J’avais décidé sur restez-curieux d’éviter les parties vies personnelles, cela dit, il y a ici une dimension d’apprentissage qui me parait assez importante. Je vais donc déroger à la règle, c’est aussi un clin d’œil à ma fan base qui me suit depuis plusieurs décennies, le chantier est une véritable catastrophe avec une grosse histoire de canalisation en perspective.
Saint Pierre la Mer, port d’attache.
Mon épouse et moi-même vivons ensemble depuis plus de trente ans et nous avons tout de même pas mal roulé notre bosse. Originaires du sud de la France, nous nous sommes rencontrés à la Fac de Montpellier. Trois ans à Paris qui m’ont permis de régler les problèmes du bug de l’an 2000 et le passage à l’euros en COBOL, huit ans dans le Cantal, puis nous avons réussi à redescendre dans le sud, chez nous. Il fallait trouver un point de chute et finalement notre seul port d’attache, Saint Pierre la Mer dans lequel nous avions acheté un appartement quand nous étions en région parisienne.

Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, Saint Pierre la Mer comme son nom l’indique est une station balnéaire. Moins de 2000 habitants à l’année pour finir à 40.000 habitants durant la pleine saison. Pas loin de Gruissan, c’est un avantage, les jeunes préfèrent faire la fête là-bas, notre village est avant tout une station familiale. L’histoire est assez intéressante, c’étaient des marécages à l’origine, on trouve encore quelques cabanes de pêcheurs. Peu prisée à ses débuts, il faut savoir que des maisons se gagnaient à la loterie à l’époque.
Saint Pierre la Mer a eu son petit moment de gloire et pas pour les bonnes raisons, grâce à la bulle de Saint Pierre. En front de mer, on avait voulu faire un grand aquarium naturel avec une bulle en verre sous l’eau. Au niveau de l’office du tourisme, on descendait les escaliers et on arrivait dans cette fameuse bulle. L’inauguration devait se faire en lien avec Patrick Baudry l’astronaute depuis l’espace. Malheureusement, la bulle prenait l’eau. Des détournements de fond public, un chantier raté, des retards, l’ouverture au grand public n’a jamais été faite. La bulle a été démontée et enterrée il y a peu, j’ai pu voir les différentes étapes du chantier pour 10 millions d’euros jetés en l’air sur trente ans.
Petite station balnéaire, mais station balnéaire tout de même. Se posent plusieurs problèmes dont une inhérente au territoire :
- Saint Pierre est construit sur le massif de la Clape. Ce n’est pas forcément visible sur la photo, mais la côte entre le haut et le bas de Saint Pierre est très importante. On distingue ainsi le Saint Pierre du haut et le Saint Pierre du bas. Vivre sur le haut n’a que peu d’intérêt, vous avez une vue magnifique sur la mer, mais en contrepartie si vous voulez aller à la boulangerie, vous descendez, mais vous ne remontez pas. En gros, vivre en haut, c’est prendre la voiture en permanence pour aller en bas.
- Les maisons sont prévues pour être des maisons de plage. Il s’agit de maisons petites, mal isolées, souvent sur plusieurs étages. Tout a été construit pour le touriste qui vient profiter de la mer, mais vivre à Saint Pierre à l’année c’est plus compliqué.
- Le prix. On est en face de la plage, même si ce n’est pas la croisette, vous allez payer des fortunes. Avec en plus une particularité sur le territoire supplémentaire, il y a tous les prix, fréquemment chers. Un appartement de 65 m² au troisième étage, c’est 300.000 €. J’ai vu des maisons de 50 m² avec tout à refaire au même prix. Le sud et la Méditerranée se payent cher.
En 2025 nous avons 50 ans.
Nous avons posé nos valises de façon définitive à Saint Pierre la Mer en 2013. Mon épouse est professeur des écoles dans un village à côté, j’ai fait le sacrifice de la route pour travailler à Pézenas. Je reste prof, ce qui veut dire tout de même que les périodes de vacances compensent les heures passées en voiture. C’est un choix. Mon épouse a des problèmes de genoux, et a déjà une prothèse, ce n’était pas le cas quand nous avons acheté. Nous avons pris une ruine, on verra dans les prochains billets qu’on peut faire pire, sur trois étages. Il s’agissait à l’époque de la maison la plus grande à la vente et la moins chère. En même temps tout était à refaire.
Pas du tout d’expérience dans les travaux, ça a été l’occasion de faire quelques belles rencontres, de solides amitiés et pas mal d’apprentissage. J’avais partagé une partie des travaux à l’époque, mais pas tout. Ici, je vais en montrer un maximum. Nous savons que nous voulons rester sur Saint Pierre et cela fait plusieurs années que nous cherchons quelques choses. Si vous regardez les problématiques soulevées plus haut, vous comprendrez que quitter notre 86 m² pour quelque chose doit avoir du sens. Nous cherchons donc la dernière maison avant le cimetière ou la maison de retraite pour vivre le plus longtemps dans notre village d’attache.
Nous avons fêté nos 50 ans cette année et nous arrivons à un âge plutôt charnière à pas mal de niveaux. À 50 ans, on a encore l’énergie pour se lancer dans certains projets. Si on ne s’est pas trop raté, financièrement plus aisé et puis c’est le moment. En effet, dans dix ans le corps ne sera plus dans le même état et les banques refuseront de nous prêter de l’argent. C’était donc maintenant ou jamais.
Les critères pour s’engager dans une nouvelle maison étaient assez simples. Le prix, parce qu’on aurait pu trouver la maison de ses rêves à 600.000 €, mais vous comprendrez que professeurs ce n’est pas encore le salaire à six chiffres. La possibilité de dégager un plain-pied, et c’est certainement ici toute la complexité de la chose.
Une maison trouvée en une semaine et achetée en deux mois.
Mon épouse et moi-même avons l’habitude de nous engueuler pour tout et de n’être d’accord sur rien, sauf pour les choses importantes. C’est un fonctionnement particulièrement méditerranéen, assez usant au quotidien, mais qui reste fiable. Nous avons passé suffisamment d’épreuves pour avoir une confiance mutuelle parfaite et savoir dans quoi nous nous engageons. Dans Saint Pierre, il y a une copropriété assez particulière. Vous traversez la rue et vous êtes à la plage. Pourtant, cette copropriété est invisible, elle est entre l’avenue principale et une rue assez importante, enclavée. Alors que le terrain coûte une véritable fortune, la copropriété se paye le luxe d’avoir des jardins partagés. Les maisons ont du terrain, peu de mitoyenneté, de véritables maisons avec un étage et plus des maisons de plage.
Nous avions visité en fin 2024 une de ces maisons, qui avait été refaite à neuf. La problématique à l’intérieur, c’est que si c’est magnifique, spacieux, il faut accéder aux chambres par un escalier en colimaçon. J’avais dit que ce n’était pas la peine, et il apparaît que j’ai eu raison. Il s’agit de maisons qui ont été construites dans les années 70, et l’ensemble des propriétaires sont d’origine. On trouve donc des gens qui ont plus de 70 ans, des héritages des parents qui ont connu les maisons à la construction dans leur jeunesse. C’est assez intéressant d’ailleurs, car cela me permet de comprendre un peu mieux les choses et notamment les constructions. On verra dans le prochain épisode que c’était quand même franchement rock and roll et qu’on ne se posait pas de question. Ces gens là vendent leur maison parce qu’ils n’arrivent plus à monter l’escalier, CQFD.
Sans conviction, nous avons visité la maison que nous avons finie par acheter, parce que je voulais vérifier si un Stannah passait dans l’escalier.
La publicité kitch que nous avons tous vue, on n’y pense pas quand on a trente ans. Pourtant, quand on se rapproche plus de la fin de la vie que du début, il y a des choses auxquelles on se doit de penser. Concrètement, si je vise la dernière demeure, il est nécessaire de penser à monter les escaliers, l’idéal bien sûr, c’est de ne pas avoir d’escalier.
En juillet 2025 nous avons visité une nouvelle maison de cette résidence. La visite nous a rapidement refroidi, c’était une ruine. Il s’agissait d’un couple de personnes âgées qui vivaient à l’année et qui sont décédés à un an d’intervalle. La maison était inoccupée depuis novembre 2024, c’est un paramètre à prendre en considération pour la compréhension de la suite. Ces personnes avaient abandonné la partie et s’étaient faits à une vie d’une maison sale, dans son jus. La dame de Stannah m’avait dit au téléphone qu’il fallait compter entre 70 et 80 cm pour monter un Stannah, mon premier réflexe a été de mesurer l’escalier et de dire que c’est mort.
Je savais que mon épouse avait un attachement particulier pour la résidence, une maison avec un grand volume, un jardin plutôt formidable et puis j’inspire un grand coup. Ici à côté des toilettes, on casse tout et on met une douche. Ici dans cette pièce, on met une double porte à galandage et on fait une chambre. Le plain-pied est dégagé, les travaux n’ont pas l’air si importants, nous faisons une offre, elle est acceptée.
Montage financier
270.000 € à sortir, pas d’autre possibilité que de passer par un prêt relais. On rajoute à cela 20.000 € de travaux à crédit, et plus de 20.000 € de frais de notaires. Nous ne sommes pas des gens qui trainent et nous avons démarché notre banque directement. Douze ans de fidélité, pas un découvert, des salaires de fonctionnaires, la banque ne fait rien ou presque. Notre conseillère se trompe dans les chiffres, elle part en vacances, le directeur prend le relais, mais ne donne pas suite après s’être, lui aussi, trompé dans les chiffres. On comprend que les banquiers attendent un compromis et qu’ils ne feront rien sans ce document. C’est tout de même assez paradoxal ou je ne fonctionne pas de la même manière. Avant de m’engager sur une maison, j’ai d’abord besoin de savoir si je suis en capacité de la payer. Une simulation, c’est donc du bon sens. Je me dis que les banquiers ne veulent pas perdre du temps avec des projets qui ne sont pas assez solides, je peux l’entendre, mais c’est ce manque de réactivité qui m’a fait voir ailleurs.
En 2025, il est assez étonnant de voir qu’on a multiplié un grand nombre de métiers qui ont du sens et qui n’existaient pas à l’époque. Un community manager pour faire vivre une société sur les réseaux, ça a du sens. Un courtier, c’est une absurdité, mais qui pourtant prend tout son sens. Le courtier existe pour compenser l’incompétence des banquiers. C’est sidérant. Le rôle du courtier, c’est de vous assurer le montage financier qui correspond à votre besoin. Il va négocier pour vous et paye ses honoraires dans l’argent qu’il vous fait économiser. Nous avons écouté les jeunes autour de nous, et nous sommes passés par cette solution. C’est aussi ça vieillir, écouter les gamins.

Le travail du courtier, c’est d’abord de vous écouter. Il est capable d’apporter une écoute que le banquier ne sait pas faire. Notre condition la plus importante, c’était d’avoir un crédit relais sur deux ans. Comme tout le monde le sait, la conjoncture actuelle est catastrophique pour tout, l’instabilité politique du moment fait que personne ne fait rien, encore moins acheter une maison. Dans le contexte actuel, deux ans, c’est bien, ça laisse le temps de voir venir. Ensuite le courtier vous trouve le meilleur taux et l’assurance. Il faut savoir que le crédit relais par défaut dans les banques, c’est un an et qu’il est potentiellement renouvelable. Si vous ne vendez pas votre bien, la banque peut le saisir pour se rembourser.
Le montage du crédit relais est relativement simple, vous faites estimer votre bien personnel que vous allez vendre et la banque vous prête 70% de la somme. Ce n’est pas anodin, si votre maison est estimée à 300k, la banque vous prête 200k, on peut imaginer que même si les agents se sont ratés, vous la vendrez toujours à 200k. Deux estimations sont nécessaires bien sûr, cela évite les petits arrangements et cela permet d’avoir une base plus solide pour la valeur de votre maison.
Le courtier a donc fait le nécessaire, trouvé un taux qui va bien et une période de deux ans incompressible pour voir venir. La condition bien entendu, c’est le changement de banque où je ne m’attends pas à mieux. Comprenez qu’aussi bien dans quelque temps, quand j’ai vendu la maison, fini mes travaux, si les taux d’intérêts sont les plus bas, on ira refaire un tour pour déplacer les comptes. Une banque se quitte comme un opérateur téléphonique, personne ne viendra vous retenir. Et c’est ici le pire, aussi bien, je serai de retour dans ma banque d’origine qui me fera peut-être une belle proposition.
Au niveau de l’assurance, il faut savoir que vous pouvez partir quand vous voulez. Nous avons souscrit « l’assurance de la banque » au départ, quelques semaines plus tard un changement pour un bénéfice de 18.000 € d’économie.
On comprend bien que les propos des publicités pour les banques ou les assurances où l’on ferait croire à une relation humaine, un partenariat, c’est un fétu de paille.
Début de l’aventure, mercredi premier octobre
Nous avons bien sympathisé avec le jeune de l’agence immobilière qui fait partie des gens qui m’ont conseillé d’aller voir un courtier. Petite agence, le jeune a été surpris, je pense par notre manière de faire, on l’avait mis en retard pour la première visite, on l’avait invité à manger. Son principe à lui, c’est de réunir l’acheteur et le vendeur à la fin. On faisait donc la passation des clés le mercredi matin, pour une signature l’après midi ainsi que le relevé des compteurs.
J’écoute la dame qui échange avec son mari au téléphone et je suis assez étonné par le nombre. Certes, ils sont venus faire le ménage, c’est une succession si bien que ça a été le défilé entre les frères et les sœurs sans forcément de concertation. Je décide de laisser le compteur d’eau allumé.
Le jeudi 2, je finis mon cours, je rentre et je m’arrête à la maison. Le compteur, alors qu’aucune activité n’a eu lieu dans la maison a bougé de 7 mètres cubes soit l’équivalent du camion ci-dessous.
Dans le prochain épisode, nous parlerons de fuite d’eau et de canalisation avec des trappes à caca mystérieuse qui à l’instar de Stargate envoient l’eau dans des zones totalement inconnues.

Ca a l’air d’être une zone à risques,surtout côtiers, inondation, etc…
Avez-vous vérifié sur georisques.gouv.fr ?
Oui comme tout le bord de mer, une grosse partie de l’Aude.
Ah les belles histoires du professeur Borne me manquait, hâte de lire la suite car je n’ai jamais oublié que le crépi c’est la vie, entre autres!!!
Moi aussi je trouve que les histoires du professeur c’est quand même tout une aventure 🙂
A pluche.
Yo,
Cette impression qu’on en revient toujours aux canalisations avec du caca.
Tcho !
Pour le prochain épisode je me fais des pop-corn !
Ps: le fanboy audois connu à Montpellier que je suis apprécie contournement de règle 😉
Là ça nous rajeunit encore moins. Tu as encore ta belle chevelure blonde ?
Ma chevelure est parfaitement intacte bien sur !
En effet, cela nous ramène « quelques temps » en arrière sur tes précédents récits (épiques) de défonçage de rocher et autres joyeusetés.
Oui les banques, aucun sentiment à avoir de ta part et même au contraire faut s’en aller sinon…
Bon je vais suivre le (nouveau) feuilleton alors.
o/
✊🏼 🖖🏼