Cela fait maintenant quatre mois que j’ai arrêté de boire de l’alcool (et j’ai « survécu » aux fêtes de fin d’année). Le tiers d’une année. Ça n’a pas l’air de grand-chose, mais pour moi, ça a semblé interminable. Chaque fois que je coche le mois sur mon calendrier, j’ai l’impression qu’il s’est écoulé au moins deux mois. Le corps (ou la tête) n’est pas du tout calé sur le calendrier. Avant d’aller plus loin dans le bilan, petit retour en arrière.
L’alcool & moi
Aussi loin que je me souvienne, l’alcool a toujours été présent. Dans ma famille, un repas ne se fait pas sans vin sur la table. Un repas de famille ou entre amis ne commence pas sans un long apéritif. Rien de plus normal, comme pour des millions de Français.
Petit, j’étais donc attiré par cette boisson « réservée » aux grands. J’ai souvent demandé à y goûter. J’y avais droit de temps en temps : une goutte de vin noyée dans mon verre d’eau. À quel âge ai-je eu le droit de boire réellement (en présence de mes parents) ? Je ne sais pas. Probablement vers 15-16 ans (mais pas beaucoup). Du coup, cela fait plus de trente ans que manger est associé au geste de boire du vin.
En grandissant, j’ai consommé de l’alcool en soirée, comme tous les jeunes. J’ai rarement bu à m’en rendre malade ou été « bourré ». Il faut dire que je n’ai jamais aimé les alcools forts. Je pense que j’ai commencé à boire plus régulièrement quand j’ai quitté le domicile familial, pour partir en fac d’abord, puis quand j’ai commencé à travailler.
J’ai été célibataire très (trop) longtemps. Je n’ai commencé la vraie vie en couple qu’à mes trente ans. Avant ça, je passais mes soirées seul devant des films ou des séries, à manger de façon peu équilibrée et à boire beaucoup trop. Deux, trois, et parfois quatre verres de vin ou plus par soirée. Apéritif plus « repas ». Heureusement qu’à l’époque, je faisais entre 6 et 8 heures de sport par semaine. Ça aidait à éliminer. Est-ce que j’étais alcoolique ? Je ne le pensais pas. Un docteur pourrait penser le contraire.
Quand j’ai rencontré ma femme, en plus de l’amour, les légumes sont entrés dans ma vie. Bien sûr, ma consommation d’alcool a fortement diminué, et pendant plus de dix ans, ça allait mieux. Même si, de temps en temps, je buvais plus que de raison.
Puis, sont arrivés les décès dans la famille et les proches, des mauvais souvenirs qui refont surface et, surtout, des blessures à répétition. Ces dernières m’ont empêché de pratiquer la musculation d’abord, puis la course à pied, pour finir par m’handicaper également pour le vélo. Tout ça, je l’écris aujourd’hui après une longue introspection, mais je n’en avais pas conscience à l’époque.
Du coup, les apéritifs du soir ont fait leur réapparition. À la place d’une menthe à l’eau : du vin blanc. Quand il n’y avait plus de blanc, je prenais du rouge, et occasionnellement du Martini blanc ou du muscat. Ce qui ne m’empêchait pas de boire aussi quelques verres de plus à table. Je tenais bien l’alcool.
Cela fait un an et demi environ que j’ai pris conscience du problème. Comment ? Je me suis aperçu que dès que je pensais à ce que j’allais manger, je l’associais systématiquement au vin que j’allais boire et au plaisir que j’allais en tirer. Pizza ? Vin rouge. Tielle ou poisson ? Vin blanc sec. Je salivais presque plus à l’idée de boire que de manger.
J’ai donc voulu arrêter, sans en parler à personne, même pas à ma femme, car j’avais trop honte. Je diminuais ma consommation lors des apéros et j’essayais de boire un peu moins durant les repas. Intérieurement, j’étais content de moi. Ne boire qu’un verre au lieu de trois, quel exploit ! Je tenais deux ou trois jours, puis je recommençais comme avant. Ensuite, j’ai essayé de réduire durant mes vacances. Une bière le soir pendant une semaine ou deux, pas de problème. J’étais fier de moi et je me disais que ça y était, que j’avais enfin pris le pli… mais une semaine après notre retour, je recommençais comme avant.
Cet été, j’ai donc décidé d’en parler à ma femme. J’ai évacué toutes les bouteilles de la maison. J’ai fortement réduit ma consommation au mois d’août et je n’ai plus touché à l’alcool depuis le 1er septembre. Et je tiens. Je continue mes apéritifs du soir avec du Coca Zéro ou de la bière sans alcool. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est largement mieux que de consommer du vin.
Pourquoi je n’en ai pas parlé avant ? Peut-être parce que je suis désormais prêt psychologiquement à assumer, même si la honte est toujours là. Cette honte est terrible. On a honte de boire, mais on a aussi honte d’arrêter. C’est bête, je sais, mais c’est ce que je ressens, et je pense ne pas être le seul dans ce cas.
Ce n’est pas facile tous les jours
Surtout lors des anniversaires ou des fêtes de fin d’année. Quand j’ai acheté de l’alcool pour mon anniversaire, choisir le bon vin a été une petite torture. Dans les rayons de la grande surface, je me suis mis à saliver en imaginant le goût de la bouteille que je tenais entre les mains. Dur. Même en achetant des bières, j’ai eu la même réaction. Les bières sans alcool, c’est bien, mais ça manque de goût…
Le plus dur à Noël a été de manger le foie gras sans vin blanc. L’envie est toujours là. Bref, je sais que le vin va me manquer. Cela faisait tellement partie de mes habitudes que c’est compliqué à presque chaque repas… tout dépend de ce que j’ai dans l’assiette.
Réaction de la famille
Je vis en France, dans une région viticole, et ma famille est dans la viticulture depuis plusieurs générations. Autant dire qu’ils n’ont pas tout de suite compris, ni intégré l’information. « Mais pourquoi tu ne bois plus ? », « Tu ne buvais pas tant que ça », « Tu peux boire un peu, ce n’est pas dangereux », « Le Coca c’est plus mauvais qu’un verre de vin ! ».
Si j’avais arrêté de fumer, tout le monde m’aurait félicité, encouragé et pris de mes nouvelles. Tout le monde m’aurait certainement demandé avec inquiétude si je n’avais pas repris. Là, non. Benjamin est bizarre, il ne boit plus. Bref, c’est la France. Heureusement que ma femme est là.
Ça a donc été compliqué au début. Après quatre mois, je pense que l’information est digérée. Je n’ai eu qu’une seule remarque lors du réveillon de Noël. Arrêter de boire quand tout le monde autour de vous boit, c’est dur. Peut-être que ça les questionnera sur leur propre consommation…
Parlons maintenant du positif
1- Je dors beaucoup mieux et le matin, je suis reposé. Quand on boit, on pense que l’on va s’endormir plus vite. C’est parfois vrai, mais le sommeil n’est absolument pas réparateur. Sans parler du mal de crâne au réveil, de l’impression d’être « sec » de l’intérieur et que l’on vous tire les poches sous les yeux avec des hameçons !
2- J’ai plus d’énergie. Mon cerveau fonctionne beaucoup mieux, je suis plus productif et plus concentré.
3- Je suis de meilleure humeur et j’ai un meilleur moral. L’alcool est un dépresseur. C’est paradoxal, car on en consomme souvent davantage quand on ne va pas bien, et plus on en prend, moins ça va…
4- Sans rentrer dans les détails, j’ai un meilleur transit intestinal.
5- J’ai l’impression que j’ai une meilleure peau. Moins grasse, avec moins de boutons. Mais je ne serais pas catégorique, car ce n’est pas dans mes habitudes que de faire attention à ça…
6- Enfin, j’ai perdu entre six et sept kilos en quatre mois. Ça peut paraître peu, mais je ne pesais que 72 kg. En proportion, c’est énorme ! Ce n’est pas seulement dû à l’arrêt de l’alcool, mais c’en est une conséquence : quand on boit, on a tendance à manger plus. Pour ma part, je mangeais souvent gras, et surtout du fromage. Beaucoup de fromage avec beaucoup de pain.
Et maintenant ?
Cyrille me déconseillait de publier cet article, de peur que des élèves ou des parents d’élèves ne tombent dessus et l’interprètent mal. Je pense que ce ne sera pas le cas et qu’ils sauront m’encourager plutôt que de me critiquer (enfin, je l’espère).
Je n’ai vraiment pas l’habitude de parler de moi, mais j’ai ressenti le besoin de le faire, comme pour me dissuader de revenir en arrière. Ce témoignage, comme tant d’autres, est là aussi pour nous questionner sur notre rapport à l’alcool. Souvent, dans les commentaires, sous les vidéos de médecins qui préviennent des dangers de l’alcool, même dès le premier verre, ces derniers se font incendier. Les gens sont dans le déni le plus total.
Et je ne parle même pas des gouvernements successifs qui font tout pour ne pas trop s’attaquer à la consommation d’alcool, de peur de froisser les viticulteurs (en crise) et les lobbys ultra-puissants de Pernod Ricard et Cie. Et ce, malgré les plus de 40 000 morts par an. Mais bon, ça, c’est un sujet pour un autre article…
Maintenant, je croise les doigts. Je pense être sur la bonne voie. J’espère que dans un an, la honte aura laissé la place à de la fierté. Fierté d’être enfin parvenu à me libérer de ce si « agréable » poison.
Félicitations pour avoir eu le courage d’en parler ! Et bravo pour votre volonté d’avoir pris cette décision et de vous y tenir. J’imagine combien cela est difficile, surtout au moment des repas avec la famille ou les amis. Le plus difficile, c’est lorsqu’on vous propose juste un verre »ça ne va pas te faire de mal… »
Je comprends, je suis passé par là, mais ma »drogue » à moi était tout ce qui contient du sucre ajouté. Tenez bon et ne lâchez rien, même un fond de verre. Et bonnes fêtes de fin d’année.
Merci pour ses encouragements. Bonnes fêtes à vous également.
Merci pour ce témoignage difficile. Cela confirme ce qu’on découvre dans le documentaire Boire qui a été diffusé sur France 2 il y a quelques mois.
L’alcool fait des ravages et pourtant il est toléré voire sa consommation est encouragée.
Merci à vous. Oui, l’alcool fait partie du décor. On ne compte pas le nombre de films ou séries TV où le héros n’a qu’un réflexe quand il rentre chez lui, boire une bière ou un verre de vin…
clairement alcool et poids sont liés. Même une conso « raisonnable » (1 ou 2 verres de vin par jour mais pas tous les jours) a un impact en cas d’absence d’activité sportive assez intense.
bon courage pour la suite.
Merci ! Je suis toujours étonné quand je monte sur la balance ! ^^
Un vrai grand bravo ! C’est un sacré courage que vous avez : et d’arrêter et d’en parler ! Vous avez toute mon admiration et mon soutien
Merci beaucoup, ça fait chaud au cœur. Passez de bonnes fêtes.
Un témoignage courageux. Merci et bonne continuation !
Merci à toi.
Franchement bravo, ce n’est pas un exercice facile et il l’est encore moins quand l’entourage ne comprend pas la démarche. On a beau savoir que l’alcool est un poison pour le corps, il est très difficile de s’en détacher complètement…
Oui. Même si on ne connait pas ce que fait une personne en privé, on ne devrait jamais demander à quelqu’un pourquoi il refuse un verre d’alcool…
Pour avoir bien connu (et connaître encore) ce sujet dans mon entourage avec plusieurs fois des issues fatales, je ne peux que te féliciter et t’encourager dans cette démarche.
Déjà, c’est très bien d’avoir identifié ce souci et l’avoir accepté.
Comme toute addiction, c’est un combat long et difficile que les gens ont parfois du mal à comprendre, voire accepter mais c’est ta vie, ton choix et ils doivent le respecter
Dans ma jeunesse, j’ai abusé de l’alcool , c’est peu dire. J’ai eu la chance de diminuer relativement tôt et ma vie sociale ne m’offre pas de tentations. Mais oui, lors de certains événements, c’est parfois difficile de résister et les verres peuvent s’enchainer et là, je pouvais perdre le contrôle.
Maintenant, je connais les signaux qui me disent « stop » et j’ai passé l’âge et l’envie d’avoir la gueule de bois donc je m’autorise quelques verres en début de repas et fini après.
Et dans la vie de tous les jours, c’est eau. Je me méfie même d’une bière occasionnelle, m’étant aperçu des effets sur la conduite, minimes certes mais présent quand même
Amité et soutien
Merci beaucoup pour ce long message et pour ton soutien.
Bravo et merci d’en parler. Je connais des gens que ça concerne avec des expériences similaires. J’ai vu aussi un collègue sombrer dans l’alcool suite à un décès et partir ainsi trop vite. Les RH sont impitoyables et ne font que se « débarrasser ». Je n’ai heureusement pas moi même à me soucier de ça, n’ayant jamais « testé » mes limites, et étant constamment accompagné de M. Modération…ça n’empêche pas de s’amuser et de se marrer.ça n’empêche pas d’avoir d’autres addictions car l’alcool est une drogue, quoi qu’en disent certains en comparant cela à la Beuh ou autres… Et puis surtout en cette période, on en voit faire n’importe quoi, se mettant en danger mais aussi les autres, notamment en voiture.
Merci. Et merci pour ton petit témoignage.
Arrêter l’alcool c’est une chose.
Arrêter le fromage et le pain c’est beaucoup plus addictif.
Comment t’as fait ?
^^ C’est plutôt « simple ». C’était la combinaison fromage et vin qui me poussait à en manger. Donc sans l’un, j’ai moins envie de l’autre. J’en mange quand même de temps en temps, ainsi que du pain, mais, en comparaison à avant, ce n’est rien…
C’est la que tu vois que l’addiction est un sujet très compliqué et complexe.
Chaque cas est particulier.
Je ne bois pas, mais j’adore le duo fromage / pain en lui même.
Surtout qu’on est en France avec plus de 10 000 fromages (j’exagère à peine).
Donc si je dois arrêter, je dois m’attaquer à ce problème en lui même.
Toi le duo fromage / pain est un effet secondaire de l’alcool, donc pas d’alcool, chute de la consommation fromage / pain.
Tu peux prendre le problème de l’addiction dans tous les sens, il n’y a pas de chemin facile, faut l’attaquer frontalement et c’est dur.