Il aura été difficile d’échapper à la hype autour du jeu puisque même notre bon président français en a parlé. L’histoire ne dira pas s’il a passé plus de 25 heures à terminer le jeu. Je tenais à faire ce titre un peu long, puisque déjà le titre du jeu est long, et vous montrer ceci :

Il s’agit de ma capture d’écran de Steam au moment où j’écris ces lignes. Il ne s’agit pas de fanfaronner en vous montrant « fin » mais plutôt d’être interpellé par ce jeu dont tout le monde parle et que finalement n’ont terminé que moins de 10% des joueurs PC. Alors certes, il faudrait mettre en parallèle les consoles de jeu, mais j’ai envie de dire que le joueur PC n’est ni moins bon ni meilleur que ses collègues console, si bien que la statistique me paraît convenable.

Sur Steam, toujours au moment où j’écris ces lignes, c’est plus de 40000 avis qui ont été donnés et tous de façon très positive. Voici une réflexion sur les avis en ligne, en tout cas pour le jeu vidéo, donné par des gens qui n’ont pas fini le jeu et parfois même qui en ont fait seulement trois heures. Et forcément quand vous ne participez pas à la fête, vous avez le résultat sur le site Numérama. Je vous invite à lire l’article et lire le test, car je me retrouve dans beaucoup de points soulignés par le testeur.

Seulement, Clair Obscur: Expedition 33 est un jeu français, réalisé par un petit studio et on retrouve tous les éléments du chauvinisme, et du Petit Poucet de la coupe de France, qu’on espère voir écraser le PSG. C’est un problème de fond dans le jeu vidéo, la notation devient totalement subjective quand on rajoute certains éléments de contexte. Et pourtant votre voiture, votre téléphone ou même un défibrillateur, vous n’avez pas d’indulgence sur le contexte, vous ne lui autorisez pas d’être moins bon parce qu’il est français ou fabriqué par une petite équipe.

Si un test de jeu vidéo est forcément subjectif, cette subjectivité doit avoir des limites et ne pas s’attarder sur les conditions de réalisation mais seulement sur le résultat.

Cette introduction me paraissait importante pour vous inviter comme souvent à lire les avis contradictoires, c’est souvent dans les commentaires les plus mauvais d’un produit Amazon aimé par 9000 personnes à 4.2 étoiles que vous découvrez les problèmes.

Toutefois, Clair Obscur: Expedition 33 n’est pas un jeu tout pourri labellisé français, et s’il n’est pas le jeu de l’année, il n’en est pas loin. Il a surtout un énorme mérite, avoir totalement repensé un style qui était la propriété des Japonais, le jeu de rôle en tour par tour.

Sous le ciel de Paris

Le cadre du jeu se situe dans un contexte année 1900. L’univers toutefois est différent puisqu’un peu steam-punk, de la magie et surtout il est totalement déchiré. On voit une tour Eiffel déformée, on voit qu’il y a eu un problème. Le problème, c’est cette femme gigantesque au fond qui chaque année va gommer une année. La peintresse. Et lorsqu’elle gomme une année, les gens disparaissent dans de magnifiques pétales de fleur. Cet événement se produit chaque année depuis 67 ans et nécessairement bouleverse l’ordre établi puisque les gens savent à quelle date ils vont mourir.

A l’approche de leur mort, l’année d’avant en fin de compte, une expédition tente le tout pour tout le tout pour tuer la peintresse. Vous allez donc incarner les personnages de l’expédition 33 et débarquer sur l’île. Il serait difficile d’aller plus loin sans spoiler mais comme je parle de l’histoire, il est bon de traîner un peu.

L’histoire est remarquable, c’est certainement pour moi le point fort du jeu. J’ai lu je ne sais pas où qu’ils prévoient un film, si vous n’aimez pas le jeu vidéo ou si vous n’avez pas la patience, je pense que ça vaut le coup. Non seulement l’histoire du jeu est excellente mais elle pose en plus les bases d’un univers extrêmement solide et exploitable qui laisse supposer des suites et des DLC. Il faut reconnaître qu’avec un carton plein du million en quelques jours, le studio aurait tort de s’en priver.

Cela faisait une éternité que je n’avais pas fait de J-RPG puisqu’il s’agit clairement de gratter du côté de Final Fantasy et la bonne raison c’est le J. Comprenez que le J-RPG existe depuis une éternité et si à 15 ans, je pouvais trouver ça sympa, à 50 ans, ça n’est plus possible. Les dialogues bien niais, les cinématiques à rallonge et surtout le J de japonais. Culturellement Expedition 33 apporte quelque chose de différent car il utilise des codes européens, ça nous parle. Je n’évoque pas les marinières et la Tour Eiffel, mais bien l’univers global. Le jeu est grave, il s’agit d’évoquer le deuil, cette mort annoncée par la peintresse.

Cette différence se trouve à tous les niveaux, et notamment dans la musique que je trouve magique, chantée, avec un côté opéra qui rajoutent à toutes les scènes une véritable intensité dramatique. Il est très difficile de ne pas penser en termes de qualité à Nier dont on avait fait un orchestre symphonique.

Dark Souls ???

La grosse différence entre le J-RPG traditionnel et Expédition 33 c’est semble-t-il la dynamique des combats. Comme je l’ai précisé dans le précédent paragraphe, cela fait une éternité que je n’ai pas fait de RPG en tour par tour. À l’époque les combats étaient purement « statistiques », il fallait trouver la fragilité du monstre d’en face et faire la bonne attaque. Nous sommes sur des concepts totalement similaires sauf qu’il y a désormais l’esquive et la parade. Et c’est ici que je rejoins totalement le journaliste de Numérama. La fenêtre d’ouverture de l’esquive est beaucoup plus importante que celle de la parade. Néanmoins il apparaît que dans certains combats, il est difficile de vaincre sans contrer au bon moment.

Je vous conseille de baisser le niveau de jeu dès que vous jugez que c’est compliqué, la suite ne va pas du tout en s’arrangeant. Le jeu est compliqué, il faut apprendre les patterns des ennemis par cœur avec parfois une lisibilité qui laisse à désirer. Ce côté Dark Souls, c’est aussi dans la mise en scène des ennemis, parfois leur difformité, c’est vraiment sympa.

Je suis donc partagé sur le système de jeu, j’ai failli arrêter à un moment. Si on se rappelle que le jeu est développé par seulement une trentaine de personnes, la « misère » se trouve dans les biomes qui composent le jeu. L’aspect « onirique » permet finalement de faire des univers qui sont particulièrement abstraits et sans mini cartes on se perd. Une certaine forme de lassitude s’installe surtout quand on enchaîne les monstres à la chaîne avec des patterns illisibles. On rajoute à ça des boss en deux phases et des combats très longs, des boucliers qui peuvent encaisser n’importe quel coup, et d’autres problèmes agaçants.

Le début du jeu est extrêmement prenant, parce que le but, tuer la peintresse, les mystères qui apparaissent au fur et à mesure, les comptes rendus des expéditions font qu’on y croit vraiment. Et puis certains univers beaucoup moins réussis que d’autres à la seconde moitié du jeu, des combats qui finissent par devenir pénibles mettent un coup de frein. Il serait portant dommage d’arrêter. J’ai réussi à franchir ce cap en farmant et en modifiant les compétences de mes personnages. On se rappellera aussi que j’ai plié tout ce qui fait en souls, et si je n’ai pas les réflexes d’un jeune de quinze ans j’ai quand même une solide expérience, notamment dans la gestion du stress du jeu.

Au niveau du gameplay, le jeu se limite à cinq personnages avec chacun leur manière de jouer. C’est aussi la différence avec certains J-RPG où l’on donne l’impression qu’il faut jouer avec vingt personnages pour être épanoui. Si on trouve le système classique de super pouvoirs, on a aussi le principe des pictos qui viennent se rajouter. Les pictos sont des capacités que vont apprendre vos personnages et que vous pourrez ajouter ou retirer selon le nombre de points de Lumina que vous avez. Par exemple, vous avez un picto qui vous rajoute un point d’action à chaque fois que vous évitez une attaque. Au bout d’un certain temps, vous l’apprenez ainsi que tous les personnages. Si vous avez quatre luminas mais que le nombre nécessaire pour utiliser le picto est de cinq, vous ne pouvez pas l’utiliser. Bien sûr, on trouve de quoi monter le nombre de luminas.

Dans l’ensemble et c’est quelque chose que j’ai trouvé de très positif, c’est que le système de jeu est particulièrement simple à comprendre même si je reste partagé sur le fait d’appuyer sur la bonne touche au bon moment comme moyen décisif de remporter la victoire.

Une histoire extraordinaire, un jeu perfectible

Clair Obscur: Expedition 33 est un jeu plein d’enseignements. Il montre qu’on peut être un studio composé de trente personnes et produire un jeu qualitatif. Il montre aussi qu’on peut s’attaquer aux ténors du genre et faire une proposition différente, qui peut séduire, je pense un public plus large que les jeux japonais, pas assez adultes à mon goût. C’est un culot qu’il fallait oser et c’est un culot qui fonctionne, cela veut dire qu’il y avait une attente pour ce style de jeu. Le jeu montre aussi qu’on peut éviter les classiques de la fantasy ou de la SF pour créer des univers particulièrement originaux. Il démontre aussi qu’on peut taper dans l’adulte, la tristesse, et toucher un large public.

Et par effet de bord, il démontre l’emballement médiatique et le manque de recul qu’on a sur la hype. Le jeu n’est pas dénué de problèmes et ils peuvent s’avérer rédhibitoires pour un joueur qui aime le tour par tour pour ce qu’il est. Un jeu sans action, un jeu de statistiques, de calcul. La hype qu’on voit ses derniers jours montrent tout de même que le test de jeu vidéo c’est un avis qui ne peut se contenter de trois heures de jeu mais d’avoir fini le jeu, avoir du recul.

Je le prends désormais pour moi aussi et ne m’autorise donc que de tester des jeux que j’aurais finis ou arrêtés brutalement. Si la première raison peut s’expliquer simplement, pousser jusqu’à son terme pour dire qu’on y était, pour la seconde, je trouve qu’on peut la défendre facilement. Expliquer le point de rupture entre un joueur et le jeu, par un pic de difficulté ou une une boucle de jeu qui ne se renouvelle pas, est une raison qui mérite d’être donnée.

En ce qui concerne expédition 33, c’est vraiment un jeu qui mérite le détour ou comme je l’ai dit plus haut une histoire qui vaut le détour et qui rappelle que le jeu vidéo est un art à part entière. Ci-dessous, la chaîne Game Movie Land que j’ai déjà citée qui propose le film complet, c’est un énorme travail de montage. J’en ai profité pour voir la fin alternative que je n’avais pas faite.

J’espère que le studio aura l’intelligence de ne pas s’enfoncer dans les DLC mais de proposer une suite ou disons un autre jeu tiré de cet univers. En toute franchise, la fin est tellement poignante, puissante, qu’il serait difficile de reprendre le jeu. Il faut continuer dans cet univers riche mais autrement.

2 Comments

  1. Bonjour,

    J’ai commencé le jeu, le week-end dernier, j’ai dû jouer moins de 5h pour le moment.

    Je retrouve l’envie de jouer grâce à ce jeu car au final, en ayant le Gamepass sur la XboxOne et sur la SerieX : je joue peu … Mme & MiniGeek jouent plus que moi. bref!

    Le jeu n’a pas été développé par 30 personnes, le jeu est un assemblage dont l’éditeur a sous-traité : une société coréenne a réalisé tout le gameplay, il y a l’équipe musicale (un orchestre, une chorale, une équipe technique…), il y a l’équipe de traduction.

    Sandfall a tout géré, à distance, hormis les cinématiques et la capture de performance.
    Faut attendre la fin des crédits à la fin du jeu pour voir qu’ils ne sont pas 30.

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