Il y a peut-être un mois, j’ai recréé un compte Instagram. Alors, je sais que ce n’est pas bien, mais je vous expliquerai ce qui a motivé cette création. À ma grande surprise, alors qu’il est le réseau le plus utilisé avec TikTok, le réseau n’a plus rien à voir avec celui que j’ai connu il y a deux ans. Instagram est plein de contenus, mais pas celui des anonymes. Instagram est un grand vide où quelques-uns font la pluie et le beau temps. Il est certainement temps de revenir sur l’évolution du web.
Un web de passion
Le choix de Skyblog est caricatural et me concerne peu. Je n’ai pas été utilisateur de Skyblog. Il me paraissait difficile pourtant de ne pas l’évoquer puisque c’est le premier outil qui a permis pour les non-informaticiens de démocratiser la parole. Le web de l’époque était un web de passion. Il permettait à chacun de s’exprimer sur ses loisirs, ses artistes. Car curieusement, alors qu’il aurait pu l’être, le web que j’ai connu n’était pas narcissique. Même si les blogs permettaient de parler de soi, c’était entre parenthèse, en pointillés, au milieu du reste.
Les forums d’abord pour être honnêtes. Parce qu’en fait, les blogs ont permis de se détacher de la communauté. Comme dit plus haut, les forums ont permis de casser l’isolement de passionnés qui ont vu dans un web naissant l’opportunité de mutualiser les connaissances. Les blogs ont été les premiers marqueurs égotiques. Ils ont permis à certaines personnalités de naître, d’émerger, de sortir de la meute.

Un web violent
Vous noterez que l’emploi de meute n’est pas anodin, j’en ai fait partie. Paradoxalement, alors que l’homme blanc de 50 ans, hétérosexuel, aisé financièrement, est l’homme à abattre chez les féministes, je suis plus modéré aujourd’hui qu’hier. L’homme que j’étais il y a 25 ans était sexiste, vulgaire, bourrin. Qu’on le veuille ou non, je pense que les mouvements #MeToo, féministes, ont permis d’éveiller les consciences. Celles qui bien sûr ont eu envie d’être éveillées. Alors qu’on s’insultait de façon plus ou moins élégante à l’époque, le langage aujourd’hui est choisi, plus respectueux, mieux pensé.
On pourrait y voir de la censure, se dire que c’était mieux avant. Peut-être. Néanmoins, se moquer de tout le monde, faire preuve de cynisme à outrance, c’est décrédibiliser son message. Il n’y a pas un blogueur aujourd’hui, pour le peu qui reste, qui n’a pas policé son langage. Bien sûr, l’extrême qui veillerait à ne froisser personne, à cacher la vérité, à imaginer un monde de Bisounours n’est pas meilleur.
J’ai souvenir qu’à l’époque où j’avais fermé les commentaires sur un de mes précédents blog, j’avais déclenché un tollé. Précurseur pourtant, je regrette de ne pas avoir fait les choses autrement. Précurseur, car ils sont nombreux les sites à avoir coupé le commentaire. Ci-dessous un exemple avec France 3 région. On invite à partager et échanger dans les réseaux sociaux. Une manière comme une autre de mettre la poussière sous le tapis. Des regrets, puisque les propos haineux que j’ai pu déclencher étaient de mon propre fait. Je trouvais ça amusant à l’époque, la provocation fait réagir. Je trouve ça stupide et stérile aujourd’hui.

Un web violent qui l’est resté
Il faut tout de même se dire que si les sites sont « préservés » par des artifices comme la fermeture des commentaires, que si les temps ont changé avec la libération de la parole, la jungle reste. Et j’ai presque envie de dire que c’est pire. Si vous regardez les commentaires d’un site comme France Info où il est obligatoire d’être inscrit, on n’est pas tendre. Pourtant, dans les commentaires, on trouve des gens qui argumentent, qui écrivent de manière remarquable. Des gens éduqués, des gens qui lisent l’actualité et des gens qui pensent que leur commentaire a encore de l’intérêt. S’ils savaient. Si la modération existe, qu’elle lit encore pour ne pas faire tache, l’auteur de l’article, la pige plutôt, elle n’aura aucune incidence sur le prochain article ou dans la réflexion. Les commentaires sont de simples monologues, des billets de blog, qu’on écrit pour se faire plaisir.
Il suffit de voir Twitter et ses menaces de meurtre, de viol, d’autres forums plutôt virilistes, Telegram où l’on peut commander de la drogue, voir des décapitations pour savoir que c’est pire. C’est pire, car quand on échange dans France Info, ailleurs, on s’insulte, on se menace de la pire des façons. En effet, ne nous mentons pas, le niveau baisse, avec lui la manière de s’invectiver. Il faut aussi réaliser qu’un enfant sur cinq sera harcelé en France, la jeunesse ne vaut pas mieux que les ainés. TikTok ou Snapchat sont de bons outils pour emmener un enfant au suicide.
On notera que j’ai démarré par un web de passion à l’origine pour aujourd’hui un web narcissique. Les outils proposés, à contrario des moteurs de forum, sont tournés vers la personne, pas vers la communauté.
L’évolution du web continue.
À Narbonne, soit vingt minutes de chez moi, s’est tenu un salon du jeu de société. J’ai raté l’événement. Je ne vais pas toujours sur Narbonne et je ne passe pas nécessairement devant des affiches 4 par 3. Elles étaient effectivement présentes à l’arrivée dans la ville, mais pas ailleurs. Comme pour ma commune Saint-Pierre la Mer, je peste de ne pas avoir des sites avec des flux RSS qui permettent d’être informés des événements locaux. On en revient donc à la problématique d’avoir des comptes sociaux pour être informé.
J’ai misé sur Instagram en me disant que c’est le futur. Pas si bon calcul. Par exemple, mon association de chats n’est pas sur Instagram. Facebook semble pour l’heure plus complet pour s’informer. Paradoxe pour ce réseau qu’on annonce moribond. Cela faisait peut-être deux ans que je n’avais pas de compte Instagram, et j’ai refait un compte « anonyme ». Il n’est pas très compliqué de savoir que c’est moi, même si je ne publie que des photos et des vidéos de chats. De cette manière, j’évite les interactions trop nombreuses que j’avais pu avoir avec les élèves. En effet, nous étions dans des périodes dans lesquelles nous nous étions connus durant la COVID. La porte était ouverte, les élèves posaient des questions de maths en passant par les réseaux. Aujourd’hui c’est un peu comme le télétravail qui disparait, on retrouve une situation plus modérée avec une utilisation de l’ENT.

Instagram, un désert ou presque
Ce qui a changé dans Instagram, c’est l’absence totale de contenus des gens lambdas. Comprenez que si j’ai quelques comptes d’élèves, ils ne postent rien ou presque. J’ai souvenir de l’époque où je bloquais les stories de certaines personnes parce que ça n’arrêtait jamais. Tout était prétexte à une photo. Aujourd’hui c’est le néant, quand l’un poste une story, elle est republiée par un autre. Et le niveau est plutôt bas, il s’agit d’une photo narcissique prise devant un miroir. Loin des passions, des événements, loin de ce qui a fait le succès du réseau : éclabousser son bonheur à la face des autres.
On peut comprendre la disparition des commentaires pour les blogs. Écrire sur une plateforme décentralisée n’a plus vraiment d’intérêt. En effet, un blog est par essence moins lu, si on écrit, c’est gratuit. On veut enrichir, témoigner, échanger. Un tweet bien pensé sur X, la fameuse punchline, c’est la potentialité d’être vu, de faire du buzz. Pourquoi plus personne ne publie sur Instagram ? Car sur Instagram, c’est le royaume de la perfection. Il est impératif d’avoir la photo parfaite et de prendre la pose idéale pour oser publier.
Il est « amusant » de voir que le travail de sape réalisé par le réseau a d’autres effets de bords que le suicide et la dépression chez les adolescentes. Instagram en mettant la barre tellement haut fait fuir les anonymes pour laisser la place aux autres.
Un réseau pas du tout mort, au contraire, qui correspond à l’évolution du web
Il y a de nombreuses publications dans Instagram. Par contre, et ce n’est qu’un début, l’envahissement de l’intelligence artificielle est en marche. Je l’avais déjà souligné dans un précédent article, c’est l’évolution logique du web. L’IA avec ses images parfaites, ses vidéos à couper le souffle sont dignes d’Instagram. Et puis il y a les autres. Les gens parfaits, les gens qui savent utiliser les codes, les professionnels. Et c’est ici tout le paradoxe qui se joue ici. Instagram est avant tout un réseau social pour mettre en relation les uns et les autres. Les jeunes par peur d’un raté social vont finir par arrêter de poster ou dans des comptes privés. Instagram ne se nourrit donc que d’IA et de professionnels.
Une autre voie existe pourtant. Des gens qui ont fait le choix de prendre le réseau social pour informer de façon positive, alternative. Je suis par exemple theimpactstory. C’est clair, c’est rapide, cela s’inscrit pour ma part dans la même veine que Hugodécrypte. L’actualité se veut positive, engagée, inspirante.
Il serait facile de poser la critique Bisounours. En effet, le gars, plutôt beau gosse, engagé, la réussite, pourrait être l’illustration de ce qui complexe sur Instagram. On peut chercher la manipulation, l’intention ou me contenter d’y voir seulement l’aspect positif. C’est un mauvais trait de ma génération, cynisme, ironie, à voir le mal partout.

Case départ.
L’évolution du web semble n’être qu’un cycle éternel. Souvenez-vous, à l’époque, les groupes de musique qui voulaient se faire connaître partaient de rien. La cave des parents, les concerts du village, le télécrochet. Et puis nous avons eu cette phase délirante où chacun pouvait obtenir son moment de gloire. Maintenant, avec le jeu des algorithmes, cela devient compliqué. On retombe dans le côté, il faut être connu pour se faire connaître.
La différence avec cette fameuse époque où il fallait être Johnny pour faire la une de Télé 7 jours, c’est qu’on n’entendait pas le bruit avoisinant. Comprenez que pour débarquer sur un plateau télé, passer à la radio, il avait fallu franchir un nombre d’étapes incroyables. Le début de la célébrité. Si les véritables stars continuent d’exister, les sous-stars, les stars du moment, sont devenues tellement nombreuses qu’elles contribuent à un choix trop important. Et c’est certainement ici l’une des problématiques de ce web d’aujourd’hui, le choix.
Le web 3.0 que certains imaginent décentralisés, tiendra forcément compte de cette problématique. Je mise pour l’apparition de réseaux sociaux plus fermés, avec un nombre de personnes à suivre et qui vous suivent plus limitées. Une façon de vous obliger à faire des choix. Bien sûr je ne dis pas qu’avec quelques euros il ne sera pas possible de débloquer des gens, mais je parie pour la reconstitution du village.
L’overdose d’informations que nous subissons devient insountenable, le gavage ne peut être infini. Si pour l’instant on ne peut en observer que des frémissements, celui qui misera sur le petit cercle aura certainement un tour d’avance sur l’avenir.
Perso je me suis lassé d’Instagram car les publications sont trop éphémères. Investir du temps à écrire un article tout en sachant qu’il sera « zieuté » en 1 seconde puis zappé et plus jamais revu, ça me décourage beaucoup. Au moins les blogs et forum ressortent parfois dans les moteurs de recherche, on est tous un jour tombés sur un article de 2006 qui donne une solution à un problème totalement improbable sur lequel on butte.
Tu vas être content : Meta va créer des tonnes de faux profils à base d’IA pour interagir sur ces réseaux.
J’ai été faire en tour sur Facebook aujourd’hui, mon fil était… : https://bsky.app/profile/parigotmanchot.bsky.social/post/3leynluyvs22g
Le RSS c’est la vie.
Toute asso/institution qui utilise un réseau social ne mérite que d’avoir que ses abonnés en retour…