Je profite de l’été pour vous présenter les mythes arthuriens. Je dis bien les mythes, car la légende du roi Arthur s’est construite sur 1200 ans ! Je vais donc d’abord vous présenter le mythe que tout le monde connait, avec les différentes nuances apportées par les différents auteurs, puis vous raconter quelques aventures supplémentaires. J’espère que cela vous plaira.

La conception d’Arthur

Après une lutte très dure et très longue, Uther Pendragon, vainqueur des Angles et des Saxons, se fait couronner roi à Londres et y tient sa cour. Durant une fête, il tombe amoureux d’Ygerne, épouse de Gorlois, duc de Cornouailles. Il la drague tout le repas, ce qui ne plaît pas au duc, qui quitte la cour. Uther le poursuit et le menace. Classe.

Gorlois part quand même et enferme Ygerne dans la forteresse de Tintagel. Le roi mobilise alors son armée et assiège le château sans succès. Il fait venir Merlin, qui lui fait boire un breuvage magique lui donnant l’apparence de Gorlois. Uther pénètre alors le château… ainsi qu’Ygerne. Arthur fut conçu cette nuit-là… Pendant ce temps, Gorlois perd la vie dans les combats.

Ce qui n’empêcha pas Ygerne d’épouser Uther quelques mois plus tard. Elle n’était pas trop rancunière…

Ça, c’est pour la version de Wace (XIIe siècle). Celle de Geoffroy de Monmouth (XIIe siècle également) est plus brutale, car le roi y prendrait Ygerne par la force. La version de Wace est quand même plus sympa, car il y ajoute un côté surnaturel, que l’on peut rapprocher des dieux grecs. Zeus avait l’habitude de changer de forme pour séduire les mortelles…

Wace fait grandir Arthur à la cour. Robert de Boron (XIIIe siècle), à qui l’on doit le Merlin en prose, raconte que le magicien avait aidé le roi à séduire Ygerne à la condition d’avoir l’enfant à naître. À la naissance d’Arthur, Merlin le récupère et le confie à Antor, qui a déjà un enfant du nom de Keu.

La jeunesse d’Arthur

Plus tard, Keu/Kéï sera considéré comme rustre, impulsif, pas très bon chevalier… mais l’explication est très logique (pour l’époque), puisque Arthur sera nourri au sein de la femme d’Antor (de haut lignage), alors que Keu sera confié au sein d’une nourrice de basse extraction… On pensait au Moyen Âge que les qualités et les défauts étaient transmis par le lait de la mère. Ça montre aussi le peu de considération que l’on avait pour les roturiers et les paysans dans ces romans…

Ensuite, nous ne savons que très peu de choses sur la jeunesse d’Arthur, car les auteurs du Moyen Âge ne s’intéressaient pas à l’enfance. Il faudra attendre les auteurs du XXe siècle pour combler le vide, avec The Sword in the Stone de T. H. White, publié en 1938. Le Merlin l’Enchanteur de Disney en sera l’adaptation.

Uther est un roi respecté et le royaume en paix… jusqu’au retour des invasions saxonnes. Le roi est désormais vieux et quasi impotent. On le transporte même au combat dans une litière (et certains textes parlent même de bière, de cercueil). Malgré sa santé, il est à nouveau victorieux. Les Saxons décident alors de l’empoisonner. C’est plus propre et plus rapide que d’attendre qu’il meure de vieillesse…

Le couronnement d’Arthur

Pour Wace ou Monmouth, Arthur est couronné roi sans problème, puisqu’il est l’héritier légitime. Pour Robert de Boron, l’histoire est plus fantastique, puisque Merlin annonce aux barons du royaume que Dieu choisira le nouveau roi à Noël. Le jour venu, ils se rassemblent tous à Logres, dans la cathédrale, pour prier. À leur sortie, ils voient sur le parvis une enclume posée sur un piédestal de pierre, avec une épée enfoncée dedans. Les tentatives pour sortir l’épée durent jusqu’au 1er janvier.

Ce jour-là a lieu un tournoi, et Keu, qui y participe, demande à Arthur, son frère de lait, plus jeune que lui, d’aller lui chercher une épée. Bien sûr, Arthur tombe sur l’enclume et lui rapporte l’épée. Mais Antor, son père adoptif, la lui fait remettre en place et convoque tous les chevaliers présents pour qu’ils soient témoins de l’exploit. Mais devant l’inquiétude des barons à l’idée d’être gouvernés par un ado, on replace l’épée dans l’enclume (encore) et on retente (encore) de la retirer… jusqu’à Pâques !

Arthur retirera définitivement l’épée à la Pentecôte et sera enfin couronné roi. Robert de Boron ancre ainsi Arthur dans la chrétienté.

Il épousera ensuite la belle Guenièvre, fille du duc Cador dans les textes plus anciens, puis fille de Léodagan, roi de Carmélide, dans ceux qui suivent. Léodagan, en plus d’accepter le mariage, offrira la Table ronde à Arthur, qu’Uther lui avait donnée. Cette Table ronde est une formidable invention de Wace, où les chevaliers siègent à égalité.

Dans la suite du Roman de Merlin, ou Merlin en prose, Arthur tombera, avant le mariage, sous le charme d’une certaine Anna, qu’il ignore être sa sœur… De leur union naîtra Mordred. Merlin lui annoncera qu’il a commis un inceste, mais aussi qu’il a donné vie à celui qui le détrônera ! Là aussi, on peut y voir une référence aux mythes grecs : Cronos renversé par son fils Zeus.

La guerre

À peine couronné roi, Arthur reprend la guerre contre les Saxons. Selon les histoires, les batailles varient, mais il est toujours présenté comme un grand chef de guerre. On nous montre que tout le royaume l’aide dans sa lutte.

Arthur est armé de Caliborne pour Wace, ou d’Excalibur pour Chrétien de Troyes (XIIe siècle), forgée sur l’île d’Avalon. Il porte sur son heaume un dragon (qui rappelle son père Pendragon), et sur son écu (Priwen) est représentée la Vierge. Il a aussi une lance appelée Ron.

Une fois les Saxons vaincus, il règlera le compte des Écossais, puis des Irlandais. Il ira même à la conquête du Gothland (en Suède), ainsi que de la Norvège et du Danemark, d’après Monmouth.

Wace raconte que, poussé par ses barons, Arthur se lance à la conquête victorieuse de la Gaule. À son retour en Bretagne, il reçoit des ambassadeurs romains qui viennent le provoquer. Arthur quitte alors son île pour aller combattre les Romains en Gaule… mais ne nous précipitons pas, gardons cela pour la fin de l’article.

Ensuite, une paix de douze ans s’installe. Arthur se met au vert, et ce sont les chevaliers qui partent, en général, à l’aventure. Chrétien de Troyes le présente souvent comme un bon roi, mais plutôt paisible, voire fainéant…

Mais certains auteurs le font sortir de son château, comme Wace et Monmouth, qui lui font affronter un géant !

Arthur VS Dinabius le géant !

Quand Arthur traverse la Manche avec ses hommes pour aller combattre les Romains en Gaule, il apprend qu’un géant nommé Dinabius a enlevé Hélène, la nièce du duc de Bretagne Hoël, et l’a emmenée sur le Mont-Saint-Michel. Ni une ni deux, il décide d’aller affronter seul le géant. En arrivant sur place, il constate que la jeune fille est déjà morte.

Le roi attaque alors le géant. Le combat est féroce : épée contre massue. Le géant enserre Arthur de ses bras et tente de l’étouffer. Le roi se dégage et lui enfonce son épée dans le crâne… Arthur avouera plus tard avoir eu la peur de sa vie.

Une légende locale veut que la tombe d’Hélène se situe sur un rocher au large du mont. Aujourd’hui, il porte le nom de TombelaineLa tombe d’Hélène.

Arthur VS un chat !

Dans le cycle de la Vulgate, le roi affronte un gros chat… le Chapalu.

Au bord du lac du Bourget, un pêcheur remonte à la surface un chaton tout noir et le ramène chez lui. Mais le chat ne cesse de grandir, de grossir, et finit par étrangler le pêcheur ainsi que sa famille. Depuis, il hante les montagnes et tue tout ce qu’il croise. Prévenu par Merlin alors qu’il se trouve en Gaule, Arthur part à sa poursuite avec quelques compagnons et trouve sa grotte. Le roi siffle, se faisant passer pour une proie.

Chapalu sort, et le combat homme-bête est rude. Le chat est finalement tué, mais Arthur conserve dans son bouclier les griffes du monstre, à qui il a tranché la patte. Aujourd’hui encore, vous pouvez monter sur le mont du Chat, qui culmine à 1500 mètres au-dessus du lac du Bourget.

Affronter un chat… et pourquoi pas un poisson tant qu’on y est ? Eh bien, j’ai ça en réserve…

Arthur VS gros poisson !

C’est dans un roman du XVe siècle, Le Chevalier au Papegau. Nous suivons un jeune Arthur, tout juste couronné, qui part à l’aventure, affronte des chevaliers, aide des jeunes filles en détresse… bref, tout le boulot d’un chevalier quoi ! Il gagne même un perroquet (appelé papegau au Moyen Âge) !

Puis, plus loin dans le récit, Arthur doit affronter un immense chevalier-poisson… qui chevauche un cheval gros comme un éléphant ! Arthur l’affronte et le terrasse. Quand le chevalier-poisson s’effondre, il emporte avec lui une vingtaine d’arbres !

Donc, quand dans Sacré Graal des Monty Python, les chevaliers sont confrontés à un lapin tueur, ils restent totalement dans l’esprit des romans.

Lancelot & Guenièvre

C’est Chrétien de Troyes qui invente Lancelot et son idylle avec Guenièvre dans Le Chevalier à la Charrette. L’histoire commence avec l’enlèvement de la reine par Méléagant. Le sénéchal Keu et plusieurs chevaliers se lancent à leur poursuite. Gauvain, qui a pris du retard, croise des chevaux abandonnés par les poursuivants, déjà vaincus.

En route, il rencontre un chevalier sans nom (Lancelot) qui cherche lui aussi la reine. Leur route croise celle d’un nain conduisant une charrette (destinée aux futurs pendus). Il ne leur dira où est parti Méléagant qu’à condition que l’un d’eux monte dans la charrette. Le chevalier anonyme accepte et devra donc subir la honte d’être transporté de la sorte. D’où le titre du roman.

Après un long périple, ils retrouvent la trace du ravisseur aux portes du royaume de Gorre. On ne peut pénétrer ce château que par le pont au-dessous de l’eau ou par le pont de l’épée. Gauvain passe par-dessous, et Lancelot au-dessus, se taillant les pieds et les mains. Ensuite, il affronte Méléagant dans un tournoi, libère Guenièvre, qui attend au château l’arrivée de Gauvain, mais pendant ce temps Lancelot est capturé… Que de rebondissements !

Comme par hasard, la cellule du prisonnier est à côté de la chambre de la reine. Le soir venu, Lancelot écarte les barreaux de sa fenêtre, rejoint Guenièvre et passe la nuit avec elle… puis l’histoire continue, avec des tournois où Lancelot prouve sa soumission à la reine. Il croise encore un nain perfide (décidément !), est de nouveau fait prisonnier, s’échappe encore, et finit par tuer Méléagant. Ouf !

Plus tard, le Lancelot en prose racontera la genèse de cet amour pour la reine. Dans cette histoire, il est appelé le « chevalier blanc ». Il aura un fils avec la fille du Roi pêcheur, qu’ils appelleront Galaad. Il croisera aussi la route de Galehaut, meilleur chevalier du monde (après lui), et ils deviendront amis.

Avec Arthur, ils combattront victorieusement les Saxons. Lancelot couchera bien entendu avec Guenièvre, mais il reste essentiel au roi, qu’il sauve à plusieurs reprises. Son péché, cependant, l’empêchera de trouver le Graal.

La fin d’un monde

Malheureusement, l’histoire se termine mal. Arthur et de nombreux chevaliers perdront la vie, quelle que soit la version de l’histoire.

Thomas Malory (XVe siècle), dans La Mort du Roi Arthur, fait peu à peu disparaître le monde idéal construit autour de la quête du Graal. Lancelot, qui ne trouve pas le Graal à cause de son péché, se morfond un temps, puis retombe amoureux de Guenièvre. Ils sont dénoncés et arrêtés, mais Lancelot réussit à s’enfuir tandis que la reine est conduite au bûcher… Oui, ce roman est très sombre.

Heureusement, Lancelot la sauve in extremis, mais dans les combats tue le frère de Gauvain. Celui-ci poursuit Lancelot sur le continent, le rattrape, et sera tué à son tour lors d’un combat singulier. Déjà deux chevaliers de moins

L’histoire continue avec un certain Lucius, représentant l’Empereur des Romains, qui vient demander à Arthur de prêter allégeance à Rome. Le roi refuse. Il confie le royaume à son neveu Mordred, traverse la Manche et entre en guerre contre les Romains.

Ceux-ci sont beaucoup plus nombreux que les Bretons et sont sur le point de remporter la bataille, quand Arthur se lance dans la mêlée. Grâce à son courage et son épée (Caliborne ou Excalibur), il massacre plus de 200 ennemis. Les Bretons sont vainqueurs, mais beaucoup de chevaliers ne rentreront pas au pays.

Pendant ce temps, Mordred fait croire que le roi est mort et se fait couronner à sa place. Pire : il épouse Guenièvre ! Arthur abandonne sa marche sur Rome et revient au pays. Une guerre fratricide éclate…

Avant le combat, Arthur a une vision de Gauvain, qui lui demande de rappeler Lancelot à ses côtés. Ensuite, il trouve une stèle placée là par Merlin, annonçant : « La bataille mortelle par quoi le Royaume de Logres restera orphelin. » Tout ce qui doit arriver… va arriver.

Presque tous les chevaliers de la Table ronde vont périr au combat. Au cœur de la bataille, Arthur affronte Mordred et le transperce de sa lance. Mais en retour, il est mortellement blessé. Quand Arthur retire sa lance, un rayon de soleil traverse le corps de son neveu (ou fils)…

À la fin de la bataille, seuls deux chevaliers de la Table ronde sont encore debout : Girflet et Lucan le Bouteiller. Arthur demande à Girflet de jeter Excalibur dans le premier lac venu. Cette scène est magnifiquement représentée dans le film Excalibur.

Arthur, au bord de la mer, voit alors un bateau approcher, rempli de dames dont sa sœur Morgane. Il monte à bord et s’en va. Wace conclut ainsi :
« Arthur, si l’histoire ne ment pas, fut blessé mortellement. Il se fit porter en Avallon pour soigner ses plaies. Il y est encore, les Bretons l’attendent, comme ils le disent. Il reviendra de là, il est possible qu’il y vive. »

6 Comments

    1. Astier est tout à fait dans la tradition. On y retrouve les personnages, la quête du Graal, la trahison de Lancelot et en plus, il essaye d’encrer son Arthur de façon « historique » en le faisant vivre à la fin de la présence romaine en Bretagne. Mais je trouve les BD Kaamelott plus proche du mythe, car on assiste à de vraies quêtes et il y a des animaux fantastiques.

  1. Bonjour, je n’ai pas lu les BD, car, sûrement à tort, je me méfie toujours de tout ce qui est « dérivé ». Je vais essayer d’en trouver d’occasion pour voir (enfin pour lire).
    L’évolution de la série TV est interessante avec la « chute » du héros et repentance du « traître ». Effectivement le dernier Livre en « prequel » représente aussi une astuce intéressante pour, comme vous le soulignez, faire le lien avec l’époque romaine (et assez finement car, si je le souviens bien, ils parlent de Ravenne (future) capitale de l’Empire)

    1. Je ne suis pas fan des dessins de la BD, mais les histoires sont sympas, avec de bons dialogues (surtout quand on a les voix des personnages dans la tête ^^)

  2. J’avais lu une série qui s’appelle le cycle du graal de jean Markale en huit ou neuf tomes, j’avoue que ça remonte à loin. Ça reprend les récits de chrétien de Troyes en général et on y trouve pleins d’anecdotes, de quêtes diverses de la part de chevaliers plus ou moins connu

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