Lyon, capitale des Gaules ?

Lyon, capitale des Gaules, je suis sûr que vous avez déjà entendu ça quelque part. Certes, Lyon était une des villes, les plus influentes de la Gaulle romaine, voire même de l’empire durant presque 200 ans. Elle comptait au moment de son apogée entre 50 et 80 000 habitants. À titre de comparaison Lutèce n’en avait que 10 000 grand max. Mais peut-on vraiment dire que Lyon était la capitale des Gaules ?

La conquête de la Gaule

D’abord, replaçons-nous dans le contexte. Le sud de la Gaule avait déjà été conquis en -121. Les romains en avaient fait une province intégrée à la république : la gaule transalpine.

70 ans plus tard, c’est Jules César qui fait la conquête du reste du territoire dans les années 50 avant notre ère. Pour en savoir plus sur la guerre des gaules, je vous renvoie à ma vidéo ci-dessous.

La fondation de Lyon

Lyon fut fondée par Lucius Munatius Plancus, sur ordre du Sénat en -43, pour accueillir des colons romains, chassés de Vienne par les Allobroges. En effet, la république est alors en plein tumulte suite à l’assassinat de Jules César en -44. Cela permet aussi d’occuper ce général et ses troupes qui étaient restés fidèles de César. Malin le Sénat !

Les romains n’ont pas choisi cet emplacement par hasard. Le site était déjà occupé par des Gaulois à Vaise (9ᵉ arrondissement), à Fourvière et Croix-Rousse. On y a même retrouvé un mur gaulois, peut-être les fortifications d’un oppidum. De plus, le site est une plaque tournante importante du commerce lié aux deux fleuves (Saône et Rhône) et aux voies gauloises qui y convergent.

Le nom donné, Lugdunum, est d’ailleurs un nom Gaulois : Lugudunum. Lugu (lumière) dunum (mont ou forteresse). Mais Lug est aussi le dieu associé à la lumière mais peut aussi être associé au corbeau. Ce qui donne soit le mont Corbeau, Colline de Lug, Mont Lumière, Forteresse de lumière ou hauteur bien éclairée…au choix.

Lyon, capitale de la Gaule lyonnaise…

Le réseau de routes romaines, perfectionné par Agrippa entre -20 et -18, est centré sur Lyon qui se retrouve à la convergence de quatre voies : la voie Aquitaine, du Rhin, celle de la Manche et celle de la Narbonnaise. On parle des voies romaines d’Agrippa. Ces routes reprennent certainement le tracé d’anciennes voies gauloises. De plus, grâce à sa situation géographique, Auguste, le premier empereur, souhaite se servir de Lyon, pour mener des expéditions en Germanie.

En -15, il fonde sur le territoire de la gaule chevelue, trois nouvelles provinces, aidé de son gendre Agrippa : La Belgique, l’Aquitaine et bien sûr la Lyonnaise. La Gaule transalpine, elle, prend le nom de Narbonnaise. Lyon devient donc la capitale de la Lyonnaise qui s’étend de Lyon à la Bretagne. Sacré territoire.

Comme toute capitale de province, Lyon accueillait un gouverneur dont le palais se trouvait probablement tout en haut de la colline de Fourvière. Parmi les gouverneurs, un s’illustra particulièrement en devenant empereur : Septime Sévère.

Lyon, une cité privilégiée

Lyon était une colonie romaine comme les autres. Cependant, elle avait deux privilèges :

Elle possédait un atelier monétaire impérial, qui permettait notamment de payer la solde des soldats stationnés en Germanie. Lyon avait aussi l’honneur d’avoir une cohorte urbaine. En dehors de Rome, seule Carthage avait eu ce privilège !

En -12, on installa sur la colline de la Croix Rousse un sanctuaire fédéral destiné à l’ensemble des cités des trois gaules, dédié au culte impérial. À cette époque, Auguste menait des campagnes en Germanie et il avait besoin de s’assurer de la loyauté des gaulois.

Chaque année, le 1ᵉʳ aout, des notables envoyés des 60 à 64 cités des trois Gaules, se réunissaient à Lyon. Le sanctuaire avait un immense autel sur lequel était pratiqués les sacrifices pour l’empereur. Il était encadré de deux colonnes surmontées d’une victoire ailées. La place était entourée par 60 statues représentant les cités gauloises.

À côté, il y avait un amphithéâtre, construit plus tard en 19 de notre ère. Il faisait partie intégrante du sanctuaire et l’on y pratiquait des jeux au moment du culte impérial. Pour la petite histoire, c’est ici que l’on replace le supplice de 6 martyrs chrétien dont sainte Blandine en 177. Blandine est d’ailleurs la sainte patronne de Lyon.

Alors Lyon était-elle la capitale des Gaules ?

Résumons. Lyon a le privilège de frapper monnaie et possède une cohorte urbaine. Lyon est aussi le lieu où se rassemblent les représentants des trois gaules. Donc Lyon est-elle la capitale des Gaules ? Eh bien, je sens que je ne vais pas me faire que des amis… Et n’en déplaise aux lyonnais : non.

Déjà, le sanctuaire impérial des trois gaules n’est pas à Lyon. Je vous entends d’ici : « Oui, mais tu viens de nous dire qu’il était à Lyon sur la colline de la Croix-Rousse… ».

Effectivement, il est à Lyon aujourd’hui. Mais il a été construit en dehors de la colonie de Lugdunum et c’est une nuance très importante. Le sanctuaire est sur Condate, un pagus, une sorte de circonscription territoriale secondaire qui n’avait pas le statut de cité. Condate signifie en celte « confluent ».

De plus, comme le précise l’historien Tilloi-d’Ambroisi, l’assemblée des trois gaules n’a aucun pouvoir décisionnaire et n’exerce aucune souveraineté. Le conseil des gaules n’est pas un Parlement. Les Gaulois y viennent, non pas pour gouverner ou voter des lois, mais simplement pour montrer leur soumission à Rome en rendant un culte à l’empereur. Ils ont tout de même le droit d’émettre des remontrances ou des demandes au gouverneur. Lyon n’est donc pas une capitale politique.

Lyon, « capitale des Gaules » n’est donc pas à utiliser dans le sens moderne du terme. Ce qui n’enlève en rien à l’importance de la ville en Gaule et dans l’Empire. Auguste et Caligula y séjournent à plusieurs reprises. Deux empereurs y naissent même : Claude et Caracalla. Elle occupe également une position stratégique très importante pour les armées et pour le commerce.

Le prestige de Lyon diminua à partir de la guerre civile qui débuta après la mort de Commode (fin deuxième siècle). Lyon ne misa pas sur le bon cheval. Elle fut même au centre d’une terrible bataille en 197. Le nouvel empereur Septime Sévère puni la ville qui fut pillée et les notables exilés. À partir de là, Lyon déclina…

Sources :

Nouvelle histoire de Lyon et de la métropole, sous la direction de Paul Chopelin, Pierre-Jean Souriac, Privat, 2019.

La Rome Antique de Dimitri Tilloi-d’Ambrosi, Perrin, 2023.

Occupations, habitats, logements pendant l’Antiquité gallo-romaine, INRAP, 2016

Incontournable Lugdunum. Lyon à la confluence des Gaules, émission de radio Le cours de l’Histoire du 4 décembre 2023 avec l’Historien Patrice Faure.

https://www.patrimoine-lyon.org/accueil/histoire-de-la-ville/lyon-gallo-romain

https://www.inrap.fr/occupations-habitats-logements-pendant-l-antiquite-gallo-romaine-10247

https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1962_num_17_2_10103

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