Au sommaire : Dibbouk et son démon juif, transparent dans les entrailles d’un drame familial, une bande dessinée sur le harcèlement scolaire, les maîtres assassins, une bande dessinée sur la décroissance, et le mystère Henri Pick.

Dibbouk

Le dibbouk est un esprit juif malin qui prend possession d’un corps pour lui faire réaliser de mauvaises actions. Un démon en fait. On trouve l’allusion dans Wikipédia pour plus de détails. C’est l’histoire d’une jeune femme qui quitte son milieu familial pour ne plus y revenir. En retirant une perruque dans sa jeunesse on comprend qu’elle est dans une branche juive plutôt radicale. On la retrouve des années plus tard, quittant la capitale pour revenir dans la maison de son enfance. Son mari a perdu son travail, la maison de ses parents est inoccupée, l’occasion pour elle, son mari et ses deux enfants de refaire sa vie.

Il se trouve que si elle s’est évadée de sa vie d’avant c’était plus que pour fuir son milieu. Son frère, adolescent à l’époque est à l’origine d’un massacre familial. On suspecte qu’il était possédé par un démon, le dibbouk. En faisant des recherches dans le grenier, son fils, un adolescent, trouve une étrange boîte.

Pas besoin d’être un grand scénariste pour comprendre que le drame va se reproduire à nouveau. La bande dessinée n’a d’original que son démon juif, peu commun, pour le reste c’est le cas classique de la possession. La bande dessinée faute d’originalité est un one shot plaisant et efficace.

Transparent

L’histoire s’ouvre sur un homme âgé qui sort de prison. Les gardiens le font passer par la petite porte, en lui faisant comprendre que c’est une ordure. Et forcément qui dit ordure et prison, laisse supposer une salle histoire de pédophilie. Il cherche à joindre son petit-fils, et on comprend qu’aux réactions de ce dernier, il ne veut pas voir son grand-père, terrorisé. Une fois de plus, pas besoin d’être un grand scénariste pour comprendre qu’il s’agit de sa victime.

Le petit-fils donc, un garçon paumé, une fille qu’il aime, une garde alternée qu’il gère mal. Il n’arrive pas à payer la pension, il n’arrive pas à trouver du travail, on comprend pour lui que la vie est compliquée. Mais avec la sortie du grand-père, son ex-femme s’interroge en se disant que potentiellement les victimes deviennent à leur tour des bourreaux. L’inquiétude pour sa fille devient prégnante.

One shot choc, pas vraiment original qui enfonce des portes ouvertes pour une fin toutefois inattendue.

Face cachée

Face cachée est un manga et pourtant si vous regardez la couverture c’est Sylvain Runberg et Olivier Martin qui s’y collent des auteurs bien français. Vous pouvez trouver ici une interview qui explique les motivations des deux auteurs. Plus de trois cents pages dans lesquelles il ne se passe pas grand-chose, pourtant une histoire qui captive. Dans une entreprise, une jeune femme célibataire, un homme marié. Ils ont une relation. Elle rêve qu’il va quitter sa femme, pourtant lui continue de s’accrocher à sa famille.

Pour une histoire simple, un homme et une femme, on va meubler par tout ce qui fait le « charme » de la société japonaise. Le monde du travail est mis en avant, faire plaisir au patron jusqu’à le suivre dans les soirées karaoké. On découvre que même ces sorties sont un enjeu, trouver le moyen de faire plaisir au boss en ce mettant en avant. La performance jusqu’au bout.

Certaines énigmes apparaissent durant la bande dessinée. Pourquoi l’homme a vu un psychiatre ? Pourquoi le patron lui demande de le voir personnellement un soir après la tournée des bars ? Tout sera révélé pour un final plutôt surprenant que seuls les français sont capables de faire !

Manuel de survie face aux harceleurs et autres brutes de la cour d’école

Comme je l’ai souvent écrit, la bande dessinée désormais ne s’arrête plus à Lucky Luke ou Astérix, c’est un médium à part entière pour traiter du fait historique ou explicatif. On a pu voir ici des bandes dessinées sur la bipolarité, asperger, les attentats du 11 septembre ou encore les camps de détention des japonais aux États-Unis. Il s’agit ici d’un manuel de lutte contre le harcèlement scolaire qui s’appuie sur les travaux d’Emmanuelle Piquet. Attention, je pense que c’est un peu comme tout, il y a à boire et à manger dans ce type de lectures mais cela reste toujours intéressant à lire pour se faire sa propre opinion.

La bande dessinée explique à partir de cas de harcèlements scolaires la stratégie du 180° qui consiste à déstabiliser le harceleur par une réplique cinglante. Concrètement, si un enfant se fait traiter de gay, il faut qu’il aille voir son groupe de harceleur et dire qu’il est effectivement gay en demandant c’est quoi le leur problème avec l’homophobie. Voyant en fin de compte que la faiblesse du harcelé supposée l’indiffère, le harceleur ne trouve plus de levier pour faire souffrir, donc il arrête. On explique aussi que les intervenants extérieurs comme les parents par exemple n’aident en rien car ils confirment que le harcelé est en incapacité de gérer la situation.

En tant que professionnel de l’éducation et pour voir du harcèlement scolaire de façon régulière, je suis assez partagé sur le propos même s’il y a du vrai. J’ai des gamins qui, quel que soit le physique, ne sont jamais ennuyés. Effectivement ils sont à l’aise, c’est assumé. Mais pour la majorité des enfants qui sont dans des situations de harcèlement, le recul est tellement difficile à prendre qu’ils ne peuvent même pas réagir. Souvent, ils n’ont pas la capacité.

Je trouve aussi que le discours est particulièrement théorique et il laisserait supposer de l’intelligence de toutes les parties. Je rejoins par contre un des propos de la bande dessinée, le harceleur n’est pas nécessairement quelqu’un en souffrance. Il y a des enfants qui sont méchants, comme il y a des gens qui sont capables de tuer vingt personnes de sang-froid. Concrètement, la méthode de retournement de la situation, pas forcément sûr que ça marche contre de vrais méchants.

Autre point, pousser un enfant en fin de compte à répliquer, à résister de cette façon c’est quelque part entrer dans le triangle de Karpman. Dans les illustrations, le harceleur est ridiculisé, sera-t-il une nouvelle victime ? L’ouvrage interroge, et même si la solution n’est pas forcément applicable ou pour tout le monde, il s’agit d’une proposition.

Les Maîtres assassins

La série les maîtres inquisiteurs est une excellente bande dessinée qui présente dans un univers medieval fantastique des personnages qui sont un peu comme des X-Men. C’est une série que je trouve réussie, avec de l’intrigue politique, de l’action, des enquêtes et des personnages particulièrement charismatiques. Dans la série, on va trouver dans les méchants les maîtres assassins et on s’est dit que pour prolonger l’univers de cette série finie, ce serait une bonne idée. Le premier constat que je peux faire, c’est que le spin off me pose problème tant les références sont importantes, les événements et même certains personnages. On trouvera par exemple un maître inquisiteur qui a un rôle capital dans la série éponyme. Cela fait longtemps que j’ai lu la série et j’ai parfois l’impression de ne pas tout apprécier à sa juste mesure, de ne pas tout comprendre. Je trouve que c’est une faute des auteurs, qui s’appuient trop sur l’univers et qui poussent en quelque sorte à la consommation.

La série avait été annoncée en quatre tomes et la construction est pour le moins surprenante. En effet, on s’imagine que quatre tomes c’est une histoire complète mais pas du tout. La structure de chaque album est un one shot sans véritable lien les uns avec les autres si ce n’est la guilde des maîtres assassins. À leur tête Néféris, une jeune femme habile au couteau, qui manipule, qui intrigue. Chaque tome correspond ainsi à un assassin. Un qui a la capacité de prendre l’apparence de n’importe qui, une tueuse qui se voit rendre ses émotions, une rivalité entre deux amis d’enfance et des assassins adolescents.

C’est bien, indiscutablement, on ouvre pas mal de portes, et la série aurait certainement mérité davantage de développements. Dans l’état actuel, elle est dispensable face à l’offre similaire très importante sur le marché de la fantasy.

Et soudain le futur

Une expérimentation a lieu sur l’île Saint Louis depuis six ans, des gens sont coupés du monde pour adopter le mode de la décroissance. Voici le pitch de la bande dessinée et j’ai envie de dire que ça commence très mal. On notera qu’on n’a pas pris un village coupé du monde dans le Larzac mais un haut lieu parisien. Comprenez que si on a bien compris que l’idée des auteurs c’est d’alerter sur la surconsommation et sur le besoin de décroissance, le cadre en fait déjà un postulat de parisien. Je trouve que c’est extrêmement maladroit pour la bande dessinée, maladroit c’est certainement le mot qui définit mieux la bd.

Le support bd impose une histoire. L’histoire donc de cette île Saint Louis coupée du monde, c’est celle de Mila, sortie de prison qui rejoint le groupe. Elle sera accompagnée par Carl, un auteur de bande dessinée qui doit rédiger un ouvrage pour expliquer le monde dans lequel ils ont vaincu. Mila joue le rôle de la candide qui découvre ce monde et ces factions. Par exemple, au milieu de décroissants, on a un groupe qui fait de la résistance et qui rêve de la vie d’avant.

La bande dessinée de 150 pages environs étale des planches sur le monde actuel, nos déchets, de façon technique, trop technique. Ce qui est assez problématique c’est que les arguments proposés par les décroissants sont déconstruits par ceux qui veulent poursuivre la croissance. L’opposition fait qu’en fin de compte, le message n’est pas clair. On notera de plus un rebondissement dans la bande dessinée qui est particulièrement déstabilisant et qui dessert encore plus la cause abordée. Enfin, la présentation de la décroissance est encore ici très ambiguë, certains la vivent de façon positive les autres la subissent, mais de manière générale, ça ne donne pas envie d’y aller. Si effectivement on a conscience que la décroissance, mieux vaut l’anticiper que de la subir, elle peut commencer par se passer d’objets dont nous n’avons pas besoin ou de faire des achats compulsifs sut Shein ou Temu, ce qui serait déjà un début.

Si j’étais vachard, je pourrais m’interroger sur l’existence même de la bande dessinée quand on sait que « Le Monde sans fin » de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain explique la même chose et qu’il a été vendu à un million d’exemplaires. Qu’apporte de plus cet album ? Ne serait-ce pas faire preuve de décroissance que de ne pas proposer un ouvrage de plus et de mettre en avant l’existant ?

Le mystère Henri Pick

J’avais déjà vu le film, avec un excellent Fabrice Luchini (pléonasme), je viens de lire la bande dessinée, une adaptation de plus du livre. Une jeune femme qui travaille dans l’édition et son compagnon talentueux mais dont le premier livre est un échec partent en Bretagne. Elle présente son compagnon à ses parents. Dans les curiosités locales de la bibliothèque municipale, un rayon qui comporte les auteurs ratés. Des manuscrits qui n’ont jamais été publiés. Le jeune couple trouve un manuscrit écrit par un certain Henri Pick, un chef-d’œuvre. Ils mènent l’enquête sur cette œuvre jamais diffusée, s’interroge sur le fait qu’elle ait pu atterrir ici. Ils découvrent un Henri Pick dans le village qui n’est autre le propriétaire de la pizzeria, décédé et avec l’accord de sa veuve, ils publient le livre.

Le succès est forcément au rendez-vous, la qualité de l’œuvre mais surtout l’histoire autour du livre. Un critique littéraire à la retraite, un hargneux, interprété dans le film par Luchini voit dans cette histoire une imposture. Il n’imagine pas en effet qu’un pizzaiolo qui n’a jamais lu de sa vie puisse être à l’origine de ce livre.

L’histoire est excellente, mais curieusement je trouve que le film est plus prenant. Le côté enquête policière est beaucoup plus marqué dans le film, la bande dessinée à côté est plus fade. Il s’agit d’une porte d’entrée supplémentaire pour cette œuvre, pourquoi pas.

2 Comments

  1. Bonjour,
    Sur le sujet du Dibbouk, il existe un roman (pas une BD) de Stéphane Giusti : Le Juif Rouge (édition Seghers) qui mérite qu’on y mette le nez.

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