Tout le monde connaît bien sûr cette célèbre boisson très sucrée qui peut aussi, accessoirement, servir de produits détergents… C’est la boisson non alcoolisée la plus vendue sur terre et la Coca-Cola Company est le quatrième plus grand groupe agroalimentaire du monde avec un chiffre d’affaires de plus de 35 milliards de dollars. Il se vend chaque seconde environ 17 300 bouteilles de Coca !
Les origines françaises de coca cola !
Notre histoire commence dans le petit village corse de Pero-Casevecchie où Ange François Mariani, dit Angelo Mariani, voit le jour le 17 décembre 1838. Il est le fils de François Xavier Mariani apothicaire, propriétaire d’une pharmacie à Bastia dans laquelle Angelo apprendra le métier. Il quitte la Corse en 1860 pour faire des études de pharmacie à Paris. Il devient préparateur dans plusieurs pharmacies et commence à s’intéresser aux recherches de Paolo Mantegazza sur la plante de coca et de celle d’Albert Niemann qui découvre la cocaïne.
La coca est un arbuste d’Amérique latine utilisé pour ses feuilles depuis des milliers d’années. Pour les incas, ce sont les dieux qui ont donné cette plante aux hommes pour apaiser la faim et la soif. Elle est toujours utilisée mastiquée ou en tisane et a des vertus énergisantes de lutte contre la fatigue.
C’est avec le docteur Pierre Fauvel, qui utilise la cocaïne pour ses vertus anesthésiques, qu’Angelo Mariani met au point un vin de coca. En 1863, une cantatrice de l’opéra, enrouée, vient à la pharmacie. Mariani lui propose alors son « infusion ». La chanteuse tombe instantanément sous le charme de cette boisson et en commande 12 bouteilles.



Angelo fait ainsi breveter sa préparation qu’il appelle « Vin tonique Mariani à la coca du Pérou » plus connu sous le nom de « Vin Mariani ». Son succès commercial est immense. Il vend du vin partout dans le monde, de New-York à Tokyo en passant par Londres. Il sera utilisé pour soigner la grippe, l’anémie, la dépression et même l’impuissance !
Grâce à ce succès, Mariani ouvre sa propre pharmacie en 1873 boulevard Haussmann, puis fait construire son usine de transformation de la coca en 1880.
Quelle est la recette miracle ?
Il prend 60 g de feuilles de coca qu’il fait macérer dans de l’alcool, probablement du cognac. Il mélange cette infusion avec du vin de bordeaux, puis verse la préparation dans des bouteilles de 50 centilitres dans lesquelles il rajoute environ 6 % de sucre. Pour faciliter sa production et maintenir son approvisionnement, il fait pousser la coca dans ses propres serres.
Mais là où Mariani est très fort et va se démarquer de la concurrence, c’est son utilisation intensive de la publicité, ou réclame, comme on disait à l’époque. Il va engager le dessinateur Albert Robida, qui travaillait à la vie parisienne, pour lui faire dessiner des pages entières de publicité dans les journaux.



Pour la petite histoire, Albert Robida était aussi romancier et a écrit en 1879 les « voyages très extraordinaires de Saturnin Farandole« , qui raconte l’histoire d’un enfant recueilli par des singes suite à un naufrage. Plus tard, il sera trouvé par un bateau de passagers et s’imposera vite comme un grand leader chez les hommes comme chez les animaux… tout ça trente-trois ans avant qu’Edgar Rice Burroughs n’écrive Tarzan !
Revenons donc aux publicités de Robida, avec lesquelles Mariani va inonder la presse. Comme on peut le voir, ses dessins présentent à chaque fois des situations où problèmes différents, avec à chaque fois le vin Mariani comme solution. Je vous mets le lien en bas dans les descriptions. D’ailleurs cette boisson qui contenait de l’alcool et 7 mg de cocaïne étaient en vente libre dans les pharmacies et dans les bars jusqu’en 1910.
En plus de la réclame, Mariani était un précurseur dans la vente par correspondance. Il éditera l’album Mariani dans lequel il regroupera les témoignages des célébrités de l’époque : acteurs, chanteurs, hommes politiques, militaires et même autorités religieuses ! Oui, le pape Léon XIII était un consommateur de vin à la coca et lui décernera une médaille.
Alors quel est le lien avec le coca cola ?
J’y arrive enfin. Le vin Mariani connaît un tel succès qu’il va être copié dans le monde entier. On voit ainsi apparaître des vins s’appelant « la coca des incas » ou « vin des Incas ». Même aux États-Unis, le vin connaît un franc succès. En 1884 l’ancien président américain Ulysses Grant, atteint d’un cancer à la gorge en phase terminale l’utilise, afin de se soulager, pour pouvoir terminer d’écrire ses mémoires.
C’est en 1885 qu’un pharmacien d’Atlanta John Pemberton, cherchant à se désintoxiquer de son addiction à la morphine (qu’il avait contracté après avoir été blessé durant la guerre de sécession), s’inspire de la célèbre boisson de Mariani en y ajoutant de la noix de cola (ou kola) et l’appelle « French wine Coca ».
Seulement pas de bol, l’année qui suit, la ville d’Atlanta met en place la prohibition pour deux ans. Pemberton est donc obligé de retirer l’alcool de sa recette et le remplace par de l’eau gazeuse, qui était la mode à l’époque. Mais pour compenser l’alcool, il fait passer son taux de cocaïne à 8 mg par bouteille ! C’est son associé, le comptable Frank Robinson qui trouvera le nom de la boisson ainsi que sa calligraphie si reconnaissable.



C’est donc en 1886 que naîtra officiellement le Coca-Cola. Il sera mis en vente dans les fontaines à soda de la Jacobs pharmacie à Atlanta. Seulement en un an, Pemberton ne vendit que 112 litres. À peine de quoi rentrer dans ses frais. Il gagna à 50 $ pour un investissement de 48…
L’année qui suit, l’homme d’affaires Asa Griggs Candler rachète la société pour seulement 2500 dollars. La première mise en bouteille aura lieu en 1894 à Viksburg dans le Mississippi.
La boisson gazeuse ne contient plus de cocaïne officiellement depuis 1903, mais on en trouvera des traces jusque dans les années 20 quand même… En 1906 la marque sort enfin des frontières des États-Unis pour aller embouteiller au Canada, à Cuba et au Panama.
Ensuite la Coca-Cola company usera tout comme Mariani de publicité d’une redoutable efficacité, pour devenir la multinationale actuelle. Mais ça, c’est une autre histoire…
Voilà, sans l’ingéniosité et le sens de la communication d’Angelo Mariani, Coca-Cola n’existerait peut-être pas. Inutile de préciser que le site officiel de coca cola ne mentionne pas Mariani. Étonnant non ?
Peut-être un jour un billet sur la rébellion des Cola Régionaux, sans oublier le Cola Auvergnat et ses 3.000 brasseries parisiennes tenues par des auvergnats* (*une idée pourquoi sont-ils montés à Paris),
A pluche.
Merci pour toutes ces idées ! J’étais tenté de parler des « vrai » coca français, mais l’article était déjà long ^^