître les produits de niches, sites trop spécialisés…déjà que Google avait cette même tendance au début, accentuée par le SEO…cela pousse encore une fois à une refondation du net pour quelques tordus comme beaucoup de libristes , ha ha…tant qu’il en reste.
C’est prévu quand la fin de ce monde, on va tous mourir, etc ?
Mais si, il y aura des gagnants à ce que les gens utilisent l’IA. Ce sont les PDG des grosses multinationales et leurs ami.e.s les hommes et femmes politiques.
Aparté : quand je vois à quel régime amincissant on veut soumettre le Service Public audiovisuel, je constate que décidément pour nos décideur.e.s, il n’y a aucune place pour la réflexion et les contenus de qualité, ne laissant la place que pour le divertissement. Malheureusement, ça se termine jamais très bien, AI ou pas.
En complément de ce que j’écris quant à l’adaptation du SEO : https://www.clubic.com/actualite-569931-adobe-mise-sur-l-ia-pour-remplacer-le-seo-traditionnel.html
L’IA policière pétrie de biais : https://www.clubic.com/actualite-570603-les-algorithmes-policiers-reproduisent-les-pires-prejuges-dit-europol-qui-veut-eviter-une-ia-discriminante.html