Je regardais la bio de Werber pour me resituer dans mon propre contexte. J’ai lu je pense dans le début des années 2000, les fourmis, les Thanatonautes et la suite. Je réalise que je n’ai absolument aucun souvenir des fourmis, par contre les Thanatonautes davantage. La quête de la mort était vécue comme une espèce d’expédition sur Mars était réellement flippante. Il y a chez Werber quelque chose d’intéressant, c’est la rationalisation de situations absurdes. Par exemple, les aventuriers de la mort découvrent des étapes. J’ai souvenir que parmi l’une d’elles, il y avait une espèce de paradis, ce qui entraînait une vague de suicide sur terre pour aller le rejoindre.

Werber est un geek, on se sent proche de lui à bien des égards. Une manière de décortiquer la société sous un autre angle. Une volonté de vulgarisation et de culture. Un niveau d’écriture facile d’accès, c’est un auteur populaire sans aucune connotation péjorative derrière.

Depuis quelque temps, je me suis remis à la lecture de manière plus ou moins réussie, gros soupir en pensant à la tour sombre, je cherche des choses rapides à lire, la trilogie des chats c’est 1200 pages, ça passe.

Une histoire racontée par une chatte

Le cycle des chats est paru entre 2016 et 2020 si bien qu’il y a dedans toutes les angoisses de ces dernières années, parmi elles l’effondrement de la société. La narration est faite par Bastet, une chatte. Werber s’amuse donc à présenter ce personnage hautain, imbue d’elle-même qui nous raconte son quotidien et les malentendus qui vont avec. Par exemple, elle ne comprend pas pourquoi elle se fait engueuler par sa maîtresse quand elle a la bonté d’amener une souris morte en cadeau. Bastet est un animal qui a la volonté de communiquer avec les autres espèces mais pour les raisons qu’on imagine n’y arrive pas. De la même manière, comme c’est la chatte la narratrice, elle a du mal à comprendre les événements qui se produisent, l’obsession de sa maîtresse pour la télévision.

Dans le monde décrit par Werber, la montée de l’intégrisme de partout. Des attentats terroristes, une insécurité qui monte. Le premier livre date de 2016, les attentats de Charlie Hebdo sont en 2015, pas bien difficile de trouver l’origine de l’inspiration. Bastet va rencontrer un chat étrange qui se prénomme Pythagore. Pythagore est un chat à part, avec un port USB au milieu du front. Victime d’expériences, le chat a désormais la possibilité de se connecter sur l’internet et d’expliquer le monde à Bastet.

Cela fait donc vingt bonnes années que je n’ai pas lu de Werber et on se rend compte que l’auteur continue de se prendre pour Wikipédia. Pythagore va donner à Bastet de longues explications sur l’histoire des chats en lien avec l’homme. Le bouquin est truffé d’anecdotes que je vous invite tout de même à vérifier. Il explique par exemple que Newton serait l’inventeur de la chatière. D’après plusieurs sources, cela tiendrait de la légende urbaine. Dire que Werber fait du remplissage serait exagéré, mais parfois on s’interroge sur la motivation, faire de l’enseignement ou écrire un roman.

Et là c’est le drame, le point de bascule

Werber nous place dans un monde dystopique, dans lequel la guerre finit par éclater. Le postulat c’est de dire que comme les hommes ne se préoccupent pas des déchets, trop occupés à se battre, si bien que c’est le retour de la peste. La population humaine décroît rapidement et les rats s’organisent pour tout détruire. Oui, après tout il n’y a pas de raisons particulières pour que seuls les chats en profitent. Bastet et Pythagore vont créer une communauté composée de chats bien sûr, mais aussi d’humains et bien évidemment d’un lion évadé d’un cirque. Car comme on l’a dit plus haut, Bastet a cette volonté de communication et comme un tigre n’est qu’un gros chat, elle parvient à se faire comprendre. Alors, à la lecture de ce texte vous pouvez vous interroger quant à la communication entre les chats et les humains. Tout simplement grâce à la chamane Patricia qui communique avec Bastet dans son sommeil.

C’est ici je trouve que Werber est fort. Nous démarrons d’une situation normale avec une chatte qui nous raconte sa vie pour tomber dans une situation apocalyptique dans laquelle s’intègre à la perfection le paranormal. Aussi absurde que la situation puisse paraître, tout tient. Et si Pythagore a subi des expériences, on ne s’étonnera pas de découvrir que les rats sont dirigés par un représentant blanc aux yeux rouges qui a un port USB au sommet du crâne.

Malheureusement Werber fait un peu trop de Werber

On progresse ainsi dans l’aventure en passant les situations les plus absurdes. Les états d’âme de Bastet qui découvre l’humour, qui réalise qu’elle est une personne égoïste. Ses relations avec Pythagore qui tombent dans la niaiserie et les incohérences. En effet Werber nous offre une narration avec une chatte qui se veut chatte, mais les protagonistes partagent plutôt des sentiments humains. Nous sommes dans du fantastique, on peut être tolérant.

Et puis une encyclopédie des savoirs relatifs et absolus de plus en plus présentes, notamment dans le tome 2. Alors effectivement, c’est bien délimité, on pourrait le sauter, mais tout de même. On peut tourner le problème dans tous les sens, mais Werber brode. Oui ça se lit facilement, mais on s’ennuie. Alors à l’instar de la tour sombre, j’ai arrêté.

Car nous avons la chance ici d’avoir : la bande dessinée !

La trilogie des chats en bd et conclusion

La bande dessinée est découpée de la mème manière que les livres avec tout de même des ouvrages qui font 150 pages chacun. Même si on a un gros Bernard Werber sur la couverture, cela tient de l’argument de vente, Pog est le scénariste. Si effectivement, l’histoire colle à celle des romans éponymes, on a quelques modifications dans l’histoire. Par exemple, Bastet dans le premier tome accouche d’une portée, c’est le compagnon de sa maîtresse qui les noie tous, sauf un. Ici elle n’accouche que d’un chat.

Le dessin proposé par Naïs Quin fait le job, même si je le trouve inégal. Lorsque l’on évoque l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu, on passe sur des planches en noir et blanc particulièrement bien réalisée, le reste de la bande dessinée donne parfois un aspect brouillon. En effet, toutes les planches n’ont pas la même qualité de traitement, dans les proportions des personnages par exemple.

Passer à la bande dessinée était une bonne idée et confirme ce que je pense de cette trilogie. Alors que Werber est un auteur de talent, expérimenté, il nous donne un premier livre. Je m’étais arrêté à la moitié du tome 2. Après une moralisation globale sur l’intégrisme et la folie des hommes, vous aurez droit au procès des humains sur la maltraitance animale, le réchauffement climatique bien sûr et la pollution. On a la sensation d’avoir un bouquin écrit par un adolescent qui veut dénoncer le fonctionnement du monde à l’aide de pamphlets qui sentent le réchauffé.

En conclusion, la trilogie des chats est une œuvre facile, à tous les niveaux. Pas de révolution, pas de complexité de lecture, et certainement pas de souvenir impérissable.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *