Ce mois-ci, je compile quelques séries que Benjamin avait déjà proposées avec quelques séries que j’ai eues l’occasion de voir.
The Boys, les superhéros pas vraiment super – Par Cyrille
Après avoir regardé la série invincible, l’anime sur les superhéros particulièrement violent, c’est au tour de la série The Boys. On a fait la comparaison entre les deux séries dans la presse spécialisée et pourtant ce n’est pas du tout la même chose. Ce que partagent les deux séries, c’est le côté sanglant pour le reste, c’est totalement différent. En fait, en regardant invincible, on se rend compte que nous sommes dans une véritable série de superhéros qui au fil des saisons apporte son univers, solide. Malgré l’humour, parfois la dérision, l’extrême violence, il s’agit bien d’une histoire conventionnelle. D’ailleurs, en étant du côté de la saison 4, on se rend compte que non seulement l’auteur a pioché du côté des comics, mais aussi largement du côté de Dragon Ball.
Pour en revenir à The Boys, le paradigme est différent. Les superhéros sont mauvais. Ils boivent, ont des vices, n’ont que faire finalement de la vie humaine. La seule chose qui importe pour eux c’est leur image et l’argent qu’ils génèrent. Car derrière eux c’est toute une entreprise qui est établie. On loue des superhéros pour protéger une ville, on gère les partenariats, les sponsors, les réseaux sociaux. C’est ainsi que derrière cette image lisse, bienveillante se dissimule des gens pervers, qui n’hésitent pas à utiliser leurs superpouvoirs pour arriver à leur fin. Par exemple, l’homme invisible est un pervers qui passe son temps à espionner les gens dans les toilettes. Plus grave et c’est sur ce fait dramatique que commence la série, l’homme super rapide passe au travers d’une jeune femme et la fait exploser dans les bras de son compagnon.
Ce dernier va intégrer une brigade qui cherche à se débarrasser de ces dangers publics.

À l’instar d’invincible, The boys n’est pas une parodie ou une caricature des superhéros. Elle aurait pu en effet se contenter de jouer sur le paradoxe de la situation et en rester là. Les personnages sont plus profonds qu’il n’y parait tout comme l’intrigue et les mystères de la série. Avec cet aspect marketing derrière les superhéros, on comprend que l’idée, c’est avant tout une dénonciation de la société, de l’entreprise et du capitalisme de façon générale.
La critique est acide. Les principaux héros sont réunis dans le groupe des sept. Ils participent à des publicités, à des séries qui vantent les exploits. Maintenir sa position, c’est compliqué, les héros sont accros à leurs statistiques, à ce que pense d’eux l’opinion publique. La concurrence entre les membres qui se jalousent et qui rivalisent pour rester au devant de la scène. L’homme poisson va par exemple tomber dans un scandale sexuel et on le verra passer par toutes les étapes de la rédemption. Les excuses publiques, l’écriture d’un livre pour dire comment il a changé. De la même manière, l’homme le plus rapide du monde se dope pour conserver ses facultés. Il y a chez les sept ce côté ridicule d’avoir des pouvoirs qui leur permettent de raser la planète, mais qui sont pourtant dépendants de leur gloire, de leur image au point d’accepter tous les compromis.
On vise ainsi la starification bien sûr, les médias, mais aussi l’industrie pharmaceutique. On découvrira en effet que contrairement aux superhéros comme Superman, les pouvoirs sont issus d’un composant chimique. Et nécessairement l’entreprise derrière voit quels bénéfices tirer en fabriquant des super soldats pour une journée.

La série s’étale sur cinq saisons et la trame principale, c’est l’opposition entre des humains normaux qui veulent en finir avec la tyrannie des superhéros. Butcher, le chef de la « résistance » voue une haine profonde au protecteur qui a violé son épouse. Il traque les superhéros et cherchent à les tuer. La série a l’intelligence de ne pas être totalement binaire, mais au contraire nuancée. Les superhéros ne sont pas tous méchants et parfois certains méchants peuvent réaliser de bonnes actions. Le protecteur dans la série, l’équivalent de superman est un psychopathe interprété de manière remarquable par Antony Starr, il est le grand méchant de la série et c’est le superhéros à abattre.
Sur les cinq saisons, il y a quelques points qui sont notables. De façon générale la série ne s’essouffle pas même si on aurait pu finir plus tôt. La série ose tout. Du gore avec du sang partout, de la sexualité malsaine. Il y a des scènes assez surréalistes comme quand les personnages sont à la campagne et qu’ils luttent contre des animaux qui ont muté ou encore das une Bar-mitsvah. La provocation est omniprésente, et c’est réussi. On pense notamment aux excuses publiques des héros, aux diffamations ou aux mensonges. On a l’impression d’être dans une télé-réalité à l’américaine. La psychologie des personnages est parfaitement travaillée avec des évolutions parfois surprenantes. Le protecteur qui s’enfonce dans sa folie, A-Train l’homme le plus rapide du monde qui devient un homme meilleur. Enfin, on évite la multiplication des personnages ce qui permet de mieux les travailler. Dans invincible par exemple, on n’en finit pas de voir de nouveaux méchants ou héros arriver ce qui pour ma part en rajoute trop.
La fin de la série qui est sortie il y a peu est particulièrement carrée, c’est très bien.
« Superstore », dans les coulisses de la grande distribution américaine ! Par Benjamin
Superstore est une Sitcom américaine de six saisons, créée par Justin Spitzer (The Office) en 2015 pour NBC. Vous pouvez la retrouver sur Netflix et Amazon Prime. Jonah (Ben Feldman), fils de bonne famille, qui vient d’abandonner ses études se fait embaucher dans le supermarché Cloud 9 de Saint Louis. Il est recruté par Amy (America Ferrara, « Ugly Betty) et n’est pas insensible aux charmes de cette chef de rayon. Il découvre alors les coulisses de la grande distribution, ses heures décalées, ses petits salaires et les clients pas très sympas… Dit comme ça, ça pourrait faire penser à un pitch de film des frères Dardenne qui raconterait un énième drame social. Mais ici, on est dans une bonne comédie, qui contrairement à d’autres sitcoms, reste drôle sur la durée et réussit à se renouveler en abordant des thématiques très diverses et souvent sérieuses.
Dans ces fameuses thématiques il y a tout ce qui fait, bien sûr, le paradoxe américain : On y parle mariage gay, port d’arme, adolescente enceinte, du surendettement des étudiants, du salaire de misère des petites mains, de la GPA, du racisme, etc. Le tout avec un ton léger et très décalé. Il y a bien sur le monsieur je-sais-tout fils de bonne famille Jonah.



Le directeur, Glenn, pas très compétent, mais avec un grand cœur. Très croyant, mais avec des préjugés (sur les gays, les étrangers) et qui a une voix d’éternel ado qui n’a pas réussi à muer malgré ses 50 ans passés… Il est interprété par l’excellent Mark McKinney !



Son assistante, Dina, psychorigide sur la sécurité et qui le déteste. Interprétée par la très drôle Lauren Ash. La chef de rayon Amy mère de famille avec un mariage bancal. Matéo, gay, philippin sans papiers, qui veut toujours être le meilleur dans son travail. Garrett, le copain sympa qui se fou de tout, cloué dans un fauteuil roulant. Cheyenne ado de 17 ans enceinte (et qui accouchera dans le magasin), etc. Il y a énormément de personnages secondaires biens mis en valeur par les scénaristes.
Son ton plutôt acide sur la façon dont les grosses compagnies traitent leurs employés, propose un nouveau souffle dans la sitcom américaine. Jusqu’à présent on nous parlait de bandes d’amis, blancs, plutôt bien installés socialement comme dans « Seinfeld« , « Friends », « How i met your mother« , etc. Donc de voir des gens socialement et culturellement si différents évoluer sur leur lieu de travail, renouvelle le genre. Ce n’est pas la plus drôle, mais elle est, sur le fond, plus originale que beaucoup. Ne pas oublier que son créateur, Spitzer avait déjà parfaitement décrit le monde du travail avec la délirante série « The Office« , disponible depuis peu sur Netflix également.
Cobra Kai, la suite de Karaté Kid – Par Benjamin
Cobra Kai est une série apparue sur Youtube en 2018. Après deux saisons, elle est rachetée par Netflix qui voit en elle un beau potentiel. La saison quatre vient d’être diffusée sur la plateforme et la saison cinq est déjà tournée. La série raconte la suite de Karaté Kid, 34 ans après la fin du premier film. Pour les plus jeunes, Karaté Kid raconte l’histoire de Daniel Larusso, qui vient d’emménager à Los Angeles avec sa mère. Très vite, il se fait persécuter par une bande d’ado menée par Johnny Lawrence, double champion de karaté appartenant au dojo Cobra Kai dirigé par John Kreese. Daniel va trouver du soutien en la personne de M Myagi, vieux jardinier servant de concierge dans la résidence de sa mère. Il lui enseigne de karaté et Daniel remporte le tournoi de All Valley face à Johnny. Il y aura une suite qui se déroulera au Japon, puis un troisième film où Daniel se fait recruter par Cobra Kai et le vicieux Terry Silver ami de John Kreese.


Trente-quatre ans après, Johnny Laurence vient de perdre son travail, décide de rouvrir le dojo Cobra Kai et d’enseigner le karaté comme il l’a appris : « Frappe le premier, frappe fort, sois sans pitié ». Cette ouverture ravive les vieux démons de Daniel Larusso, entrepreneur qui a très bien réussi sa vie. Il décide lui aussi d’enseigner à nouveau le karaté que lui a enseigné M Myagi. La rivalité entre les deux hommes reprend…


Cobra Kai est une bonne série pour plusieurs raisons. On prend plaisir à retrouver les personnages que l’on a vus quand on était enfant. La série est beaucoup plus intéressante que les trois films. En effet, on prend le temps de développer les personnages au fil des 10 épisodes (de 30 minutes) par saison. On se retrouve donc face à des personnages beaucoup plus complexes et attachants. Attention SPOIL : En plus de retrouver Daniel et Johnny, Kreese revient et il est toujours aussi inquiétant, tout comme Terry Silver dans la dernière saison. Même Ali Mills, l’ancienne petite amie des deux rivaux fait une brève réapparition. Le méchant du deuxième film Chozen a participé à deux épisodes de la saison 3 et va avoir une place importante dans la saison 5…[fin du spoil]


La série n’est pas parfaite et a de nombreux défauts. La réalisation fait très « série TV des années 80 ». À croire qu’ils n’ont pas de chef opérateurs. Même si les personnages principaux sont bien développés il y a un peu trop de changement de caractères à mon gout. On notera le manque de cohérence quant à la « solidité » des personnages. On dira que c’est pour conserver l’esprit des films d’actions des années 80 avec des héros indestructibles. À part une exception dans laquelle [Spoil] Miguel, de Cobra Kai perd l’usage de ses jambes [fin de Spoil], les gamins des dojos rivaux se battent à longueur de temps sans avoir de grosses blessures. Ils déclenchent une émeute au lycée et pillent une maison sans être inquiétés plus que ça par la police.
On a même l’impression que les parents sont inexistants. Pourtant, les jeunes sont (très) souvent maltraités par leurs senseïs respectifs qui les utilisent allégrement pour assouvir leur vengeance. Bref. Plus c’est gros plus ça passe !


Malgré tout ça, la série est très bien rythmée, il faut dire que 30 minutes par épisode ça aide. Il y a de nombreux rebondissements et les chorégraphies des combats sont rondement menées. La musique accompagne bien cet univers en restant dans les l’ambiance des 80’s. Bien que les thèmes soient fréquemment sérieux, misère sociale, harcèlement scolaire, dépression, etc. le ton employé est très léger, voire drôle. Ces quinquas qui essayent de retrouver leur jeunesse grâce à leur rivalité est traitée avec beaucoup de second degré.

De plus, les « vieux » comme moi, regardent évoluer les senseïs, et les « jeunes » leurs élèves. Pas besoin d’avoir vu les films pour comprendre l’histoire, car de nombreux flash-back (vers les films) sont là pour faire des piqures de rappel. C’est donc une série pour toutes les générations que l’on regarde (ou pas) avec nostalgie en laissant de côté son côté rationnel tout en prenant beaucoup de plaisir.
Bref, Serge le mytho et bloqués – par Cyrille
Trois séries différentes pour un presque même univers. Il s’agit de « courts » écrits notamment par Kyan Khojandi. Je pense qu’il ne fait pas la carrière qu’il mérite, mais c’est une autre histoire. Bref, c’est la série de base, elle présente un gars dont on ne connaît pas le nom, monsieur tout le monde. La narration est assez particulière, un ton rapide, des répétitions, qui ont donné de très nombreuses parodies sur internet. Bref, c’est de l’humour bien sûr, mais c’est beaucoup plus profond que ça en a l’air. C’est une série qui touche parce que ce monsieur tout le monde, c’est un peu tout le monde, donc potentiellement soi-même.
Bloqués, c’est l’histoire d’Orelsan et de Gringe, les casseurs flowters. Qu’on n’aime ou pas Orelsan, le garçon a créé un univers solide qu’il a poussé dans un film : Comment c’est loin. Les casseurs flowters c’est l’histoire de deux jeunes d’Aubervilliers qui passent leur temps à ne rien faire. Dans la série bloqués , on les voit de façon systématique sur le canapé, en train de tuer le temps. C’est du bon mot, c’est drôle, il n’y a par contre rien de plus à chercher que le divertissement.
Lorsqu’ils s’ennuient et qu’ils ne savent pas quoi faire, ils font venir Serge le mytho interprété par Jonathan Cohen. Serge est un personnage totalement mythomane. Il fait atterrir les avions, chante sur scène avec Joey Starr à l’age de 11 ans. Il est encore le descendant de Louis XVI. Les histoires sont complètement rocambolesques et ça va assez loin. Serge a fini par bénéficier de son spin off dans lequel on découvre sa véritable vie. Serge vit chez sa mère dans sa chambre d’adolescent, il travaille dans une maison de retraite. On comprend qu’il a créé cet univers pour fuir cette vie de looser. Lorsque son crush d’adolescent revient dans sa vie, Serge va-t-il abandonner ses mensonges ? Beaucoup plus riche qu’elle en a l’air, la minisérie vous tirera une larme à la fin ou durant l’enterrement d’Huguette.
Avec quasiment 13 ans de décalage la série courte revient dans des formats longs de plus de 35 minutes. Je trouve que le traitement est assez intéressant. Les premiers commentaires de la presse : « c’est trop long ». En pulvérisant le record d’avis positifs sur des sites comme Allociné avec 4.8 étoiles au moment où j’écris ces lignes, on se dit que le vent a tourné. Le changement de format reste une complexité pour les auteurs, comme on a pu le voir avec l’adaptation de Kaamelott au cinéma. Quand votre série est basée sur un rythme très rapide, les punchlines, le débit hyper rapide de Kyan Khojandi, est-ce que ça passe au format long ?
Il serait mentir de dire qu’il n’y a pas de moments de flottement dans bref saison 2. Seulement, c’est un peu comme Kaamelott. La sympathie, la nostalgie, l’univers tellement solide font qu’on est certainement plus indulgents. Ça, c’est pour le caractère subjectif. Pour l’objectivité, c’est une véritable réussite. L’équipe a dû taper à la porte de Disney Plus, car Canal ne voulait pas donner le budget, ça se sent. La réalisation, les dialogues, l’émotion, tout y est vraiment.
J’étais au départ surpris, par ce passage sur Disney Plus. À la réflexion, je pense que les gens qui prennent Disney Plus sont les parents pour avoir la paix avec leurs enfants. Alors forcément la série sur un type qui a la quarantaine, ses déboires amoureux, ça parle. J’ai avalé les six épisodes d’une traite, c’est réellement prenant, Disney Plus n’a rien censuré ce qui n’en fait absolument pas une série pour les enfants ni même pour les jeunes. Je pense qu’il faut un peu de bouteille pour apprécier.