Non conforme est un documentaire sur la dyslexie, réalisé par Vincent Dumesnil que je trouve assez pertinent.

Non conforme, un film réalisé par un dyslexique.

Vincent Dumesnil est dyslexique ce qui rend déjà pour ma part le film crédible. Je rajouterai à cela que ce n’est pas suffisant pour en parler correctement et que c’est loin d’être la seule qualité du film. Ce qui est intéressant, c’est d’avoir fait le choix de trois personnes. Une enfant, un ado, un adulte.

Ce choix est pertinent dans la société dans laquelle nous vivons actuellement, petite explication. Au moment où j’écris ces lignes, cela fait plus de 20 ans que j’enseigne. Les troubles, de façon générale, les différents dys, ou le TDA, TDAH, n’étaient pas pris en charge. Ainsi le discours que donne Christopher (25 ans), correspond à l’image véritable d’une éducation binaire. Les gosses sérieux, et les autres. Comprenez qu’à une certaine époque, encore d’actualité pour de très nombreux collègues, un élève en difficulté était un élève qui ne travaillait pas. Christopher décrit cette période de sa vie dans laquelle il est rejeté par l’intégralité du système scolaire.

Hortense (8 ans), Maolan (14 ans) sont aussi à des âges charnières et avant d’entrer dans le détail, je trouve qu’ils ont en commun leur famille. Car c’est ici que je trouve juste le documentaire de Vincent Dumesnil c’est de montrer l’engagement des familles. Le dys est rarement seul, c’est une famille qui s’engage et qui passe des heures avec son jeune pour le faire travailler, corriger, souvent pour un maigre résultat.

Dans les équipes éducatives, je vois des parents qui s’épuisent, une maman qui nous explique passer quatre heures pour une note médiocre. Hortense, 8 ans, est encore dans l’âge docile, où l’on essaie de faire au mieux.

La problématique de l’adolescence

Le témoignage de Maolan est certainement celui qui me touche le plus puisqu’il traduit mon quotidien. Quand Hortense ne ressent pas nécessairement la différence, mais plutôt le poids de l’effort et de la fatigue, Maolan rajoute ses problèmes d’ado.

Sont abordés dans le reportage, la MDPH, littéralement Maison Départementale pour les Personnes Handicapées. Et c’est déjà ici que ça coince. Ça coince pour le jeune, pour les familles, car le mot handicapé est un mot qui reste lourd à porter, chargé de connotations. C’est la MDPH qui va déterminer les aides auxquelles a droit l’enfant et notamment l’AVS, l’Auxiliaire de Vie Scolaire. Maolan explique son refus de l’AVS parce qu’il ne parvient pas à voir le bénéfice par rapport aux inconvénients.

De nombreux élèves sont dans cette situation de refus et nous expliquent que la stigmatisation d’avoir un adulte à côté de soi pendant toute la journée, c’est très difficile à vivre. Nous sommes à un âge où l’image de soi prend des proportions hallucinantes, encore plus à l’heure des réseaux. De nombreux ados dys finissent par se retrouver en situation d’échec, ils dissimulent leurs difficultés par de l’agressivité ou en faisant les pitres.

La place du système scolaire en question

Tous les intervenants du reportage pointent l’école du doigt. Attention, il ne s’agit pas d’un documentaire à charge, mais d’un ressenti partagé par l’ensemble des protagonistes. Les enseignants ne sont pas formés, ou en tout cas pas de façon obligatoire. Ce que je sais sur les dys, je l’ai appris en me documentant ou sur le tas. Et quand je dis le tas, c’est le tas d’élèves qui souffrent de troubles aussi variés les uns que les autres.

En fin de compte, c’est un documentaire d’utilité publique, car il force à l’empathie. Ils sont nombreux, les profs, à penser que l’enfant le fait exprès, joue la comédie quand il ne peut pas faire autrement. Il montre des parents présents et pas démissionnaires, il montre un trouble avec lequel tout le monde s’épuise.

Notre rôle est fondamental parce que si nous n’avons pas la science infuse, des solutions pour tous les troubles, nous pouvons au moins essayer de comprendre. Je suis au courant de l’ensemble des troubles de mes élèves et on fait avec, ensemble. Parler librement du trouble, dédramatiser, trouver les solutions avec les élèves, ne jamais juger sont autant d’éléments qui permettent de poser les bases de la confiance.

Je disais en introduction que le documentaire correspond à notre époque, j’espère qu’il sera obsolète le plus rapidement possible. En effet, l’adulte évoque comment il a été cassé par le système scolaire. L’ado se sent nul et on peine à comprendre les difficultés de l’enfant. Espérons donc qu’un jour, on aura une école capable de traiter les troubles dans la bienveillance.

Le lien vers le replay

Des solutions existent pour les scolaires comme Opendyslexic

Open-Dyslexic est une police de caractère spéciale qui facilite la lecture pour les dyslexiques. Plutôt qu’un long discours, voici deux documents. L’un dans une police standard, l’autre en Open-Dyslexic.

L’image de gauche est un document réalisé avec la police de caractère Liberation Serif. L’image de droite, c’est le même document avec Open-Dyslexic. On constate forcément une différence, la première, c’est la taille des caractères et des espaces. Open-Dyslexic est plus large, comptez entre 25 et 33% de papier supplémentaire. Pour un enseignant ce n’est pas anodin, pour son établissement scolaire non plus. Les photocopies ça coûte de l’argent, une obsession des chefs d’établissement. Ensuite, la forme des caractères est différente, c’est un travail de fond qui a été réalisé pour faciliter la lecture.

Il est très difficile de parler du bienfait de la police de caractères quand on n’est pas dyslexique soi-même. Ce que je peux vous dire c’est que j’ai fait des essais avec des élèves de troisième, première et terminale BAC PRO. Désormais des élèves qualifiés de dyslexiques par la MDPH me demandent les documents réalisés avec Open-Dyslexic. Ils jugent en effet que les documents sont plus faciles à lire. Je généralise désormais la pratique en doublant les documents à la demande.

Pour moi, en tant qu’enseignant, c’est un peu de travail et de mise en forme et d’organisation. Pour l’élève, c’est beaucoup.

La police de caractère peut être téléchargée gratuitement sur le site Da Fonts.

Le cartable fantastique, la boite à outil des profs pour LibreOffice

Le cartable fantastique est une extension pour LibreOffice particulièrement riche, trop pour que j’en énumère toutes les possibilités. On va quand même en donner quelques-unes. L’écriture des équations chimiques, la pose des opérations, les frises chronologiques, les tableaux de conversion, les circuits électriques. D’autres fonctionnalités sont présentes, je l’utilise personnellement pour mettre en évidence des textes. Comme vous pouvez le voir avec la pose de l’opération en couleur, l’extension a une orientation qui n’est pas que pour faciliter la vie des enseignants, mais surtout des élèves dys. De nombreuses fonctionnalités de mise en évidence sont présentes dans la barre.

4 Comments

  1. Bonjour Cyrille,
    Merci pour l’ article, la vidéo, ça nous ramène un peu sur terre,
    avec une profonde empathie.Très touchant la petite …
    @ndre ( Liege)

    1. Bonjour, je viens de faire un rapide tour sur le web, malheureusement, il n’a plus l’air disponible. Il faudrait peut-être contacter son auteur pour voir comment obtenir une copie. Je ferai peut-être la démarche, car c’est un documentaire qui a du sens, notamment pour certains collègues qui en sont restés à il le fait exprès.

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