Les bandes dessinées sur la guerre de 39/45, l’occupation, la résistance ne manquent pas. Une famille en guerre a quelques points d’originalité que je trouve notables. L’action se déroule en Alsace et la bande dessinée revient sur une histoire qui n’est pas franchement claire. On y décrit une région totalement à part entière, successivement allemande puis française pour redevenir allemande. Le sentiment d’appartenance à la France est ainsi tout sauf une évidence. Ensuite, la bd se déroule sur deux plans historiques. La première partie, c’est de nos jours, on y découvre un cadre sup dynamique qui se drogue au GHB pour pouvoir dormir. Du fait d’avoir arrêté ses traitements, il fait des insomnies dans la clinique qui l’héberge. C’est ainsi qu’il rencontre François un vieil homme pas loin de la fin qui va lui raconter son histoire et celle de son frère et de sa sœur.
La sœur, enseignante qui va embrasser les réseaux de la résistance. Le frère ainé qui rentre de la guerre vraiment changé et qui n’a pour seule préoccupation la vigne pour l’après-guerre. Lui se rapproche de la collaboration et de l’Allemagne nazie. Le vin, la vigne tient une énorme place dans la bande dessinée qui réussit un habile mélange de pas mal de genre. Alors que j’arrive à saturation de ce type de récit même s’ils sont indispensables pour rappeler les périodes sombres de la France quand l’actualité ne cesse d’y faire penser, la bd en trois tomes est prenante.
La tétralogie du monstre est une bande dessinée d’Enki Bilal et ça se voit. Ça se voit parce que le dessin de Bilal est reconnaissable entre mille. J’ai envie de dire un peu trop, les personnages se ressemblent d’une série à l’autre. Ça se voit car c’est extrêmement complexe, tordu. Bilal ne sait pas faire de bande dessinée simple. On est sur la base d’un scénario de sciences-fictions, mais les pistes suivies par Bilal, le détail de la société décrite, c’est beaucoup, beaucoup de détails. Enfin, les personnages sont issus de l’ancienne Yougoslavie, comme Bilal. Le pitch est difficile à suivre, je vais essayer d’être clair. C’est l’histoire de trois enfants qui naissent dans un hôpital en plein conflit serbe, bosniaque, etc. Nike a la capacité de remonter dans sa mémoire, une mémoire spectaculaire, et il remonte vers sa naissance. Il raconte ainsi sa rencontre avec ceux qu’il considère comme son frère et sa sœur. Leyla est une scientifique qui a découvert un site qui remet en question tout ce que l’on sait sur l’humanité. Amir s’engage avec sa compagne pour l’Obscurantis Order, un groupe de fanatique religieux qui cherchent à faire disparaître toute forme de sciences. Le grand méchant de l’histoire, c’est un scientifique, artiste fou, Optus Warhole qui se prend pour le génie du mal.
Je suis ouvertement de parti pris, j’ai dévoré Bilal dans ma jeunesse. La trilogie Nikopol qu’on n’aime ou pas est une bande dessinée osée qui prend des risques. Les dieux égyptiens en panne de carburant au-dessus de la terre, c’est quand même original. La tétralogie du monstre n’est pas la bande dessinée que vous pouvez offrir pour mettre au pied du sapin. C’est difficile, il faut suivre, ce n’est certainement pas sa meilleure série mais ça se lit quand on aime l’artiste.
La voie du sabre est l’adaptation du livre de Thomas Day en trois tomes. C’est l’histoire du plus grand guerrier de tous les temps qui fait halte dans une province. Le seigneur lui offre des femmes, la fortune, pour apprendre la voie du sabre et faire de lui un guerrier invincible. Le samouraï explique qu’il est trop tard pour lui, mais qu’il va prendre son fils comme disciple. Nous sommes dans la très classique relation entre le maître et l’élève, avec des initiations absurdes qui n’ont rien à voir avec ce qu’on attend de la formation d’un maître d’arme. La bande dessinée fait la performance d’être relativement courte, mais de donner une forte densité aux événements. On n’a pas l’impression que certains passages sont allés trop vites, on prend de plus le temps de nous raconter des histoires du folklore de la bd. En effet, comme souvent dans les bonnes histoires de samouraïs, le fantastique se mêle à la réalité.
La première partie de l’initiation consiste à mettre le jeune dans un restaurant dans lequel il va apprendre des tâches ingrates et la cuisine. Dans la seconde partie de l’initiation, ce sera dans une maison des plaisirs. Il devra gravir les échelles jusqu’à la patronne qui connaît toutes les vérités. Le maître est un homme qui ne vise que la défense des opprimés, le disciple ne vise que le pouvoir. Ainsi, on verra le jeune homme grandir, s’affirmer et se confronter au maître. Efficace, très bien illustrée, la voie du sabre est une excellente trilogie.



La construction des reflets changeants (les) est assez singulière. On suit les aventures de trois personnes différentes qui n’ont pas de rapport les uns avec les autres. La première, une jeune femme dans la vingtaine qui vit une relation toxique avec un homme plus âgé qu’elle. Elle l’aime, car il a sur la rendre belle à ses yeux. Le second, c’est un conducteur de train qui s’est séparé de sa femme. Dragueur, irresponsable, il n’a d’yeux que pour sa fille. Enfin le dernier personnage, c’est un vieil homme devenu sourd dans des circonstances dramatiques qui seront racontées dans la bande dessinée. Émile, le vieil homme a connu l’Algérie, il en a gardé du racisme et de la rancœur qu’il écrit dans un carnet. Carnet qui va être trouvé par Jean notre conducteur de train, l’histoire est en marche. Un one shot assez captivant avec quand même une histoire dans l’histoire qui ne laisse pas indifférente et on comprend pourquoi. En effet, Aude Mermilliod son auteure, clôture son album avec la photo d’un homme prise à Alger, son grand-père. On comprend que l’histoire d’Émile est proche d’être la sienne. Une histoire très personnelle finalement.
Murena est une bande dessinée démarrée il y a quasiment 25 ans, elle compte aujourd’hui 13 tomes. La série est prévue pour 16 tomes, soit quatre cycles de quatre tomes. S’il fallait faire une synthèse de cette bande dessinée très riche, je dirais que c’est l’ascension de Néron. On est loin ici des champs de bataille, tout n’est qu’intrigue, passion, complot et assassinat. Le premier cycle, c’est l’ascension de Néron sur le trône. Agrippine sa mère ne rêve que du pouvoir, elle voit en son fils une façon d’y arriver. Seconde épouse de l’empereur Claude, elle réussit à faire adopter son fils. Pourtant, Claude finit par se rapprocher de Britannicus, son fils naturel qu’il a eu d’un premier mariage. Agrippine intrigue et empoisonne pour faire de son fils le nouvel empereur plus rapidement que prévu.
Parmi tous les personnages historiques qui ont réellement existé, des personnages fictifs, dont Lucius Murena. Franc, désintéressé, Lucius Murena va devenir un ami fidèle de Néron. Il est le fils d’une des maîtresses de Claude. Agrippine va faire exécuter celle-ci, car elle voit en cette femme une menace. Murena cherchera à trouver les coupables. Dans sa quête, il se fera aider par un ancien gladiateur du nom de Balba. Faute de grandes manœuvres militaires, les combats dans les arènes sont très présents dans la série comme les jeux du cirque. Le second cycle s’articule autour de Poppée qui prend en quelque sorte la place de la mère de Néron dans le jeu des manipulations et des intrigues. C’est la dégringolade pour Murena qui rentre en résistance contre Néron, on assistera à l’incendie de la ville. Le troisième cycle, c’est le retour de Murena à la cour et la persécution des chrétiens.
Murena est une excellente série saluée notamment par les historiens. La série est documentée de façon systématique à la fin de chaque album avec les références historiques. Elle prend bien sûr de très nombreuses libertés avec l’histoire, mais s’attache tout de même à un contexte solide. Je trouve tout de même que la série finit par s’essouffler avec certaines parties de l’histoire dispensables. On notera le décès de Philippe Delaby en 2014.



Mort blanche est inspiré d’une histoire vraie, la fin et je suppose la romance a été largement modifiée. En Finlande, avant la guerre de 39-45, un gamin apprend à la dure la chasse avec son père. Je découvre en ayant lu la bande dessinée et en lisant la page WikiPédia la guerre d’hiver, une guerre qui a opposé les Russes et les Finlandais. Il apparaît que le garçon timide molesté par son père devient le meilleur tireur de tous les temps. La bande dessinée est illustrée de façon assez intéressante puisqu’à chaque mort, on a le compte qui apparaît. Sans révolutionner le genre, l’histoire est assez plaisante avec une fin qui sent le déjà vu mais plutôt côté guerre du Vietnam. Je n’en dirai pas plus.
Un médecin a fait le choix particulier de travailler pour la pègre. Il installe son cabinet dans des zones désaffectées. Un soir, il reçoit deux frères dont l’un a été touché par balle. Cinquante mille euros pour le soigner, c’est le prix. La soirée aurait pu se terminer comme ça, si un homme ne prenait pas le docteur et ses patients en otage. Il montre une cicatrice au niveau du cou, il explique qu’il a été mordu par un vampire et que sans intervention, il va se transformer. Assez rapidement, des hommes se présentent devant le bâtiment. L’homme est-il fou, affabulateur ou s’est-il fait réellement mordre par un vampire ? Je n’en dirais pas plus pour éviter le spoil, mais je pense que le serment est ce que j’ai lu de mieux en bande dessinée depuis un bon moment. On connaissait déjà Gabella pour sa bande dessinée la licorne, un scénario complexe, médical, on retrouve ici la patte de l’auteur. Au niveau du dessin et de la mise en forme, Bourgoin complète par une ambiance cinématographique impeccable. La bande dessinée à lire d’urgence.
Sherlock Holmes society revisite l’histoire du détective de façon assez singulière. Sherlock qu’on croyait mort suite à son combat contre Moriarty revient aux affaires courantes, plus sombre que jamais. Son frère le récupère pour une mission spéciale. Ils se retrouvent avec des hommes en arme dans un village dont l’intégralité des individus a été transformé en zombies. C’est une manière assez originale de détourner l’histoire, et les auteurs vont plus loin en incluant le personnage de Hyde dont les produits de transformation seraient à l’origine du mal. Les quatre premiers albums tournent autour de la conspiration qui vise à transformer l’Angleterre en zombies, c’est une bonne bande dessinée d’action qui tient la route. Pour les deux derniers albums, je suis plutôt partagé. On se retrouve dans le futur, soit dans les années 1930, dans lesquelles l’Angleterre dans un monde dystopique aurait conquis le monde. Liam, le fils de Sherlock est devenu un terroriste qui vient de raser une ville. La seule manière d’éliminer Liam Holmes, c’est de remonter dans le passé pour tuer son père. On retrouve donc Holmes qui a monté une espèce de ligue des gentlemen extraordinaires avec vampire, télépathe et femme demi-démon. Si la teinte de fantastique pour le premier cycle passait plutôt bien, j’ai envie de dire que cette fois-ci, ça va trop loin.
Le pitch de sucre noir n’est pas forcément évident à faire, on va dire que la bande dessinée s’inscrit dans les grandes sagas familiales. La particularité c’est qu’il s’agit d’un one shot et pas huit tomes comme les maîtres de l’orge ou d’autres, et qu’on est sur deux générations, les parents et leur fille. Tout commence donc avec une jeune fille qui attend le prince charmant, il ne viendra pas. Toutefois, un chasseur de trésor va se présenter, car la légende dit qu’il y aurait un trésor de pirates sur la propriété des parents. Finalement, le jeune homme considère que c’est la jeune femme le trésor et il va faire prospérer l’exploitation en sa compagnie pour développer du rhum. Les affaires vont bien, et un cadeau leur vient du ciel ou plutôt du feu en la présence d’Eva, dite Eva Fuego. Le fuego, le feu n’y est pas pour rien, puisque la petite fille est extraite d’une maison en flamme, elle en restera défigurée. Eva en grandissant va faire preuve d’un tempérament de… feu. Très caractérielle, elle reprend les affaires de la famille. Plutôt prenant comme une histoire même si c’est souvent tiré par les cheveux, un excellent moment de lecture avec son lot de rebondissements.



Deux hommes. Hermance, un homme qui a déclaré des pouvoirs qu’on qualifiera de magique durant l’enfance. Sa particularité, c’est de ne pas maîtriser ses dons, seule sa mère peut les déclencher. Torturé pour sorcellerie, ses pouvoirs se sont éteints avec la mort de sa mère. Karlis, un chef de guerre cruel qui va découvrir le christ et devenir son plus grand serviteur. Sa conversion est une révélation, mais il n’en oublie pas ses pratiques guerrières. Il tue désormais au nom de dieu.
Les deux hommes vont se retrouver pour la première croisade, à destination de Jérusalem, pour délivrer la ville sainte. Hermance est devenu un escroc, quand Karlis l’attrape pour le tuer, il a une vision, il voit son pouvoir. Il va réussir à déclencher ses dons comme le faisait sa mère avant lui. Tout irait pour le mieux si une princesse guerrière ne se mettait pas entre les deux hommes, un triangle amoureux se forme. Le rêve de Jérusalem est une bande dessinée d’une rare violence, c’est une boucherie. Le dessin est inégal, certaines planches sont particulièrement réussies, d’autres plus discutables notamment pour les visages. L’histoire est terminée, en quatre tomes, elle est intéressante. La relation entre les personnages est pertinente. Hermance ne croit pas en lui malgré les miracles qu’il réalise, Karlis oui, il a besoin de lui. Et pourtant il le déteste lorsque la femme qu’il aime s’éprend de lui. On comprend que c’est l’amour qui les conduira à leur perte.
Croisade et le rêve de Jérusalem présentent de nombreuses similitudes, le fantastique, très prononcé, mais moins spectaculaire. Alors que dans le rêve de Jérusalem, Hermance est capable d’invoquer des anges, ici, ce sera plus léger. Des tempêtes de sable, un homme qui ne peut pas mourir, un démon qui possède les hommes. La particularité de la bande dessinée, c’est certainement l’aspect « détourné » de l’histoire, comme un univers parallèle. Ce n’est pas l’histoire qui est racontée, c’est une légère variante. Les chrétiens veulent prendre Hiérus Halem qui abriterait le corps non pas du Christ, mais du X3, leur Dieu. Le grand ennemi de l’histoire, c’est le Qua’dj, l’équivalent du diable, un démon qui aurait tenté le X3 au pied de la croix.
Alors que chaque tome démarre sur une présentation historique des croisades, on comprend que Dufaux et Xavier ont réalisé la leur. Ainsi pour ceux qui s’attendaient à un récit de croisade, on est davantage dans le fantastique. Le héros de l’histoire, c’est Gauthier de Flandres qui présente toutes les caractéristiques du héros. Il refuse de participer à une attaque contre la ville, car il sait qu’elle est vouée à l’échec. Il est considéré comme un lâche et s’exile pour aller chercher de l’aide chez des peuplades juives. Pendant ce temps-là, on complote pour prendre la tête de la chrétienté. La problématique évidente de la bande dessinée est de lancer le lecteur sur plusieurs pistes en même temps, pas moins de cinq intrigues. La bande dessinée est composée de deux cycles, dans le second Gauthier devient un aventurier errant. C’est moins prenant que le premier, il s’agit de la traque d’un démon. Une bonne série portée par le dessin magnifique de Xavier.



Quelqu’un qui connaît un peu la bande dessinée n’aura aucune difficulté à voir que c’est Tarquin le dessinateur de l‘U.C.C Dolores. En effet, avec son trait particulier, il a illustré le gros du monde de Troy. Il passe ici à la réalisation intégrale, dessin plus scénario à quatre mains avec Lyse Tarquin son épouse. En effet, cette dernière jusqu’à maintenant était considérée comme coloriste, sur cette série, elle apparait au dessin et au scénario. La bande dessinée a de solides bases pour réussir, même si un bon dessinateur ne fait pas nécessairement un bon scénariste, je pense à Crisse pour ne citer que lui.
Mony est une sœur. Enfant, elle a été retrouvée sur le parvis d’une église avec son prénom sur le front, un petit coffret et un cristal rouge. À 18 ans, elle est mise dehors du « couvent », elle doit partir à travers le monde et porter la bonne parole. Son premier réflexe, c’est de trouver son héritage, il s’agit de l’U.C.C DOLORES un vaisseau pirate qui a appartenu à l’une des pires terreurs de la galaxie. Une première partie en trois tomes avec une vraie fin, un quatrième tome qui fait office de One Shot dans lequel Mony accouche et devient mère. Une suite sur trois tomes de plus. Mony et ses compagnons sont échoués sur une planète aux conditions difficiles, Mony devenue mercenaire accepte un contrat auprès d’un groupe de malfrat pour payer les réparations de son vaisseau.
Je suis assez partagé sur cette série. Ce que je trouve de positif, c’est que le couple Tarquin arrive à s’extraire de la coupe d’Arleston. Comprenez qu’il aurait été facile de suivre la voie de Lanfeust des étoiles, ce n’est pas le cas ici. Même si nécessairement le trait nous rappelle le monde de Troy, les Tarquin nous offre une bande dessinée sérieuse, solide. Le bémol pour ma part, c’est que la bande dessinée si elle fait le job n’est en rien brillante par rapport à ce qu’on peut lire ailleurs. J’ai lu les sept tomes sans passion. Ici une inspiration d’Apocalypse Now, là, c’est Avatar qu’on nous rejoue, le tout parfois noyé dans des détails compliqués. La bande dessinée est en cours, je ne suis pas sûr de lire la suite.