2026/04/21 Ce billet est le déterrage d’un billet écrit en décembre 2023. Avec la sortie de la Numworks collège, il me paraissait important de remonter le billet. Comme à mon habitude, vous verrez en rouge les nouveaux paragraphes plus bas. Il est assez amusant de voir qu’à la fin de cet article, j’espérais pour cadeau de Noël une Numworks collège, elle arrive avec plus de deux ans de retard.
Préambule. La charge que vous allez lire sur Casio n’est pas dictée par un accord quelconque, un partenariat ou quoi que ce soit. Il s’agit d’une opinion qui n’engage que moi, enseignant de mathématiques depuis 20 ans en lycée agricole. Le fait de mentionner lycée agricole n’est pas anodin. En effet, mes élèves sont en difficulté, la calculatrice se doit d’être une aide, pas une entrave. Malheureusement, ce qui suit pourrait être appliqué à beaucoup de choses. Des choses qui concernent notamment l’informatique, ce fameux facilitateur… quand ça marche.
Il était une fois, l’heureux pays de Casio et Texas Instrument.
Il serait tentant de vous placer le mot Numworks dès maintenant, mais ce n’est finalement pas à propos. En effet, Numworks nous a clairement sauvé la vie en lycée professionnel. En effet, l’utilisation des calculatrices Casio ou Ti était devenue tellement complexe, si peu intuitive que nos élèves préféraient faire les calculs à la main. Avec ma collègue, nous avons fait partie des premiers profs de France à commander du Numworks, c’était l’époque où le commercial se déplaçait directement dans les lycées de France. Notre démarche était pour le moins surprenante, car nous ne nous intéressions pas à Python à l’époque.
Nous ne voulions qu’une interface en français, simple, c’est ce que nous a donné Numworks. Depuis, la réforme du lycée est passée, et Python est au BAC PRO, mais c’est une autre histoire.
Pour le collège, les deux acteurs majeurs sont Casio et Texas Instrument. D’après le site Ti-Planet, une référence du genre, Casio c’est quasiment 80% du marché. Pas du luxe d’ailleurs, car au niveau de l’interface Ti fait bien pire que Casio. On ne peut pas éluder les autres marques issues des supermarchés, notamment avec lesquelles arrivent parfois les élèves. Ces calculatrices bon marché ne sont pas une aide pour les élèves, elles sont limitées dans leurs fonctions et sont davantage un handicap qu’un avantage.
Il faut dire que l’argument commercial pour les familles est une évidence. En grande surface, j’ai vu la dernière Casio collège vendue à 26 € quand jusqu’à maintenant, c’était à moins de 20. Quand on voit que les élèves font peu attention, entre la casse, les pertes, mais aussi les vols, ça peut rapidement commencer à chiffrer.

La nouvelle version 2023 collège, tellement plus jolie, mais tellement moins simple
Dans mes cours, je me fends de faire deux versions d’utilisation de la calculatrice. Une pour la Casio, une pour la TI. J’ai eu la surprise de voir des élèves arriver avec un nouveau modèle de Casio. Il faut donc composer avec l’ancien modèle que possèdent la majorité des enfants, les TI qui sont un cauchemar au niveau de l’interface. Et comme je suis quelqu’un de sympa, je donne un coup de main aux élèves qui n’ont pas la « bonne » calculatrice. En effet, quand ils récupèrent du vieux modèle des familles ou du modèle à pas cher, c’est qu’ils n’ont pas les moyens de faire autrement. Comme malheureusement les tutos calculatrices ça ne fait pas trop de vues sur TikTok, c’est à moi de fouiller dans les manuels.
Vous noterez que si je ne fais pas l’effort, on a une stigmatisation qui est faite par l’argent. Ce serait mon droit de dire que j’ai demandé un modèle, et que si on n’a pas le modèle, on se débrouille. C’est ce que font la majorité des collègues. Tout allait bien jusqu’aux fonctions. Je me suis rendu compte que je n’étais pas capable de faire le tableau de valeurs avec le nouveau modèle.
Voici la partie de mon cours qui correspond à TI et ancien modèle.

Comme on peut le voir, il faut quatre étapes pour arriver au résultat, c’est plutôt intuitif, l’élève suit les demandes de la machine.
Pour le nouveau modèle maintenant :


Nous passons comme vous pouvez le voir à huit étapes et une ergonomie déplorable. Quand l’élève se contentait d’entrer dans le mode tableau et de faire sa saisie, on complexifie avec des touches supplémentaires. Une touche pour saisir la fonction, une touche pour saisir la plage et aller dans le menu qui va bien. Il s’agit tout simplement d’une régression et pour ma part d’une hérésie quand on connaît le jeune d’aujourd’hui.
Casio et la peur de perdre de l’argent
Il faut comprendre que le modèle économique ici ne se limite pas à vendre des calculatrices aux élèves. Il faut vendre du service, du logiciel, il faut tout vendre. Où Numworks a donné un énorme coup dans la fourmilière, un de plus, j’ai envie de dire, c’est avec la disponibilité de son émulateur en ligne. Pour faire les captures d’écran ci-dessus, j’utilise une clé USB qui m’a été offerte gracieusement par Casio.

Il faut reconnaître ceci à la marque. Lorsqu’on réclame, elle donne. J’ai réclamé cette clé, on me l’a envoyée. De la même manière, l’émulateur sur PC, on peut obtenir une clé du produit, mais valable seulement pour une année. Si on oublie cela devient compliqué pour renouveler. Tout est comme ça chez Casio, tout est compliqué. Alors que la société devrait « libérer » l’ensemble, faire comme Numworks, elle s’enferme dans ses services plus ou moins payants, mais surtout gênants.
Par exemple, la clé USB n’est pas copiable et ne fonctionne que sous Windows. On comprend ainsi pour des gens qui utilisent Linux, mais aussi Mac, c’est le cas chez de nombreux profs, c’est compliqué. Avec Numworks, tout était simple, centralisé dans un seul service, le site internet. Ici, on multiplie les outils, les sites, et cela manque de clarté.
La médiocrité, l’apanage des premiers et des seuls
Ti et Casio n’ont bougé que parce que Numworks est arrivé. De façon générale, pour des élèves dont on connaît le niveau des évaluations, il faut des outils clairs, intuitifs, efficaces. Cela n’a jamais vraiment été la préoccupation des deux géants de l’éducation, partant du principe qu’ils étaient seuls. Et c’est ici mon principal reproche, ne pas avoir le choix sauf celui de subir. Le monde des calculatrices pour le collège est l’exemplarité même d’un marché qui n’est détenu que par deux acteurs. On reproche à l’univers Linux la multiplication des distributions, à raison, mais on oublie parfois ce que c’est que de ne pas avoir le choix.
La relation que nous vivons avec les calculatrices est une situation bien connue du dominant et du dominé. Le manque de choix permet au dominant de faire passer ce qu’il a envie, jusqu’à ce que les dominés créent leur crèmerie faute de pouvoir en changer.
La crèmerie existe déjà et peut-être qu’elle fabriquerait un nouveau pot. En effet, dans l’article ci-dessus de Ti-Planet, le rédacteur évoque l’idée que Numworks s’intéresserait à un modèle collège. Et là, forcément, mon univers entier serait changé, pas que le mien d’ailleurs. En espérant que le père Noël nous apporte un joli cadeau pour 2024.
La Numworks collège en approche
C’est assez discrètement qu’on a vu apparaître la Numworks collège, elle est désormais intégrée sur le site internet de la marque. Comme vous avez pu le lire dans ce qui précède, l’arrivée d’une calculatrice Numworks collège était une nécessité. L’interface est un vrai problème de fond dans les calculatrices collège et Numwors n’a finalement que peu d’effort à faire pour rentrer dans la danse. Il suffit en fin de compte de prendre ce qui a fait le succès de la calculatrice lycée et de ne prendre que l’essentiel pour la basculer au collège. On notera la différence de couleur pour bien distinguer les deux appareils.

Cette première capture n’est pas anodine et j’aimerais m’arrêter sur ce qui me semble être le principal obstacle à la réussite de Numworks pour le collège : le prix. Nous sommes à 30 €. Si je fais une recherche sur la dernière Casio, je suis à moins de 20 € chez Amazon, pour la TI-Collège™ Plus Solaire, on est aux environs de 21 €. La moralité, c’est que nous sommes à 10 € d’écart et c’est lourd pour le budget de certaines familles. La difficulté de plus c’est que la calculatrice collège, c’est une machine qui se transmet davantage entre les frères et les sœurs. C’est un objet qui peut rester longtemps dans les familles, plus qu’une calculatrice lycée. Même si mon cas est très particulier, du fait d’être dans l’enseignement agricole et donc de commencer à la quatrième, je peux difficilement imposer un modèle. Je peux recommander un modèle, mais pas exiger, ce que je ferai avec la Numworks collège. C’est auprès des professeurs de collège à l’entrée en sixième qu’il faudra vraiment mettre le paquet, mais ce sera compliqué. Si le tarif avait été équivalent avec la concurrence, je pense qu’on aurait pu reproduire le ras-de-marée, là, Numworks part avec un gros handicap.
L’interface reste un modèle du genre et a l’intelligence de rester dans le simple. Quand dans la nouvelle Casio on a intégré des dés à jeter au hasard, des calculs de produits en croix, de l’algorithmique, un tableur (!!!), ici, on se limite à l’essentiel. Je ne sais pas si la mise à jour de la calculatrice se fera comme pour sa grande sœur, mais on aura peut-être plus demain.
Voici un exemple d’obtention des valeurs statistiques d’un tableau, c’est très simple.






Dans la partie plus haute, j’évoquais la complexité d’obtenir les valeurs d’un tableau pour une fonction. Ici, c’est encore particulièrement trivial. On notera que la définition de l’intervalle est en option (les trois points à côté du x), par défaut, il suffit de remplacer les valeurs de x par celles qu’on veut. C’est en fait beaucoup plus simple pour les élèves qui n’ont pas à réfléchir au pas.




Enfin la résolution d’équation qui ici encore est particulièrement naturelle.


Pour quelqu’un qui a l’habitude d’utiliser la version lycée, il n’y aucune difficulté à utiliser la calculatrice. Pour un élève de collège, je pense qu’on est encore dans le très intuitif, l’avenir nous le dira. Dans la continuité de ce qui est fait au lycée, l’application est disponible sur smartphone et l’émulateur est disponible en ligne.
Casio fait quelques efforts, mais ce n’est pas encore ça
Parmi les reproches pour les éditeurs Casio et Ti c’était l’absence d’éditeurs en ligne qui s’inscrit dans une logique de paiement à tous les étages. Au niveau collège, Texas ne propose rien en ligne, ne propose pas non plus de clé USB comme Casio. Rajoutons à cela que l’interface est quand même franchement plus difficile que celle de Casio et je pense qu’on peut dire, en tout cas au collège, que Ti est complètement larguée. Casio quant à elle fait quelques efforts en proposant des émulateurs pour ses calculatrices en ligne et notamment la calculatrice collège.
Pour Casio, j’ai envie de dire qu’il est trop tard pour sa génération de calculatrice. Casio avait mis en avant le fait qu’elle avait été réalisée avec des profs, j’ai envie de dire qu’on ne doit pas avoir les mêmes élèves pour ce résultat. Car le problème de Casio c’est que son interface est figée, pas de possibilité de retirer des choses ou d’en rajouter. On peut supposer que ce modèle va perdurer durant quelques années mais pour le prochain on aura certainement une possibilité de mise à jour du firmware, comme Numworks.
