Lectures, octobre 2024

Simon est un garçon élevé par son oncle et sa tante suite au décès de sa mère. Son père, un vaurien, a disparu. Pas très doué à l’école, il lui vient une idée, amener un troupeau de dindes dans le Kansas pour les revendre à prix d’or. La longue marche des dindes est à l’origine un roman de l’école des loisirs. Il s’agit donc d’une littérature destinée aux enfants.

Durant son périple, Simon va rencontrer un tas de personnages, une esclave qui s’est évadée, un vieil alcoolique repenti et une jeune femme qui a perdu toute sa famille. La bande dessinée qui se destine aux plus jeunes est extrêmement bienveillante. L’idée sous-jacente, c’est de dire que chacun a un potentiel, il faut simplement le trouver. Simon est présenté au début comme un enfant pas très intelligent, c’est son enseignante qui croit en lui et qui l’aide. Malgré un côté moraliste prononcé, la bande dessinée très positive plaira aux grands comme aux petits.

Vincent est un jeune homme pour qui tout devrait aller. Une jolie fiancée, la fille de son patron, un emploi stable et l’achat d’un appartement. Pourtant, Vincent est torturé par son passé. Ancien délinquant, il rêve d’aventure, de sa vie d’avant. Lorsque son frère Sam réapparait dans sa vie, il plaque tout. En effet, Sam n’a pas changé, il entraîne son frère pour réaliser un vieux rêve, partir aux îles Fidji. On va suivre les deux frères dans leur road trip. Fidji est une excellente bande dessinée, mais qui va poser un gros problème à ceux qui ont vu le film Nos futurs de Rémi Bezançon. Désolé pour le spoil, pour les autres, ce sera peut-être une surprise, même si de nombreux indices font comprendre la fin. Je suis donc partagé entre une lecture dont j’ai compris la fin en quelques pages et la qualité de la bande dessinée. Fidji même si vous avez une idée du dénouement est un moment plaisant de lecture.

Dans le futur, la terre est classiquement détruite et on s’évade dans un grand vaisseau spatial, Arca. La terre promise, la nouvelle Eden est loin. L’originalité d’Arca comme on peut s’en rendre compte avec ce pitch, ne sera pas le point fort. Les histoires de ce type se comptent par légion avec la réflexion du comportement de l’humanité en vase clos. La différence se fait ici dans un système de caste. En effet, les citoyens sont des gens de premier rang, et les plus jeunes doivent se mettre à leur service tout le temps de l’enfance, jusqu’à la majorité.

Effie va bientôt fêter ses 18 ans, elle est plus vive, moins docile et se pose de nombreuses questions. Pourquoi ne voit-on plus les gens devenus majeurs ? D’où viennent les enfants ? Comment se fait-il que certains citoyens soient si vieux ? Et surtout, d’où vient cet os qui n’est pas celui d’un animal. Même si comme je l’ai écrit plus haut, l’histoire sans surprise ne brille pas par son originalité, néanmoins c’est prenant et les plus de deux cents pages se lisent d’une traite.

La vie de Johnny commence mal, fils d’astronaute, il voit son père exploser au décollage. Il n’aura de cesse que de marcher dans les pas de son père pour devenir astronaute à son tour. Un autre événement va marquer sa vie. Un soir, éméché, il a un accident de voiture avec sa copine de l’époque. Alors qu’il devrait se réjouir que personne n’ait rien, il s’étonne qu’elle ne soit pas morte. De garçon coureur et turbulent, il va radicalement changer. Il en devient même inquiétant, à donner des indications aux gens sur le futur. Pas évident d’aller plus loin sans spoiler, neuf est une bande dessinée qui intrigue même si elle propose un scénario déjà vu.

Pédro est un enfant d’une famille de cinq enfants. L’ainé, José, veille sur lui et sur les jumelles. Vicente apparaît de temps en temps, du retour d’un de ses nombreux voyages. Le frère ainé voit forcément d’un mauvais œil son frère, lui qui s’échine à faire vivre les enfants dans un petit village d’Amazonie. Pédro quant à lui, voue une admiration sans faille à son frère qui lui rapporte des livres de tous les pays qu’il a traversés. Comme on peut s’en douter, si l’album s’appelle le beau parleur, c’est que Vicente est un menteur. Il n’a jamais quitté le secteur et vit de trafic de drogue. Le jeune frère va vivre la grande aventure avec lui aux prises avec des malfaiteurs.

Teresa Radice a été scénariste pour Disney et ça sent. L’histoire, tout comme le dessin, pourrait être adapté, pas dans l’état puisqu’on parle de drogue. Néanmoins, toute la construction jusqu’au happy end en passant par l’enfant qui devient moins enfant sonne vraiment comme du Disney. C’est beau, c’est dépaysant avec ses couleurs vives, et ça fonctionne.

Il y a bien longtemps, dans un archipel, un bûcheron, son épouse et sa mère, toutes les deux sorcières, sont partis défaire un léviathan. Le léviathan a disparu, les trois héros aussi. Le grand-père est resté seul pour élever le bébé qui depuis a bien grandi. La jeune femme se rend sur l’île d’à côté faire du commerce. Comme il lui manque de l’argent, elle le prend dans le puits au souhait. Trois pièces. Malheureusement, elle devient maudite, et n’aura d’autre choix que d’accomplir les souhaits des personnes qui ont jeté les trois pièces. On se doute que son histoire familiale finira bien par la rattraper. J’ai trouvé l’idée des souhaits à réaliser amusante et bien menée. L’obligation de réaliser le souhait de quelqu’un d’autre, quel qu’il soit. On imagine déjà l’impossible et c’est un peu le cas. Dans un monde un peu héroic fantasy, le puits est une excellente lecture qui se démarque des standards.

Le pitch de nos rives partagées est assez étrange, mais ça fonctionne plutôt bien. La grenouille mandate tous les animaux du coin pour avoir les potins sur trois couples d’humains. Un professeur qui n’arrive plus à corriger ses copies, une femme qui se sent laide. Un homme atteint d’une maladie dégénérative et une femme qui est en froid avec sa fille. Un jeune garçon qui photographie les animaux, une jeune fille qui ne sait pas si elle préfère les garçons ou les filles. Nous sommes typiquement dans la comédie romantique, les interventions des animaux rajoutent un côté sympathique à l’histoire.

Durant la guerre de 39-45, un brillant médecin se voit mettre un coup de pression par son futur beau-père. L’ancien général explique qu’un homme, ça s’engage. C’est ce que fait le jeune homme, mais du fait de sa situation, il est chargé de valider ou d’invalider les engagements. Nous sommes en 39-45 et parmi les critères de refus, il va devoir détecter les homosexuels. Parmi les jeunes qui se présentent, l’un d’entre eux va attirer son attention et libérer sa nature, il préfère les hommes. Par amour pour lui, il poussera jusqu’au front comme le montre l’image ci-dessus.

L’homosexualité dans la bande dessinée traitée de cette façon est plutôt rare. Comprenez que dans cet univers plutôt viriliste, un couple d’hommes mis en évidence, y compris dans des scènes d’amour, je pense que c’est la première que je lise. G.I. Gay n’échappe tout de même pas aux poncifs. Un homme qui doute, la difficulté du coming-out, la volonté de se dissimuler dans la société. Plus pertinent, les lois sur les soldats homosexuels renvoyés qui ont été abolies par Obama. La dureté quand on découvrait l’homosexualité chez un soldat qui a pourtant pu vous sauver la vie. Comme si finalement l’orientation sexuelle était plus importante que la bravoure. Intéressant, à lire.

En lisant Dalida face B, je m’interrogeais sur la niche que représente désormais la bande dessinée franco-belge. En effet, j’ai cinquante ans quasiment et je me suis intéressé à cette bande dessinée parce que ma mère de 74 ans est fan de Dalida. J’ai donc entendu l’intégralité de ses chansons sur cassette dans la 104 maternelle. J’ai le souvenir de son suicide médicamenteux de mai 1987, vaguement, j’avais 12 ans. Preuve que cela ne m’a pas tant marqué alors que j’étais en âge. On nous présente l’histoire très complète de Dalida, son enfance, sa réussite. Mais aussi les différents hommes et drames de sa vie. C’est prenant, c’est intéressant, mais j’ai envie de dire pour qui connaît déjà. Si je mets ça dans les mains de ma fille de 20 ans, pas certain qu’elle se sente concernée. J’en reviens donc à mon interrogation du début, si on a fait cet album, c’est qu’on sait qu’il y a une cible pour l’acheter. Pas étonnant que le manga cartonne face à la bd traditionnelle qui mourra avec ses déjà vieux lecteurs. Pour l’album en lui-même, si vous avez la même culture que moi et que vous êtes dans la même tranche d’âge ou plus âgé, je vous le recommande.

Dans les années 40 suite à des essais nucléaires, un homme apparaît, alpha one. Un homme, en fait un surhomme. Des pouvoirs qui font largement penser à ceux de Superman. Immortel, indestructible, une super force. Il collabore avec les forces américaines et même dans le monde entier pour éviter les catastrophes. Comme on comprend qu’il a un emploi du temps très chargé, une brigade a été montée, financée par les objets dérivés. Ces hommes passent derrière lui pour la paperasse, finaliser les enquêtes, voir les victimes. Suite à l’assassinat du « correspondant » dans la brigade d’alpha one, c’est un jeune homme qui a été sauvé par le héros quand il était enfant qui prend le relai.

Les deux hommes se lient d’amitié, pourtant durant les enquêtes, l’inspecteur en vient à se poser des questions sur alpha one. Et s’il avait un secret, s’il n’était pas le si gentil héros qu’il prétend être ? The mighty est un très bon comics qui change un peu de ce qu’on peut lire, notamment dans la binarité des personnages. Comprenez que même les héros comme Deadpool, s’ils sont des bad boys, œuvrent tout de même pour le bien. Dans le comics, on avance droit dans ses bottes, sans surprise, sans vraiment d’ambiguïté. Avec ce héros lisse tout sous rapport, qui a parfois des attitudes étranges, le lecteur en vient rapidement à s’interroger sur ses motivations. Gentil ? méchant ? Les deux ?

Être charrette (je suis), comme expliqué dans la bande dessinée, vient des étudiants des beaux-arts. Quand ils étaient en retard dans leurs travaux, ils prenaient des charrettes pour les amener directement à la correction. Cela va être le cas d’Enzo, jeune diplômé d’architecture qui vient de décrocher un stage dans un prestigieux cabinet. Il doit rendre, avec ses collègues, une maquette pour un concours et va donc vivre sa charrette. H24 au bureau, une vie qu’avec ses collègues. La bande dessinée est intéressante, même si je trouve qu’elle n’apprend rien sur l’architecture. Plus précisément, elle pourrait être racontée dans n’importe quel autre contexte d’entreprise parisienne. Beaucoup de caricature du parisianisme, du fameux chef pour qui tout le monde est dans l’obligation de dire que c’est formidable et j’en passe. Sympathique avec un gros air de déjà lu tout de même.

Je suis légion est une variante du mythe classique du vampirisme, mais c’est bien le mot vampire qui est utilisé dans la bande dessinée. Durant la guerre de 39-45, deux événements se produisent. En Angleterre, un homme très riche est retrouvé mort dans des circonstances étonnantes, totalement vidé de son sang. De l’autre côté, en Transylvanie, les nazis utilisent une petite fille capable de prendre le contrôle des individus avec son sang. On comprendra plus loin dans la bande dessinée principale, je suis légion qu’il s’agit de l’affrontement entre les frères Radu et Vlad Tepes. Ce dernier étant plus connu sous le nom de Dracula.

Contrairement aux autres récits, plus classiques, le vampire a besoin d’une enveloppe charnelle pour vivre. Il remplace ainsi la personnalité de l’hôte pour prendre sa place. Je suis légion est une bande dessinée solide, qui tient la route, avec une bonne enquête, mais plutôt éloignée de l’esprit du vampirisme, avec un côté très froid. J’ai préféré, je suis légion, plus romantique, où l’on suit les deux frères à travers les siècles dans leurs différentes incarnations et l’explication de l’origine de leur pouvoir.

Uchronies est une série de deux fois dix tomes, ce qui est plutôt conséquent. Les deux différents cycles sont divisés en trois fois trois plus un. Chaque triptyque correspond à une réalité. La première série démarre avec New Bizance. Les attentats du 11 septembre ont fait tomber le capitalisme. Désormais, c’est un islam radical qui domine le monde. Zack Kosinski est prescient. Cela veut dire qu’il est doté de pouvoir mentaux, selon les réalités, on verra que le pouvoir n’est pas exactement le même. On comprendra enfin dans la dernière partie pourquoi il n’est pas comme les autres.

Dans New Bizance, son pouvoir lui sert à envoyer des images dans le cerveau des gens pour leur faire regretter leurs pêchés. Quand on pense qu’il s’agit d’imaginaire, il projette en fait des images d’une réalité parallèle. À New Harlem, qui représente les États-Unis dominés par la population noire, il est cette fois-ci capable de voir l’avenir à court terme. Il fait donc gagner des fortunes à qui a les moyens de se payer son talent. On le retrouvera enfin à New York, dans notre monde. Ce qui est assez bien fait dans la série, c’est qu’on va retrouver dans l’ensemble de la série les mêmes personnages. Comme il s’agit d’une uchronie, d’un triptyque à l’autre, ils n’ont bien sûr pas la même vie, réussite ou déboire. Parfois, ils se font tuer rapidement. On rejoue en quelque sorte des scènes différentes avec les mêmes personnages, de façon très habile.

Nous allons toutefois conserver un fil conducteur avec Zack dont le monde s’effondre à chaque fois avec une diminution de ses pouvoirs. Pas seulement, dans chaque ville, on prévoit de faire un nouveau quartier avec un matériel révolutionnaire. Ce matériel engendre des paradoxes temporels. On comprend qu’il est le lien entre les différentes réalités virtuelles. Enfin, on suivra certains personnages passant d’une réalité à l’autre.

Uchronies est une bande dessinée très bien menée. Éric Corbeyran est un scénariste particulièrement prolifique à qui l’on doit entre autre l’univers des stryges. Le dessin est classique, les auteurs s’enchaînent avec plus ou moins de talent. Rien n’entrave la compréhension malgré les nombreux changements de dessinateurs, on reconnait les personnages. On comprend que c’est surtout l’histoire qui compte. Corbeyran nous entraîne dans son uchronie avec de nombreux cliffhangers. Et dans la ville du moment et dans l’histoire en elle-même qui relie les trois univers. En effet, l’auteur distille dans chaque triptyque des éléments supplémentaires sur les personnages. On vit donc une aventure dans l’aventure. Je trouve que son positionnement sur les événements est intéressant. Exit ici le classique, on a tué Hitler, malgré de grands événements, on se focalise sur des personnages triviaux.

Une suite a été donnée à la série. Nous voilà repartis pour une structure similaire avec cette fois-ci : New Beijing, New Moscow et New Dehli. On retrouve la famille Kosinski dans une nouvelle réalité dans laquelle la Chine a pris le contrôle du monde. Beaucoup de mal à rentrer dans ce second cycle. Quand l’histoire précédente intriguait, cette fois, on se retrouve avec des individus qui ont la possibilité de passer d’une dimension à l’autre, la série a perdu beaucoup de son charme.

Le tueur est une des références de la bande dessinée franco-belge, pas besoin de chercher très loin pour comprendre les raisons du succès. On peut commencer peut-être par le dessin de Jacamon. Moderne, des cadrages audacieux. On passe des cases classiques à la pleine page, des jeux de couleur étonnants, des doubles planches, des découpages assez atypiques, Jacamon maîtrise son art. Les décors, les personnages, les animaux, rien à dire, c’est très bon. Le personnage créé par Matz est pour le moins atypique. Le tueur est finalement un peu monsieur tout le monde. Pas de morale, il fait ça pour l’argent. Il n’est pas sadique, ne prend pas de plaisir, c’est un métier dans lequel il est doué et y voit des avantages. Nous partageons les pensées profondes du tueur sur la société, sur le monde et l’histoire de l’homme. Matz en profite pour faire passer son message, parfois un peu trop, je trouve que la moralisation est omniprésente. En effet, dans Naja, on était davantage dans la caricature, ici, on sent vraiment que l’auteur veut nous faire partager son ressenti.

La série principale est décomposée en trois cycles. Dans le premier, on pose les personnages. On essaie de piéger le tueur, et il cherche à comprendre pourquoi. On le verra s’attacher à une femme, se lier d’amitié avec Mariano d’un cartel du Venezuela, créer une famille en quelque sortes. Dans le second cycle, après une retraite qu’il pensait bien méritée, le tueur reprend du service. Malheureusement, il va se rendre compte qu’il a participé à son insu à une opération visant à déstabiliser le Venezuela. Il se retrouve coincé entre les politiciens de Cuba et des États-Unis pour une grosse histoire de pétrole. Il s’agira encore de sauver sa peau et d’avoir l’immunité pour les crimes qu’il a commis. On pense un peu à la série the shield. Dans la dernière partie, le tueur et Mariano sont rangés, ils ont fait fortune dans le pétrole. Le second a toujours eu des ambitions politiques et se lance en carrière. Il y a par contre quelques opposants à éliminer …

S’il s’agit d’un changement de nom avec ce « affaires d’État » qui apparaît, nous sommes bien dans la suite. Dans les grandes lignes, à la fin du tome 13, le tueur n’a d’autre choix que de devenir mercenaire pour la DGSE. On le retrouve ainsi dans les bureaux d’une petite ville de province, en tant que salarié d’une société d’import export, une couverture. Bien évidemment, on ne vous épargnera aucun laïus sur le monde du travail, la médiocrité de la vie des gens et les petites aspirations.

Dans cette ville de province, un trafic d’armes, un maire corrompu qui pourrait devenir ministre, voici la situation que doit régler le tueur. Alors forcément, quand on a un personnage qui a fait tous les pays du monde à sniper les puissants, à devenir patron d’une entreprise pétrolifère, côtoyer les narcos trafiquants, ça fait pauvre. Pauvre au niveau de l’histoire, c’est le contexte qui l’impose, mais aussi au niveau du dessin. Jacamon a perdu toute forme d’inspiration, c’est propre, mais ce n’est plus la surprise à chaque page. Les fans de la série s’y retrouveront bien sûr, pour les autres, on peut s’arrêter à l’aventure principale.

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