Il aura été difficile d’échapper à la déferlante squid game. J’avais décidé de ne pas regarder la série télé pour ne pas tomber dans le phénomène de mode. Et puis finalement dans un moment à tuer, je viens de voir les neuf épisodes. Squid game est une série sud-coréenne en neuf épisodes. Elle raconte comment des gens endettés vont accepter de participer à des jeux pour gagner une fortune. Au départ, les jeux semblent ridicules, des jeux pour enfants comme 1,2,3 soleil. C’est quand les candidats réalisent que les perdants sont tués, que l’histoire prend une autre dimension. Le survivant remporte la mise.

Pas vraiment original quand tu as un peu de bouteille.

La hype peut se comprendre si on n’a rien vu avant de ce type, chez les plus jeunes par exemple. Si on a franchi la quarantaine, c’est totalement différent. J’ai noté en introduction que Squid game est sud-coréen et c’est important, car le pitch est finalement très classique dans la culture asiatique. Si on fait abstraction du cinéma d’horreur où l’on a l’habitude d’avoir des gens qui meurent au fur et à mesure c’est à mon sens Battle Royale qui a apporté le concept. Il est amusant de se dire que c’est une expression qu’utilisent les jeunes lorsqu’ils jouent aux jeux vidéos.

En l’an 2000, le film japonais défraie la chronique avec son scénario gore. Des élèves de troisième participent à une expérience de survie où il ne peut en rester qu’un. Pour survivre, il faut s’entre-tuer. Ça me rappelle quelque chose… Le concept des Battle Royale a été repris dans de nombreux films, le plus célèbre étant certainement Hunger Games. La différence étant assurément la starification des joueurs et le côté américain franchement moins gore.

Une série plus profonde qu’une boucherie.

Comme on l’a compris, on est sur la base d’une série qui va voir l’élimination de ses protagonistes. Si dans Battle Royale c’était la dénonciation du système scolaire japonais, ici, c’est un peu plus subtil. On dénonce ici peut-être, le comportement des gens face à l’argent, et par extension le capitalisme. Tous les participants sont fauchés, pas un hasard de la vie, c’est leur faute. En effet, le héros de la série est un mauvais père, sans emploi, il dépense son argent au jeu, il est endetté. Comme souvent dans le cinéma asiatique, l’expérience transcende, on passe du loser dans le quotidien à l’homme de la situation face au dramatique. Comme si l’homme était capable de se révéler dans les situations les plus dures. C’est généralement vrai, personne n’est capable de savoir quel comportement il aura face à l’adversité, face à l’extrémité.

Les personnages vont être capables du meilleur comme du pire pour assurer leur survie. C’est certainement l’aspect le plus profond de la série, elle montre qu’on est capable de tout pour survivre, la trahison notamment. Avec ses soldats sans visage, certaines scènes, on peut y voir l’horreur des camps de concentration.

Mais une série pas vraiment passionnante.

Quand on sait que les gens vont mourir, ça peut maintenir le suspense. Encore faut-il que ce soit bien fait. Dans les images qui ont été diffusées à la télé, il y a celle-ci.

le jeu du tir à la corde

L’équipe des « héros » qui est plus faible physiquement va jouer au tir à la corde. Si elle perd, elle fait une chute fatale qui va tuer tout le monde. L’épisode finit sur cette scène, que va-t-il se passer au prochain épisode ? Les cliffhanger sont pour moi tous de ce niveau. On se doute bien qu’ils ne vont pas tous s’écraser en bas au prochain épisode. Dans toute la série, il n’y a qu’une seule surprise que je ne vous spoilerai pas et c’est tout. Comprenez qu’on n’est pas en train de haleter devant son téléviseur comme dans Games Of Throne. En effet, dans la série d’héroic fantasy, les auteurs réussissaient à vous attacher aux personnages et n’importe qui était susceptible de mourir. Dans squid game, on peut assez facilement prédire qui seront les finalistes.

Une série convenable qui pose d’autres questions

Je n’irai pas dire que squid game est une mauvaise série pour faire mon intéressant. C’est convenable, avec quelques lenteurs, rien de nouveau sous le soleil (1,2,3 …). Je pense en effet que quelqu’un qui a un minimum de culture aura une opinion similaire à la mienne. En même temps, on sait que ma tranche d’âge n’est pas visée par la culture, les plus jeunes qui n’ont pas connu les Battle Royale seront certainement « enchantés ». Et c’est sur ce dernier point que j’aimerais revenir. Squid game a fait le tour des journaux télévisés, et pas forcément pour les bonnes raisons. On a pu voir dans la presse : A Toulouse, un collégien tabassé après avoir joué à 1, 2, 3 soleil version Squid Game. L’événement n’est pas isolé au point que nous ayons tous reçus du ministère de l’Éducation nationale une circulaire quant aux jeux dangereux en lien avec la série. Squid game est une série particulièrement violente dans la tradition asiatique. Comprenez que c’est souvent très gore et de façon exagérée. Les acteurs qui frétillent quand ils prennent des balles, du sang partout, etc. On a des scènes sexuelles franchement explicites, des propos et des scènes particulièrement choquantes et on découvre que des enfants de moins de 10 ans ont vu la série.

À l’heure de la cancel culture, de la bien-pensance, je suis quand même franchement dubitatif quant au positionnement des parents qui laissent trainer leur gosse devant Netflix pour regarder ça. Je considère à titre personnel que c’est de la négligence et de maltraitance. Ce ne sont pas les programmes pour enfants qui manquent, ils auront bien le temps de regarder des horreurs plus tard.

Quelques années plus tard, la saison 2 et la saison 3. Pas mieux.

À l’origine, la série devait s’arrêter là. Seulement, le carton est tellement puissant qu’il aurait été difficile de ne pas imaginer une suite dans le monde de l’industrie culturelle. Avec 265,2 millions de visionnages, Squid Game est la série la plus regardée sur Netflix, encore actuellement. La première chose, c’est de préciser qu’il ne s’agit pas d’une saison 2 et d’une saison 3 comme on l’entend. Il s’agit en fait d’une saison 2 coupée en deux parties pour un total de 13 épisodes. Même histoire, mêmes acteurs, même continuité entre la 2 et la 3.

Après avoir remporté la victoire et le grand prix, notre héros ne trouve qu’un seul sens à sa vie, faire stopper les jeux qui continuent. Il parvient à trouver un des recruteurs et se faire enrôler pour aller sur l’île. En parallèle, il s’associe avec le policier de la saison 1 qui doit arriver avec les forces armées et stopper le massacre. C’est ici que la série se prend dans son propre piège, que peut-elle offrir d’autre que la même chose que la saison 1 ? Rien, si ce n’est de nouveaux personnages et de nouveaux jeux.

Parmi les jeux les plus marquants, l’espèce de manège sur lequel sont les joueurs, quand on donne le top chrono, ils doivent s’enfermer le plus rapidement possible dans une pièce avec le bon nombre de personnes. La pression est palpable, mais on retrouve l’une des principales faiblesses de la saison 1, les personnages pour lesquels on sait qu’ils finiront l’aventure ou presque.

De ce côté, il faut reconnaître qu’on a touché le fond avec le personnage de la femme enceinte qui va finir par accoucher dans le jeu. Que dire de la mère âgée et du fils embarqués dans l’aventure. La série étant uniquement avec des personnages asiatiques, avec des gens qui sont dans les mêmes costumes, il est compliqué pour des européens, en tout cas pour moi, de distinguer la masse de personnages présents. Pour moi, c’est une difficulté de compréhension et d’attachement, l’engagement dans la série demande plus d’effort.

On ne prend pas les mêmes, mais on recommence

Les critiques sont assez virulentes, et cela peut quelque part s’entendre. La première, c’est pour ma part de la mauvaise foi, c’est la destruction du mythe. Énorme succès populaire, en jouant les haters, on prend largement moins de risque que d’avoir la posture de celui qui apprécie. Car si on est objectif, la saison 2+3 est à l’identique ou presque de ce qu’on a pu voir dans la saison 1. Rejeter la saison 2+3, c’est quand même remettre en question l’adoration dont on a pu faire preuve pour la saison 1. Et pourtant, c’est bien un copier-coller avec des personnages différents et de nouveaux jeux. Aimer squid game saison 1, c’est un passeport pour apprécier squid game saison 2+3.

Toutefois, la série cumule un ensemble de défauts supplémentaires que n’avait pas la saison 1. Squid game saison 1, c’est 9 épisodes, 2+3, c’est 13 épisodes. C’est donc plus long et ces longueurs se ressentent tout au long de la saison même dans des moments importants de la série. Par exemple dans l’image ci-dessus en haut à gauche, le jeu du « cache-cache », les joueurs s’entre-tuent pendant une heure et c’est long, très long même si on voit disparaître des personnages centraux. Certaines scènes sont d’ailleurs prévisibles, comme la mère face au fils dans des équipes opposées. La série peine ainsi à se renouveler et offre un réchauffé de ce qu’on a pu voir au préalable. Enfin, même si la situation est extrême, impensable sur le principe, l’incohérence de certaines scènes notamment avec un bébé dans les bras n’aident pas à adhérer à l’histoire.

On reste donc devant l’écran comme souvent par habitude, par curiosité, preuve qu’en fin de compte le divertissement n’est pas si mauvais.

On a fait finalement mieux avec Alice in Borderland

La série a fait moins de bruit que squid game et pourtant je trouve qu’elle est plus intéressante. On pourrait penser que comme elle est moins connue, c’est une inspiration de squid game et pourtant ce n’est pas le cas, Alice in Borderland est l’adaptation d’un manga paru entre 2010 et 2016 ce qui corobore l’idée que squid game n’a rien inventé dans les jeux de tuerie. Alice in Borderland comme son nom l’indique fait référence à Alice in Wonderland. Les comparaisons avec le livre de Lewis Carol sont plutôt légères et il ne faudra pas trop chercher de liens.

Arisu est un looser, mauvais élève qui vit dans l’ombre de son frère avec un père qui ne cesse de faire la comparaison entre les deux garçons et de lui rappeler sa médiocrité. Avec deux de ses amis un soir, ils voient un feu d’artifice qui les propulse dans un monde parallèle, le Borderland. Ce monde ressemble à la ville de Tokyo mais désertée de ses habitants. Un peu comme si une catastrophe s’était produite. Les aliments sont périmés, la nature a repris ses droits, on voit des bêtes sauvages. On pourrait penser à la bande dessinée « seuls » ou des enfants se retrouvent dans une ville à l’abandon sans adulte. Assez rapidement ils se retrouvent dans un « jeu » où il faut répondre à des questions. Chaque erreur peut entraîner la mort des candidats. Si les candidats réussissent l’épreuve, ils obtiennent une carte (as, roi, carreau etc …) et un visa pour Borderland de quelques jours. Si à l’expiration du visa ils n’ont pas participé à un nouveau jeu, un rayon tombe du ciel et finit par les tuer.

Le manga se compose de 18 tomes. Comme on le suppose, on découvre les pièges les plus tordus. On essaie aussi de répondre à quelques questions. Qui organise les jeux ? Pourquoi ? Qu’est-ce que le Borderland ? Et ainsi de suite. L’intrigue est vraiment accrocheuse. On s’interroge autant que les participants et les secrets sont habilement distillés au fur et à mesure des tomes. Les morts sont violentes, les jeux sont complètement tordus, on pense à la série de films Saw. Il y a à mon avis une des plus grosses surprises que j’ai pu lire dans une bande dessinée. Je ne peux pas spoiler, mais je peux dire que ça rappelle Game Of Thrones. Il ne faut pas s’attacher aux personnages ce qui rajoute encore à l’intrigue. Haro Asô réalise un véritable tour de force en captivant ses lecteurs jusqu’à la fin avec de gros rebondissements.

Forcément dans chaque manga, il est très difficile de ne pas donner une morale. On se doute ici que c’est sur le sens de la vie, l’amitié, la volonté de vivre face à l’adversité. Une réflexion aussi sur l’opportunité pour des personnes mal aimées dans la société de se transcender. Devenir enfin un leader dans d’autres circonstances, sortir du rôle du perdant.

Des différences notables entre Alice in Borderland et squid game

Il est difficile de ne pas comparer les deux séries et pourtant les différences sont notables. Dans squid game, il s’agit d’un choix des personnages de se retrouver à la participation des jeux. Il n’y a finalement pas d’intrigue particulière si ce n’est de connaître le dénouement à savoir qui va survivre. On imagine facilement qu’il est question de gens riches qui ont organisé les jeux pour se divertir. Dans Alice in Borderland, on tombe dans le fantastique, un univers parallèle qui interpelle sur ses origines. On a donc non seulement la tension de savoir qui va vivre ou mourir, mais en plus une solide intrigue sur les origines de ce monde, les organisateurs, etc.

Comme je le faisais remarquer plus haut, le fait que nous sommes dans une série asiatique avec une énorme masse de personnages dans squid game, tous habillés en vert, complexifie la distinction des individus. Dans Alice in Borderlands, même s’il s’agit à nouveau d’acteurs asiatiques, les tenues, les coupes de cheveux permettent de distinguer plus facilement les personnages.

L’univers d’Alice in Borderland permet davantage de possibilités. On va par exemple se retrouver dans la classique société qui est obligée de se reconstruire. En effet, même si dans squid game on va avoir une forme de hiérarchie et des alliances, c’est largement plus palpable ici. Les joueurs ont un certain délai entre les jeux, le reste du temps, ils doivent organiser leur survie. Durant la saison une, les protagonistes trouvent la « plage », un endroit qui regroupe une importante masse de joueurs qui font la fête permanente. Elle est organisée en caste, avec des membres plus importants que les autres. Comme dans tout bon manga qui se respecte, on voit apparaître des boss, des alliés, des personnages clés.

Le contexte permet aussi une romance entre les personnages qui sont tous jeunes, et une histoire d’amour va pouvoir émerger ce qui est plus complexe dans squid game. La série avec son aspect SF est plus fun que squid game et c’est appréciable puisque malgré l’aspect dramatique, il y a de la place pour de l’humour, on ne vit pas toujours dans le drame ce qui permet de respirer un peu. C’est aussi la marque de fabrique de squid game qui veut qu’on s’identifie à la situation, Alice in Borderland est complètement dans la fiction.

Si les deux séries ont deux nombreux points communs, Alice in Borderland est pour moi bien plus intéressante.

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